Méditations suivies : Daniel, le prophète (6)

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DANIEL,  LE PROPHÈTE (6)


CHAPITRE 6

      
Daniel établi sur tout le royaume de Darius  (v. 1-3)
      Le complot contre Daniel (v. 4-9)
      Daniel en prière (v. 10-11)
      L’accusation de Daniel (v. 12-15)
      Daniel jeté dans la fosse (v. 16-18)
      La délivrance divine (v. 19-23)
      Le jugement des ennemis de Daniel (v. 24)
      La proclamation de Darius  (v. 25-27)


            Rappelons que la série de tableaux historiques du livre de Daniel présente les traits moraux qui caractériseront, à la fin des temps, la dernière forme de la souveraineté des nations. Si donc Belshatsar typifiait l'impiété qui osa s'élever contre le Seigneur des cieux, Darius présente l'exaltation de l'homme et, en fait, la substitution de l'homme à Dieu comme objet d'adoration. Il se peut qu'un caractère aimable l'ait entraîné à prendre cette position, mais cela ne change rien ; il n'en demeure pas moins qu'il signa le décret portant que quiconque ferait une demande à quelque dieu ou à quelque homme que ce soit, sinon à lui, durant trente jours, serait jeté dans la fosse aux lions (v. 7). L'instruction prophétique ne réside pas dans ce qu'il était, mais dans ce qu'il a fait. De même celui qui, dans un jour futur, s'opposera et s'élèvera contre tout ce qui est appelé Dieu ou qui est un objet de vénération, et qui s'assiéra au temple de Dieu, se présentant lui-même comme étant Dieu (2 Thes. 2 : 4), possédera peut-être de nombreux traits qui lui vaudront l'admiration et l'hommage des hommes. Lorsque le Seigneur était sur la terre, il n'y avait point de beauté en Lui pour le faire désirer des hommes ; il n'y avait rien en Lui qui le rendît désirable à l'homme naturel. En revanche, lorsque l'Antichrist apparaîtra sur la scène, il sera caractérisé par des traits qui attireront les cœurs des hommes en tant qu'hommes. Etant du monde, le monde aimera ce qui est à lui ; tandis que Christ, qui n'était pas du monde, était haï de lui. Darius étant un homme au caractère à certains égards admirable, était propre à préfigurer, ce chef futur, dans son exaltation de soi et sa déification.


                        Daniel établi sur tout le royaume de Darius  (v. 1-3)

            Les trois premiers versets de ce chapitre donnent la base de ce qui suit. En prenant possession du trône de Babylone, Darius réorganisa les affaires du royaume ; et il établit « sur le royaume cent vingt satrapes... et au-dessus d'eux, trois présidents, dont Daniel était l'un... Et ce Daniel surpassa les présidents et les satrapes, parce qu'il y avait en lui un esprit extraordinaire ; et le roi pensa à l'établir sur tout le royaume ».
            Belshatsar, à la veille de la prise de sa ville, avait proclamé que Daniel serait le troisième gouverneur dans le royaume ; Darius le nomma à la première place au-dessous de lui. En agissant ainsi, il était l'instrument de Dieu pour l'accomplissement de Ses desseins. 


                        Le complot contre Daniel (v. 4-9)

            Daniel n'était pas un inconnu ; il était haï à la fois comme Juif et comme vrai adorateur du Dieu des cieux. Son élévation dans le gouvernement ne fit qu'exciter davantage l'envie et la jalousie des nobles, des satrapes et des présidents au-dessus desquels il avait été placé. Un homme d'une fidélité incorruptible, et ne cherchant qu'à plaire à Dieu, ne pouvait pas être aimé par des hommes au cœur pervers et avide. Ils décidèrent donc de provoquer d'une manière ou d'une autre sa destitution ou sa perte ; et tout d'abord, ils cherchèrent à trouver une occasion contre lui quant à l'administration qu'il exerçait. Il n'y a personne qui ait l'œil plus vif que les hommes malveillants, de sorte que rien - que ce soit dans les questions de finances ou les autres branches de l'administration de ce vaste empire - ne devait échapper à leur attention. Mais « ils ne pouvaient trouver aucun sujet d'accusation ni aucune faute, parce qu'il était fidèle » (v. 4). Quel témoignage à l'honnêteté et à la droiture de ce serviteur de Dieu ! C'est d'autant plus beau que, comme nous le lisons dans le verset suivant, c'était un témoignage rendu par ses ennemis. Ils ne savaient pas que Daniel travaillait sous les yeux de Celui qui voit les secrets du cœur et que la joie de sa vie était de marcher dans la faveur et dans la bénédiction de son Dieu.
            Déçus dans cette direction, ils cherchèrent, avec l'ingéniosité qui caractérise toujours un cœur méchant, un autre motif d'attaque. « Ces hommes  (un terme manifestement choisi pour exprimer leur iniquité) dirent : Nous ne trouverons dans ce Daniel aucun sujet d'accusation, à moins que nous n'en trouvions contre lui à cause de la loi de son Dieu » (v. 5). Idolâtres qu'ils étaient tous, et ayant un souverain qui l’était aussi, il était facile, pensaient-ils, de prendre Daniel dans leurs filets sur un tel terrain. Mais Darius ne pouvait pas avoir ignoré ni ce qui avait eu lieu entre Daniel et Belshatsar, ni le fait qu'il était un Juif pieux. Cela, expliquera la méthode adoptée par ces satrapes et ces présidents. Ils ne commencèrent pas par accuser Daniel d'adorer son Dieu. Avec une subtilité plus grande, ils décidèrent de flatter d'abord le roi en lui offrant la place de suprématie absolue - sur le ciel aussi bien que sur la terre - et ensuite de placer Daniel en conflit avec le roi en l’amenant à désobéir à ses ordres.
            Inspiré par Satan, leur projet était intelligemment conçu et ils cherchèrent aussitôt à le mettre à exécution. Ils « s'assemblèrent en foule auprès du roi, et lui parlèrent ainsi : Roi Darius, vis à jamais ! » ; puis ils informèrent sa majesté que, après avoir tenu conseil, ils s'étaient mis d'accord « pour établir un statut royal et mettre en vigueur une défense, portant que quiconque fera une demande à quelque dieu ou à quelque homme que ce soit, durant trente jours, excepté à toi, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions » (v. 7). La seule chose qui manquait pour assurer la validité du décret, c'était la signature du roi, et alors il ne pourrait être changé « selon la loi des Mèdes et des Perses, qui ne peut être abrogée » (v. 8). Le roi, flatté probablement par l'hommage et la soumission des nobles de son nouvel empire, tomba aussitôt dans le piège qu'ils avaient tendu sous ses pieds. Et sans prendre le temps de considérer la place terrible qu'il acceptait, une place appartenant à Dieu seul, il « signa l'écrit et la défense » (v. 9). Nebucadnetsar avait fait une statue et avait ordonné à ses grands d'être présents à sa dédicace et de s'unir pour lui rendre hommage ; mais Darius prenait maintenant lui-même la place de Dieu et interdisait à tous ses sujets de se prosterner, pour la durée de tout un mois, devant n'importe quel « dieu » sinon lui, que ce soit en privé ou en public. C'était la déification de l'homme, qui aura, comme nous l'avons mentionné, sa contrepartie aux derniers jours, et vers laquelle les hommes, aujourd'hui même, se dirigent à si grands pas. Le remplacement de Dieu par l'homme est vu même au sein de la chrétienté ; il ne faut pas s'étonner alors si, après l'enlèvement de l'Eglise, lorsque l'énergie de Satan ne connaîtra plus de limite ni d'empêchement, l'homme voudra prendre publiquement et ouvertement la place de Dieu, même avec l'approbation de tous. Un tel état n'est atteint que graduellement. Les pas qui y mènent sont parcourus silencieusement et inconsciemment. Car les hommes y sont préparés par des enseignements qui, dans leur fruit, doivent amener cette conclusion, au point qu'ils seront à peine étonnés lorsqu'un homme, après avoir gagné leur hommage par sa sagesse et sa puissance terrestres, déclarera qu'il est Dieu.


                        Daniel en prière (v. 10-11)

            Que fait Daniel en présence du décret de Darius ? Va-t-il obéir ? Ou va-t-il, comme ses trois compagnons de captivité précédemment, ignorer volontairement le commandement du roi ? Qui aurait pu douter de la conduite qu'il allait adopter - vu la fidélité avec laquelle il avait parlé tant à Nebucadnetsar qu'à Belshatsar ? En outre, le fait que, dans le cercle de ses responsabilités et de son obéissance envers son souverain, il l'avait si bien servi que même ses ennemis ne pouvaient pas trouver de sujet d'accusation, donnait une garantie que lui, serviteur du Dieu des cieux, ne serait pas moins scrupuleux dans cet autre domaine où Dieu est souverain.
            Darius, bien que pris au piège - avait outrepassé les limites de son autorité. En signant ce décret, il avait pénétré dans la sphère de Dieu, où l'homme n'a ni droit ni place. Si donc Daniel voulait garder une bonne conscience devant Dieu, il n'avait d'autre alternative que de refuser de se soumettre au décret qui avait été établi. Aussi quand il sut que l'écrit était signé, il entra dans sa maison ; et, ses fenêtres étant ouvertes dans sa chambre haute, du côté de Jérusalem, « il s'agenouillait trois fois le jour, et priait, et rendait grâce devant son Dieu, comme il avait fait auparavant » (v. 10).
            Quel spectacle ! Un homme de race différente, objet de l'envie des Chaldéens et ne devant son élévation qu'à la faveur du roi, défie, quel qu'en soit le prix, le pouvoir de tout le royaume, parce qu'il ne veut pas être infidèle à son Dieu ! Et remarquez qu'il n'y avait pas d'ostentation dans le chemin qu'il poursuivait. Il continuait sa vie habituelle ; il agissait « comme il avait fait auparavant ». Il aurait pu fermer ses fenêtres et échapper aux regards de tous, mais agir ainsi, dans ces circonstances, serait revenu au même que respecter le décret du roi. Ses fenêtres avaient toujours été ouvertes du côté de Jérusalem, et elles devaient être maintenues ouvertes. Aussi Daniel, le matin, à midi et le soir, criait à l'Éternel, « comme il avait fait auparavant », sans se soucier, par la grâce de Dieu, des conséquences de son acte.
            Il y avait une raison à ce que ses fenêtres soient ouvertes du côté de Jérusalem. Lors de la dédicace du temple, Salomon avait prié à l'égard du peuple, au cas où ils seraient emmenés captifs dans le pays de l'ennemi, loin ou près : si « dans le pays où ils auront été emmenés captifs, ils rentrent en eux-mêmes... et qu'ils te prient en se tournant vers leur pays, que tu as donné à leurs pères, vers la ville que tu as choisie et vers la maison que j'ai bâtie pour ton nom : alors écoute dans les cieux, le lieu de ton habitation, leur prière et leur supplication, et fais-leur droit » (1 Rois 8 : 46-49). Daniel s'appuyait par conséquent sur la sûre parole de Dieu en priant de la sorte, car l'Eternel avait dit à Salomon : « J'ai entendu ta prière et la supplication que tu as faites devant moi » (1 Rois 9 : 3).
            Daniel n'était pas un « disciple en secret » ; ses habitudes de prière étaient connues et ses ennemis savaient comment découvrir si oui ou non il obéissait au décret. « Ces hommes s'assemblèrent en foule et trouvèrent Daniel qui priait et présentait sa supplication devant son Dieu » (v. 11). Le terme « ces hommes », comme au verset 5, se retrouve ici (voir aussi v. 15, 24), sans doute pour exprimer quelle était l'estimation divine de leur méchante conduite. Mais ils avaient gagné un point ; leur mauvais dessein avait réussi jusque-là.


                        L’accusation de Daniel (v. 12-15)

            En se réjouissant de leur succès, les présidents et les satrapes « s'approchèrent et dirent devant le roi, touchant la défense du roi : N'as-tu pas signé une défense ?... Le roi répondit : La chose est certaine, selon la loi des Mèdes et des Perses, qui ne peut être abrogée » (v. 12). Hélas ! le roi était dans les mains de ces hommes sans scrupules. Il avait accepté leurs flatteries, et maintenant il était devenu leur esclave impuissant. Il avait lui-même, sans s'en douter, fixé ses propres chaînes. Tenant ainsi le monarque dans leur piège, ces gens continuèrent en dévoilant le dessein de leur méchant cœur ; et leurs paroles mêmes ne faisaient que trahir la profondeur de leur iniquité. Ils dirent devant le roi : « Daniel, qui est d'entre les fils de la captivité de Juda, ne tient pas compte de toi, ô roi, ni de la défense que tu as signée, mais il fait sa requête trois fois par jour » (v. 13).
            Leur inimitié personnelle envers Daniel et envers sa race, et leur jalousie du fait de sa position, sont clairement révélées. Et ils ne s'étaient servis du roi, dans leur prétendu désir de le voir accéder à la suprématie absolue, que comme instrument pour la destruction de Daniel. Le roi était ainsi amené à considérer le fruit de ses propres actes et ne pouvait se cacher plus longtemps l'objet réel de l'écrit qu'il avait signé. Combien souvent n'arrive-t-il pas que nous soyons aveuglés sur la nature de nos actions jusqu'à ce que nous soyons placés en face de leurs conséquences irrévocables ! Tel fut le cas pour Darius ; et lorsqu'il entendit l'accusation contre Daniel, il « en fut fort affligé, et il pensa avec sollicitude à Daniel afin de le sauver, et jusqu’au coucher du soleil il s’efforça de le délivrer » (v. 14). Ses efforts étaient un témoignage à l'estime qu'il portait à Daniel, et aussi de la bonté de son cœur, mais il n'était plus son propre maître. Lui-même avait invoqué le caractère immuable des lois des Mèdes et des Perses ; et les ennemis de Daniel ne furent pas lents à tirer avantage de cette règle, car de nouveau ils s'assemblèrent en foule auprès du roi, et lui dirent : « Sache, ô roi, que c'est la loi des Mèdes et des Perses, qu'aucune défense ou statut que le roi a établi, ne peut être changé » (v. 15). Ils revendiquaient leur pouvoir ; et leur langage, « sache, ô roi », trahissait leur intention de l'affirmer à tout prix ; de sorte que Darius n'osa pas résister à ces nobles qui comptaient parmi les plus influents de son royaume, car, par sa propre folie, ils avaient la loi de leur côté. Aussi il commanda qu'on amenât Daniel et qu'on le jetât dans la fosse aux lions (v. 16a).


                        Daniel jeté dans la fosse (v. 16-18)

            L'acte était consommé, et « ces hommes » triomphaient à la fois de Daniel et de Darius. Mais Daniel avait Quelqu'un d'autre de son côté, sur lequel ses ennemis n'avaient pas compté ; et, comme on le voit dans le récit qui suit, leur brève victoire ne fut que le prélude à leur propre défaite et à leur destruction. Si Dieu est pour les siens, personne ne peut réussir contre eux, quelles que soient les apparences du moment. Même Darius, d'une manière ou d'une autre, avait la conviction qu'il ne serait pas permis que Daniel pérît. « Ton Dieu », dit-il, « que tu sers continuellement, lui, te sauvera » (v. 16b). Et pourtant, il était encore sous le pouvoir de ses serviteurs et était obligé d'exécuter son décret jusqu'à sa fin amère ; car après que la pierre eut été apportée et mise sur l'ouverture de la fosse, « le roi la scella de son cachet et du cachet de ses grands, afin que l'intention à l'égard de Daniel ne fût pas changée » (v. 17).
            Avant de continuer, permettez une remarque sur la similitude entre l'action de Darius et ses grands et celle des principaux sacrificateurs et des pharisiens telle qu'elle est rapportée dans l'évangile selon Matthieu. Dieu avait permis que ceux-ci arrivent à faire crucifier le Seigneur Jésus ; et après sa mort, il fut enseveli dans un sépulcre. Non contents d'avoir atteint leur but, ils obtinrent de Pilate de rendre « le tombeau sûr, en scellant la pierre et en y mettant la garde » (Matt. 27 : 66). Dans les deux cas, l'homme pensait servir ses fins en rendant toute intervention ou délivrance impossible. Mais Dieu n'avait point de place dans leurs pensées ; et que peut faire l'homme quand il se risque à combattre contre Dieu ?


                        La délivrance divine (v. 19-23)

            On a vu clairement que Darius n'avait pas son cœur dans ce qui avait été fait ; et maintenant que l'acte a été accompli, malgré sa confiance formelle que Dieu délivrerait Daniel, il est plein de remords. Il passe la nuit suivante en jeûne et en veille et se levant tôt le lendemain, il s'en va en hâte à la fosse aux lions. Toutes ses pensées sont pour le moment concentrées sur Daniel. « Et comme il approchait de la fosse, il cria à Daniel d'une voix triste... Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu, que tu sers continuellement, a-t-il pu te délivrer des lions ? » (v. 20). Dieu n'avait pas oublié son serviteur ; et bien que Daniel eût été exposé à tout ce qui nous parle de la puissance de Satan, il ne lui fut pas fait de mal et il ne pouvait pas lui être fait le moindre mal, car il était sous la protection toute puissante du Dieu vivant. Il fut par conséquent en mesure de répondre à la question du roi, après la formule usuelle de loyauté : « Mon Dieu a envoyé son ange et a fermé la gueule des lions, et ils ne m'ont fait aucun mal, parce que devant lui l'innocence s'est trouvée en moi, et devant toi non plus, ô roi, je n'ai rien fait de mal » (v. 22).
            Il demeurait ainsi vrai que « l'ange de l'Eternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre » (Ps. 34 : 7). Il convient cependant de remarquer que Daniel atteste que « l'innocence » s'était trouvée en lui devant Dieu. La leçon est que nous ne pourrions être consciemment sous la protection de Dieu, ni ne pourrions réclamer, ou plutôt attendre, son secours, si nous n'avions pas une bonne conscience devant lui. Devant le roi, Daniel était aussi pur que devant Dieu ; comme l'apôtre, il avait une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes. Dieu, le moment venu intervint et, protégeant son serviteur, le délivra, comme Paul (2 Tim. 4 : 17), de la gueule du lion.
            Le décret ayant été exécuté, car le châtiment rattaché à son inobservation était que le coupable devait être jeté dans la fosse aux lions, non pas qu'il devait être dévoré par les lions, le roi était libéré du filet de ses grands. La loi avait été revendiquée et Daniel en avait subi la peine. Darius pouvait par conséquent exercer sa prérogative, sans que personne l'arrête en invoquant les lois des Mèdes et des Perses ; il commanda qu'on tirât Daniel de la fosse. Lorsqu'il en fut retiré, « aucun mal ne fut trouvé sur lui, parce qu'il s'était confié en son Dieu » (v. 23). Tout le secret de sa protection et de sa délivrance est révélé ici. La foi, divinement produite dans son âme, introduisit Dieu qui protégea son serviteur de la malice de ses ennemis en soumettant et refrénant les instincts naturels et destructeurs des lions. L'auteur de l'épître aux Hébreux, pensant sans doute à Daniel, mentionne les prophètes : « qui par la foi... fermèrent la gueule des lions » (Héb. 11 : 33). C'était une des victoires de la foi qui devait encourager le peuple de Dieu à se confier à Lui et à compter sur Lui en tout temps, se souvenant que si toutes choses sont possibles pour Dieu, toutes choses sont aussi possibles pour celui qui croit ; et c'est cette merveilleuse vérité que Daniel illustre ici.
            Au début de ce chapitre, nous avons vu que Darius, en acceptant la place que ses conseillers lui offraient, préfigurait la tête future de la dernière forme de la souveraineté des nations, qui acceptera les honneurs divins et imposera sa déification à ses sujets (Apoc. 13 : 8-12). La délivrance de Daniel est aussi typique. Il représente le résidu fidèle de Dieu qui se trouve à Jérusalem et dans le pays pendant les jours de la terrible domination de l'Antichrist. Par les machinations de leurs ennemis, ils seront pour ainsi dire jetés dans la fosse aux lions, entourés de tous côtés par les diverses manifestations de la puissance de Satan ; et à vue humaine, leur destruction paraîtra imminente et certaine. Mais Dieu lui-même les protégera et, intervenant pour leur délivrance par l'apparition de Christ, il fera tomber sur leurs ennemis le jugement même qu'ils avaient destiné à son peuple. Cette situation du résidu, antérieure à l'apparition de Christ en gloire, est souvent dépeinte tant dans les prophètes que dans les Psaumes. Une citation de ceux-ci rendra la chose claire : « Mon âme » dit le psalmiste, parlant comme le porte-parole de l'Esprit de Christ dans ce résidu, « mon âme est au milieu de lions ; je suis couché parmi ceux qui soufflent des flammes, - les fils des hommes, dont les dents sont des lances et des flèches, et la langue une épée aiguë » (Ps. 57 : 4). Puis regardant en haut, il s'écrie : « Elève-toi, ô Dieu ! au-dessus des cieux ; que ta gloire soit au-dessus de toute la terre ! », sachant que lorsque la gloire de Dieu sera ainsi manifestée à l'apparition de Christ, le temps de la délivrance du résidu sera arrivé. « Il a envoyé des cieux, et m'a sauvé ; il a couvert de honte celui qui veut m'engloutir. Dieu a envoyé sa bonté et sa vérité ». « Ils ont préparé un filet pour mes pas, mon âme se courbait ; ils ont creusé devant moi une fosse, ils sont tombés dedans » (Ps. 57 : 6). Ce psaume a été écrit au moins cinq cents ans avant l'époque de Daniel ; or la ressemblance avec son expérience est suffisamment frappante pour arrêter l'attention de tout lecteur pieux des Ecritures. En effet, les circonstances de David qui ont fourni l'occasion de ce psaume, comme celles de Daniel, étaient toutes les deux prophétiques de celles du résidu des derniers jours.
            Et on peut remarquer une fois encore, pour le profit des plus jeunes lecteurs des Ecritures, que très peu des récits de la Bible sont purement historiques. Certes, en tant que récits, ils sont pleins d'intérêt et présentent des leçons morales de grande valeur. Mais ils sont souvent aussi typiques et prophétiques. Par exemple, David est un personnage historique et une grande instruction peut être retirée de sa vie et de sa conduite, instruction qui donne à la fois des encouragements et des avertissements. Mais nous avons aussi à le considérer, dans toute sa réjection et ses persécutions avant de monter sur le trône, comme un type de Christ lorsqu'il vint chez lui, et que les siens ne l'ont pas reçu (Jean 1 : 11). De même ensuite dans le royaume, il nous présente Christ comme le Roi de justice, tandis que Salomon, son fils, préfigure le Messie comme Roi de paix. David, en outre, comme nous l'apprend Pierre (Act. 2 : 30), était un prophète, et c'est pourquoi, comme dans le Psaume auquel il a été fait allusion, beaucoup de ses écrits décrivent l'avenir, qu'il s'agisse de la position et de l'état du résidu ou des bénédictions et de la gloire du règne du Messie. Nous en souvenir accroît considérablement notre intérêt pour les Ecritures et nous permet en même temps de comprendre leur caractère profond et le propos de Dieu dans les événements qui y sont rapportés.


                        Le jugement des ennemis de Daniel (v. 24)

            Le roi avait encore quelque chose à faire après la délivrance de Daniel. Rendu pleinement conscient de ce qu'avait d'énorme l'iniquité des présidents et de ses satrapes, dans une juste indignation il « donna des ordres, et on amena ces hommes qui avaient accusé Daniel, et on les jeta dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes ; et ils n'étaient pas parvenus au fond de la fosse, que déjà les lions se rendirent maîtres d'eux et leur brisèrent tous les os » (v. 24). « Ces hommes » tombèrent dans la fosse qu'ils avaient pour ainsi dire creusée de leurs propres mains et leurs pieds furent pris dans le piège qu'ils avaient tendu pour Daniel. Dieu témoignait de cette manière en faveur de son serviteur et exécutait son jugement sur ses ennemis.


                        La proclamation de Darius  (v. 25-27)

            L'impression produite sur Darius par ces événements dont il avait été témoin fut profonde ; et il envoya une proclamation dans tout son royaume, aux différentes nations qui habitent sur toute le terre, disant : « Que votre paix soit multipliée ! De par moi l'ordre est donné que, dans tous les gouvernements de mon royaume, on tremble devant le Dieu de Daniel et on le craigne ; car il est le Dieu vivant, et il subsiste à jamais, et son royaume est un royaume qui ne sera pas détruit, et sa domination durera jusqu'à la fin » (v. 25, 26). Jusqu'à quel point il entrait dans la vérité des paroles qu'il fit écrire, cela n'est pas révélé. Quoi qu'il en fût, ce n'était pas un faible témoignage qu'il rendait à Dieu et à sa souveraineté. Il allait beaucoup plus loin que Nebucadnetsar au chapitre 3. Ce monarque s'était contenté d'interdire à ses sujets, sous peine de châtiments extrêmes, de parler mal du Dieu de Shadrac, de Méshac et d'Abed-Nego. Darius, lui, commanda que, dans tous les gouvernements de son royaume, on tremblât devant le Dieu de Daniel et qu'on le craignît, parce qu'il était le Dieu vivant et que son royaume était éternel. Ainsi la tentative d'éteindre pour toujours la lumière de son témoignage à Babylone devint le moyen de la répandre sur toute la terre.
            Il reste encore à relever que la confession faite par Darius du Dieu de Daniel comme étant le Dieu vivant a un caractère typique. Elle préfigure la conversion des Gentils, suite à l'intervention de l'Eternel pour la délivrance de son peuple et pour le jugement de leurs ennemis. Au Psaume 18, après une description de la victoire du Messie sur ses ennemis, nous lisons : « Tu m'as délivré des débats du peuple ; tu m'as établi chef des nations ; un peuple que je ne connaissais pas me servira. Dès qu'ils ont entendu de leur oreille, ils m'ont obéi ; les fils de l'étranger se sont soumis à moi en dissimulant ». Et encore : Il « m'a délivré de mes ennemis ! Même tu m'as élevé au-dessus de ceux qui s’élèvent contre moi, tu m’as délivré de l'homme violent. C'est pourquoi, Eternel ! Je te célébrerai parmi les nations, et je chanterai des cantiques à la gloire de ton nom » (v. 43, 44, 48, 49). Nous apprenons donc, comme aussi dans tous les écrits prophétiques, que le Seigneur délivrera son peuple au travers de jugements inexorables ; après avoir versé sa colère sur leurs oppresseurs, il établira son trône, et alors tous les rois tomberont devant lui et toutes les nations le serviront.

                                                                                     D’après  E. Dennett

A suivre