Méditations sur le livre des Juges (15)

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MEDITATIONS SUR LE LIVRE DES JUGES (15)


Corruption morale en Israël et gouvernement inefficace (Jug. 19 à 21)
          La corruption indescriptible du cœur de l’homme
          Le péché de Guibha
          La réponse à l'infamie par la violence
          La discipline
          Le relèvement du peuple après l'affaire de Guibha
 

Corruption morale en Israël et gouvernement inefficace (Jug. 19 à 21)

            Nous avons vu que la dernière partie du livre, après le récit de la vie de Samson, suit un ordre moral et non pas chronologique. C’est particulièrement le cas avec ces deux derniers chapitres. La scène remonte aux premiers jours de l’occupation du pays par Israël, à l’époque de Phinées, le sacrificateur, qui accompagnait Josué. Ce récit est destiné à nous montrer la source de la corruption, qui a engendré le mal sur lequel nous nous sommes arrêtés. L’apostasie de Dan vient en premier dans cet ordre moral ; elle nous a montré que la racine de tout déclin, qu’il soit moral ou spirituel, est la substitution de quelque chose à la pleine révélation de ce qu’est Christ ; c’est l’idolâtrie qui introduit toujours un homme religieux entre l’âme et Dieu, d’une façon ou d’une autre.
           Nous avons insisté sur ce point pour être sensibilisés à ce danger. Car nous ne voulons pas en venir seulement à étudier la portée du livre, son application générale, et critiquer sévèrement ceux qui peuvent avoir moins de lumière, mais nous voulons entendre la voix de Dieu qui veut nous rendre conscients des dangers auxquels nous sommes confrontés dans la vie, car nous savons que de tels dangers existent.
            Nous avons vu la racine, et ici nous avons le fruit et la racine. Dieu les réunit pour que le caractère du mal frappe d’horreur nos âmes, et pour que nous voyions comment ils sont liés, afin que nous puissions juger la terrible racine qui produit un tel mal.

 

                        La corruption indescriptible du cœur de l’homme

            La lecture de ces chapitres nous fait dire : est-il possible que ce soit le tableau de mon cœur ? C’est là la question, il ne s’agit pas de savoir ce qui s’est passé en Israël aux jours où il n’y avait pas de roi, mais de ce dont le cœur de l’homme est capable. Notre Seigneur a dit : « C’est du dedans, du coeur des hommes, que sortent mauvaises pensées, fornications, vols, meurtres, adultères… : toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme » (Marc 7 : 21-23).
             Or c’est le cœur loin de Dieu qui produit ces choses ; par conséquent, l’idolâtrie que nous avons vue est à la racine de cette terrible corruption. L’ignorance des droits de Dieu sur nous entraîne l’ignorance des droits de l’homme. Ce qui caractérise ce que l’on appelle la morale - la décence, l’honneur - disparaît quand Dieu est mis de côté.
             C’est exactement ce que présente le premier chapitre de l’épître aux Romains : une liste de crimes qui nous fait rougir de honte. Elle n’est pas donnée comme le résultat exceptionnel du péché de l’homme, mais comme le fruit normal de son éloignement de Dieu. Cela concerne toute personne non sauvée : « Ils n’ont pas trouvé bon de garder la connaissance de Dieu » (Rom. 1 : 28). Quel homme irréconcilié avec Lui pourrait garder sa connaissance ? Aucun. Aussi les livre-t-Il à un mal comme celui perpétré à Sodome et Gomorrhe, un mal dont on ne peut parler, tant cette corruption est horrible. Ainsi, c’est comme si l’Esprit de Dieu mettait côte à côte la racine et le fruit, et disait aux hommes : Eloignez-vous de Dieu, et vous donnerez libre cours à toute forme de mal dont la chair est capable.
             Quelle leçon humiliante ! Rappelons-nous que ce péché qui est devant nous, vient du cœur corrompu que nous avons par nature. Israël l’avait oublié, et c’est pourquoi ce récit nous est donné ici.
            Le mal est si atroce que la nation entière est excessivement choquée et oublie qu’il y a une leçon à apprendre. Pour nous aussi, la leçon sera perdue si, comme Israël, nos esprits ne sont occupés que de cette horreur, et oublient que nos propres cœurs sont capables des mêmes choses. Dieu mesure les choses qui sont en germe et non selon leur accomplissement effectif ; le Seigneur a dit que celui qui regarde une femme pour la convoiter commet l'adultère (Matt. 5 : 28), comme celle surprise par les pharisiens qui s’apprêtaient à la lapider (Jean 8 : 5) ; Dieu regarde au cœur plus qu’à l’apparence extérieure (1 Sam. 16 : 7). En pensant à ces paroles de l'Eternel à son serviteur Samuel, est-ce que le fait que de mauvaises pensées puissent traverser nos esprits, nous est aussi insupportable que cela devrait l’être ? Le croyant qui se tient devant Dieu hait la pensée du péché autant que l’acte lui-même. Si nous craignons le Seigneur, haïssons le mal, sa Parole nous y exhorte : « Ayez en horreur le mal, tenez ferme au bien » (Rom. 12 : 9). Le vrai jugement du péché considère toujours la racine de celui-ci dans le cœur, tout autant que le fruit manifesté dans la vie.
            Nous n’entrerons pas dans les détails horribles que nous avons sous les yeux. Il est très humiliant de penser que nous portons en nous ce qui, sans le secours de la grâce et de la sainteté divine, produirait le même mal. Nous nous souvenons d’un vieux chrétien qui, pointant du doigt les ivrognes ou les criminels qui passaient, disait : C’est moi, n’eût été la grâce de Dieu. - Pouvons-nous dire sincèrement la même chose ? Pensons-nous vraiment que nous pourrions être livrés à ces choses, si Dieu, dans sa grâce souveraine, ne s’interposait pas ? Nos cœurs ne devraient-ils pas déborder de louange et de joie, en pensant à la grâce qui nous a arrachés à une corruption pire que ne pourrait être la punition qu’elle mérite.
            Grâces à Dieu pour la délivrance de l’esclavage du péché, comme aussi de la colère contre le péché. Rendons grâces aussi parce que la colère contre le péché est la miséricorde de Dieu envers un monde incrédule. C’est ce qui est le mieux pour lui, car il vaut mieux être sous sa colère contre le péché que sous le péché lui-même qui apporte la colère. Il vaut mieux être enfermé dans la prison, où le mal est au moins contenu, plutôt qu’avoir une vie dissolue dans le monde, étant esclaves des terribles convoitises.

 

                        Le péché de Guibha

            Comme nous l’avons déjà remarqué, le mal survient du laxisme qui caractérisait le peuple. Comme auparavant, voici à nouveau un Lévite. Dieu avait réparti les Lévites parmi les douze tribus, afin de servir de liens pour maintenir le peuple dans une même vie spirituelle, dans une même fidélité à Dieu, à sa maison et à son service. Nous avons déjà vu comment ils ont failli à leur mission, avec le Lévite du chapitre précédent qui s’était fait ministre de l’idolâtrie, conduisant une tribu entière loin de Dieu dans l’idolâtrie.
            Ici, au lieu d’œuvrer à souder le peuple, le Lévite le divise. En tout cas, il est frappant de le voir dominé par ses désirs corrompus au lieu de servir les autres. Nous ne le voyons pas les reins ceints de la justice, mais indulgent envers lui-même. Ce laisser-aller le conduira à l’horrible crime.
            Sa concubine le quitte pour retourner à la maison de son père. Il va la chercher, s’adonne à la boisson, et passe des jours à manger et à boire. Puis un jour, il part soudain, comme par caprice, pour retourner chez lui, sans doute pour reprendre son service. Malgré l’insistance de son beau-père pour rester un jour de plus, il s’en va, la nuit tombant déjà. Assurément la nuit tombait, pour elle, pour lui, et pour la nation aussi.
            Il passe par Jébus (Jérusalem). Pourquoi cette ville d’Israël n'était-elle pas possédée par le peuple de Dieu ? C’était une ville Benjaminite et, comme nous l’avons vu dans la première partie du livre, Benjamin n’avait pas réussi à en prendre possession, alors que, pourtant, elle devait être le centre du gouvernement. En type, Benjamin devait représenter Christ dans son gouvernement royal sur le peuple et sur les nations. La faillite de Benjamin représente celle du gouvernement ; l’autorité de Christ n’est pas reconnue ; ce sont les misérables Gentils qui règnent en maître, et non Benjamin. Les Jébusiens - « qui foulent au pied » - étaient là, piétinant tout ce qui est de Dieu et de l’homme. Mais les Jébusiens étaient aussi au milieu de Benjamin qui faisait pire qu’eux.
            Ils vont jusqu’à Guibha, et ils trouvent accueil dans la maison d’un vieillard éphraïmite. C’est là que se commet un abominable forfait identique à celui de Sodome et Gomorrhe. Une fois perpétré ce crime horrible, le Lévite le fait connaître à toute la nation de la façon la plus affreuse qui soit, en coupant le corps de la pauvre femme en morceaux et en les envoyant à chacune des tribus.

 

                        La réponse à l'infamie par la violence

             Toute la nation est horrifiée par le crime affreux qui a été commis au milieu d’elle. Qu’est-ce qui les a réveillés ? Pourquoi se rassemblent-ils comme un seul homme ? Pour se venger du mal. C’est le mal qui les a réveillés, c’est le mal qui les rassemble, c’est l’exécution du jugement sur le mal qui arme leurs bras et unit leurs cœurs. Non, le mal ne servira jamais de lien pour garder uni le peuple de Dieu. Avons-nous déjà vu des gens réunis paisiblement pour s’occuper du mal ? Pour un temps, nous pourrons peut-être nous réunir pour avoir des réunions d’humiliation quant au mal, mais ce n’est pas la façon dont Dieu souhaite réunir son peuple.
            C’est Christ, le Saint et le Véritable, qui rassemble son peuple. Il nous attire par son amour, et nous tient dans cette sphère où l’exercice des soins dans l’amour, comme des frères unis ensemble, est possible.
            C’est la première grande leçon que nous tirons du chapitre 20. Le peuple n’est uni que par le jugement du mal ; pas un d’eux ne retournera chez lui jusqu’à ce que le mal qui a été commis ait été jugé. Un tel rassemblement avait-il déjà eu lieu à Silo pour célébrer la fête de la Pâque ? La fête des Tabernacles avait-elle réuni la nation tout entière dans la joie ou dans un esprit de vengeance ? Dieu invitait son peuple tacitement, chaque année, à venir célébrer la fête pour jouir d’une sainte communion avec Lui. Mais ils préféraient habiter parmi les païens, s’installer à côté de leurs ennemis, et les enseigner. C’est seulement quand ils sont tirés de leur léthargie par cette corruption innommable, qu’ils s’assemblent comme un seul homme. Mais ce qui les attire, ce n’est pas la grâce, ni l’amour, ni la bonté, ni la plénitude de la bénédiction dépeinte dans la corbeille de fruits en Deutéronome 26. Aucune de ces choses ne les rapproche, mais un mal a été commis, et ils sont galvanisés pour un temps dans une apparente fidélité à Dieu.
             Remarquons qu’il n’y a pas un seul commentaire sur l’acte commis. Dieu n’a pas besoin de le prouver, car même l’homme naturel est révolté par ce qui s’est passé, il n’est pas nécessaire de stigmatiser cette horrible corruption. En revanche, l’Esprit de Dieu insiste sur l’état des âmes parmi le reste du peuple, qui les rendait incapables d’exécuter la discipline divine sur les méchants.
            Voyons cela de plus près. Un mal a été commis à Guibha de Benjamin. Il est indiqué dans le livre du Deutéronome comment remonter à la source du mal, et comment y faire face. Tout devait se faire posément, avec calme, après mûre réflexion, et surtout, dans la présence de Dieu, dans un esprit de soumission à Dieu. Ces personnes, qui n’étaient pas habituées à demeurer dans la sainte présence de Dieu, prennent un raccourci, pensant que la question est simple. Ils envoient un message laconique à Benjamin : « Et maintenant, livrez-nous ces hommes, fils de Bélial ... afin que nous les fassions mourir et que nous ôtions le mal du milieu d'Israël » (Jug. 20 : 13).
            Ce bref message ne peut avoir comme effet que de dresser Benjamin contre ses frères. Toute la tribu est convoquée devant Israël ; cela devient une question de fierté tribale, et Benjamin se ligue contre tout Israël. Il n’est plus tenu compte des hommes de Bélial, on n’entend plus parler de ce qui a été fait. Pourtant, Benjamin n’avait-il pas une conscience comme les autres tribus ? Si la question avait été traitée dans la crainte de Dieu, et dans sa dépendance, Benjamin n’aurait-il pas été aussi prompt que le reste d’Israël à se purifier de cette honte terrible ? Mais quelle soudaine brutalité, quelle dureté et surtout quel orgueil à peine voilé ! Ils devaient se dire : Un tel mal ne pourrait avoir lieu en Issacar ; Ephraïm ne saurait avoir un tel état de choses en son sein ; Benjamin le permet. - Quelle provocation ! L’orgueil de Benjamin est attisé, il oublie complètement l’horrible péché, et dit : Nous ne nous laisserons pas piétiner par Israël, nous résisterons !
             Les hommes de Benjamin avaient tort, nous l’admettons tout à fait. Ils n’auraient pas dû se dresser de cette manière contre leurs frères, mais être unis à eux dans la condamnation de ce mal horrible. Mais les brusques mesures prises par des propres justes pour traiter la question laissaient les coupables de côté, et en conséquence, c’est à Benjamin qu’ils avaient affaire. Traiter les choses de cette façon, en attisant l’orgueil et la rébellion du cœur naturel, est le plus sûr moyen de produire les mêmes fruits spirituels que ceux que nous avons ici. Quelle chose de prendre les gens par la gorge pour en faire sortir le mal ! Marteler la conscience d’un homme, pour un péché dont il peut être responsable sans en être coupable personnellement, heurtera sa fierté et fera ressortir en lui de l’hostilité, plutôt que de lui faire voir le mal qu’il devrait avoir en horreur et juger. Apprenons bien cette leçon et ne soyons pas comme Israël, qui ne faisait que susciter l’opposition, au lieu d’amener le peuple dans la crainte de Dieu pour juger le mal duquel ils étaient co-responsables. Il n’est pas besoin d’insister ; nous pouvons, hélas, trouver très facilement des exemples d’une telle attitude parmi les saints.
             Tout Israël se rassemble, ils sont enfin unis ; ce que la grâce n’a pas fait, le jugement – ou l’intention de juger – semble le faire. Remarquons ceci : ils avaient soif de sang. On ne voit pas chez eux l’horreur du péché, on ne les voit pas brisés de ce qu’un tel mal ait été possible en Israël. S’ils mettaient Benjamin face à sa responsabilité, pourquoi ne le faisaient-ils pas pour toute la nation ? Si l’on pouvait dire que c’était terrible qu’un tel mal soit possible en Benjamin, pourquoi ne pas dire que c’était terrible qu’un tel mal soit possible en Israël ? Ah, c’est parce qu’ils étaient orgueilleux et propres justes.
            Un mal semblable est mentionné dans le Nouveau Testament, parmi les Corinthiens. Il y avait une corruption morale telle qu’elle n’existait pas même parmi les nations. Quel était l’état des saints ? « Et vous êtes enflés d’orgueil, et vous n’avez pas plutôt mené deuil, afin que celui qui a commis cette action soit ôté du milieu de vous ! » (1 Cor. 5 : 2). Ils étaient « enflés », non à cause du péché, mais sans doute parce qu’ils pensaient que, ne l’ayant pas commis eux-mêmes, ils pouvaient remercier Dieu de ne pas être comme celui qui y était tombé. Au lieu d’être brisés et sur leurs faces devant Dieu, lui confessant leur propre état moral qui avait permis qu’un tel mal arrive, ils continuaient de penser à leurs dons, étant ainsi incapables de régler la question.
             Ne pensons pas qu’Israël était en meilleur état en essayant de traiter le mal sans retard. Ils étaient enflés d’orgueil au sujet de leur position vis-à-vis du mal. Ah, ils allaient montrer leur zèle pour le Seigneur ! Mais ce qui les rassemble, c’est une soif de sang, plutôt qu’un zèle pour l’honneur du Seigneur.
            Eh bien, Dieu les laisse. Ils sont si déterminés qu’Il ne les retient pas ; ils vont même L'impliquer. Remarquons que la première question qu’ils posent n’est pas : Monterons-nous ? ; mais : « Qui de nous montera le premier... ? » (v. 18). Ils ont décidé de monter contre Benjamin pour se venger sur toute la tribu, et la seule chose qu’ils veulent entendre de l’Eternel, c’est qui montera le premier. Dieu les prend au mot, et dit à Juda de passer en premier. Il y avait environ 26 000 guerriers benjaminites, et quelque 400 000 guerriers israélites. Or Benjamin a tué 22 000 guerriers d’Israël, presque homme pour homme !

 

                        La discipline

             Dieu est-il du côté du péché ou du côté de la négligence à juger le péché ? C’est un Dieu saint, mais sa sainteté est plus exigeante que la nôtre. Sa sainteté va sonder les cœurs de ceux qui sont apparemment innocents et les amener au sentiment de leur propre culpabilité, au même titre que les coupables ; c’est pourquoi Il les laisse tomber à terre devant ceux qui se sont rangés orgueilleusement contre eux.
            Le peuple de Dieu est souvent déconcerté, même ceux qui sont du bon côté. Certains disent parfois : Ce point de vue est faux, ceux qui le partagent ont tort, personne n’oserait se ranger de leur côté. Quant à ceux-ci, ils ont raison, il est juste de rejeter ce mal. - N’allons pas si vite. Certains disent qu’il n’y a que deux côtés, le bon ou le mauvais : si A a raison, alors B a tort, et si A a tort, alors B a raison. Mais n’y a-t-il pas un troisième côté ? Il se peut que les deux aient tort, et c’est bien là la question. Il y a le côté de l’un, le côté de l’autre, et celui de Dieu. Même s’il semble être lent, c’est ce côté qu’il faut choisir plutôt qu’un jugement du mal sévère et abrupt, qui, par sa sévérité même, amoindrit le sens du péché dans l’âme.
            Maintenant, Dieu va leur montrer leur propre péché. Il va leur faire comprendre qu’ils sont sous son gouvernement à cause de leur état général, tout comme l’est Benjamin, à cause de la tolérance du mal parmi sa tribu. C’est pourquoi ils tombent devant les Benjaminites, et sont battus.
            Ils se fortifient et montent de nouveau le lendemain. Ils avaient besoin de se fortifier, mais il est bien préférable de faire ce que fit David, quand le peuple parlait de le lapider : « David se fortifia en l’Eternel, son Dieu » (1 Sam. 30 : 6). Le peuple se range de nouveau en bataille là où ils s’étaient rangés le premier jour. Alors, comme entre parenthèses, comme un post-scriptum, montrant la place mineure et secondaire que cela avait dans leurs cœurs, « les fils d’Israël montèrent, et ils pleurèrent devant l’Eternel jusqu’au soir, et ils interrogèrent l’Eternel, disant : M’approcherai-je de nouveau pour livrer bataille aux fils de Benjamin, mon frère ? » (v. 23).
            Au début, ils n’avaient pas besoin de l’Eternel. Maintenant, ils s’adoucissent et reconnaissent qu’Il doit intervenir. Pourquoi prier pour tel cas, disent certains, ce n’est pas nécessaire, il ne faut pas importuner le Seigneur, le cas est clair ? Nous demanderons au Seigneur de nous guider pour certains détails mineurs : Qui fera le travail, qui écrira la lettre… ? - Ah, si nous ne réalisons pas que nous avons besoin de Dieu, Il nous l’apprendra. Nous devrons fuir devant les méchants, et nous serons incapables de juger le mal qui reviendra toujours, malgré notre indignation contre lui.
            Cette défaite les abaisse et ils pleurent devant l’Eternel, sur leur perte et sans doute sur leur humiliation, car l’orgueil humilié donne plus vite des larmes que la douleur et la sympathie. Cependant, une corde est touchée. Leur frère qu’ils ont combattu mérite le jugement, mais c’est leur frère : Dois-je livrer bataille contre Benjamin, mon frère ? - Comme ils pleurent, ils commencent à réaliser qu’ils ont affaire à leur frère. Dieu dit à nouveau : « Montez » (v. 28). Ce n’est pas un Dieu cruel, Il est assurément l’amour infini, mais le peuple qui a pleuré, prié, et qui semblait avoir raison doit de nouveau passer au crible. Ils fuient une nouvelle fois, et 18000 hommes de plus tombent dans la poussière.
            Dieu a-t-il oublié ? Est-il encore une fois du côté du mal ? Devons-nous renoncer, et être indifférents au mal ? Non. Dieu nous dit avec force qu’Il veut que nous jugions le mal en nous plutôt que de le juger chez les autres. Il veut par-dessus tout ce jugement de soi qui nous donnera discernement spirituel et puissance pour pouvoir juger le mal et agir en discipline, que ce soit individuellement, ou collectivement. Nous devons tenir compte de la manière dont Il nous parle.
            Il est caractéristique aujourd’hui, dans la chrétienté, que chacun fait ce qui est bon à ses yeux. Le mal n’est pas jugé. Ce n’est peut-être pas une corruption flagrante comme ici, bien que nous ne sachions pas ce qui se fait dans les ténèbres et que nous ne mettions aucune limite au mal qui se commet, même au saint nom de Jésus Christ. Nous vivons un temps où il n’y a pas de puissance pour juger le péché dans la crainte et avec l’aide de Dieu. Chacun fait ce qu’il veut ; il y a très peu de puissance pour exercer la discipline. Des chrétiens professants qui se comportent bien dans leurs églises peuvent se livrer à toutes sortes de mal, sans qu’il y ait de puissance pour y faire face. C’est un état de choses affreux.
            La discipline dans l’Eglise devrait autant s’exercer aujourd’hui qu’à l’époque des apôtres. Le jugement de Dieu sur Ananias et Sapphira n’était pas exceptionnel (Act. 5). Ce ne sont pas les seuls de tous les temps à avoir mal agi dans l’Eglise, mais Dieu tenait à donner un exemple de jugement du mal. Quant au péché d’Ananias et Sapphira, les mêmes choses ne sont-elles pas commises chaque jour par de vrais chrétiens ? N’y a-t-il personne aujourd’hui qui se donne une réputation de dévouement qu’il n’a pas, ou qui professe donner toute sa vie à Dieu, mais qui en réserve une partie pour lui ? Si l’on désire seulement donner bonne impression, n’est-ce pas le péché d’Ananias et Sapphira ? Et pourtant, où voyons-nous le jugement d’un tel mal ? Cela nécessiterait une grande spiritualité.
            Prenons par exemple la mondanité, la convoitise, la médisance, le mensonge ou l’hypocrisie parmi les saints ; où est la puissance pour s’en occuper ? Dieu ne veut-Il pas que ce mal soit jugé dans l’Eglise ? Certes, mais s’il n’y a pas de puissance pour le faire, c’est parce que pour agir en discipline envers mon frère, je dois tout d’abord avoir le sentiment de mon propre péché, de mes manquements, et me juger moi-même implacablement et profondément. Le Seigneur dit : « Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil » (Matt. 7 : 4) – peu importe ce que c’est, si c’est dans mon œil, c’est une poutre, et si c’est dans l’œil de mon frère, c’est une paille, jusqu’à ce que je me sois jugé – « et alors tu verras clair pour ôter la paille de l’œil de ton frère » (v. 5).
            C’est ce que Dieu enseignait à Israël, par des pertes et une douleur amère – 18 000 hommes tombent. L’effet de cet enseignement commence maintenant à se faire sentir. Notons qu’ils vont de nouveau devant l’Eternel, mais voyons dans quel état ils se trouvent : « Et tous les fils d’Israël et tout le peuple montèrent... » (Jug. 20 : 26a). Tous sont concernés, c’est sérieux. Il ne suffit pas que quelques personnes seulement soient exercées au sujet du mal. Dans une assemblée, il ne suffit pas que quelques frères soient exercés et s’occupent du mal tranquillement à quelques-uns ; tous les saints doivent être exercés dans leur conscience au sujet de ce qui les a interpellés. Il peut y avoir des péchés cachés, connus seulement de quelques-uns, qui cherchent à s’en occuper dans la crainte de Dieu, mais ici nous parlons de ce qui est au grand jour. La raison pour laquelle il y a si peu de puissance, c’est que tous ne sont pas exercés devant Dieu au sujet du mal.
            Tous montèrent à Béthel, à la maison de Dieu, devant l’Eternel. Comme Jacob, ils devaient aller au Dieu de la maison de Dieu, non pas seulement au Dieu d’Israël qui bénit, mais à Celui qui est Seigneur et Maître sur sa maison, et qui va dicter sa volonté. « Ils pleurèrent et demeurèrent là devant l’Eternel, et jeûnèrent ce jour-là jusqu’au soir ; et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices de prospérités devant l’Eternel » (v. 26b). Ensuite « les fils d’Israël interrogèrent l’Eternel, (et l’arche de l’alliance de Dieu était là, en ces jours ; et Phinées, fils d’Éléazar, fils d’Aaron, se tenait devant elle, en ces jours), et ils dirent : Sortirai-je encore de nouveau pour livrer bataille aux fils de Benjamin, mon frère, ou cesserai-je ? » (v. 27-28a). Maintenant, ils obtiennent la réponse qu’ils auraient pu avoir au début s’ils avaient demandé le droit chemin. « Et l’Eternel dit : Montez ; car demain je les livrerai en ta main » (v. 28b).
             Notons les exercices qu’ils traversent. Ils montent jusqu’à la maison de Dieu, à Béthel, devant Dieu, dans la présence duquel nous ne pouvons pas être seulement indignés contre le péché. La présence de Dieu nous fait toujours juger le péché en nous, c’est la première chose. Là, dans cette sainte présence, les ressorts mêmes de leurs cœurs sont touchés, et ils pleurent devant l’Eternel. Plus que cela, ils jeûnent. Ce n’est pas une petite chose. Leurs cœurs sont si étreints qu’ils iront jusqu’à ne pas se nourrir ; de plus, ils n’accepteront pas que Dieu, qui hait le mal, leur refuse de monter ; ils sont là, cherchant désespérément sa pensée.
            Ensuite, ils s’asseyent là. Ils ne restent pas debout, comme pour dire : Nous sommes sur cette affaire pressante, il nous faut une réponse, sinon nous devons aller de l’avant et la régler. - Le peuple doit aussi apprendre que nous ne devons pas seulement pleurer ou jeûner devant le Seigneur, mais nous asseoir devant Lui et attendre jusqu’à ce qu’Il juge bon de répondre au désir de nos cœurs.
            Tout cela nous concerne aujourd’hui. Il y aurait plus de puissance pour appliquer la discipline parmi les saints s’il y avait un tel exercice. Nous devrions beaucoup plus nous asseoir devant le Seigneur, non pour avoir un juste sentiment au sujet du mal – Israël l’avait dès le début – mais pour connaître la pensée de Dieu. Celle-ci n’est révélée que dans sa Parole ; il a une pensée pour tel ou tel cas particulier, et pour l’obtenir nous devons nous attendre au Seigneur. Une hâte inconvenante ne permet jamais d’obtenir sa pensée.

 

                        Le relèvement du peuple après l'affaire de Guibha

             Les fils d'Israël sont maintenant dans l’état convenable pour que Dieu leur parle, mais ce n’est pas tout. Non seulement ils pleurent, jeûnent, et attendent devant Dieu, mais ils offrent des holocaustes et des sacrifices de prospérité. Combien c’est approprié. Nous aurions pensé à un sacrifice pour le péché, car ce cas semblait l’exiger. En fait, tout Israël avait péché, mais ils ne le réalisent pas. Quand toute la congrégation avait péché, ils devaient apporter un taureau en sacrifice pour le péché, mais ils ne semblent pas en être arrivés à une confession nationale du péché. Ils ont cependant compris qu’une relation avec Dieu était liée au sacrifice qu’Il avait ordonné comme base de la communion avec Lui. Ils offrent donc des holocaustes et des sacrifices de prospérité. L’holocauste parle de la valeur infinie de Christ et de sa mort, pour Dieu et le sacrifice de prospérité parle de la communion, de la participation à ces choses précieuses. Ainsi, une part du sacrifice de prospérité était offerte à Dieu et une part à l’adorateur. En type, ils offraient à Dieu ce qu’il y a de précieux dans la mort de Christ.
             Un jour, Aaron s’était tenu entre les vivants et les morts, balançant son encensoir qui parle de la valeur de Christ, comme pour intercéder auprès de Dieu sur cette base-là (Nom. 16 : 46-48). Ici, cet holocauste, nous parle aussi de Christ et de son oeuvre. En offrant ce sacrifice à Dieu, c’est comme s’ils disaient : Nous sommes impuissants, à la fin de nous-mêmes, de notre sagesse et de notre force. Nous ne savons que faire, et ce mal plane toujours dans toute son horreur. En tout cas, voici quelque chose qui plaît à Dieu qui nous juge et nous châtie. - Ah, si quelque chose est toujours d’agréable odeur pour Lui, c’est Christ. Et si le peuple de Dieu va, avec humiliation, là où ils peuvent offrir à Dieu la bonne odeur de ce qu’est Christ, ils auront communion avec Lui, il y aura le sacrifice de prospérité, et ils auront une réponse de sa part, comme nous le voyons là. Celle qu’ils obtiennent est une réponse de paix. Il va finalement les aider, et être avec eux, car Benjamin n’a pas appris la leçon qu’il devait apprendre. Dieu doit la lui enseigner, et il va utiliser son peuple pour cela. Il montrera qu’il n’est pas du côté du mal et de cette horrible corruption, mais qu’il doit d’abord apprendre aux siens à se juger eux-mêmes.
             Maintenant ils vont monter contre les fils de Benjamin, mais ils doivent le faire d’une manière qui montre qu’ils ont appris la leçon. Ils doivent montrer leur faiblesse en battant en retraite devant Benjamin, comme à Aï. Une embuscade est placée ; elle vient par derrière et brûle la ville dans laquelle les Benjaminites étaient abrités. Toute la tribu de Benjamin était à leur merci, (il est cependant difficile de penser que Dieu voulait effacer une tribu de cette manière) et ils avaient encore assez de zèle pour exécuter la vengeance jusqu’au dernier degré.
            Que signifient cette embuscade et cette façon de battre en retraite devant Benjamin ? N’est-ce pas cet esprit de prière qui traduit notre faiblesse et notre impuissance totale ? C’est la leçon que nous avons tout au long des Juges. Pour exercer la discipline, nous devons avoir le sentiment de notre totale impuissance. Celui qui veut agir comme juge parmi le peuple de Dieu n’aura aucune puissance spirituelle. Pour en avoir, il faut être dans cet esprit de prière, comme semblant fuir, aux yeux de l’ennemi. Laissons celui qui a fait du mal penser qu’il a trop de pouvoir pour que nous puissions avoir affaire à lui. Si notre faiblesse se montre en étant sur nos genoux et en prière, nous verrons bientôt Dieu donner la possibilité d’exécuter la discipline et le gouvernement qu’il veut nous voir exécuter.
            De ces propos, il ne faudrait pas retirer l’impression que l’exercice de la discipline n’est plus possible de nos jours, et que nous critiquons tout exercice sincère pour juger le mal. Dieu bénisse la moindre fidélité trouvée parmi les siens ! Mais la première leçon à apprendre de ces chapitres qui nous avertissent sérieusement par ces villes de Benjamin brûlées et par ces maisons endeuillées de tout Israël, est celle de l’humiliation personnelle devant Dieu.
            N'avons-nous pas expérimenté cela personnellement ? Ce qui donne aux parents la force pour s’occuper des enfants, ne vient-il pas du jugement de soi devant Dieu ? Ce qui donne à une assemblée la force pour juger le mal au milieu d’elle, n’est-ce pas ce sentiment d’impuissance qui fait mettre les saints sur leurs faces devant Dieu, confessant leurs propres péchés ? Si nous avons ce sentiment d’impuissance et que nous cherchions à obéir à sa sainte volonté, Dieu nous incitera à nous lever de la poussière de devant Lui, et ira devant nous.
            Il est certain que Dieu ne voudra jamais que nous excusions le péché, et que nous le tolérions parmi nous. Il ne permettra jamais que nous soyons insouciants de l’honneur de son saint Nom. Nous réclamant du nom de Christ, nous ne pouvons pas, si nous sommes en bon état, être négligents quant à l’existence du mal. Mais la force spirituelle, pour ôter le mal qui cause le bas état des saints et qui déshonore Christ, se trouve dans la maison de Dieu, dans le jeûne et dans les sacrifices spirituels. Plus tôt cette place est prise, plus vite nous trouverons cette puissance.
             La réalisation de ces choses, qui fait partout tellement défaut aujourd’hui, nous concerne tous. De nos jours, la chrétienté est marquée par l’absence de gouvernement qui devrait caractériser tout témoignage pour Dieu. Certains disent parfois : nous devons être caractérisés par une grande connaissance de la vérité. Soit, c’est une grâce, si Dieu nous utilise comme des vases pour transmettre à d’autres sa vérité. Mais un témoignage pour Dieu en ce jour de ruine est un témoignage au gouvernement et à l’autorité du Seigneur parmi son peuple. Prenons Philadelphie, qu’est-ce qui la marque ? C’est la fidélité à Christ et la soumission à sa Parole. Ce n’est pas une grande force, mais tout le contraire : « Tu as peu de force » (Apoc. 3 : 8). Ce n’est pas un feu d’artifices de vérités éblouissant les gens, ce dont se vante Laodicée avec ses connaissances, ses acquis et ses dons. Ce qui caractérise Philadelphie, c’est le brisement, l’obéissance à Christ et la soumission à son autorité malgré les dangers. Philadelphie signifie « amour fraternel ». Le vrai amour fraternel, comme l’apôtre de l’amour nous le dit, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements (1 Jean 5 : 2). J’aime mon frère en me soumettant à Dieu Lui-même.

             Nous dirons peu de choses sur la restauration au dernier chapitre qui montre que celle-ci n’a été que partielle. Dieu n’aurait jamais exigé comme mesure, la destruction complète de la tribu. Ce n’était pas nécessaire. Auraient-ils procédé de la bonne façon, ce qui suit n’avait pas lieu d’être.
            Une fois le jugement exécuté, ils s’asseyent et pleurent encore ; ils pleurent de ce qu’ils ont ôté une tribu d’Israël. Leur orgueil est brisé ; leur intégrité nationale n’est plus. Au lieu de douze tribus, il n’y en a que onze ; seuls quelque 600 fugitifs qui se cachaient au rocher de Rimmon sont laissés pour dire que Benjamin n’est plus.
            Maintenant, ils vont rétablir Benjamin, mais vont-ils le faire avec justice ? Ils se disent : Ces 600 seront le noyau d’une nouvelle tribu, mais où allons-nous leur trouver des épouses ? Nous avons juré devant Dieu qu’aucun d’entre nous ne donnera sa fille en mariage à Benjamin. - C’était leur serment ! Ils ont alors une façon de raisonner et une procédure très étranges. Ils avaient juré de ne pas leur donner d’épouses, et la première chose qu’ils font est d’aller exterminer les habitants de Jabès de Galaad, excepté les femmes qu’ils pourraient donner comme épouses à Benjamin. C’était une violation de leur serment. Cependant, il n’y avait encore pas assez de femmes pour tous. A l’occasion d’une fête à l’Eternel, ils invitent les hommes de Benjamin à aller kidnapper des femmes – pour ne pas les leur donner eux-mêmes. C’est ainsi qu’ils contournèrent leur serment.
             Cela nous montre qu’ils ne se sont pas encore jugés entièrement ; on peut donc s’attendre à d’autres manifestations similaires qui montrent qu’ils ne se tenaient pas devant Dieu. Cela nous fait dire qu’il n’était pas selon Dieu que toute la tribu soit anéantie. La tribu de Benjamin s’était certes rangée en bataille, mais comme dans le cas de Jephté, ils n’avaient pas le droit de détruire un si grand nombre de leurs frères. Il semble bien qu’il n’y avait pas la puissance spirituelle nécessaire pour exercer le gouvernement de Dieu sur ce peuple. Si le peuple avait été au fond des choses avec Dieu, ils n’auraient pas manifesté cette légèreté morale avec laquelle ils ont rétabli ces quelques-uns restant de la tribu.
            Il est très frappant de noter que le premier verset de cette partie (19 : 1) : « En ces jours-là, quand il n’y avait point de roi en Israël » est le même que le dernier (21 : 25) : « En ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël ; chacun faisait ce qui était bon à ses yeux ». Quelle terrible confusion et quel chaos a produit le fait que chacun faisait ce qui était bon à ses propres yeux !
            Mais, quelle aspiration dans cette expression : « Il n’y avait pas de roi en Israël » ! Elle montre que le seul espoir pour le peuple de Dieu était son Roi. Dieu Lui-même aurait pu être leur roi, s’ils ne l’avaient pas refusé et Lui avaient été soumis. Plus tard, ils demandèrent un roi comme toutes les nations, et Il leur donna un roi d’après leurs propres cœurs, le roi Saül, qui ne les délivra pas. Mais ensuite, Dieu leur donna un homme selon son cœur, le roi David qui est un type du roi à venir pour Israël, le roi que la nation attend encore, bien qu’inconsciemment. Par ailleurs, c’est le roi que tout le peuple de Dieu attend, et après lequel, même s’il ne le connaît pas, ce pauvre monde gémit et soupire aujourd’hui.
            Quant à nous, ayant parlé de notre responsabilité d’exercer la discipline, n’avons-nous pas le sentiment de ne chercher qu’à maintenir ensemble un petit résidu pour peu de temps ? Qu’attendons-nous ? Est-ce le rétablissement de l’Eglise telle qu’elle était à la Pentecôte ? Nous ne le verrons jamais dans ce monde. Est-ce de voir les fragments épars de la chrétienté se rassembler en un tout harmonieux, étant soumis à la Parole de Dieu, et marchant à la louange de Christ dans ce monde ? Nous ne le verrons jamais non plus.
            Qui attendons-nous ? N’est-ce pas la venue de notre Seigneur pour prendre son Eglise, l’Epouse de son cœur, hors de cette scène de souillure où elle est étrangère, pour l’emmener, vêtue de ses vêtements immaculés, et être avec Lui éternellement dans la lumière ? Il viendra alors étendre son sceptre sur un monde qui devra reconnaître que la seule main qui peut étendre ce sceptre de justice est celle de Christ. C’est Lui qu’Il a fait roi en Sion pour régner jusqu’aux extrémités de la terre.

             En refermant ce livre des Juges, c’est le désir de la venue du Seigneur qui est devant nous. Comme nous le disions au début, c’est un livre triste, sombre, de faillite, qui se termine sur une scène très décourageante quant à l’homme. Certains diraient que ce livre pessimiste ne peut que nous décourager. Pas du tout. Il est écrit pour nous séparer du monde, pour nous apprendre à nous défier de nous-mêmes, de nos frères, du progrès dont le monde parle. Il doit nous amener à une seule chose, à regarder au Seigneur Jésus, et à désirer ardemment sa venue.
            De plus ce livre nous enseigne que nous devons apprendre à nous juger maintenant et à marcher ici-bas dans l’obéissance de la foi, comme si l’Eglise tout entière était réunie. Nous devons être aussi obéissants au sein d’un petit résidu, que si toute la chrétienté était une, et remercier Dieu pour ce temps de petites choses, qui donne occasion à la foi et à l’obéissance de se montrer comme aux jours les plus brillants de l’histoire de l’Eglise, quand « la multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme » (Act. 4 : 32).
            Ainsi, nous nous arrêtons sur ces deux pensées : d'une part, la venue de notre Seigneur comme la seule chose qui peut apporter paix, sainteté et bénédiction à notre âme, et d’autre part, le désir de Lui obéir et de L’honorer, dans la faiblesse et l’impuissance.
            « Bienheureux est cet esclave que son maître, lorsqu’il viendra, trouvera faisant ainsi ! » (Luc 12 : 43).

 

D'après S. Ridout