Le livre de l'Apocalypse (3a)

bible-notes.org

Imprimer ou partager la page :

LE LIVRE DE L’APOCALYPSE  (3a)


CHAPITRE  3

Sardes
Philadelphie


Sardes


            Ville principale du royaume de Lydie, Sardes était autrefois une cité opulente. Le nom d’un des rois qui en avait fait sa capitale, Crésus, est resté le symbole de la richesse. Au temps de l’apôtre Jean, la ville était tombée dans l’oubli. Le nom de Sardes signifie probablement «un résidu » ; c’est peut-être une allusion prophétique aux réformateurs qui devaient sortir de la masse infidèle de Thyatire.


                        • Le caractère de Christ (v. 1)

            Le Seigneur ne se présente plus maintenant à l’Assemblée sous ses caractères ecclésiastiques, sauf celui d’avoir les sept étoiles ; il n’est plus dit qu’elles sont dans sa main droite.
            Devant Sardes, le Seigneur ne marche plus au milieu des sept lampes d’or, comme devant Ephèse (2 : 1). La lumière du témoignage de Dieu ne brille plus dans l’église de Sardes, prise dans son ensemble. En effet, vie et lumière sont intimement liées (Jean 1 : 4) et Sardes ne manifeste plus la vie de Dieu, car elle est morte (v. 1b).
            La venue du Seigneur est annoncée et les caractères de Christ se rapportent maintenant plus spécialement au royaume qui suivra Sa venue : Il a les sept Esprits, symbole de la plénitude de puissance avec laquelle Il gouvernera la terre. Et si l’assemblée doit être mise de côté à cause de son infidélité et même traitée globalement comme le monde, le Seigneur conserve encore l’autorité absolue sur elle et sur les saints (les sept étoiles).


                        • Les œuvres de Sardes

            Sardes n’est pas caractérisée par le mal et la corruption, comme l’est Jésabel dans Thyatire ; elle se considère même comme supérieure à cet état : « Tu as le nom de vivre ». Mais, aux yeux du Seigneur, elle était comme morte : un état de mort spirituelle pour les professants sans la vie divine ; un sommeil semblable à la mort pour ceux qui n’étaient pas fidèles et dont les vêtements avaient été souillés au contact du monde. Car le grand mal parmi les successeurs des réformateurs a été la mondanité et l’intellectualisme qui met en question la parole de Dieu, associés à un principe de supériorité religieuse.
            Le Seigneur trouve peu de choses faites pour Lui lorsqu’Il prend connaissance des œuvres de Sardes, sinon qu’elles n’étaient pas parfaites ou complètes. Aussi appelle-t-Il à la vigilance et à « affermir ce qui reste, qui est près de mourir ». C’est un appel que le Seigneur nous adresse évidemment encore aujourd’hui : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi » (Eph. 5 : 14). Comment affermir ce qui reste, sinon en marchant humblement devant Dieu, et en gardant ce qui nous a été confié, « le bon dépôt » (1 Tim. 6 : 20 ; 2 Tim. 1 : 14) ?
            En outre, Sardes devait se souvenir de la manière dont elle avait reçu et entendu : à la Réforme, la parole de Dieu avait été retrouvée, comme cela ne s’était pas produit depuis la naissance de l’Eglise (Act. 20 : 32). Sardes était donc beaucoup plus responsable que Thyatire qui était restée dans son ensemble ignorante des Ecritures. Or, Sardes n’avait pas entendu et reçu la Parole dans le cœur et ne l’avait pas mise en pratique (Luc 6 : 49). Aussi, était-elle invitée à « garder » ou « prendre garde » et à se repentir (v. 3).
            Sardes est donc invitée à revenir à la Parole elle-même, et à la vérité qui lui avait été confiée, et non pas à faire ses premières œuvres comme pour Ephèse (2 : 5) ou même à garder les œuvres du Seigneur selon l’exhortation « aux autres qui sont à Thyatire » (2 : 24).


                        • La venue de Christ (v. 3)

            A la venue de Christ, le corps de professants formant l’ensemble de Sardes sera traité comme le monde. Le Seigneur vient subitement, comme un voleur dans la nuit, pour exercer le jugement : « Comprenez-le bien : si le maître de la maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur devait venir, il aurait veillé… le Fils de l’homme vient, à l’heure que vous ne pensez pas» (Matt. 24 : 43 ; Luc 12 : 39-40).
            Avant le dénouement de la crise finale en Armagédon, le Seigneur se présente précisément sous ce même caractère : « Voici, je viens comme un voleur. Bienheureux celui qui veille et qui garde ses vêtements, afin qu’il ne marche pas nu et qu’on ne voie pas sa honte » (Apoc. 16 : 15). Pour ceux qui sont dans les ténèbres, « le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand ils diront : “Paix et sûreté”, alors une subite destruction viendra sur eux » (1 Thes. 5 : 2-3).


                        • Un résidu fidèle à Sardes (v. 4)

            Heureusement, tous n’en étaient pas là à Sardes, et des croyants fidèles (« quelques-uns ») étaient restés attachés au Seigneur, purs dans leurs affections pour Lui, dans l’attente de sa venue.
            Une récompense particulière, indépendante de la promesse habituelle au vainqueur, leur est attribuée. Pour Christ, ces quelques-uns sont comme un trésor caché dans le champ du monde religieux (Matt. 13 : 44). La masse professante sans vie à Sardes avait souillé ses vêtements au contact du monde, en partageant ses principes et ses gloires. Par contraste, ceux-là avaient lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau (Apoc. 7 : 14 ; 22 : 14), et s’étaient conservés purs du monde ici-bas (Jac. 1 : 27). Le Seigneur les estimera dignes de marcher avec Lui en gloire là-haut, ayant revêtu Christ et étant revêtus de la robe de sa justice (Gal. 3 : 27 ; Es. 61 : 10), rehaussée par l’éclat de leur fidélité personnelle à leur Maître.


                        • La promesse au vainqueur et l’exhortation à écouter

            La promesse revêt un triple caractère :
                  – Les vêtements blancs. Dans l’indifférence et la prétention de leur environnement religieux, ces fidèles avaient humblement coopéré à tisser la robe de fin lin, éclatant et pur, que revêtira en gloire la femme de l’Agneau, au jour des noces du Fils de Dieu (19 : 8).
                  – Le nom dans le livre de vie. C’est une bénédiction commune à tous les croyants qui possèdent la vie de Dieu d’avoir leur nom écrit dans le livre de vie de l’Agneau, tenu dans les cieux (Luc 10 : 20 ; Apoc. 13 : 8 ; 17 : 8 ; 20 : 15 ; 21 : 27). Si Christ écrit Lui-même un nom dans son livre, Il ne l’effacera jamais. Par contraste, les registres des hommes ne sont pas à jour sur la terre, et comportent de mortelles erreurs. Que de noms tenus en honneur dans le monde religieux se révéleront n’être que ceux de professants sans vie voués au jugement !
                  – La confession devant le Père et ses anges. Non seulement le nom du vainqueur ne sera jamais effacé du livre de vie, mais Christ le reconnaîtra devant son Père et devant ses anges. Cette promesse était déjà faite par le Seigneur à ses disciples, pour encourager à la fidélité les témoins de la fin, au milieu de leur tribulation sur la terre (Matt. 10 : 32-33). Ici, elle prend une valeur spéciale pour ceux qui sont exposés au mépris du monde religieux.
            Depuis Thyatire, l’exhortation à écouter suit maintenant la promesse au vainqueur. Le Seigneur s’adresse particulièrement à un petit nombre de fidèles sensibles à sa voix.
                  . Elle est toujours individuelle : « Que celui qui a des oreilles écoute ».
                  . Elle invite à écouter la voix d’avertissement du Saint Esprit.
                  . Sa portée inclut les sept messages aux sept assemblées, vues comme un tout.


Philadelphie

            Du milieu de la chrétienté en déclin, le Seigneur appelle à Lui des fidèles pour raviver la lampe de son témoignage dans le monde.
            Le premier réveil, varié dans ses manifestations (la Réforme), était apparu au milieu de l’église de Thyatire. Le déclin qui a suivi la période des persécutions était tel qu’on a pu craindre au 18ème siècle que ce qui subsistait de l’Eglise ne sombre complètement dans le monde et disparaisse ! Mais le Seigneur est merveilleusement intervenu. Au début du 19ème siècle, il a suscité un second réveil, de plusieurs manières, au sein de l’église de Sardes. Le message à Philadelphie le décrit prophétiquement. On peut penser qu’il n’y en aura pas d’autre d’une ampleur comparable avant le retour du Seigneur. On voit une sorte d’anticipation de ces deux réveils dans ceux d’Ezéchias et de Josias en Juda, avant la déportation à Babylone. L’infidélité des fils de Josias a hâté le jugement de Dieu sur Juda. Le Seigneur a ouvert une porte devant Philadelphie (v. 8), et la prophétie n’en mentionne pas d’autre ensuite.
            Pour que l’action de l’Esprit de Dieu soit évidente et que tout élément humain s’efface, le Seigneur a choisi de faire apparaître ce réveil à peu près simultanément, mais de façon indépendante, en divers lieux d’Europe occidentale, sous l’action de plusieurs serviteurs de Dieu. Remarquablement doués, ils ont travaillé dans l’humilité et l’obéissance. La Parole de Dieu a été à nouveau retrouvée et étudiée comme elle ne l’avait pas été depuis le commencement. Des vérités oubliées ont alors été remises en lumière, en particulier, le caractère céleste de l’Eglise, l’attente du retour du Seigneur pour la prendre auprès de Lui, la présence et l’action de l’Esprit Saint. Ce réveil a été appelé le « cri de minuit », par analogie avec l’appel qui réveille les vierges de la parabole (Matt. 25 : 6).


                        • L’assemblée à Philadelphie

            La signification du nom de Philadelphie, « l’amour des frères », résume bien la position de cette assemblée fidèle existant au temps de l’apôtre Jean.
            Dieu est amour, de sorte que l’amour pour les frères trouve sa source en Dieu et dans l’amour pour Dieu. Il en est l’expression pratique (1 Jean 4 : 8, 16 ; 5 : 2). Mais aussi, Dieu est lumière, et la communion entre frères se réalise dans la lumière (1 Jean 1 : 5, 7). Dans l’histoire de l’Eglise sur la terre, le « réveil » annoncé prophétiquement par le message à Philadelphie a été marqué par le retour à cette double source de la communion et de l’amour vrai entre les saints.


                        • La présentation du Seigneur (v. 7)

            Christ apparaît devant Philadelphie sous quatre caractères particuliers qu’on ne trouve ni dans la vision glorieuse du Fils de l’homme (qui présente ses caractères ecclésiastiques), ni dans les messages aux églises antérieures.
            Christ n’est plus vu comme marchant au milieu des assemblées (ce qui reste néanmoins toujours vrai), car les organisations ecclésiastiques de Thyatire et de Sardes sont devenues le siège de la corruption et de l’infidélité. Christ porte donc un caractère moral personnel que la Parole révèle et que la foi des fidèles peut saisir.
            D’un côté, il est :
                  – le Saint ;
                  – le Véritable.
            De l’autre côté :
                  – Celui qui a la clef de David ;
                  – Celui qui en use souverainement.

                      – 1. Le Saint. C’est le premier trait de la perfection morale de notre Seigneur. Il est le Saint de l’Ancien Testament. En Lui s’exprime en perfection et en plénitude tout ce que Dieu cherche dans l’homme : bonté, piété et miséricorde (2 Chr. 6 : 41-42 ; Ps. 16 : 10 ; 89 : 19). Il demeure le Saint de Dieu (Jean 6 : 69). S’Il est saint (séparé du monde et des pécheurs), Il se sanctifie aussi Lui-même pour les siens, afin qu’eux aussi soient sanctifiés (séparés du mal et de la souillure) par la vérité (Jean 17 : 19 ; Héb. 7 : 26).

                      – 2. Le Véritable. Christ est « la vérité », le « Dieu véritable et la vie éternelle » (Jean 14 : 6 ; 1 Jean 5 : 20). Il exclut absolument tout mensonge (1 Jean 2 : 21, 27).
            Ces deux premiers caractères sont ceux de Dieu Lui-même, manifestés en Christ, l’Homme parfait. Les deux suivants présentent ses attributs de puissance en gouvernement de la terre.

                      – 3. Celui qui a la clef de David. Le Seigneur est « la racine et la postérité de David » (Apoc. 22 : 16) et comme vainqueur de la mort et ressuscité, Il tient les clefs de la mort et de l’hadès (Apoc. 1 : 18), c’est-à-dire qu’Il possède à la fois le pouvoir souverain sur la mort et la puissance de ressusciter des morts. Il a aussi la clef de David, c’est-à-dire l’autorité de gouverner sur la terre. Dans la Bible, la clef est toujours le symbole de l’autorité.
            Du temps d’Ezéchias, un scribe infidèle, Shebna (type de l’Antichrist), devait être remplacé par Eliakim (l’intendant fidèle établi sur la maison du roi), type de Christ. Témoignage lui était rendu : « Et je mettrai la clef de la maison de David sur son épaule ; et il ouvrira et personne ne fermera ; et il fermera et personne n’ouvrira » (Es. 22 : 15-24). Investi de la puissance et garant de l’espérance du peuple d’Israël, comme un clou fixé dans un lieu sûr, Eliakim est ainsi un beau type de Christ, précisément dans le caractère qu’Il prend devant le faible résidu philadelphien !

                      – 4. Celui qui ouvre ou ferme souverainement. Christ peut maintenir une porte ouverte ou fermée sans qu’aucune créature, même pas Satan, ne puisse s’y opposer. Pendant le ministère de Paul, une porte grande et efficace lui était ouverte à Ephèse (1 Cor. 16 : 9) en dépit des nombreux adversaires ; à l’opposé, le Saint Esprit pouvait l’empêcher de se rendre en Bithynie et d’annoncer la Parole en Asie (Act. 16 : 7). Maintenant encore la porte de la grâce est ouverte et tous les hommes peuvent y entrer. Un jour, elle sera fermée à jamais. Alors beaucoup, professants ou vierges folles, y heurteront en vain (Matt. 25 : 11-12 ; Luc 13 : 25-27).


                        • Les œuvres de Philadelphie (v. 8)

            Le Seigneur prend connaissance des œuvres de Philadelphie, sans lui adresser de reproches. Il ne les nomme pas et il n’appartient pas à des croyants de le faire eux-mêmes. L’assurance que le Seigneur connaît toutes choses doit leur suffire (Jean 21 : 17).
            Le Seigneur maintient devant Philadelphie une porte ouverte malgré sa faiblesse et la puissance arrogante des adversaires. Il n’est plus maintenant question, comme au début des évangiles, de force et de violence pour entrer dans le royaume de Dieu (Matt. 11 : 12 ; Luc 16 : 16). La fidélité, ce qui compte et que le Seigneur demande, se réalise dans la faiblesse, sans apparence extérieure. Si le Seigneur garde la porte ouverte devant l’assemblée, c’est parce qu’elle manifeste trois caractères : elle a peu de force, elle garde la parole du Seigneur, elle ne renie pas son nom.
 
                      – 1. Peu de force. Avoir peu de force n’est pas en soi une qualité, mais le Seigneur reconnaît la fidélité de Philadelphie en ce que, consciente de sa faiblesse, elle s’attend à Lui seul. C’est la marque d’un bon état moral, déjà réalisé par Gédéon autrefois : reconnaissant sa petitesse, il avait reçu la puissance de Dieu après avoir obéi à Son commandement (Jug. 6 : 12, 14-16). L’apôtre Paul a fait aussi la même expérience (2 Cor. 12 : 10). Philadelphie n’est pas appelée à manifester de la puissance extérieure, même par l’action du Saint Esprit, mais elle montre un réel attachement à Christ ; elle garde la parole du Seigneur et reconnaît ouvertement son nom, son autorité, au milieu de beaucoup de prétentions ecclésiastiques et de la ruine publique de l’Eglise sur la terre.
            Le chemin du Seigneur sur la terre a été celui de l’homme parfait, du Pauvre, qui dépendait en tout de son Père et s’attendait toujours à Lui. Vrai Berger des brebis, Il est entré par la porte dans la bergerie et le portier Lui a ouvert. Le Saint et le Véritable a été rejeté, ayant dépensé sa force pour le néant auprès du peuple juif qu’Il visitait en grâce (Es. 49 : 4). On est frappé devant l’analogie entre la position et le caractère des vrais témoins philadelphiens et ceux de leur Maître et Seigneur : le monde et les obstacles sont les mêmes, et Christ est le tout de leur cœur ; c’est un état moral que le Seigneur approuve.

                      – 2. Garder la parole du Seigneur - plus loin, il est question de garder la parole de la patience du Seigneur ; c’est autre chose.
            C’est d’abord être formé, dirigé et gouverné par les Ecritures agissant dans le cœur. Or, la Parole est l’expression parfaite de ce qu’est Christ ; ce qu’Il disait était la manifestation complète de ce qu’Il était en lui-même : « absolument ce qu’aussi je vous dis ! » (Jean 1 : 1 ; 8 : 25). C’est pourquoi maintenant, pour les chrétiens, garder la parole du Seigneur est la première preuve de la réalité de la vie divine en eux, cette vie qui est en Christ et qui est Christ Lui-même (1 Jean 2 : 5 ; 5 : 12). Garder la parole du Seigneur, c’est aussi la mettre en pratique et se soumettre à ses commandements, pour prouver la réalité de notre amour pour Christ. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14 : 23).
            Lors du dernier réveil du peuple de Juda sous Josias, la loi de l’Eternel avait été retrouvée (2 Rois 22 : 8-11). Ainsi, lors du réveil philadelphien, toute la Parole a été remise en évidence et sondée d’une manière plus profonde qu’auparavant, notamment pendant la Réforme.

                      – 3. Ne pas renier le nom du Seigneur, le nom du Saint et du Véritable :
                             . devant la persécution que le monde exerce contre les témoins et martyrs ;
                             . en face des attraits et des convoitises d’un monde trompeur ;
                             . dans la conscience de ce qu’est la personne du Seigneur, son autorité et ses droits sur ses rachetés et sur son Assemblée.
            C’est un enseignement de toute importance pour l’administration des assemblées. Pour pouvoir se réclamer de la présence du Seigneur au milieu des « deux ou trois » assemblés en son Nom (Matt. 18 : 20), il faut reconnaître la plénitude de sa seigneurie en mettant de côté nos pensées et nos intérêts personnels.
            Dans la vie du chrétien, certaines affections sont réservées au Seigneur seul, au-dessus et en dehors des liens de la nature, tout précieux qu’ils soient à leur place. Cultiver la communion avec le Seigneur, lire beaucoup la Parole avec prière, avec foi et dans la recherche d’une bonne conscience, tels sont les exercices de la piété pratique qui permettent de se rapprocher de l’état moral de Philadelphie.


                        • La synagogue de Satan et son jugement (v. 9)

            Parmi les sept assemblées, deux seulement n’encourent aucun reproche de la part du Seigneur : Smyrne et Philadelphie. Et toutes deux avaient à faire face à la même opposition du monde religieux organisé selon un système diabolique, et qui se réclamait des privilèges du peuple juif, autrefois le peuple de Dieu (v. 9 ; 2 : 9). Au début du christianisme, les Juifs qui avaient rejeté et crucifié Christ mettaient à mort ses témoins et se vantaient de leur position. Le témoignage de Philadelphie se déploie maintenant en face d’une opposition de même nature, bien que le mépris soit en général plus fréquent que la violence. Le Seigneur désigne ces opposants comme étant la « synagogue de Satan » et annonce leur jugement comme une preuve de son approbation sur Philadelphie.
            La fidélité des saints de Philadelphie prend sa valeur aux yeux du Seigneur par le fait qu’elle se manifeste, dans une apparence de petitesse et d’impuissance, sans chercher à prévaloir, au milieu d’un état de choses complètement opposé à la vérité.
            Par opposition, ceux qui ont des prétentions religieuses, s’appuyant sur une organisation durable transmissible de génération en génération, sont jugés par le Seigneur comme des menteurs. De même aujourd’hui, les professants qui se disent chrétiens et n’ont pas la vie de Dieu sont aussi des menteurs et leurs congrégations dépendent de Satan. Au début du réveil du 19ème siècle, de telles personnes, auxquelles avaient pu se lier des chrétiens aveuglés, se sont opposées de toute leur énergie aux croyants de Philadelphie, d’abord par le mépris et les moqueries, puis par la violence publique, en paroles, en écrits ou même en actes. Toutefois, le Seigneur n’a pas permis que la persécution sévisse comme au temps de la Réforme, et puisse entraver la diffusion de la vérité divine retrouvée dans la Parole.
            Le temps s’approche où toutes les fausses prétentions religieuses seront jugées et où les vrais chrétiens seront reconnus. Lorsque le Seigneur viendra dans sa gloire, ceux-ci seront manifestés avec Lui, dans l’unité. Le monde connaîtra alors (il sera trop tard pour croire) que les disciples du Seigneur ont été aimés par le Père - comme le Père aime le Fils (Jean 17 : 23). Christ a aimé l’assemblée, comme aussi chacun de ses rachetés (Eph. 5 : 25 ; Gal. 2 : 20). Ici, l’amour du Seigneur pour les siens est présenté comme la part spéciale de ceux qui Lui auront été fidèles en face de l’opprobre de la profession chrétienne : « ils sauront que moi je t’ai aimé ».
            Le Seigneur est venu sur la terre, l’Homme pauvre et méprisé, pour y être rejeté par l’élite du monde. Mais plus tard, tout genou se pliera au nom de Jésus (Phil. 2 : 10). De même, sans que les saints de Philadelphie le Lui demandent, le Seigneur fera se prosterner devant eux ceux qui les avaient méprisés et persécutés. Aujourd’hui le monde et Satan n’ont pas changé, de sorte que les témoins du Seigneur supportent encore le mépris et l’opprobre. Telle a été la part de beaucoup de chrétiens au cours du réveil du siècle dernier ; telle sera aussi la part de ceux qui désirent rester fidèles au Seigneur.


                        • Garder la parole de la patience du Seigneur (v. 10)

            Philadelphie a aussi gardé la parole de la patience du Seigneur. C’est la « patience d’espérance de notre Seigneur Jésus Christ » (1 Thes. 1 : 3), liée à la promesse de son retour, car maintenant les regards de la foi se dirigent vers ce moment-là. Dieu est patient, il est « le Dieu de patience et de consolation » (Rom. 15 : 5). Le Seigneur aussi a manifesté une patience parfaite dans la souffrance et la soumission sur la terre, et maintenant Il attend encore avec patience. Pour les chrétiens, la patience selon Dieu traduit l’état d’un cœur soumis et confiant dans le Seigneur, qui permet de surmonter la souffrance dans l’attente de la délivrance. L’assemblée de Philadelphie l’a réalisé ; aussi sera-t-elle gardée de l’heure de l’épreuve qui viendra « sur la terre habitée tout entière » après l’enlèvement de l’Eglise. Il s’agit des jugements qui atteindront « ceux qui habitent sur la terre », à la fois le peuple juif et les nations (ces jugements sont annoncés plus loin par l’ouverture des sceaux et le son des trompettes), à l’exception de ceux qui seront épargnés pour jouir du royaume. Au contraire, l’Eglise, céleste dans son caractère, son origine et ses destinées, est enlevée au ciel avant les jugements. On trouve une belle image de l’Eglise en Enoch, enlevé de la terre avant le déluge (symbole des jugements), après avoir marché avec Dieu par la foi. Il a reçu par là le témoignage d’avoir plu à Dieu (Gen. 5 : 24; Héb. 11 : 5). En contraste, Noé est gardé à travers les eaux du déluge. Il est la « figure » du résidu juif éprouvé, mais finalement délivré de la grande tribulation.
           Ainsi, Philadelphie a gardé la parole de la patience du Seigneur. Au milieu des multiples activités fébriles du monde chrétien, cette patience sans bruit n’est pas moins précieuse pour Christ que des actes brillants. Elle n’est ni de l’indifférence à l’égard des circonstances ni de la résignation, mais le fruit d’un cœur qui s’attend au Seigneur. Gardé du danger de la routine, un croyant (ou une assemblée) fidèle manifestera la vraie patience selon Dieu en ne cherchant pas constamment le changement ou les nouveautés. L’Ecriture est une eau vive, toujours nouvelle, qui révèle des trésors qui y sont contenus depuis toujours. C’est un caractère de Philadelphie que souligne l’expression : « Tiens ferme ce que tu as ».


                        • « Je viens bientôt » (v. 11a)

            Révélée spécialement à l’apôtre Paul (1 Thes. 4 : 5-18), la venue du Seigneur a été vite oubliée par l’Eglise assoupie. C’est au siècle dernier que le cri de minuit a retenti : « Voici l’époux ; sortez à sa rencontre ! » (Matt. 25 : 6). L’attente du retour du Seigneur en grâce pour prendre ses rachetés nous lie à sa Personne et éprouve la réalité de notre amour pour Lui. Car c’est Christ lui-même qui vient : « Je viens bientôt » ; à la fin du livre, Lui-même répond personnellement au cri de son Eglise : « Oui, je viens bientôt » (Apoc. 22 : 20).
            La venue du Seigneur est présentée aux quatre dernières assemblées, et les fidèles de Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée seront tous enlevés en même temps. Toutefois, pour Philadelphie seulement, la promesse de la venue du Seigneur est présentée comme la récompense particulière réservée à ceux qui auront gardé la parole de sa patience. En face de l’opposition et du mépris du monde, le retour de Christ est le moment essentiel vers lequel se dirigent les regards des fidèles.


                        • « Tiens ferme ce que tu as » (v. 11b)

            La venue du Seigneur est aussi présentée à Philadelphie comme un appel à la vigilance. « Tiens ferme ce que tu as ». Il n’est pas question ici de révélations ou de lumières nouvelles ! Mais uniquement de garder ce qui a été révélé et confié, mission qui paraît peu importante, mais qui l’est en réalité, parce que c’est ce que le Maître demande ! « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive… Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera » (Jean 12 : 26). Tenir ferme ce que l’on a, c’est, en particulier, ne pas élargir le chemin, ou ne pas reculer « la borne ancienne » (Prov. 22 : 28) ; c’est maintenir la séparation du mal en reconnaissant les droits du Seigneur.
            «  Afin que personne ne prenne ta couronne ». Au milieu du déclin qui suit le temps du réveil, l’enjeu du combat est de perdre ou de conserver ce que le Seigneur nous a confié. La couronne évoque ici l’idée d’une récompense, plutôt qu’un honneur royal (4 : 4). Le serviteur ne travaille pas pour acquérir l’un ou l’autre, mais par amour pour son Maître. Néanmoins le Seigneur sait approuver et rétribuer ce que sa grâce aura produit en nous. Il n’est pas question ici d’une couronne en général, mais de « ta couronne », la marque personnelle de l’approbation de Christ envers celui qui L’a aimé et qui a gardé les pensées éternelles de Dieu sur son Assemblée.


                        • Les promesses au vainqueur (v. 12)

            Le combat est ici beaucoup plus intérieur et moins apparent que dans les phases précédentes  de l’histoire de l’Eglise (le fidèle à Smyrne devait résister jusqu’à la mort) ; pour autant, il n’en est pas moins difficile ni moins important. Vaincre, pour le chrétien, c’est avant tout remporter la victoire sur lui-même en mettant sa volonté propre de côté avec le secours de Dieu. Si le combat est intérieur, les victoires aussi le sont : c’est dans notre cœur que se réalisent l’obéissance, la soumission et la dépendance.
            Trois promesses sont faites au vainqueur de Philadelphie ; d’un ordre céleste, elles sont liées de façon particulière au Dieu de notre Seigneur Jésus Christ. Celui-ci est présenté comme homme ayant parfaitement remporté la victoire sur la terre.
                      – 1. Christ fera du vainqueur une colonne dans le temple de son Dieu. C’est une allusion aux deux colonnes du temple terrestre : Jakin et Boaz. « Jakin » signifie : il établira, il affermira, et « Boaz » : en lui est la force (2 Chr. 3 : 17). C’est la stabilité éternelle du fidèle qui est enfin chez lui dans la demeure de Dieu pour y jouir du repos.
                      – 2. Il ne sortira plus jamais dehors : la sécurité est parfaite, les dangers et les exercices sont passés pour toujours.
                      – 3. Enfin, le Seigneur inscrit trois noms sur le fidèle pour marquer qu’il appartient à un nouvel ordre de choses divin :
                              . D’abord, « le nom de mon Dieu », révélé par Christ à Marie de Magdala. « Je monte… vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20 : 17).
                              . Ensuite, « le nom de la cité de mon Dieu » : c’est la sainte cité, la nouvelle Jérusalem descendant du ciel d’auprès de Dieu (21 : 2). Ce nom rappelle à l’Eglise son appel céleste alors qu’elle est encore sur la terre.
                              . Enfin, « mon nouveau nom », le nom du dernier Adam, du second homme, héritier de toutes choses, un Nom au-dessus de tout nom, que Dieu lui a donné (Phil. 2 : 9-11). C’est le nom de Jésus, celui de son abaissement et celui de sa gloire.
            Cette triple promesse se réalisera dans la gloire à venir qui nous sera révélée. Nous pouvons anticiper ce moment en jouissant dès maintenant de la gloire et de la grâce qui nous sont données par Dieu en Christ.


                        • L’exhortation à écouter (v. 13)

            Placée après la promesse au vainqueur, elle rappelle que l’Esprit Saint s’adresse à un résidu distingué d’une masse professante. Mais toute l’assemblée de Philadelphie constitue ici ce résidu. Pour en manifester quelque caractère moral, il faut continuer le combat ; la séparation extérieure du mal ne suffit pas, bien qu’elle soit indispensable. Il faut toujours laisser la chair dans la mort, en se livrant au Seigneur dans sa vie personnelle et au sein même de l’assemblée !


D’après « Sondez les Ecritures » (vol. 15)


A suivre