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L’ÉPÎTRE A PHILÉMON (3)


PHILÉMON 8-22 – Intercession en faveur d’Onésime
            - Contexte de l’intercession (v. 8-9)
            - Objet de l’intercession (v. 10-12)
            - Raisons du renvoi d’Onésime (v. 13-16)
            - Demande de Paul à Philémon : recevoir Onésime comme un frère (v. 17)
            - Prise en charge par l’apôtre des dettes éventuelles d’Onésime (v. 18-20)
            - Confiance de Paul dans l’obéissance de Philémon (v. 21)
            - Demande de logement (v. 22)
 

PHILÉMON 8-22 – Intercession en faveur d’Onésime

                        - Contexte de l’intercession (v. 8-9)

            L’atmosphère d’amour et de joie qui marque leurs relations donne toute liberté à Paul pour présenter sa demande à Philémon.
            Nous pouvons obéir de deux manières :
                    – par contrainte, en nous conformant à une autorité qui s’impose à nous, si cette autorité est établie par Christ,
                    – par amour, en acceptant librement le désir de celui qui nous sollicite.

            Ici, d’une part, Paul évoque ses droits légitimes à commander (il possédait de la part du Seigneur une autorité apostolique (1 Tim. 1 : 1) et Philémon avait été probablement converti par son moyen (« Tu te dois toi-même aussi à moi », dit Paul au verset 19).
            D’autre part, l’apôtre met de côté sa position officielle pour se présenter tel qu’il est, un vieillard prisonnier : belle illustration de cet amour qui « ne s’enfle pas d’orgueil » (1 Cor. 13 : 4). L’humilité de l’amour est la première qualité requise pour gagner le cœur de nos frères et pour produire chez eux des sentiments en accord avec ceux du Seigneur, qui les rendront capables d’agir comme Christ.
            Paul avait probablement à l’époque à peine 60 ans ; mais il était marqué et prématurément vieilli par le labeur et le service pour son Seigneur (voir 2 Cor. 11).
            De plus, il était en prison à cause de Jésus Christ. Il emploie la même expression qu’au début de la lettre : « prisonnier de Jésus Christ », mettant en évidence sa soumission à la volonté de Dieu et les souffrances qu’il endurait. Comment Philémon aurait-il pu être insensible aux prières de celui qui se présente ainsi dans sa faiblesse ?
            Derrière les lignes de l’apôtre, se discerne la pensée du Seigneur qui ne veut pas nous contraindre, mais attend de nous un engagement de cœur et une consécration volontaire.

                        - Objet de l’intercession (v. 10-12)

            Paul parle ensuite d’Onésime qu’il renvoie à son maître (v. 10). Notre conversion ne nous dispense pas de nos devoirs vis-à-vis des lois du monde. Dans la mesure du possible, le nouveau converti doit réparer les torts qu’il a pu commettre avant sa conversion. Ici, il était donc selon Dieu qu’Onésime retourne vers son maître.
            Par ailleurs, Paul est sous la grâce et affranchi de la loi. En renvoyant Onésime, il contrevient directement à un commandement de la loi : « Tu ne livreras point à son maître le serviteur qui se sera sauvé chez toi d’auprès de son maître ; il habitera avec toi » (Deut. 23 : 15). Cette disposition de la loi prenait en compte la méchanceté du cœur de l’homme, spécialement lorsqu’il a une position d’autorité (Prov. 26 : 10), et évitait une vengeance cruelle. Mais la grâce venue en Jésus Christ a tout changé : la vie nouvelle dans le chrétien le rend capable d’agir selon cet amour qui « ne cherche pas son propre intérêt » mais qui « est plein de bonté » (1 Cor. 13 : 4-5).
            On comprend alors combien le témoignage positif de l’amour de Philémon (v. 4-7) rendait Paul tout à fait libre de renvoyer Onésime. Il a donc agi sans texte formel pour lui dicter sa conduite dans une circonstance semblable, mais selon l’intelligence du coeur et aussi selon sa compréhension de l’autre. L’amour rend ingénieux, dit-on. On voudrait parfois transformer la Parole en code où l’on trouverait toutes les instructions pour toutes les circonstances. Or elle nous donne plutôt des principes directeurs généraux que des injonctions de détail.
            Marie de Béthanie (Jean 12. 1-3) et les douze princes d’Israël (Nom. 7) ont eux aussi agi sans indication formelle.

                        - Raisons du renvoi d’Onésime (v. 13-16)

            Un profond attachement liait Paul et Onésime, mais l’apôtre donne ici à Philémon les raisons pour lesquelles il lui renvoie son esclave converti.
            L’apôtre était sans doute d’autant plus heureux de la conversion de cet esclave qu’il était privé par sa captivité du service actif de l’évangile. On peut mesurer la solidité du lien qui existe entre un croyant et celui qui a été amené au Seigneur par son moyen au travers de l’expression : « mon enfant », qui revient souvent sous la plume de l’apôtre, soit pour des individus : Timothée (1 Tim. 1. 2), Tite (Tite 1. 4), soit pour des assemblées : les Corinthiens (1 Cor. 4. 14), les Galates (Gal. 4. 19), les Thessaloniciens (1 Thes. 2. 7).. Cette métaphore expressive évoque tous les soins, les affections et les peines prises par un croyant pour celui ou ceux dont le Seigneur lui a confié la charge.
            Pour marquer clairement le changement opéré chez Onésime, Paul fait un jeu de mots sur son nom qui signifie « utile » ou « profitable » (v. 11) : alors que cet esclave semblait bien mal porter son nom autrefois, désormais il est « utile ». Il avait déjà commencé à servir le Seigneur en étant pour Paul une joie dans sa prison.
            L’apôtre aurait voulu – et il aurait pu – retenir Onésime auprès de lui afin qu’il le serve en lieu et place de Philémon, mais il laisse son ami agir selon sa conscience, sa foi et son amour. Il ne lui commande rien. Dieu ne nous contraint pas aux bonnes œuvres, mais Il attend un mouvement volontaire de notre cœur : « Que chacun fasse selon qu’il se l’est proposé dans son cœur, non à regret, ou par contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Cor. 9 : 7).
            Toutefois, Paul ne manque pas de souligner le sacrifice qu’il fait en renvoyant Onésime (v. 13). Une fois encore, il met tout en lumière et ne cache rien, même de ses propres sentiments.
            Avec humilité, l’apôtre suggère une interprétation des circonstances, sans être affirmatif : « c’est peut-être pour cela qu’il a été séparé de toi » (v. 15). Il a la délicatesse de ne pas imposer sa pensée à Philémon.
            Dans le livre d’Esther, Mardochée manifeste un tel caractère d’humilité et de douceur, sans être catégorique, lorsqu’il dit : « Qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté » (4 : 14).
            Nous affirmons parfois trop vite que telle chose est arrivée dans tel but. Or nous devrions être d’autant moins affirmatifs que nous sommes impliqués dans les circonstances dont nous cherchons l’interprétation. Ultérieurement, avec du recul, la leçon nous apparaîtra plus clairement.
            Par ailleurs, nous avons souvent une façon un peu personnelle et égoïste d’interpréter les événements en y cherchant notre avantage immédiat, sans examiner d’abord la question devant le Seigneur. Nous pensons parfois avoir des droits dont le Seigneur doit tenir compte ; or ce n’est pas toujours le cas…
            La délicatesse de Paul transparaît aussi dans la façon dont il évoque la fuite d’Onésime : « il a été séparé de toi ». Le verbe « s’enfuir » aurait pu vexer Philémon, tandis que l’expression utilisée suggère que Dieu a permis tous ces événements pour produire du bien à la fin, tant pour le maître que pour son serviteur (voir Gen. 45 : 5).
            Enfin Paul présente les nouvelles relations dans lesquelles Philémon et Onésime vont se trouver. Jusque là, elles étaient « dans la chair » : contrairement à ce qu’on imagine souvent, certains esclaves étaient l’objet d’affection de la part de leur maître et l’apôtre reconnaît ces liens qui ont encore leur place. Mais désormais s’y ajoute ce titre de « frère bien-aimé » qui évoque les liens éternels établis « dans le Seigneur » entre ceux qui sont l’objet du même amour divin. Ainsi le christianisme n’abolit pas les institutions sociales, mais il permet de les vivre dans un autre esprit et il introduit un nouvel ordre de choses dans lequel « il n’y a ni esclave, ni homme libre, car vous tous vous êtes un dans le christ Jésus » (Gal. 3 : 28).

                        - Demande de Paul à Philémon : recevoir Onésime comme un frère (v. 17)

            Paul résume maintenant son intercession en faveur d’Onésime. Il se base sur la communion établie entre Philémon et lui (comp. v. 6). Il ne le commande pas et l’impératif « reçois-le » a été annoncé et modulé par le « je te prie » (v. 9). Cette lettre n’était pas commode à écrire, car Paul ne savait pas de façon sûre dans quel état d’esprit se trouvait Philémon. Aussi use-t-il, dans cette lettre de recommandation, de tous les ménagements nécessaires que lui dicte l’amour pour ne pas froisser son frère, en particulier en ne lui imposant rien. Paul a ainsi l’humilité de donner à Philémon la première place dans leur relation.
            De plus, Paul, qui sait pertinemment qu’il aurait été reçu à bras ouverts par Philémon, lui demande de recevoir son esclave comme lui-même. C’est une indication pour nous à éviter le favoritisme, quel que soit le passé ou la condition sociale présente de nos frères (Jac 2 : 1-9).

                        - Prise en charge par l’apôtre des dettes éventuelles d’Onésime (v. 18-20)

            Paul pense bien qu’Onésime lui a parlé à cœur ouvert de sa fuite, avec tout ce qu’elle comportait. Mais, en connaisseur expérimenté de la nature humaine, il sait que cet esclave pouvait malgré tout avoir fait du tort à Philémon, même sans s’en rendre compte. D’après la tournure de la phrase : « si », il ne semble pas qu’il faille déduire du verset 18 qu’Onésime ait commis un vol. Paul ne fait qu’examiner cette hypothèse.
            L’apôtre sait aussi que les questions matérielles et financières ont plus d’importance qu’on ne le croit dans les relations fraternelles et qu’elles sont souvent à l’origine de troubles et de dissensions. Alors, dans le souci de ne rien laisser dans l’obscurité, il aborde la question, toujours avec la même franchise (v. 18-19). Pour en montrer l’importance et le sérieux, il s’engage par une mention manuscrite personnelle. Seuls les mots « moi, je payerai » sont de la main de Paul. L’apôtre n’écrivait généralement pas ses épîtres lui-même, mais les dictait à un secrétaire (voir Rom. 16 : 22). Seule l’épître aux Galates est entièrement écrite de sa main (Gal. 6. 11).   
            Il nous arrive de prononcer des paroles ou des promesses en l’air, mais imitons l’apôtre qui va jusqu’au bout de ses engagements.
            Avec délicatesse, Paul fait allusion à la dette que Philémon a envers lui sur le plan spirituel (v. 19b) ! Ce n’est pas une contrainte, mais le doux rappel de ce qu’il doit au ministère apostolique de Paul (Rom. 15 : 27).
            Ainsi, d’un côté, Paul s’engage à réparer le tort éventuel d’Onésime et d’un autre côté, il désire tirer un profit de Philémon. Il s’agit d’un nouveau jeu de mots sur le sens du nom Onésime : Paul tirera un profit personnel de cet esclave qui sera maintenant profitable à son maître. Il semble que Paul veuille détendre l’atmosphère en jouant ainsi sur les mots, avec un humour subtil mais réel (comp. v. 11). En effet, si ce dernier accueille favorablement Onésime, ce sera un rafraîchissement pour Paul qui s’oublie pour les autres ! Il pourra réaliser la parole du Seigneur qu’il rappelait aux anciens d’Éphèse, quelques années auparavant : « Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Act. 20 : 35).

                        - Confiance de Paul dans l’obéissance de Philémon (v. 21)

            Paul a confiance en son frère : « C’est pleinement assuré de ton obéissance que je t’écris ». Philémon est pieux et fidèle et il obéira – non pas à l’apôtre, qui s’est contenté de le prier, mais à son Seigneur. Faisons confiance à nos frères et sœurs et surtout au travail de l’Esprit dans les cœurs. « L’amour espère tout, croit tout » (1 Cor. 13 : 7).
            La fin du verset 21  : « je sais que tu feras même plus que je ne dis » est sans doute une très délicate allusion à un éventuel affranchissement d’Onésime. Paul a déjà demandé qu’Onésime soit reçu par Philémon « au-dessus d’un esclave », « comme un frère bien-aimé » (v. 16), comme l’apôtre lui-même (v. 17), et que les éventuelles dettes soient mises sur le compte de l’apôtre (v. 18-19). Et ici, le fait que Paul ne précise pas davantage sa pensée, mais dise simplement « tu feras même plus », est une nouvelle preuve de son tact. Le christianisme n’a pas accompli de révolution sociale à ses débuts, mais il a eu une influence indéniable en ce qu’il a opéré dans les cœurs sans contrainte.

                        - Demande de logement (v. 22)

            Paul vient d’ouvrir son cœur à Philémon en intercédant en faveur d’Onésime. Il peut encore, avec la même liberté de l’amour, mais aussi avec son autorité apostolique, faire la demande d’un logement pour un prochain séjour. Il espère en effet être bientôt libéré et pouvoir visiter les Colossiens. Il compte pour cela sur les prières de ses frères et sœurs, tout en restant soumis à la volonté de Dieu.
            La confiance de l'apôtre en son frère (v. 21) pourrait-elle être déçue lors de cette visite qu'il envisage de faire ? Ce projet est donc un motif de plus pour Philémon d'agir conformément à la demande de Paul.

            Deux beaux services étaient donc requis ici des frères et sœurs de l’assemblée à Colosses :
                    - l’hospitalité ; plusieurs autres passages du Nouveau Testament nous exhortent à être nous-mêmes hospitaliers : Rom. 12 : 13 ; Héb. 13 : 2 ; 1 Pier. 4 : 9.
                    - la prière pour les serviteurs du Seigneur ; sachons prier pour les situations difficiles que peuvent connaître ceux que Dieu a envoyés dans le champ de la moisson.

            Dans les épîtres de sa captivité, l'apôtre met en exergue l'importance des prières des saints (voir Eph. 6 : 18-19 ; Col. 4 : 3). L'épître aux Hébreux nous exhorte à nous « souvenir des prisonniers » (13 : 3). C'est dire la valeur et l'efficacité que peuvent avoir les intercessions ferventes d'une assemblée en faveur d'un croyant persécuté ou d'un serviteur (Act. 12 : 5).


D'après « Sondez les Ecritures » (vol. 9) et divers autres commentaires