Le premier livre de Samuel (18-21)

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LE PREMIER LIVRE DE SAMUEL (18-21)

 

DAVID POURCHASSÉ


CHAPITRE 18
            David, objet d'amour et de haine
CHAPITRE 19
            David en fuite
CHAPITRE 20
           Le serment entre David et Jonathan
CHAPITRE 21
            David à Nob et à Gath

 

CHAPITRE 18

                        David, objet d'amour et de haine

            Ce chapitre met en contraste deux hommes :
                   – David, humble, énergique, attirant, aimé, rempli de sagesse et béni par son Dieu qui est avec lui ;
                   – Saül, jaloux, violent, hypocrite, rusé, en proie à la peur, délaissé de Dieu.

            David est à la fois aimé de Jonathan, de Mical et du peuple et haï par Saül. Ces deux aspects seront considérés successivement.

                                    L’amour pour David

            Au lendemain de sa victoire, il était naturel que David jouisse d’une période de faveur. Une grande délivrance avait été opérée. Quelle joie pour chacun ! David est honoré de tous, même de Saül, qui jusque là ne lui avait pas accordé beaucoup d’importance (v. 2).
            Cette scène évoque la grande joie qui remplissait les cœurs de tous ceux qui, aux premiers temps de l’Eglise, s’étaient placés au bénéfice de la victoire du Sauveur, mort et ressuscité.

                                    L’amour de Jonathan – l’amour pur (v. 1-4)

            Jonathan avait entendu les propos de David répondant à Goliath avant le combat auquel il avait assisté. Et il fut attiré en l’entendant parler à son père (v. 1). Un amour total naît dans son cœur, en même temps qu’une grande admiration pour la personne de David. Ces sentiments sont scellés par un serment entre eux deux. Jonathan, loin de faire état de ses propres succès ou de ses droits princiers, s’abaisse et se dépouille au profit de David (Phil. 3 : 8, 12) :
                   - de sa robe de prince héritier en Israël, comme pour lui préparer le chemin du trône,
                   - de son épée, symbole de ses victoires,
                   - de son arc, signe de son influence morale à distance (2 Sam. 1 : 22 ; Ps. 18 : 34) ;
                   - de sa ceinture, figure du service, en témoignage de son attachement et de son dévouement total.

            David puisera plus tard consolation et réconfort dans cette profonde amitié, quand il sera en butte à toute la haine de Saül.
            Prophétiquement, Jonathan est le type du résidu juif fidèle qui aime le Seigneur pendant son humiliation et avant son exaltation. Par contre, Saül apparaît comme le type des Juifs hostiles et incrédules, meurtriers de Christ.
            Pour nous, Jonathan est une belle image du croyant qui, attiré par l’amour du Seigneur, met à son service tout ce qu’il possède. Christ attend que son racheté lui donne spontanément ce qu’il pourrait légitimement garder pour lui et que, à son exemple, il se renonce à lui-même (Luc 9 : 23).

                                    L’amour du peuple d’Israël et de Juda – l’amour de la gratitude (v. 6-7, 16)

            Après une victoire, il était traditionnel d’accueillir triomphalement le vainqueur. Ici, dans un élan spontané, les femmes sont les premières à le faire (Jug. 11 : 34 ; Ex. 15 : 20). La pureté et la droiture de leur cœur les amènent à une juste appréciation : elles mettent David au-dessus de Saül qui n’avait eu aucun mérite dans cette victoire.
            Tout Israël et Juda, et pas seulement les femmes, aiment David qui se mêle à eux : il entre et sort devant eux (v. 16), ce qui le qualifie pour prendre soin du peuple (Nom. 27 : 16-17). Sa victoire ne l’a pas rendu hautain : si Dieu nous élève, sachons rester accessibles et humbles.

                                    L’amour des serviteurs – l’amour par admiration : v. 5, 22

            Comme David a donné des preuves de ses capacités, Saül estime dans son intérêt de lui donner des responsabilités croissantes (v. 5, 12). Toutefois, Abner reste commandant de l’armée. L’humilité du jeune fils d’Isaï fait que ses promotions ne suscitent aucune jalousie parmi les proches du roi. Au contraire, il leur est agréable et tous l’aiment (v. 22). Telle devrait être notre attitude lorsque le Seigneur bénit le service d’un frère proche de nous.

                                    L’amour de Mical – l’amour naturel (v. 20, 28)

            Mical présente un autre type d’amour : l’amour naturel d’une jeune fille pour un jeune homme. En revanche, Saül bafoue tous ces sentiments légitimes en disposant de ses filles selon ses visées personnelles (v. 17, 19, 21, 25 ; 25 : 44 ; 2 Sam. 3 : 13).

                                    L’amour de Saül – l’amour égocentrique (v. 2, 5)

            C’est un amour qui cherche son propre intérêt. Naguère, Saül aimait le joueur de harpe au point d’en faire son porteur d’armes (16 : 21). Ici, il apprécie le jeune homme fort et vaillant, et le garde continuellement avec lui (v. 2 ; 17 : 15). Mais Saül l’aime dans la mesure où il en tirera profit, sans avoir à faire aucun sacrifice en retour. En fait, cet « amour » se changera rapidement en haine quand ses intérêts personnels seront en jeu.
            De même, l’homme naturel est toujours disposé à bénéficier des heureux résultats de la victoire du Seigneur : en retirer des avantages matériels ou être délivré de circonstances pénibles. Mais qu’on ne lui parle pas des droits du Sauveur sur ses rachetés !

                                    La haine pour David

                                                La jalousie de Saül (v. 6-9)
            La gloire de David commence à éclipser celle du roi (v. 7). Il craint que David prenne sa place ; se souvient-il de la sentence de Samuel (15 : 28) ? Cette jalousie est le début d’un terrible enchaînement de maux en pensées, en paroles et en actes ; jusqu’à sa mort (31 : 4), Saül montrera orgueil, égoïsme, ingratitude, jalousie, haine, colère, violence, ruse, machination, hypocrisie, peur, tristesse. Toutes ces ténèbres morales ne feront que mettre en relief le cœur simple et dévoué de David, l’élu de Dieu, souffrant pour lui et le louant.

                                                La première tentative de meurtre de Saül (v. 10-11)
            Dans ces dispositions morales, Saül tombe facilement sous l’influence de Satan (v. 10). Insensible au ministère d’amour de David, il est envahi, au contraire, par une intention meurtrière qu’il met par deux fois à exécution. Il ne peut plus supporter la droiture de David (1 Jean 3 : 12).
            Une fois de plus, Saül nous montre ce qui habite le fond de notre cœur naturel.

                                                La première ruse de Saül (v. 12-19)
            La jalousie engendre la colère, et la colère engendre la violence. Mais Saül a conscience que l’Eternel est avec David (v. 12, 14, 28) et qu’il est très sage (v. 15). Il a peur (v. 12), puis très peur (v. 29). Il cherche donc par ruse à tuer David indirectement (v. 17). Tous ses plans vont être déjoués, car David est protégé par Dieu.
            David remplit toutes les conditions pour avoir Mérab pour femme ; toutefois, sans explication, elle est donnée à un autre (v. 18). Sans rancœur devant cette injustice, David demeure un modèle d’humilité : « Qui suis-je et quelle est ma famille pour être gendre du roi? » (Ruth 2 : 10).

                                                La deuxième ruse de Saül (v. 20-27)
            L’amour de Mical pour David fournit une nouvelle occasion à Saül de le mettre en danger. David y répond par de nouvelles prouesses, dépassant toutes les exigences du roi. Mais, quelle hypocrisie dans les paroles de Saül (v. 22 ; Ps. 55 : 21), qui rappellent les propos des pharisiens au Seigneur ! (Matt. 22 : 16).

                                                La prospérité de David (v. 28-30)

            Saül, qui est à tort l’ennemi de David, restera dominé par la peur et l’esprit de vengeance. Au contraire, David, dépendant de l’Eternel, prospérera et réussira en tout temps et en tout lieu (Ps. 57 : 2).
            Ce chapitre présente aussi une image de notre époque : les Philistins figurent le pouvoir séculier dans ce monde ; Saül, le pouvoir religieux en rapport avec Dieu, mais jaloux de son autorité et de ses prérogatives. Or celles-ci lui ont partiellement échappé aux périodes de réveil, lors de la mise en lumière de l’évangile de la pure grâce de Dieu (symbolisée par la harpe de David) ; le monde religieux infidèle y a répondu par des persécutions (la lance de Saül).
            Contemplons surtout en David, le type du Fils de David, objet de jalousie et de complots (Matt. 21 : 46 ; 26 : 4), mais qui a montré, en perfection, la douceur, l’humilité, la grâce et l’amour. Jésus n’est-il pas celui dont le nom est et sera « en grande estime » (Phil. 2 : 9-11) ?


CHAPITRE 19

                        David en fuite

            La vie de David a d’abord été celle d’un berger fidèle et dévoué ; puis elle s’est déroulée à la cour du roi, où, attirés par sa grâce, tous les cœurs se sont tournés vers lui. Désormais, elle va être celle d’un fugitif, voire d’un hors-la-loi. Pourtant, cette période sera pour lui la plus riche en expériences spirituelles ; David éprouvera la bonté et la fidélité de Dieu dans ses délivrances et il écrira ses plus beaux psaumes.

                                    David protégé par Jonathan (v. 1-7)

            Jusqu’à présent, Saül avait usé de voies détournées pour obtenir la perte de David. Mais son animosité a mûri et, devant l’échec de sa stratégie, il n’hésite plus à agir à visage découvert. Il organise une conspiration où il enrôle non seulement tous ses serviteurs, mais Jonathan lui-même, son propre fils. Seul l’amour de ce dernier résiste à l’épreuve. Les serviteurs qui étaient sensés aimer David (18 : 22) semblent rester dans une neutralité prudente. Avec noblesse et courage, Jonathan plaide la cause de celui auquel son cœur est fermement attaché. Aimer David quand il est adulé par tous est facile, mais « l’ami aime en tout temps, et un frère est né pour la détresse » (Prov. 17 : 17).
            Jonathan intercède avec douceur et sagesse. Il met en avant :
                   – la joie éprouvée par Saül lors de la victoire sur Goliath (v. 5a) ;
                   – l’intérêt que peut tirer le roi des succès de David (v. 4b) ;
                   – la conscience que possède Saül comme tout homme (v. 4a, 5b).

            Ainsi, il atteint son but (Prov. 15 : 1). Saül entend la voix de son fils, mais pas celle de Dieu. Il fait un serment, un de plus, qu’il oubliera bien vite, ne connaissant pas son propre cœur (Rom. 8 : 7).
            La grâce présentée au cœur naturel de l’homme peut produire un arrêt momentané du mal, même s’il n’y a pas de vraie conversion. Soyons gardés d’être conduits par nos impulsions naturelles, souvent aussi versatiles que celles de Saül, mais montrons un engagement de cœur total et définitif pour le Seigneur, comme Jonathan pour David.

                                    David protégé par Mical (v. 8-17)

            David est constant dans son attitude de grâce (sa harpe, v. 9), de confiance (son retour à la cour, v. 7) et d’énergie (ses victoires, v. 8). Mais ces nouveaux succès réveillent le fond de haine et de jalousie de Saül. Et voici la réédition exacte d’une scène précédente (18 : 11). Saül rend à David le mal pour le bien, comme les Juifs le rendront au Seigneur plus tard : aux paroles de grâce qui sortaient de sa bouche, ils ont répondu par la colère et la violence (Luc 4 : 22, 28-29). Le Seigneur s’échappa, comme ici David. Désormais, ce dernier sera comme « le Fils de l’homme qui n’a pas de lieu où reposer sa tête » (Luc 9 : 58).
            Saül, dès la nuit de la fuite de David, organise froidement le siège de sa demeure. Il ne veut pas qu’il soit tué chez lui, devant les siens, mais le matin, quand il sortira. Ainsi, la maison de David est devenue une prison, mais il en fait un sanctuaire où il bénit l’Eternel. Il compose alors un psaume de supplication qui exprime ses sentiments cette nuit-là (Ps. 59). Puis, par un procédé un peu humiliant, David s’échappe par une fenêtre (Ps. 124 : 7), comme les espions chez Rahab (Jos. 2 : 15) et Paul à Damas (Act. 9 : 25).
            Mical remplace David par un théraphim. Il ne s'agissait pas vraiment d'une idole, mais d'un « demi-dieu domestique », le dieu pénate des anciens. La superstition de ses possesseurs en faisait un porte-bonheur. Rachel, la femme de Jacob, semblait y tenir (Gen. 31 : 19, 34). Samuel avait vigoureusement condamné leur culte (15 : 23). Triste échange ! On est surpris d’en trouver un chez David. Comme Jacob, ignorait-il son existence ? Ou avait-il manqué d’énergie pour l’éliminer ? Même si aucun culte ne lui était rendu – la vie de David est exempte de toute idolâtrie – sa présence était une occasion de chute.
            Malgré son amour, Mical manque de détermination, contrairement à Ruth (Ruth 1 : 17). Tout en montrant qu’elle préfère David à son père, elle ne prend pas loyalement position comme l’avait fait son frère Jonathan. Pour apaiser la colère de Saül, elle discrédite même David en lui prêtant des pensées de violence (v. 17).

                                    David protégé par Samuel (v. 18-24)

            David, rejeté et persécuté, va trouver à Naïoth celui qui l’avait oint. Naïoth signifie « loger » au pluriel ou « pâturages ». Il avait donc là des demeures pour une vie communautaire. S'agissait-il d'une assemblée de fils de prophètes réunis autour d'un prophète âgé et d'expérience ? Ils pouvaient être jusqu'à cinquante ou cent (1 Rois 18 : 4 ; 2 Rois 2 : 17 ; 4 : 38, 43). Jonathan était resté avec Saül, Mical avec l’idole ; Samuel est son dernier recours. Il lui rapporte tout, comme le feront plus tard au Seigneur les disciples de Jean-Baptiste (Matt. 14 : 12). Quels heureux échanges entre le vieux prophète et le futur roi ! Quel bel exemple, pour un jeune croyant en difficulté, de venir trouver conseil, aide, encouragement et enseignement auprès d’un chrétien expérimenté ! Cultivons de telles relations entre les générations.
            Saül a l’audace d’envoyer chercher David chez Samuel. Les expériences des trois groupes de messagers qui prophétisent ne réveillent pas en lui la moindre crainte. Il vient donc en personne (v. 22) ; mais, avant même qu’il ne soit arrivé, il est saisi de force par l’Esprit de Dieu. Voilà le roi d’Israël, si orgueilleux, nu et prosterné pendant un jour et une nuit devant Samuel ! Cette puissante influence divine sur Saül n’aurait-elle pas dû lui rappeler les jours où l’Esprit de l’Eternel ne s’était pas encore retiré de lui (16 : 14) et où la perspective d’un règne heureux lui était offerte ? Cette action puissante du Saint Esprit chez un incroyant n'est pas fait unique (comparer avec Balaam, Nom. 24 : 2, et Caïphe, Jean 11 : 51). En Hébreux 6 : 4, il est question de ceux qui sont « devenus participants de l'Esprit Saint » mais qui sont tombés, prouvant ainsi l'absence de régénération. Hélas, Saül est tour à tour le porte-parole de Dieu (10 : 10 ; 19 : 23) et du diable (18 : 10).
            Mais ce récit annonce aussi prophétiquement la Pentecôte (Act. 2 : 16-21). Dès lors, au peuple céleste de Dieu qui se rassemble, il est dit : « Vous pouvez tous prophétiser » (1 Cor. 14 : 31). Un incrédule, en présence d’une telle puissance, sera convaincu de péché et tombera sur sa face (1 Cor. 14 : 24-25).
            Enfin, la scène évoque aussi les temps heureux où Israël, purifié par une vraie repentance et une profonde humiliation, pourra jouir avec son Dieu d’une alliance nouvelle : « Ils me connaîtront tous depuis le plus petit jusqu’au plus grand » (Jér. 31 : 34) car « mon Esprit sera répandu sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront » (Joël 2 : 28-32).


CHAPITRE 20

                        Le serment entre David et Jonathan

            Quelle différence entre Saül et son fils, tant sur le plan spirituel que sur le plan du caractère ! Jonathan n’est ni jaloux, ni orgueilleux, ni ambitieux. Il attribue à Dieu ses victoires (14 : 12). Il admire sans réserve David, pour lequel il abandonne tous ses honneurs (18 : 4). Sa foi, preuve de la vie divine, le détache de son père et de la conduite charnelle de celui-ci. Une première brèche s’était déjà créée entre eux, lorsque la rigueur légaliste de Saül avait injustement condamné son fils (14 : 44). Pourtant Jonathan respectait son père, lui obéissait et se gardait de toute rébellion ouverte. David aussi reconnaissait en Saül l’oint de l’Eternel et n’a jamais levé une arme contre lui.
            Maintenant, la rupture définitive est consacrée entre David et Saül et l’heure de vérité sonne pour Jonathan : qui choisira-t-il ? son père ou son ami ? Hélas, son cœur le détachait bien de son père, mais sa conduite n’a pas confirmé ses pensées. En vérité, il montrera un engagement sans équivoque à l’égard de David. Au fur et à mesure que croît la malignité de Saül, son courage grandit et son dévouement augmente. Mais il ne remportera pas la dernière victoire qui l’aurait identifié à David dans son opprobre. N’ayant donc pas suivi David jusqu’au bout, il tombera avec son père Saül.

                                    La communion de l’amour (v. 1-11)

            David quitte Samuel pour aller trouver Jonathan. Pour lui, ce sont les deux seuls cœurs dans lesquels il peut trouver compréhension, sympathie et réconfort. David est l’image imparfaite de notre Seigneur, rejeté de tous, qui put dire, plus que tout autre : « Il n’y a eu personne... et des consolateurs, je n’en ai pas trouvé » (Ps. 69 : 20).
            David s’étonne de la vindicte de Saül et demande quelle faute il a bien pu commettre pour mériter une telle inimitié (v. 1). Or, à plusieurs reprises, Jonathan proclame devant son père l’innocence de son ami (19 : 4 ; 20 : 32). Certes, David n’était pas infaillible : plus tard, repris dans son cœur, il confessera son péché lors du dénombrement : « J’ai grandement péché… mais ces brebis, qu’ont-elles fait ? » (2 Sam. 24 : 10, 17). Qui peut en effet imiter complètement le modèle parfait, l’homme Christ Jésus, de qui seul il a été dit : « Celui-ci n’a rien fait qui ne doive pas se faire » (Luc 23 : 41).
            Jonathan semble se raccrocher à une lueur d’espoir (v. 2) et il évoque le temps où l’Eternel était avec Saül (v. 13). Mais Dieu s’était retiré de lui (16 : 14). Jonathan manque ici de clairvoyance, car il est encore trop lié à son père qui ne lui cache rien. Souvenons-nous qu’un chrétien qui reste uni au monde manque toujours de la sagesse d’en haut.
            Angoissé par toute cette scène, David n’est pas convaincu (v. 3), et prononce avec serment des paroles pathétiques. La mort lui apparaît toute proche et il soupçonne Saül de comploter sa mort en secret. Quant au Seigneur, dès le début de son ministère, les Pharisiens et les Hérodiens « tinrent conseil contre lui pour le faire périr » (Marc 3 : 6).
            La très belle réponse de Jonathan (v. 4), prouve son dévouement et son engagement inconditionnels. Fort de ce témoignage, David lui demande d’éprouver Saül lors du repas officiel de la nouvelle lune. Ce jour-là, des sacrifices étaient offerts (Nom. 10 : 10 ; 28 : 11-15). Cette fête, célébrée au commencement d’une nouvelle période, symbolisait une phase de bénédictions spéciales pour Israël. Ici, plus que jamais, c’est une fête de circonstance : la gloire de Saül va laisser place à celle du roi selon le cœur de Dieu.
            L’angoisse de David lui est mauvaise conseillère :
                   – il travestit la vérité (il n’ira pas à Bethléem, v. 6) ;
                   – il doute de l’amitié de Jonathan (v. 8) ;
                   – il s’inquiète des moyens à utiliser pour être averti (v. 10).
            Jonathan cherche à le rassurer (v. 9) et l’entraîne, par prudence, dans les champs (v. 11).

                                    Le serment (v. 12-23)

            Jonathan amène donc David dans la solitude, loin des oreilles et des bruits de la ville. Là, il s’engage solennellement et avec serment devant l’Eternel à ne rien cacher à David. Puis, à son tour, il formule une requête : « Tu useras de bonté envers moi ». Il sait que Dieu ôtera son père du trône royal pour y mettre David. Mais il veut prévenir l’élimination, par le nouveau souverain de la famille, de son prédécesseur, une pratique courante parmi les nations. Enfin, il a, semble-t-il, le terrible pressentiment que la fin de son père entraînera sa propre fin (v. 14).
            Une deuxième alliance est alors conclue. Plus étendue que la première (18 : 3), elle ne comprend pas seulement Jonathan et David, mais aussi leurs familles (v. 15-16, 42).
            Considérons la foi de Jonathan. Au moment où David se voit dans la mort, il discerne, par delà la situation tragiquement précaire de l’oint de l’Eternel, un David glorifié, dont tous les ennemis sont retranchés. Lui, Jonathan, le fils du roi, possédait tous les droits. Il les abandonne et se fait serviteur de celui qui n’avait rien et demande, par avance, grâce et protection à ce fugitif.
            David n’oubliera jamais ce serment. Même lorsque Ish-Bosheth (le fils de Saül qui tentera de s’emparer du trône d’Israël) sera assassiné, il redemandera son sang de la main de ses meurtriers (2 Sam. 4 : 5-12). Et de quelle bonté usera-t-il envers Mephibosheth, le fils de Jonathan ! (2 Sam. 9). Jonathan et David doivent redoubler de prudence. Ils décident donc de masquer derrière une banale séance de tir à l’arc (2 Sam. 1 : 22) le signe de la réaction de Saül.

                                    La fête (v. 24-34)

            L’absence de David à la fête semble importer peu à Saül. Il pense immédiatement à une impureté de David. Sous la loi, un contact matériel avec un objet impur rendait impur (Lév. 11 : 25 ; Nom. 19 : 11-16). Quelle inconscience morale ! Lui, Saül, était-il pur dans son cœur et ses pensées ? Telle sera l’hypocrisie des Juifs, qui prenaient sur eux le sang de Jésus mais ne voulaient pas entrer dans le prétoire pour ne pas se souiller (Jean 18 : 28).
            Pourtant, le lendemain, devant la nouvelle absence de David, Saül interroge son fils. Jonathan s’associe au mensonge de David et prend sur lui la responsabilité de son absence. De tels mensonges n’apaisent aucunement Saül, dont la colère ne connaît pas de borne. Elle s’abat sur son fils qui porte l’opprobre de son attachement pour David et qui est traité en ennemi. Sa mère même est rendue coupable de son attitude. N’arrive-t-il pas que des parents se rendent mutuellement responsables de la mauvaise conduite de leurs enfants ? Il ne devrait pas en être ainsi.
            Blessé par l’injustice de Saül, Jonathan lui répond : « Qu’a-t-il fait ? ». Pour toute réponse, il reçoit la lance de son père. Il traverse la même épreuve que celui qu’il aime et qu’il défend (18 : 11 ; 19 : 10).
            Tout espoir pour David est perdu. Plein de colère et de tristesse, Jonathan sort de table. Son cœur n’est plus à participer à la fête avec Saül, mais l’appelle dans les champs avec David.
            Cette scène rappelle une autre fête des Juifs, celle des tabernacles, qui, elle aussi, devait signifier une ère nouvelle. Mais il y eut aussi un absent : le Fils de David. Lui aussi était menacé de mort (Jean 7 : 1-13).
            Sachons fuir tous les « festins » dont Dieu est exclu, car ces divertissements mondains, organisés au fond par Satan, recèlent de graves dangers. A partir d’un certain moment, il faut savoir trancher entre les prétendues exigences de la vie sociale et les vrais impératifs de la vie spirituelle. Le prix à payer peut parfois être lourd : opprobre, voire persécution, mais c’est le chemin de la fidélité.

                                    La séparation (v. 35-43)

            Jonathan avertit David par le signe dont ils étaient convenus. L’un et l’autre sont convaincus que la fuite de David est inévitable. Tous les deux, seuls, ils échangent un dernier et touchant adieu.
            Pourquoi Jonathan n’a-t-il pas saisi là l’occasion de quitter la cour d’un roi infidèle, même si c’était son père ? Ce pas, difficile à franchir, dépassait la mesure de sa foi. Il voit le but final, son cœur est avec David, mais ses pieds ne suivent pas. David ne lui demande rien, il ne l’entraîne pas. La séparation finale est acceptée avec une abondance de pleurs. Jonathan s’en va tout triste à la ville, comme, plus tard, un homme riche quittera le Seigneur (Marc 10 : 22).
            Les dernières paroles de Jonathan sont profondes (v. 42) ; elles évoquent la paix et la présence de l’Eternel : « Tu garderas dans une paix parfaite l’esprit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi » (Es. 26 : 3).

                                    Conclusion

            Samuel, dernier lien entre Dieu et son peuple, a été en quelque sorte mis de côté par ce dernier. Le roi Saül était rejeté de Dieu. Enfin, l’oint de l’Eternel, David, était à son tour rejeté par Saül. C’était pourtant par ce fils d’Isaï que l’Eternel devait conclure avec son peuple une alliance éternelle, « les grâces assurées de David » (Es. 55 : 3).
            L’enseignement moral de ce chapitre est très important. Jonathan est dévoué et droit de cœur. La clairvoyance de sa foi le pousse à rattacher son espérance à la gloire future de David (23 : 16-17), comme Abigaïl plus tard (25 : 28, 30). Son erreur a été d’avoir voulu concilier l’inconciliable : l’ancien système charnel de son père et le nouvel ordre selon Dieu en David. Il est le type de ceux qui, par faiblesse, se soumettent au monde (représenté ici par Saül), en particulier dans ses formes religieuses en désaccord avec la parole de Dieu. Sortons plutôt, de cœur et de fait, vers Jésus hors du camp, en acceptant de porter son opprobre (Héb. 13 : 13 ; 2 Tim. 3 : 12).

 

CHAPITRE 21

                        David à Nob et à Gath

                                    David chez Akhimélec (v. 1-9)

            David est maintenant définitivement proscrit. Il fuit, déjà accompagné d’une troupe dont il est le chef. Il se dirige instinctivement vers le sacrificateur, gardien du sanctuaire, sans doute pour consulter l’Eternel (22 : 10, 15).
            Akhimélec, le sacrificateur, est le fils d’Akhitub (22 : 11), donc le petit-fils de Phinées et l’arrière-petit-fils d’Eli (14 : 3). Il officiait à Nob, où se trouvait le tabernacle. Alors qu’au début du livre, le tabernacle et l’arche étaient ensemble à Silo, maintenant cette dernière est à Kiriath-Jéarim (7 : 1).
            Tout au long du récit, David use de subterfuges. Déjà, il avait incité Jonathan à mentir à son père. Maintenant, il s’enfonce dans la tromperie pour chercher à sauver sa vie. Son mensonge est d’autant plus grave qu’il s’adresse au représentant de Dieu. En doutant des dispositions favorables du sacrificateur à son égard, il se défie en fait de Dieu lui-même. Sa foi est bien vacillante. Ne nous arrive-t-il pas aussi de douter de Dieu et d’inventer mille subterfuges pour nous tirer d’embarras ? Or Dieu hait le mensonge (Prov. 6 : 17, 19) et nous exhorte à y renoncer (Eph. 4 : 25).
            Dans les évangiles, le Seigneur se réfère à ce récit dans un sens positif (Matt. 12 : 1-8 ; Marc 2 : 23-28 ; Luc 6 : 1-5). Sans cautionner aucunement l’acte répréhensible de David, il donne un enseignement qui va bien au-delà de cette circonstance.
            Puisque, même sous la loi, David avait pu bénéficier d’une exception en mangeant des pains de proposition auxquels il n’avait pas droit - les pains de proposition ne pouvaient être mangés que par la famille d'Aaron, les sacrificateurs (Lév. 24 : 9). Or, David descendait de Juda, la tribu royale -, à combien plus forte raison Jésus, le Fils de David, avait-il le droit d'exercer la miséricorde en un jour de sabbat ! En faisant passer la charité avant la loi, Akhimélec est ainsi approuvé du Seigneur. Le Fils de l’homme est plus grand que le temple et les ordonnances devenues caduques. La loi a été réhabilitée par le second homme. Elle n’a pas besoin d’un autre honneur. Incapable de justifier le pécheur, elle est désormais mise de côté pour être remplacée par la grâce souveraine de Dieu. Gardons-nous donc de tout état d’esprit légaliste, qui est une entrave à l’exercice de la miséricorde (Jac. 2 : 13).
            Après avoir été nourri, David sent le besoin d’être armé. Une arme unique, incomparable, avait une place d’honneur dans le sanctuaire : l’épée de Goliath. David s’en empare. Pour le croyant, la parole de Dieu est à la fois sa nourriture et son arme (Eph. 6 : 17). Cette épée rappelait la victoire sur l’homme fort mis à mort par sa propre arme. Le Seigneur a vaincu par la mort le diable dont l’arme était la mort. Un frère a écrit à ce sujet : « Il n’y a pas d’arme comme la mort… lorsqu’elle est dans les mains de la puissance de vie ». La présence d’un Christ vivant devant Dieu dans les lieux saints est le témoignage de sa mort sanglante, accomplie et achevée (Héb. 9 : 12). Désormais, le croyant peut entrer dans le sanctuaire céleste sans crainte, car il y trouve ce témoignage de la victoire sur la mort dont il a été délivré (Héb. 2 : 14-15). Les ennemis de Christ, eux, auront raison d’être effrayés, car il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant (Héb. 10 : 31).

                                    David chez les Philistins (v. 10-15)

            Comment expliquer que David, nourri et armé dans le sanctuaire, soit si vite terrorisé au point de chercher refuge, dans un geste désespéré, chez les Philistins ? Au mensonge, il ajoute maintenant la trahison. Il compte sur les ennemis du peuple de Dieu, dont il accepte d’être le débiteur, plus que sur l’Eternel son Dieu. S’il a eu peur de son ennemi intérieur, Saül, il a maintenant « très peur » de cet ennemi extérieur, Akish. Voilà le tableau de ce que, par nature, nous sommes capables de faire et de ressentir. David pensait-il ne pas être reconnu, ou, au contraire, être reconnu et accueilli avec faveur ? En fait, non seulement il est reconnu – peut-être par l’épée qu’il a dans la main – mais son passé glorieux est rappelé et se retourne contre lui. Quelle erreur humiliante !
            Abraham aussi, à deux reprises, s’en était allé à tort en Egypte et cela à son détriment. Le disciple Pierre, lui, se chauffait avec les huissiers dans le sanhédrin. Il ne pensait pas qu’il serait reconnu et qu’une grande humiliation l’attendrait là. Prenons donc garde !
            David a agi sans consulter l’Eternel qui, pour l’instant, l’abandonne à lui-même. Contraint à une stratégie honteuse, il abdique toute dignité et simule la folie. Quelle déchéance ! Mais, dans sa miséricorde, Dieu ne le laisse pas au fond de l’abîme. Il incline le cœur du roi Akish (Prov. 21 : 1) qui chasse David de la Philistie. Puis, comme le montrent les psaumes 56 et 34, écrits à cette période, la grâce divine le fait passer par tous les stades du relèvement : la honte de son péché, la constatation de sa faiblesse, l’abandon de toute confiance en la chair, une plus grande humilité, une plus grande dépendance de Dieu, une louange à la gloire de sa miséricorde, un élan d’amour pour ses frères. La leçon a été dure, mais elle a été bien apprise.
            « O Dieu !... tu as délivré mon âme de la mort : ne garderais-tu pas mes pieds de broncher, pour que je marche devant Dieu dans la lumière des vivants ? » (Ps. 56 : 13).


D'après « Sondez les Ecritures » (vol. 7)

 

A suivre