Méditations suivies : Le service de Jérémie, le prophète (4)

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LE SERVICE DE JEREMIE, LE PROPHETE (4)
 

 6- La persévérance de Jérémie
 7- Le choix de Jérémie et celui du peuple
 
 
6- La persévérance de Jérémie :  
 
                                            
            Au cours de ces longues et douloureuses années, Jérémie n'a jamais abandonné la lutte. Il est très remarquable de constater qu'il ne s'est pas lassé dans son ministère pourtant si difficile. Jusqu'au bout, il a été fidèle à son Dieu, et à son appel de prophète ; fidèle à son peuple rebelle, pauvre et dans la détresse.
 
 
                        6.1 : Le service humble et persévérant du prophète
 
               Cette persévérance de Jérémie est résumée en quelques mots : « Je ne me suis pas hâté de cesser d'être pasteur en te suivant » (Jér. 17 : 16).
            Les habitants de Juda et même leurs chefs disaient : « Où est la parole de l'Eternel ? Qu'elle vienne donc ! » (17 : 15). Ils ressemblaient à ces moqueurs de notre temps dont parle Pierre : « Où est la promesse de sa venue ? Car, depuis que les pères se sont endormis, toutes choses demeurent au même état dès le commencement de la création » (2 Pier. 3 : 4). Nous savons pourtant que le Seigneur Jésus reviendra, d'abord pour enlever les siens, puis pour juger la terre. Jérémie affirmait dans le verset 16 : « Je n'ai pas désiré le mauvais jour ». Il ne souhaitait pas, comme Jonas, l'accomplissement de sa prophétie afin d'avoir raison ; humblement, il persévérait dans ce service de pasteur et de prophète en suivant Celui qui serait plus grand que lui, plus grand que Jonas, le vrai Serviteur dont il est dit qu' « il ne se lassera pas, et il ne se hâtera pas, jusqu'à ce qu'il ait établi le juste jugement sur la terre » (Es. 42 : 4).
 
            Paul écrivait aux Corinthiens, au sujet desquels il avait tant souffert : « Ayant ce ministère comme ayant obtenu miséricorde, nous ne nous lassons point » (2 Cor. 4 : 1). Dans le sentiment de la grâce qui lui avait été faite d'être serviteur du Seigneur, l'apôtre persévérait. Il ajoute : « Nous ne nous lassons point ; mais si même notre homme extérieur dépérit, toutefois l'homme intérieur est renouvelé de jour en jour... nos regards n'étant pas fixés sur les choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas » (v. 16-18). Le renouvellement intérieur, chaque jour, est indispensable pour persévérer. Il importe que nos regards ne s'attardent pas sur les épreuves terrestres, mais se dirigent au-delà, sur les choses invisibles qui sont éternelles.
 
            Comme l'apôtre, le prophète, nous a laissé ce témoignage de la persévérance, qui, aujourd'hui encore, ne se lasse pas parce que les yeux sont fixés, par la foi, sur Celui qui « à cause de la joie qui était devant lui... a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même » ; seule une telle contemplation fera que nous ne serons pas las, étant découragés dans nos âmes (Héb. 12 : 3).
 
           
                        6.2 : Baruc, le scribe, un ami fidèle (Jér. 36 : 1-22)
 
            Le chapitre 36 du livre de Jérémie se situe entre la quatrième et la cinquième année du règne de Jéhoïakim, fils de Josias, roi de Juda. L'armée de Nebucadnetsar avait déjà envahi le pays. Une première déportation avait eu lieu emmenant Daniel et ses compagnons (Dan. 1 : 1-4) ; une partie des ustensiles du temple avait été enlevée. Toutefois,  le roi lui-même demeurait encore à Jérusalem et son règne devait se prolonger quelques années.
 
            Les prophéties de Jérémie, proclamées depuis vingt-trois ans, n'avaient pas été écoutées. L'Eternel l'amène à écrire « toutes les paroles que je t'ai dites contre Israël et contre Juda, et contre toutes les nations, depuis le jour que je t'ai parlé, depuis les jours de Josias et jusqu'à ce jour » (36 : 2). Peut-être Juda écouterait-il en entendant la lecture de ces avertissements.
            Le prophète lui-même dictait toutes les paroles de l'Eternel à son ami Baruc, qui les écrivait avec de l'encre sur un rouleau. Ce fut un long travail, puisque le livre ne fut lu aux oreilles du peuple qu'en la cinquième année de Jéhoïakim, au neuvième mois (v. 9). On peut se représenter les deux hommes dans la maison où se trouvait Jérémie : le prophète, sous la conduite de l'Esprit de Dieu, dictant soigneusement les paroles de l'Eternel, tandis que Baruc les écrivait avec application sur le rouleau. L'un et l'autre n'étaient-ils pas conscients de transmettre à ceux qui les liraient les paroles mêmes de Dieu ?
 
            Devant la gravité des circonstances, au neuvième mois de la cinquième année du règne de Jéhoïakim, on proclama un jeûne devant l'Eternel. Tout le peuple de Juda vint à Jérusalem et se mêla à ses habitants. Baruc est alors conduit à profiter de l'occasion pour lire les paroles de Jérémie « dans la maison de l'Eternel, dans la chambre de Guémaria, fils de Shaphan, le scribe … à l'entrée de la porte neuve de la maison de l'Eternel, aux oreilles de tout le peuple » (v. 10).
            Shaphan avait, avec Hilkija, retrouvé le livre de la loi lors des réparations du temple. Guémaria, fils de Shaphan, semble avoir marché sur les traces de piété de son père (v. 25). Son propre fils, Michée, entend Baruc lire toutes les paroles de l'Eternel. Il en est tellement impressionné qu'il descend dans la chambre du scribe où les princes étaient rassemblés et leur rapporte tout ce qu'il avait entendu (v. 13). N'est-ce pas un bel exemple pour des jeunes qui assistent à des réunions, à des prédications sur la Parole de Dieu et ont à coeur d'en transmettre le contenu aux personnes malades, âgées qui ne peuvent plus fréquenter le rassemblement ?  Service caché, mais combien utile et apprécié par ceux qui en bénéficient.
            Les princes envoient chercher Baruc lui-même, avec le rouleau, afin d'entendre de sa propre bouche le texte lu aux oreilles du peuple.
 
            On peut s'étonner que cette lecture des prophéties que Jérémie avait prononcées et répétées pendant tant d'années résonne comme quelque chose de nouveau aux oreilles des princes. Eux-mêmes n'avaient peut-être pas souvent entendu le prophète. Quoi qu'il en soit, on discerne la puissance de la Parole de Dieu écrite. Aujourd'hui encore, on peut annoncer l'évangile, prêcher clairement, mais seule l'Ecriture inspirée est, comme le dit le Seigneur Jésus, « la semence » (Luc 7 v. 11). « La Parole de Dieu est vivante et opérante » (Héb. 4 : 12) ; les princes de Juda en font l'expérience ce jour-là.
            Ils veulent s'assurer de la manière dont le rouleau a été écrit (v. 17). Baruc leur confirme expressément : « De sa bouche, il m'a dicté toutes ces paroles, et moi j'écrivais dans le livre avec de l'encre » (v. 18).
 
            Connaissant le caractère difficile de leur roi, les princes engagent Jérémie et son ami à se cacher. Eux-mêmes se rendent chez Jéhoïakim, mais sans le rouleau, qu'ils déposent dans la chambre du scribe. Le roi désire entendre la lecture des paroles du prophète. Jéhudi va chercher le rouleau et le lit « aux oreilles de tous les princes qui se tenaient là près du roi : et le roi était assis dans la maison d'hiver, au neuvième mois ; et le brasier brûlait devant lui » (v. 19-22). La scène ne manque pas de grandeur. L'effroi se dessine sur les visages : ils ne connaissaient que trop, pour l'avoir déjà éprouvée, la puissance terrible du roi du nord qui allait fondre sur le pays.
 
           
                        6.3 : La destruction du rouleau (Jér. 36 : 23-26)  
 
            A peine Jéhudi a-t-il lu trois ou quatre pages, que Jéhoïakim s'emporte ; avec le canif du scribe, il lacère le rouleau et le jette au feu, jusqu'à ce que tout soit consumé (v. 23). Trois hommes intercèdent auprès de lui, en particulier Guémaria, le fils de Shaphan, pour qu'il ne brûle pas le livre, mais il ne les écoute pas. Au contraire, il veut même faire prendre Jérémie et Baruc, « mais l'Eternel les cacha » (v. 25-26).
            Jéhoïakim n'avait pas écouté Jérémie, lorsque, à plus d'une reprise, il s'adressait à lui. Maintenant, il rejette la Parole inspirée, écrite sur le rouleau, et le détruit. Responsabilité tragique, plus grande encore pour ceux qui, ayant entendu l'évangile de la grâce, le rejettent sciemment. « D'une punition combien plus sévère pensez-vous que sera jugé digne celui qui a foulé aux pieds le Fils de Dieu, et qui a estimé profane le sang de l'alliance..., et qui a outragé l'Esprit de grâce ? » (Héb. 10 : 29).
 
            A travers les siècles, Satan s'est acharné en vain à détruire la Parole ; Dieu a pourvu à ce qu'elle soit conservée, et parvienne jusqu'à nous. A travers tous les désastres d'Israël depuis la destruction de Jérusalem, les livres saints ont été conservés, recopiés, transmis. Aux premiers temps du christianisme, les persécutions acharnées dont les chrétiens ont été l'objet, n'ont pas réussi à faire disparaître tous les exemplaires de l'Ecriture. Au cours des siècles, des copistes fidèles les ont reproduits avec le plus grand soin. A l'époque de la Réformation, la découverte de l'imprimerie a permis une extraordinaire diffusion de l'Ecriture qui, jusque-là, avait été réservée à quelques privilégiés. Mais peu après, que d'acharnement contre tous ceux qui possédaient des Bibles, afin de détruire, et l'Ecriture, et ceux qui la lisaient !
            « Toutefois  la Parole de Dieu n'est pas liée » (2 Tim. 2 : 9). Aujourd'hui, par tous les moyens que Dieu emploie pour sa diffusion, la Bible est plus répandue que jamais. Elle est traduite dans des milliers de langues et de dialectes, en tout ou partie. Des serviteurs dévoués persévèrent dans ce travail. Ainsi Dieu permet que des personnes toujours plus nombreuses soient mises en contact avec sa Parole.
            Satan, en revanche, cherche à discréditer l'Ecriture ; comme en Eden, il jette le doute : « Quoi, Dieu a dit ? » (Gen. 3). La Bible contient la Parole de Dieu, mais elle n'est pas la Parole de Dieu, disent certains théologiens. D'autres introduisent la raison humaine pour prétendre l'expliquer ; les uns retranchent, les autres ajoutent ; d'autres encore déforment, soi-disant expurgent...
            Cependant, Dieu veille sur sa Parole ; Il opère par elle pour le salut des âmes qui la reçoivent avec foi ; elle pourvoit à la nourriture et à l'édification des siens : « Toute écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice... Prêche la parole, insiste en temps et hors de temps, convaincs, reprends, exhorte, avec toute longanimité et doctrine » (2 Tim. 3 : 16 ; 4 : 2). En tout temps, en tout lieu, en toute circonstance, la Parole est à notre disposition. Epée de l'Esprit, feu et marteau, opérant dans les âmes, source de vie, de joie, et de lumière (Eph. 6 : 17 ; Jér. 23 : 29 ; Ps. 119 : 105).
 
 
                        6.4 : Les paroles de l'Eternel à nouveau dictées par Jérémie  (Jér. 36 : 27-32 ; 45)
 
            Combien Jérémie a dû être affecté quand il a appris la destruction du rouleau qui avait coûté tant de peines ! Une fois de plus, son ministère est rejeté. Mais la parole de l'Eternel vient à lui : « Prends-toi encore un autre rouleau, et écris-y toutes les premières paroles qui étaient sur le premier rouleau que Jéhoïakim, roi de Juda, a brûlé » (v. 28).
            Les deux amis se remettent à l'ouvrage ; toutes les paroles du livre détruit sont reproduites ; « et il y fut encore ajouté plusieurs paroles semblables » (v. 32). Le Seigneur Jésus lui-même a dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Marc 13 : 31).
 
            Baruc prenait très à coeur ce qu'il écrivait. Plein de crainte, il n'en dormait pas, et se fatiguait dans sa douleur (45 : 3). Tandis qu'il écrivait, Jérémie s'interrompt un jour dans sa dictée pour lui dire que l'Eternel, le Dieu d'Israël, avait un message particulier à son sujet (v. 2).
            Le jugement arrivera comme l'Eternel l'annonce ; tout sera renversé, tout le pays ; le mal viendra sur toute chair ; « mais je te donnerai ta vie pour butin, dans tous les lieux où tu iras ». Baruc pouvait compter avoir la vie sauve ; et devant les perspectives annoncées, prendre à coeur l'exhortation qui lui était faite : « Tu chercherais pour toi de grandes choses ? Ne les cherche pas » (v. 5).
 
            Nous aussi savons que des jugements terribles atteindront ce monde. Avant leur déchaînement, nous avons l'espérance du retour du Seigneur pour enlever les siens : une consolation plus grande encore que l'encouragement donné à Baruc.
 
 
 
7- Le choix de Jérémie et celui du peuple :
 
 
            A la fin de l'histoire du prophète, deux choix se présentent, l'un à Jérémie, l'autre au peuple :
 
                        - pour Jérémie la possibilité de se rendre à Babylone ou de demeurer dans le pays 
                        - pour le reste du peuple laissé par Nebucadnetsar en Juda, la décision d'y rester ou de redescendre en Egypte.
 
 
                        7.1 : Le choix de Jérémie (39 : 1-14 ; 40 : 1-6)
 
            Après dix-huit mois d'un horrible siège, Sédécias s'enfuit de Jérusalem ; poursuivi par l'armée des Chaldéens, il est atteint avec ses compagnons dans les plaines de Jéricho ; à Ribla, devant Nebucadnetsar, ses fils sont égorgés sous ses propres yeux ; tous les nobles de Juda sont mis à mort ; les yeux de Sédécias sont crevés ; lié avec des chaînes d'airain, il est mené à Babylone. « Et les Chaldéens brûlèrent par le feu la maison du roi et les maisons du peuple, et ils abattirent les murailles de Jérusalem » (v. 8). Le reste de Juda et les transfuges qui s'étaient rendus aux armées de Nebucadnetsar sont déportés à Babylone.
 
            Nebucadnetsar avait donné des ordres particuliers au sujet de Jérémie : avoir les yeux sur lui, ne lui faire aucun mal, et agir avec lui comme il le désirerait. Le chef des gardes le tire de la cour de la prison ; mais, par une erreur qu'on ne s'explique pas, le prophète se trouve quand même lié de chaînes parmi les captifs qu'on transportait à Babylone.
            Le chef des gardes le découvre et le délivre de ses liens. Il l'engage à venir à Babylone où il aura les yeux sur lui ; « mais, s'il est mauvais à tes yeux de venir avec moi à Babylone, ne viens pas. Regarde, toute la terre est devant toi : va où il est bon et droit à tes yeux d'aller » (40 : 4).
 
 
            Voilà donc Jérémie, vers la fin de sa carrière – il devait avoir au moins soixante ans                   – placé devant ce choix :
                        - aller à Babylone, où il bénéficiera des faveurs du roi, où il retrouvera ses amis, Daniel, Ezéchiel et d'autres captifs déportés précédemment ; il y jouira d'une fin de vie relativement tranquille.
                        - rester avec les pauvres du pays que le roi laisse en Palestine, et exercer, au milieu d'eux, un ministère qui ne trouvera peut-être pas meilleur accueil que ses prophéties précédentes, mais apportera quand même, de la part de l'Eternel, un dernier soutien à ces débris d'Israël.
 
 
            La Parole nous parle de plusieurs choix :
                        - le choix de Lot : Abraham propose à Lot de choisir le premier, lui-même se contentant du territoire que son neveu ne prendrait pas ; alors Lot, au lieu de laisser son oncle décider d'abord, jette les yeux sur la plaine de Sodome ; nous connaissons la suite de sa triste histoire (Gen. 13 : 5-13).
                        - le choix de Moïse : l'épître aux Hébreux confirme que, par la foi, « Moïse… refusa d'être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d'être dans l'affliction avec le peuple de Dieu que de jouir pour un temps des délices du péché » (Héb. 11 : 25).
                        - le choix de Salomon : au lieu de la gloire et de la richesse, le roi demande la sagesse nécessaire pour remplir, dans l'intérêt du peuple, la fonction que Dieu lui a confiée (2 Chr. 1 : 7-12).
                        - le choix de Marie : elle « a choisi la bonne part qui ne lui sera pas ôtée », la place aux pieds de Jésus (Luc 10 : 38-42).
 
            Dans la vie de tout chrétien se présentent bien des choix ; les uns plus importants que d'autres. Comme nous venons de le voir, Nébuzaradan dit à Jérémie : « Regarde, toute la terre est devant toi : va où il est bon et droit à tes yeux d'aller ». N'est-ce pas un peu la même perspective qui s'ouvre devant le jeune homme qui, selon les circonstances, se trouve placé devant le choix d'une profession. A la fin de ses études, diverses possibilités se présentent. Quel est le chemin du Seigneur ?  Ses parents peuvent le conseiller, ou un frère d'expérience lui donner sa pensée ; mais, le jeune croyant est responsable de décider, lui-même avec le Seigneur, dans quel domaine professionnel il s'engage.
            Le choix d'une épouse est encore plus important. Avant d'être engagé dans son coeur, devant les diverses alternatives qui peuvent s'offrir, n'y a-t-il pas lieu, lorsque l'âge de fonder un foyer est venu, de prier, et cela longtemps d'avance, afin que le Seigneur dirige vraiment vers celle dont Il peut dire : « Je lui ferai une aide qui lui corresponde » (Gen. 2 : 18).
            Enfin, quant au lieu de rassemblement, bien des croyants sont placés devant un dilemme semblable : rester dans le groupe de chrétiens où ils ont été élevés ou bien, à la lumière de la Parole de Dieu discerner où le Seigneur veut conduire ses enfants à se retrouver en Sa présence avec les siens. Quel privilège lorsqu'on a la conscience et qu'on acquiert la certitude que c'est bien là que le Seigneur veut rassembler ses rachetés autour de lui !
            De ces trois choix dépendent « les issues de la vie » - choix non de la raison, mais du coeur gardé dans une vraie dépendance du Seigneur, connu comme un Ami fidèle. « Garde ton coeur plus que tout ce que l'on garde, car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4 : 23).
 
            Jérémie reste silencieux : « il ne répondait pas ». Nébuzaradan s'attendait sans doute à le voir accueillir avec reconnaissance l'offre attrayante de s'établir à Babylone. Il conclut de son silence qu'elle n'est pas acceptée, et engage le prophète à se rendre vers Guédalia, ou, lui dit-il, « partout où il sera bon à tes yeux d'aller » (40 : 5). Il lui donne des provisions et un présent, et le renvoie.
            « Jérémie vint vers Guédalia et habita avec lui parmi le peuple qui était de reste dans le pays ». Il préfère être avec les pauvres du peuple de Dieu dans leur misère que de bénéficier des faveurs du roi de Babylone.
            Il n'y a peut-être pas beaucoup d'attraits extérieurs dans le rassemblement où nous nous trouvons, pas beaucoup de dons, ni de contacts fraternels ; mais si le Seigneur  répond à notre attente par Sa présence au milieu des deux ou trois assemblés à son nom (Matt. 18 : 20), n'est-ce pas là qu'il faut rester ou se rendre ? Alors, dans sa dépendance, nous chercherons à y apporter quelques bénédictions spirituelles, plutôt que de nous  plaindre ou de nous laisser aller à la critique toujours si aisée.
 
 
                        7.2 : Le choix du peuple (Jér. 41-44)
 
            Guédalia, fils d'Akhikam, fils de Shaphan avait été établi par Nebucadnetsar, gouverneur des villes de Juda. Ce petit-fils du scribe fut, pendant quelques mois, un bon gouverneur. Les Juifs dispersés dans les pays d'alentour, pleins de confiance, reviennent en Juda ; ils récoltent du vin et des fruits d'été en grande abondance (40 : 12).
 
            Mais la jalousie va tout gâter. Un certain Ismaël, de descendance royale, estimant, sans doute, que lui aurait dû être nommé gouverneur, assassine Guédalia, et met à mort tous ses proches, y compris la garde chaldéenne laissée par le roi de Babylone. Ismaël emmène prisonniers tous les survivants, pour passer vers les fils d'Amon (v. 10). Jokhanan, et les chefs des forces qui étaient avec lui, délivrent les captifs d'Ismaël. Celui-ci s'enfuit chez Baalis, le roi des fils d'Amon et l'instigateur, en fait de ce meurtre. Jokhanan et ceux qu'il a libérés se réfugient temporairement à l'hôtellerie de Kimhan, près de Bethléem, dans le dessein inavoué de se retirer en Egypte, par crainte de la riposte des Chaldéens.
 
            Nous ignorons comment Jérémie se retrouve apparemment dans cette hôtellerie. Jokhanan et ses compagnons lui demandent de prier pour eux, afin que « l'Eternel ton Dieu nous montre le chemin par lequel nous devons marcher, et ce que nous devons faire » (42 : 3). Or ces hommes avaient déjà, dans leur for intérieur, décidé d'aller en Egypte. Tout leur espoir était que Jérémie confirme leur désir secret.
            Le prophète promet de prier l'Eternel : « Et il arrivera que, tout ce que l'Eternel vous répondra, je vous le déclarerai » (v. 4). Eux-mêmes s'engagent à écouter la voix de l'Eternel, quelle que soit sa réponse.
 
            Choisir d'abord, prier ensuite, n'est-ce pas un piège que Satan tend à plus d'un enfant de Dieu ? Tout particulièrement lorsque le coeur est déjà engagé avec une personne qui peut-être ne répond pas du tout à la pensée de Dieu – qu'elle soit inconvertie, ou marche dans un chemin auquel on ne pourrait s'associer, ou encore qu'elle soit un piège qui conduise dans le monde.
            Combien il importe de prendre l'habitude de s'adresser au Seigneur avant d'avoir, intérieurement, jeté son dévolu. Aux heures décisives de la vie, on viendra alors tout naturellement, avant toutes choses, auprès de cet Ami connu depuis longtemps.
 
            La réponse se fait attendre « dix jours » (42 : 7) ; c'est le temps nécessaire pour réfléchir et se rendre compte de l'hypocrisie de la demande du peuple. Jérémie est catégorique : « Si vous continuez à habiter dans ce pays, je vous bâtirai... je vous planterai... Ne craignez point le roi de Babylone... ; car je suis avec vous pour vous sauver ; ... et j'userai de miséricorde envers vous… » (v. 10-12). Si vous allez en Egypte, où vous pensez ne pas voir la guerre, ni la famine, c'est justement là qu'elles vous atteindront. « L'Eternel vous a dit, reste de Juda : N'allez pas en Egypte » (v. 19).
            Le choix à faire est clair, mais comme il n'est pas celui qu'ont déjà fait Jokhanan et ses compagnons, leur réaction ne se fait pas attendre : « C'est un mensonge que tu dis ; l'Eternel, notre Dieu, ne t'a pas envoyé pour nous dire : N'allez point en Egypte pour y séjourner » (43 : 2).
            Les actes suivent les paroles. Jokhanan rassemble tous ceux qui restaient dans le pays, « les hommes forts, et les femmes, et les petits enfants, et les filles du roi, et toutes les âmes que Nebuzaradan avait laissées avec Guédalia » ; ils descendent en Egypte, « car ils n'avaient pas écouté la voix de l'Eternel » (v. 6-7).
 
            Toute sa vie Jérémie avait vu sa prophétie rejetée, ses avertissements méprisés ; cette fois encore, ses objurgations restent sans effet. Pourtant il suit le peuple en Egypte. Même là, l'Eternel lui parle, et dès la fin du chapitre 43 et dans tout le chapitre 44, lui donne des avertissements pour ces malheureux. Tout est vain : « Quant à la parole que tu nous a dite au nom de l'Eternel, nous ne l'écouterons pas, mais nous ferons certainement toute parole qui est sortie de notre bouche » (44 : 16-17).
            Le prophète, rejeté et méprisé comme plus tard le sera son Maître, termine apparemment ses jours dans ce pays d'exil, sans que la Parole nous en ait rapporté les détails. Sa fin est triste, comme l'avait été sa vie solitaire, comme le sera celle de Jean le Baptiseur qui, ayant achevé sa course sera jeté en prison, où il sera décapité (Luc 3 : 20 ; 9 : 9).
 
            Par-dessus tout, de tels serviteurs ont été fidèles, fidèles jusqu'à la mort. Ils ont eu leurs défaillances ; mais au jour des récompenses, quelle couronne ne sera pas la leur, pour avoir, jusqu'au bout, répondu à l'appel que Dieu leur avait adressé dans leur jeunesse.
 
 
            Jérusalem a été détruite ; les murailles abattues ; le temple incendié ; le peuple massacré ou déporté ; l'histoire d'Israël paraît se terminer dans le sang et les larmes.
            Soixante-dix ans plus tard, un résidu remontera à Jérusalem et rebâtira le temple et la muraille. Ses descendants s'enfonceront dans le légalisme et la tradition ; quand le Messie promis viendra au milieu d'eux, ils le rejetteront. Une fois de plus, Jérusalem sera détruite et le peuple dispersé dans le monde. De nos jours, nous voyons « les os secs » - toute la maison d'Israël - se mettre en mouvement, se rapprocher. Toutefois, le souffle de l'Eternel n'est pas encore venu sur eux, tant qu'ils n'auront pas reconnu leur Messie (Ezé. 37).
            Pourtant « ce peuple merveilleux dès ce temps et au-delà, cette nation qui attend, attend, et qui est foulée aux pieds, de laquelle les rivières ont ravagé le pays » a subsisté d'une façon providentielle à travers les âges (Es. 18). Les branches, coupées de l'olivier, seront à nouveau entées. Eux aussi deviendront des objets de miséricorde (Rom. 11 : 16-36).
 
            Au-dessus des désobéissances, des rébellions et des ingratitudes, au-dessus de la misère humaine et des ruines qu'elle accumule, il reste, comme nous l'avons vu à la fin des Lamentations, cette ressource suprême :  « Toi, tu demeures » (Lam. 5 : 19 ; Héb. 1 : 11).
 
 
                         
                                                         D'après « Jérémie, le prophète » de G. André