Méditations suivies : Brèves notes sur l'évangile de Matthieu (5b)

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BREVES NOTES SUR L’EVANGILE DE MATTHIEU (5b)

 
 
 
CHAPITRE 5 (suite) :
 
            Les exemples des v. 21 à 47 montrent que Dieu ne veut pas une obéissance formelle, sans engagement de cœur, mais qu'Il regarde aux motifs qui font agir, à l'état du cœur.
           
 
3- La loi et les principes de « conduite » dans le royaume : v. 21-32
 
                        3.1 La colère (v. 21-22)
           
            Il avait été dit aux anciens : « Tu ne tueras pas ; et celui qui tuera sera passible du jugement » (v. 21). Le Seigneur cite ici Exode 20 : 13, mais Il ajoute : « Quiconque se met en colère légèrement contre son frère sera passible du jugement ». Ce jugement est le même que celui que prononçait la Loi contre le meurtrier.
            « Celui qui dira à son frère : « raca » (stupide, ou vaurien), sera passible du jugement du sanhédrin (le tribunal suprême des Juifs, à Jérusalem) ; et celui qui dira : « fou », sera passible de la géhenne du feu (le jugement final, sans appel) » (v. 22).
            Le Seigneur montre que les paroles méprisantes que l'on peut adresser à son frère viennent de la même source que le meurtre et conduisent au jugement. La colère, puis la haine, sont les premiers mouvements qui produisent ces effets. Ce sont des manifestations du « vieil homme » (voir Eph. 4 : 25 à 5 : 2).
            La Loi condamnait les actes extérieurs ; mais le Seigneur dévoile le mal à sa source. Il dit : « C'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent mauvaises pensées, fornications, vols, meurtres, adultères… » (Marc 7 : 21-22). Tout ce mal doit être jugé selon sa gravité aux yeux de Dieu. La présence de Jésus dans ce monde a manifesté ce qui est dans le cœur de l'homme ; elle l'a mis à découvert et jugé selon la sainteté et la justice de Dieu, et en face de la lumière divine toute manifestation de la nature rebelle de l'homme entraîne la condamnation.
            L'homme, dans son état naturel, ne peut échapper au jugement de Dieu, et pour qu'il puisse accomplir le bien, il faut la « nouvelle naissance ». Dieu n'a pas corrigé l'homme en Adam ; Il a mis fin à son existence par la mort de Christ. Par la résurrection, le croyant, étant uni à Christ par la foi, possède une nature qui le rend capable de pratiquer la justice qui était exigée en vain sous la Loi.
            Tout cet enseignement du Seigneur aura son plein accomplissement lorsqu'Il aura établi le règne de la justice dans lequel toute manifestation de volonté propre et d'insoumission sera réprimée.
            Si le fait de dire « fou » à son frère rend passible de la géhenne, sous le gouvernement de Dieu, ne devrions-nous pas faire plus attention à nos paroles et à nos actes ? Le fait que le croyant ne peut pas perdre son salut ne doit pas le rendre indifférent à l'égard du péché. Au contraire, puisqu'il a la mesure du bien dans sa manifestation parfaite en Christ ici-bas, et la connaissance du jugement du mal qui a eu lieu à la croix, il est responsable de marcher dans la puissance de la vie nouvelle en poursuivant le bien et en jugeant le mal. S'il a péché, il doit en être profondément humilié et le confesser, afin de pouvoir jouir à nouveau de la communion avec son Dieu.
 
 
                        3. 2 L’animosité (v. 23-26)
 
            Sous la Loi, celui qui présentait une offrande sur l'autel pouvait ne pas comprendre ce que signifiait exactement l'autel. Mais, si nous en avons saisi la portée, nous ne pouvons pas y venir sans être en règle avec Dieu et, par conséquent, avec notre frère. L'autel était, comme la croix, le lieu de rencontre du Dieu juste et saint avec le pécheur. L'autel d'airain parlait de la croix où Christ a subi le jugement de Dieu contre le péché ; c'est pourquoi on ne peut s'en approcher avec du mal non jugé.
            Si l'on était coupable à l'égard de son frère, il fallait laisser son offrande devant l'autel et aller se réconcilier avec lui, puis présenter son offrande (v. 23-24). Il en est de même relativement à la table du Seigneur qui nous rappelle que Lui, la sainte Victime, a subi le jugement de Dieu à notre place, afin que nous puissions nous approcher de Lui pour l'adorer. On ne peut donc venir à cette Table avec du péché non jugé. Si deux frères réalisent la valeur du mémorial de la mort du Seigneur, ils ne peuvent y participer en nourrissant dans leur cœur des sentiments d’animosité l'un contre l'autre. Il est dit : « Laisse là ton offrande devant l'autel et va d'abord te réconcilier avec ton frère ».
            Après s’être réconcilié, l'adorateur devait revenir et présenter son offrande, car il ne devait pas priver Dieu de ce qui lui était voué. De même, la Parole dit : « Mais que chacun s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe » (1 Cor. 11 : 28). Il ne faut pas s'abstenir de rompre le pain pour échapper à la nécessité de se juger soi-même ou parce qu’on s’estime trop indigne de prendre la cène.
            On ne peut pas prétendre prouver son amour pour Dieu en lui présentant une offrande, si l'on a dans le cœur de la colère contre son prochain, même une colère sans cause véritable (v. 22). Si mon frère est en colère contre moi, j'ai sans doute une part de responsabilité, et je dois aller vers lui pour régler nos relations : « vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant les uns aux autres » (Col. 3 : 13).
 
            Au chapitre 18, le Seigneur nous enseigne que c'est celui à qui l'on a fait tort qui doit aller auprès de son frère pour le gagner, parce qu'il s'agit là de la sollicitude que nous devons porter à nos frères (v. 15-17). Dans le chapitre 5, il s'agit d'un acte de reconnaissance et d’adoration qui ne peut s'accomplir sans qu’on soit réconcilié avec celui envers lequel on peut avoir manqué.
 
            Les versets 25 à 26 présentent la condition du peuple juif lorsque le Seigneur était au milieu d'eux. Usant de patience envers son peuple, Dieu l'invitait à se mettre d'accord avec Lui, sa « partie adverse » à cause du péché de la nation juive. Dieu n'a jamais été l'ennemi de l'homme et Il n’a pas besoin de se réconcilier avec le pécheur ; mais le péché a établi une barrière entre l'homme et Lui. Pour échapper à son jugement, l'homme doit s'humilier devant Lui et saisir sa grâce.
            Le peuple d'Israël n'a pas profité de ces années où la grâce lui était donnée par la présence du Messie venu en amour pour le réconcilier avec Dieu. Ce temps a duré jusqu'à ce qu'il ait définitivement rejeté le Seigneur et le témoignage du Saint Esprit rendu par le ministère de Pierre. Aussi Dieu est-Il devenu son juge et Il l'a « jeté en prison ». C'est là qu'il se trouve actuellement, parmi les nations, jusqu'au moment où le cri retentira que « son temps de détresse est accompli, que son iniquité est acquittée » (Es. 40 : 1- 2).
 
 
                        3.3 La convoitise (v. 27-30)
 
            Après le péché manifesté par la violence (v. 21-26), vient le péché sous son caractère de corruption (Gen. 6 : 11). Les péchés mentionnés ici sont maintenant « banalisés » d'une façon épouvantable dans le monde où nous vivons ; on ne leur reconnaît plus le caractère de mal. Ils s'étalent partout sous nos yeux et à nos oreilles. Il est difficile de ne pas « voir » et de ne pas « entendre »; mais il ne faut ni « regarder » ni « écouter ». Un regard, un peu d'attention portée à ce que l'on voit, provoquent la convoitise... (Jac. 1 : 14-15). Veillons (1 Pier. 5 : 8-9). La puissance de Dieu nous garde, mais de notre côté il faut la foi (1 Pier.1 : 5).
            La convoitise est mentionnée dans le dernier commandement (Ex. 20 : 17), le seul qui soit rappelé en Rom. 7 : 7, comme pour montrer la source du mal en nous.
            Le Seigneur nous donne des ressources ; les versets 29 et 30 s'adressent à chacun personnellement. Ils ne sont pas à prendre au sens littéral, mais au sens spirituel ; ils parlent du jugement de nous-mêmes, du jugement de la chair en nous (Rom. 6 : 11 ; Col. 3 : 5-11). Les mauvaises pensées qui montent dans nos cœurs doivent être jugées et chassées aussitôt.
            Le souvenir que nous sommes rachetés et sanctifiés par le sang du Seigneur Jésus nous aide aussi (Lév. 14 : 14 ;  Ex. 29 : 12). Il faut encore que notre cœur soit rempli du Seigneur et de ses enseignements, de façon qu'il n'y ait pas de place pour la convoitise. Enfin, le Saint Esprit, puissance nécessaire pour la sanctification, doit agir librement en nous ; ne l'attristons pas en négligeant les enseignements de la Parole et en nous conduisant avec insouciance (Eph. 4 : 30).
            Les personnes non croyantes peuvent être délivrées de ces péchés également, quand elles croient au Seigneur (1 Cor. 6 : 9-11). La grâce de Dieu est prête à délivrer celui qui se repent.
            Comme lorsqu'Il parle de la violence, le Seigneur prend le mal à sa source : « Quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » (v. 28). Nous avons à être extrêmement vigilants pour que nos pensées ne soient pas faussées sur ces sujets, à ne pas nous laisser souiller ou entraîner par la tentation, car le diable s'acharne à nous tenter.
            « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il est avantageux pour toi qu'un de tes membres périsse et que ton corps tout entier ne soit pas jeté dans la géhenne » (v. 29). Le Seigneur veut que nous jugions le mal à sa racine, afin que nous n'arrivions pas à ces conséquences extrêmes. C'est un avertissement solennel pour tous. La convoitise, présente dans le cœur naturel de tout homme,  y a été introduite dès la chute dans son triple caractère : « La femme vit que l’arbre était bon à manger, et qu’il était un plaisir pour les yeux, et que l’arbre était désirable pour rendre intelligent » (Gen. 3 : 6). C’est ce que l’apôtre Jean appelle « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie » (1 Jean 2 : 16). Pour nous délivrer d'une telle nature, Christ a dû mourir et nous sommes morts avec Lui ; aussi devons-nous nous considérer « comme morts au péché mais comme vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rom. 6 : 11). En étant occupés de Lui, nous sommes pratiquement délivrés des mouvements de notre vieille nature ; au lieu d'avoir les yeux arrêtés sur les divers objets de ce monde qui suscitent la convoitise, nos regards sont « fixés sur Jésus le chef de la foi et celui qui la mène à l’accomplissement » (Héb. 12 : 2).
            Comme l'œil, la main droite peut nous faire broncher dans nos activités. Si elle est sous le contrôle de l'Esprit Saint, nous pouvons employer toutes ses facultés à la pratique du bien ; sinon, quelque utile et même indispensable qu'elle paraisse, il faut la couper et la jeter loin de soi.
            Que le Seigneur nous enseigne l’application spirituelle que nous avons à faire de telles déclarations car il s'agit dans ces deux exemples de membres moraux qui doivent être jugés pratiquement. Il faut réaliser le renoncement à soi-même, ne plus vivre pour satisfaire la chair, en veillant particulièrement à ne pas laisser agir certains penchants naturels comme la colère, l’animosité, les pulsions sexuelles, l’avarice et l’hypocrisie qui nous entraînent facilement à pécher.
 
 
                        3.4 Le divorce (v. 31-32)
 
            Jésus cite le premier verset de Deutéronome 24 concernant le divorce. Il montrera au chapitre 19 que cette tolérance avait été donnée par Moïse « à cause de leur dureté de cœur », en rappelant qu' « au commencement, il n'en était pas ainsi » (v. 8). La répudiation est opposée à la volonté de Dieu (Mal. 2 : 16).
            Le Seigneur établit ici l’indissolubilité du mariage. Si celui-ci est aujourd’hui largement méprisé, profané et abandonné, soyons très attentifs à ce que l'esprit du monde ne pénètre pas parmi nous, chrétiens. « Que le mariage soit tenu en honneur à tous égards » (Héb. 13 : 4).
 
 
 
4- Une conduite digne du Père céleste : v. 33-48
 
                        4. 1 Le serment (v. 33-37)
 
            La Loi autorisait les serments et les vœux (Nom. 30 : 1-3) ; le Seigneur la cite, mais présente en contraste sa propre parole. Dans toute la vie courante, la parole du croyant doit être vraie sans qu'il soit nécessaire de la renforcer par quelque formule. Pas de légèreté, pas de mensonge, pas d'approximation. Peut-on compter sur notre parole, sauf exceptionnellement par erreur ou par oubli ? Le chrétien parle en présence de Dieu qui entend tout. Il ne jure pas (Jac. 5 : 12). Il doit « parler la vérité » ( Eph. 4 : 25). Toutefois lorsque les autorités administratives ou judiciaires lui demandent de prêter serment, il a à le faire, par soumission à ces autorités (Rom. 13 : 1-2 ; Tite 3 : 1).
 
 
                        4. 2 Le bien pour le mal, et non la vengeance (v. 38-42)
 
            Le verset 38 cite Exode 21 : 23-24. La vengeance est naturelle au cœur de l'homme, découlant notamment du sentiment de sa propre importance. Mais nous avons les enseignements de Rom. 12 : 16-17 : « Ne rendez à personne mal pour mal » notamment, et l'exemple du Seigneur en 1 Pier. 2 : 21-24 « qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas l’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » ; puis il est ajouté que « Lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois afin qu’étant morts aux péchés, nous vivions pour la justice ». Le Seigneur n’a pas exercé la vengeance sur nous qui l’avions offensé mais il a payé le prix de l'expiation de nos péchés en donnant sa vie.
            Le Seigneur envisage ici les cas de méchanceté (v. 39), d'injustice sans pitié (v. 40), de contrainte injustifiée (v. 41), et de demande de secours matériel (v. 42). Le support, le renoncement, la générosité d’un cœur ouvert seront les réponses de celui qui suivra ainsi l’exemple de son Maître. Ne s’est-Il pas laissé dépouiller de tout ? (Jean 19 : 24).
 
 
                        4. 3 L’amour pour la haine (v. 43-48)
 
             Aimer son prochain comme soi-même est bien impossible à l’homme ! Que dire alors de ce précepte : « Aimez vos ennemis » (v. 44a) ? Le Seigneur Jésus, qui nous le demande, l’a fait. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23 : 34), a-t-Il dit en faveur de ceux qui lui ont « rendu la haine » pour son amour (Ps. 109 : 5). Le chrétien ne considère personne comme son ennemi, bien que le monde puisse le traiter en ennemi (Jean 15 : 18-21 ; Rom. 12 : 20 ; 1 Cor. 4 : 12). Vivre pratiquement ainsi, c'est en effet porter l'un des caractères de notre Père qui aime tous les hommes et manifeste sa bonté envers tous, sans distinction (v. 45 ; Act. 14 : 17).
            « Priez pour ceux qui vous persécutent » (v. 44b). L’amour réellement manifesté envers quelqu’un qui nous fait du tort se mesure à la manière dont nous prions pour lui.
            « Ne sois pas surmonté par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rom. 12 : 21). C'est ce que le Seigneur enseigne ici. La première partie, négative, ne suffit pas ; il faut aussi réaliser la deuxième partie, et y ajouter l'amour. Ne laissons pas agir la vieille nature, mais agissons selon la nouvelle nature, tournée vers le bien. Soyons occupés du bien de façon habituelle.
            Entre frères, il peut être, parfois, bien difficile de ne pas avoir de mauvais sentiments. Le Seigneur nous enseigne ici à prier pour celui contre qui l'on pourrait avoir de pareilles pensées. Et l'on vérifie en pratique que prier de cette façon change nos dispositions. Nous avons besoin également que la puissance de l'Esprit de Dieu agisse en nous. Souvenons-nous de l'amour de Dieu (Eph. 4 : 32 ; 5 : 1). Demeurons constamment dans la communion du Seigneur pour vivre comme Il a vécu. Nous ressentons le mal, ou le tort qui nous est fait, mais nous ne devons pas réagir selon la chair. Dans le cas d'une personne non convertie, apprenons à voir en elle le besoin du Sauveur.
 
                       
            Les derniers versets du chapitre ont parlé de nos relations avec les hommes qui nous entourent, relations caractérisées par l’absence de vengeance (38-42) et l’amour (43-47). Ces questions peuvent paraître moins graves que les précédentes, mais le but à atteindre est très élevé : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (v. 48). Toutefois, ici, la révélation de ce qu'est « le Père » n'est pas encore complète. Le Seigneur la donnera pleinement à Marie après sa résurrection en lui enjoignant : « Va vers mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20 : 17).