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Esaïe, le prophète qui a vu la gloire du Seigneur
 
 
            Il est particulièrement instructif de remarquer la discipline à laquelle ont été soumis les prophètes de l'Ancien Testament, car ils ont été suscités pour faire revivre la vérité de Dieu au milieu de son peuple, et pour lui annoncer le jugement qui tomberait sur lui s'il ne se repentait pas ; c'est pourquoi Satan déployait toute son énergie à établir de faux prophètes, tout comme aujourd'hui il y a de faux docteurs.
 
 
            Esaïe a prophétisé aux jours d'Ozias, de Jotham, d'Achaz et d'Ezéchias. La vision qui lui a été donnée définit la nature et le caractère de la vérité dont il devait être le témoin. Elle concerne Juda (la tribu royale), Jérusalem (la cité de Dieu) et annonce leur apostasie. « Mon peuple n'a point d'intelligence... Depuis la plante du pied jusqu'à la tête, il n'y a rien en lui qui soit sain ». Cependant « Sion sera rachetée par le jugement, et les siens qui reviennent, par la justice » (Es. 1 : 3, 6).
 
            Ensuite au chapitre 2, nous trouvons « la parole qu'Esaïe, fils d'Amots, vit, touchant Juda et Jérusalem » (v.1) ; cette parole s'étend jusqu'à la fin du chapitre 5. Jusque là, Esaïe présente la vision et la parole de l'Eternel (autrement dit, ce qui lui a été montré et la parole que Dieu a prononcée) ; l'une et l'autre lui sont nécessaires.
 
            Puis, au chapitre 6, nous avons ce qui le concerne personnellement : Esaïe voit le Seigneur dans la gloire. Ici est présentée la façon dont il est qualifié pour communiquer ce qu'il a reçu. Il voit le Roi, l'Eternel des armées ; en Jean 12 : 41, il est dit : « Il vit sa gloire ». C'est ici que l'instruction prend vraiment racine ; le prophète devient le moyen approprié pour communiquer les choses qui lui sont données. Toute préparation à un service est fonction du sentiment qu'on a de se trouver dans la présence de Dieu ; c'est de cette manière que l'état de l'âme est en accord avec le caractère du service. La vision du Seigneur dans la gloire n'est pas réservée à quelques-uns seulement ; dans une mesure, Il apparaît dans la gloire devant chacun de ses serviteurs. De cette gloire, ils reçoivent la nature et le champ de leur mission. « Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham » (Act. 7 : 2). Selon la façon dont Dieu apparaît à ses serviteurs, Il se révèle à chacun d'eux et  définit le service qu'il leur confie ; ainsi, pour Moïse ou Josué, l'aspect du Seigneur dans sa propre gloire a déterminé le caractère de leur mission. La pensée divine étant alors communiquée au serviteur, celui-ci en reçoit une impression qu'il gardera toute sa vie ; l'exemple de Paul est très caractéristique à cet égard.
            Ainsi Esaïe est qualifié pour les devoirs que comporte son service. Le Seigneur lui apparaît dans la gloire. Comme c'est toujours le cas, il ressent combien le contraste est terrible entre lui-même, dans sa nature adamique, et la sainteté de la présence de Dieu. Rempli de crainte et de honte, il a profondément conscience de ne pas pouvoir se tenir devant Dieu. Mais, si le premier effet de la lumière de la gloire est une profonde humiliation, la grâce se manifeste ; c'est pourquoi un charbon ardent pris sur l'autel touche les lèvres du prophète. Ensuite la parole confirme le travail de la grâce : « Voici, ceci a touché tes lèvres ; et ton iniquité est ôtée, et propitiation est faite pour ton péché » (Es. 6 : 6). Une révélation merveilleuse est faite au serviteur privilégié : dans la gloire de Dieu, il est affranchi de l'iniquité et propitiation est faite pour son péché. C'est une grande leçon ; si ce n'est pas la première, c'est la plus grande ! C'est celle qui soutiendra le plus le serviteur dans sa course. Après cet enseignement, on lit que lorsque le Seigneur appelle : « qui enverrai-je ? », Esaïe répond immédiatement : « me voici, envoie-moi ». Puis il reçoit sa mission qui concerne l'état du peuple dès ce jour jusqu'à la fin. Il sera cité par le Seigneur en Jean 12 et par Paul en Actes 28.
 
            Nous trouvons ensuite Esaïe dans son service, dirigé par l'Eternel : « Sors à la rencontre d'Achaz, toi et Shear-Jashub, ton fils, au bout de l'aqueduc de l'étang supérieur sur la route du champ du foulon » (Es. 7 : 3). C'est à lui et à son fils (comme ce qui était issu de lui) que Dieu confie son message : il vaut la peine de remarquer comment les enfants reflètent la foi du père et sa position du moment devant Dieu.
 
            Esaïe communique l'enseignement de la grâce de Dieu à Achaz : Esaïe prend une grande plaque, et y écrit avec un style d'homme « Maher-Shalal-Hash-Baz » (Es. 8 : 1). Ainsi est annoncé ce qui arrivera bientôt : « qu'on hâte le pillage ». En outre, par son nom, l'enfant du prophète doit rendre témoignage à cette intervention de Dieu en grâce. Il faut donc que le prophète donne un enseignement au roi, mais aussi qu'il l'illustre dans sa vie pratique. Combien il est significatif qu'un homme soit si complètement pour Dieu que tout ce qui lui appartient (comme c'est particulièrement le cas de sa descendance) indique de façon vivante la pensée et la grâce de Dieu ! Non seulement le serviteur communique la pensée de Dieu et révèle ses desseins, mais dans son fils aussi, sa propre génération, il maintient pratiquement un témoignage au travail de Dieu à ce moment ; il est à la fois l'instrument et le témoin de Dieu, ce qui montre combien la discipline a été efficace.
            Le prophète non seulement voit clairement les choses, telles qu'elles sont, mais il est enseigné par Dieu à voir l'ordre de choses qui sera introduit par la suite pour la gloire de Dieu. C'est pourquoi la pensée de Christ durant son rejet lui est communiquée (Es. 8 : 12-18). Le prophète Le personnifie dans son propre esprit : comparer avec Hébreux 2. La main forte de l'Eternel l'a instruit, l'introduisant, par la connaissance de sa pensée, même dans la période où nous sommes maintenant. Nous trouvons ensuite les souffrances d'Israël dans les versets 19 à 22.
 
            Au chapitre 9 : 1-7, le prophète voit le début et l'accomplissement final de la bénédiction. Ainsi, Dieu le prépare et le forme pour son service dans le temps difficile où il vit. Nous savons qu'il a connu tout le règne d'Achaz (soit seize ans) et peut-être vingt-cinq ans du règne d'Ezéchias. Quel triste temps ! Mais quel contraste entre l'histoire du prophète et celle d'Israël relatée en 2 Rois 16 ! Esaïe avait reçu une instruction bénie afin d'être qualifié pour s'occuper des différentes formes du mal qui était alors à son apogée en Israël.
 
            Achaz est le premier roi de Juda à faire passer son fils par le feu ; il est lui-même caractérisé par la corruption qui avait été acceptée en Israël en se conduisant comme les rois de ce peuple. La distinction morale tracée entre Juda et les dix tribus disparaît rapidement. Achaz sacrifie et brûle de l'encens sur les hauts lieux, sur les collines et sous tout arbre vert. Il envoie chercher de l'aide auprès de Tilgath-Pilnéser, et couronne enfin son apostasie en dressant un autel selon le modèle qu'il a vu à Damas. Tel est l'état des choses existant en Juda pendant cette partie de la prophétie d'Esaïe, qui va jusqu'au chapitre 14 où il nous est parlé de « la mort du roi Achaz ». L'instruction que l'Eternel lui donne durant cette période éprouvante le qualifie pour être un prophète capable de rappeler au résidu le propos de Dieu. Tout pourrait le décourager ; mais les communications qui lui sont faites sont si extraordinaires et si vivantes qu'il peut s'élever au-dessus de tout ce qui est visible et regarder droit en avant, comme un Juif pieux le ferait, vers la belle manifestation de l'action future de Dieu sur la terre !
 
            Esaïe sait donc que la bénédiction future d'Israël est prévue, commençant par la Galilée des nations et allant jusqu'à son accomplissement final dans le Règne. Cette connaissance de l'issue le fortifie, en dépit de ce qui existe durant le temps mauvais ; celui qui a le secret du résultat est maître de la situation. Esaïe reçoit ce secret et tout serviteur de Dieu préparé par Lui pour un jour mauvais est qualifié de façon semblable par la bonté du Seigneur. Esaïe n'est pas seulement enseigné au sujet de la bénédiction finale du peuple mais il reçoit aussi la révélation du jugement qui doit tomber sur lui, à cause de sa méchanceté : l' « Assyrien », la « verge de ma colère », le foulera « aux pieds comme la boue des rues » (Es. 10 : 5-6). Cependant un résidu reviendra (Es. 10 : 21). C'est l'interprétation du nom de Shear-Jashub (« le résidu reviendra »), le fils du prophète ; la condition et la bénédiction du résidu sont détaillées jusqu'à la fin du chapitre 12.
La grâce de Dieu, aussi bien que sa justice, est déployée à l'occasion de la méchanceté de l'homme.
 
            Aux chapitres 13 et 14, jusqu'au verset 27, l'ascension et la chute de Babylone sont présentées au prophète. A ce moment, Babylone était, historiquement, une ville tout à fait insignifiante ; mais l'Esprit de Dieu explique à Esaïe quelle est sa propre estimation de Babylone et quels mauvais principes elle avait fait naître.
 
            Le prophète entre ensuite dans une nouvelle période. Ezéchias est monté sur le trône de Juda. L'oracle des quatre derniers versets du chapitre 14 : 28-32 est un résumé des souffrances d'Israël et de la restauration du résidu. Il y aura une délivrance momentanée par le moyen d'Ezéchias, mais le jugement viendra ; il convient que le prophète soit instruit et préservé de ses pensées par la parole de Dieu.  Saisissons-nous l'importance d'avoir l'esprit formé par la Parole, afin que notre vision des choses d'ici-bas soit transformée ? Tous les agissements des hommes nous sembleront n'être que folles divagations ou enfantillages ; Esaïe a été mis à l'aise dans la gloire de la présence de Dieu, ce qui l'a préparé à recevoir la Parole. Dans les chapitres 15 à 35, il lui est montré comment Juda, et les nations en rapport avec Juda, paraissent aux yeux de Dieu.
            D'abord, les propres rapports du prophète avec Dieu ont été mis en ordre ; puis, dans ses enfants il donne un témoignage à la pensée et au propos de Dieu sur Moab, Damas, l'Ethiopie et l'Egypte, quand la puissance de l'Assyrien introduit le jugement. Il peut délier le sac de dessus ses reins, détacher sa sandale de son pied, marchant nu et nu-pieds, comme témoin en lui-même de la nature des souffrances que le peuple devra endurer (Es. 20 : 2).
            Nous avons déjà vu en Esaïe trois grands aspects du caractère de prophète : le premier, relatif à sa propre position devant Dieu dans la gloire ; le second, en ce que ses enfants expriment la pensée de Dieu ; le troisième, c'est qu'il souffre, connaissant personnellement la souffrance même qu'il prédit aux rebelles et aux insouciants. Il endure, sans le mériter, ce qu'ils endureront parce qu'ils le méritent. Un témoignage à la nature de ces souffrances est présenté par celui qui les prédit. Il n'est pas inconscient de ce qu'il prédit, et il n'est pas non plus indifférent.
 
            Au chapitre 21 nous le voyons faire une autre expérience très nécessaire : celle de la souffrance et de la détresse de son propre esprit à cause des choses terribles qui sont sur le point d'arriver ; ce n'est plus seulement une souffrance dans son corps. Il voit les Perses détruire Babylone, ce qui le remplit d'angoisse et de douleur. Le perfide a agi perfidement : il est courbé jusqu'à ne pas entendre, et terrifié au point de ne pas voir. Le prophète n'est pas une simple voix ; il entre dans la nature et le caractère des choses qu'il communique et les ressent. La chute de Babylone l'a presque accablé, bien que ce soit le jugement sur la nation utilisée par Dieu pour juger Israël. Esaïe éprouve cependant dans son âme, devant l'Eternel, ce que le jugement a de terrible ; mais lorsque la vague du jugement atteint les Juifs au chapitre 22, sa souffrance est encore plus aiguë ; il n'est pas un spectateur passif des souffrances qu'il prévoit, il souffre avant tout autre. C'est la preuve d'une sensibilité conforme à la pensée de Dieu, pour un prophète, d'entrer dans la nature et les effets des vérités mêmes qu'il annonce. « Détournez-vous de moi » dit-il, « que je pleure amèrement ! Ne vous pressez pas de me consoler au sujet de la fille de mon peuple » (v. 4).
            Après avoir traversé cette souffrance du coeur, il est envoyé auprès de Shebna, l'intendant (v. 15) « qui est établi sur la maison », pour lui annoncer que toute sa grandeur, même celle qui concerne son tombeau, sera anéantie ; il doit être un exemple de la nature du jugement sur Jérusalem : « l'Eternel... t'enroulant en pelote, il te roulera comme une boule dans un pays spacieux. Là tu mourras, et là seront les chars de ta gloire, ô opprobre de la maison de ton Seigneur ! » (v. 18). Il y aura pourtant une restauration en Eliakim. Au moment même du jugement, quand le coeur du serviteur est courbé à cause de ce jugement, il est encouragé et affermi par la vision de la délivrance future. Cependant la portée et le caractère général du jugement subsistent, de telle sorte que, si même il voit la miséricorde de l'Eternel, il a cependant conscience de ce qu'il est lui-même, dans une telle scène de jugement ; c'est pourquoi il s'écrie au chapitre 24 : 16 : « ma maigreur, ma maigreur, malheur à moi ! » Au verset 19, il annonce que « la terre est violemment remuée ; la terre chancelle, elle chancelle comme un homme ivre ; elle est ébranlée de çà et de là comme une cabane » ; la lune rougira et le soleil aura honte dans le jugement, mais l'Eternel des armées régnera en la montagne de Sion, et à Jérusalem, et devant ses anciens en gloire.
 
            Le prophète fait une nouvelle expérience dont nous pouvons profiter. Alors que, peu de temps auparavant, c'était la souffrance à cause du jugement imminent, c'est maintenant la louange à cause du règne et de la gloire. Mais toute cette nouvelle période ne peut être introduite que par le jugement ; c'est pourquoi le prophète continue en décrivant, aux chapitres 27-35, le chemin par lequel ils seront conduits. Il les avertit de ne pas descendre en Egypte dans leur épreuve.
 
            Nous arrivons maintenant à l'invasion d'Israël par Sankhérib ; Ezéchias, qui représente le résidu futur d'Israël, est soumis à deux épreuves et fait l'expérience de deux délivrances –l'une est extérieure, quand il est, en quelque sorte, ressuscité d'entre les morts. Le rôle qu'Esaïe devait jouer dans ces deux épreuves est le sujet qui nous occupe.
            Relevons une fois de plus que la façon dont le serviteur agit révèle l'effet de la formation qu'il a subie. Souvent, au départ, le serviteur ne connaît pas le service pour lequel Dieu le prépare. S'il le connaissait, cela lui ferait penser à sa façon d'agir alors qu'il doit se laisser simplement enseigner par Dieu. Nous pouvons nous préparer de façon très spécifique à un service particulier et l'accomplir même ensuite d'une manière utile et méthodique ; cependant,  il n'aura jamais la même vitalité que si nous avions laissé Dieu nous former et choisir pour nous, sans chercher à lui dicter le service que nous souhaitions accomplir. Les déficiences d'un service ne sont-elles pas souvent dues à l'absence d'une telle préparation ; rien d'autre que la parole de Dieu ne peut l'effectuer. Le serviteur doit en être entièrement occupé et rempli, pour qu'il puisse agir selon sa pensée quand ce sera nécessaire. Mais il n'a pas besoin de savoir quel sera son service avant d'être prêt à l'accomplir.
 
            Voyez quelle somme de vérité est communiquée au prophète Esaïe avant qu'il soit appelé à un service précis, sans qu'il en connaisse la nature particulière. Il n'est pas dit à Abram que la visite et la bénédiction de Melchisédec le préparent à rencontrer le roi de Sodome ; mais il est si bien instruit qu'il est capable de refuser positivement tout ce qui vient de ce dernier, depuis un fil jusqu'à une courroie de sandale (Gen. 14 : 17-24) !
            Moïse est un autre exemple. Il est retenu quarante jours dans la gloire pour apprendre quelle doit être la vraie forme du tabernacle, mais surtout pour devenir moralement propre au grand service auquel il sera appelé à la suite de l'idolâtrie d'Israël. Quand il descend et voit l'apostasie du peuple, sa surprise est grande et terrible ; mais sans hésitation, il sait ce qu'il doit faire. Préparé pour cette crise et affermi dans son coeur,  il n'a pas peur de l'homme ; il ne doute pas de Dieu mais, agissant selon Lui, il prend la tente et la dresse hors du camp, loin du camp, en dehors de toutes les idolâtries de ce peuple devenu apostat (Ex. 31-33).
            C'est ainsi aussi que l'apôtre Paul est préparé pour le service. Le Seigneur lui a dit : « je te suis apparu afin de te désigner pour serviteur et témoin des choses que tu as vues et de celles pour la révélation desquelles je t'apparaîtrai » (Act. 26 : 16). Même dans le cas de la vision donnée à Pierre (Actes 10), celui-ci reçoit beaucoup plus la communication de la pensée et du propos de Dieu que le détail du discours à adresser à Corneille. Quand on est vraiment pleinement rempli de la pensée de Dieu, on peut la présenter de la façon qui convient.
            Il en est ainsi d'Esaïe. Ayant été préparé par Dieu qui lui communique sa pensée au sujet d'Israël et à l'égard de toutes les nations en rapport avec son peuple, il est appelé maintenant à agir dans la double épreuve qui atteint Ezéchias, personnifiant le résidu d'Israël ; la façon dont il sert illustre à notre intention la vraie façon de servir dans de telles circonstances. Le roi lui envoie des messagers (chap. 37). « Et les serviteurs du roi Ezéchias vinrent vers Esaïe » pour entendre de sa bouche quelle était la pensée de l'Eternel. Et l'Eternel leur dit : « vous direz ainsi à votre seigneur : ainsi dit l'Eternel : ne crains pas à cause des paroles que tu as entendues, par lesquelles les serviteurs du roi d'Assyrie m'ont blasphémé. Voici, je vais mettre en lui un esprit, et il entendra une nouvelle, et retournera dans son pays ; et je le ferai tomber par l'épée dans son pays ». Esaïe n'a aucune crainte ; l'ennemi semble très peu de chose pour lui, parce qu'il a un sentiment tellement profond de la grandeur et de la puissance de Dieu ; et c'est la preuve la meilleure qu'il s'est tenu près de Lui. La maladie à la mort d'Ezéchias est antérieure à l'invasion de l'Assyrien, et il sera utile que nous voyions comment Esaïe agit dans cette première épreuve d'Ezéchias avant d'insister sur son service envers lui dans la seconde.

 

            Nous lisons au chapitre 38 qu'Esaïe vient vers Ezéchias, envoyé par Dieu, pour lui annoncer qu'il allait mourir. Ce n'est pas facile pour Esaïe ! Lui qui veillait sur les intérêts de l'Eternel en ce temps-là s'était certainement réjoui de la fidélité d'Ezéchias ; mais maintenant tout doit prendre fin, et c'est à lui d'annoncer un coup qui doit pratiquement amener l'effondrement et la ruine de son peuple. Mais il est nécessaire pour un serviteur de mesurer qu'il ne peut plus rien attendre de l'homme. Cela le qualifie pour son témoignage à l'égard d'Israël quand il s'écriera : « certes, le peuple est de l'herbe »... Le grand instigateur de la restauration doit se faner comme une feuille.

 

            Esaïe, ayant été soumis à cette grande souffrance, est mieux à même d'apprécier réellement et d'une manière plus profonde la résurrection ; il est rendu capable par la suite de dire à Ezéchias quel remède il faut employer pour sa guérison (chap. 38 : 21). Ainsi, quand tout espoir est abandonné, quand la mort dessèche tout, alors une lumière luit dans les ténèbres. C'est alors qu'est produite dans l'âme la conviction profonde qu'il y a un Dieu qui ressuscite les morts. Cela préfigure pour Esaïe ce qui doit arriver à son peuple. Il doit pourir, être retranché, comme il l'est maintenant extérieurement, et cependant il reviendra certainement à la vie. Israël sera restauré.

 

            Puis il y l'oppression de la part de l'adversaire du dehors que représente le roi d'Assyrie dans cette histoire ; et Esaïe donne à Ezéchias la certitude qu'il sera délivré de cette oppression (chap. 38 : 6, 7). Mais ce n'est pas tout. Quand Ezéchias prie à ce sujet, Esaïe vient à lui non seulement avec la certitude de la délivrance mais il lui annonce une grâce toute spéciale. « Et ceci en sera le signe pour toi : on mangera cette année ce qui lève des grains tombés, et la seconde année ce qui croît de soi-même ; et la troisième année vous sèmerez et vous moissonnerez, et vous planterez des vignes et vous en mangerez le fruit ». Et il est ajouté ensuite : « Et ce qui est réchappé et demeuré de reste de la maison de Juda, poussera encore des racines en bas et produira du fruit en haut. Car de Jérusalem sortira un résidu, et de la montagne de Sion ce qui est réchappé. La jalousie de l'Eternel des armées fera cela ».

 

            Esaïe a un sentiment vrai de la façon merveilleuse dont Dieu réalisera la délivrance d'Israël. C'est ce qu'il prophétise et en quoi il abonde, du chapitre 40 à la fin du livre. A quelles perspectives merveilleuses il est amené ! Et s'il peut dire qu'elles sont encore vagues et au-delà de toute compréhension humaine, il voit cependant la réalité de l'intervention de Dieu envers Son peuple et le caractère de cette intervention. Et s'il a cette connaissance, n'est-ce pas parce qu' « il vit sa gloire » ?