Méditations sur le livre des Juges (5)

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MEDITATIONS SUR LE LIVRE DES JUGES (5)



Debora et Barak - Le triomphe de la faiblesse (Jug. 4)
            L'ennemi du nord du pays
            L’intelligence utilisée sans Dieu
            La foi confiante de Debora
            La foi hésitante de Barak
            La guerre contre Sisera et ses armées
            L'action de Jaël



Debora et Barak - Le triomphe de la faiblesse (Jug. 4)

            Les trois puissances qui nous ont occupés précédemment asservissaient généralement Juda, ou, du moins, les tribus qui occupaient le sud du pays, dont Juda était le chef, Benjamin et Siméon lui étant associés. Nous avons vu que les deux derniers ennemis - Moab et les Philistins - représentent la profession, soit sous une forme grossière avec Moab, soit sous une forme religieuse plus raffinée avec les Philistins. Si toute la nation souffrait de l’esclavage, il est cependant évident que le pays n’était pas entièrement sous l’emprise de ces puissances. Ainsi, de même que Moab et les Philistins occupaient le sud du pays, le premier oppresseur d’Israël - le roi de Mésopotamie - n’avait probablement envahi que cette partie du pays, car Othniel qui a libéré le peuple de son oppression, était de Juda.
           Le caractère typique des délivrances est étroitement lié au territoire libéré. Dans les trois cas concernant le sud du pays, la Parole de Dieu était prééminente : Othniel évoque l’oracle vivant – Debir ; Ehud, l’épée de l’Esprit, vivante et opérante ; Shamgar, les paroles des sages dont les exhortations acérées sont comme des aiguillons.

 

                        L'ennemi du nord du pays

            Ici, l’ennemi a un caractère différent, et d’autres tactiques sont utilisées pour le vaincre. Voyons tout d’abord ce qu’évoquent le Nord et le Sud, d’après l’Ecriture elle-même, car dans la Parole de Dieu, tout a une signification.
            Le Sud fait face au soleil qui l’éclaire, été comme hiver ; il est habitué à sa lumière. Le Nord tourne le dos au soleil ; le mot même - Nord, signifiant caché, sombre, suggère l’absence de lumière. La pensée est donc que la nature loin de Dieu se trouve dans les ténèbres qui résultent de la chute. Dieu est lumière, aussi, quand l’homme se détourne de Lui, il erre dans les ténèbres de ses propres pensées et de ses propres plans.
            L’humanité est constituée de deux classes de personnes : celles sur lesquelles a brillé la lumière de la vérité divine, provenant de l’Ecriture, et celles qui ont tourné le dos à la Parole de Dieu et qui vivent dans les ténèbres du monde, loin des révélations divines. Toutes deux sont exposées aux assauts des ennemis spirituels et à leur domination, car ils affluent de tous côtés. Pour les uns, posséder une Bible ne garantit pas que des ennemis spirituels ne chercheront pas à employer cette Parole abusivement. Même avec une Bible ouverte, le peuple de Dieu peut se laisser asservir par la profession ou par le ritualisme. Pour les autres, qui nient à l’Ecriture sa place et son autorité comme Parole de Dieu, ce Livre leur reste fermé.
            Voyons cet ennemi du Nord. Habitant dans les ténèbres, il rassemble ses forces loin de la lumière qu’il veut nous ravir à tout prix ; il veut imprimer de son incrédulité tout ce que nous avons de plus précieux, afin de s’emparer de notre héritage. Il s’agit de la puissance de l’intellect humain, en contraste à la puissance de la Parole de Dieu. C’est l’infidélité, qu’elle soit effrontée, ou qu’elle méprise simplement la Parole de Dieu. De même qu’en tournant le dos au soleil, on se trouve face au Nord, en rejetant les Ecritures, on est face aux ténèbres spirituelles. Nier la révélation de Dieu conduit à être laissé à la faible lueur de son propre raisonnement.
            Quand elle domine les choses divines, l’intelligence humaine est une puissance terrible. Elle exerce son influence partout, et glorifie l’homme au détriment de la vérité divine.
             Le roi de Hatsor, qui domine cette fédération du Nord, s’appelle Jabin, qui signifie intelligence. Quel nom significatif pour un homme qui, en type, rejette la révélation ! Il n’a pas besoin de la lumière du soleil car la lumière de sa propre intelligence lui suffit. Hatsor, sur laquelle il règne, signifie enclos. La révélation divine en est exclue, il se suffit à lui-même.
            Jabin avait été vaincu par Josué plus de cent ans auparavant. Lors des premières conquêtes d’Israël prenant possession du pays, il avait été anéanti, avec son peuple et tous ses chars de guerre. Hatsor avait été détruit de dessus la face de la terre, si bien que les fils d’Israël n’ont pas pu y habiter, comme ils le faisaient pour d’autres villes. Si donc Josué a réduit Hatsor à néant, pourquoi en entendons-nous encore parler, qui plus est avec un roi du même nom ? Sur le plan spirituel, Jabin (intelligence) a été vaincu par les apôtres qui nous ont donné la vérité ; l’intelligence humaine pourrait-elle à nouveau exercer son influence ? Du point de vue individuel, la sagesse de l’esprit charnel a été vaincue à la croix ; est-il possible qu’un danger resurgisse de cette même source ?
           Satan connaît bien ce qu’est la résurrection. Il sait que la résurrection de la puissance du mal peut renverser le croyant et l’amener à en être à nouveau captif. N’avons-nous jamais fait l’expérience de vaincre quelque puissance spirituelle de méchanceté qui nous tenait captifs, puis, après avoir remporté la victoire et pensé qu’il était impossible de retomber dans le même mal, retrouver un jour ce même vieil ennemi, ce même ancien péché tout aussi fort qu’avant !
           L’église aussi en sait quelque chose ; elle se soumet trop souvent à la puissance d’un mal qui a déjà été vaincu, comme le rationalisme ou l’intellect humain qui la maintiennent toujours captive. Tout le monde admire l’intelligence humaine qui permet d’apprendre et de raisonner. C’est pourquoi les enfants de Dieu se soumettent facilement à l’autorité de quelque incrédule capable de parler avec un brin de sagesse, mais ainsi, ils tournent le dos au soleil illuminant le Sud pour honorer le Nord froid et ténébreux.

 

                        L’intelligence utilisée sans Dieu

            C'est de l’infidélité – peu importe son nom, elle en a des centaines. Cette puissance du Nord était une confédération dont Jabin était le chef. De même, l’influence que l’esprit exerce porte divers noms. A un moment c’était l’Arianisme (niant la divinité de notre Seigneur) ; à un autre, le Déisme (excluant Dieu de Son propre monde et croyant en un Dieu créateur sans référence à la révélation) ; plus tard, le Rationalisme (n'admettant comme dogmes religieux que ce qui est compatible avec la raison), ou encore la Haute Critique (étude de l’origine des livres de la Bible par l’incrédulité humaine). Mais quelle qu’en soit la forme, l’intelligence de l’homme est exaltée ; même si l’Ecriture semble avoir une grande valeur et une certaine autorité, l’intellectualisme a l’ascendant : de pauvres pécheurs se croient capables de porter un jugement sur la Parole de Dieu ! Si l’Ecriture n’est pas considérée comme la parfaite révélation de Dieu, peu importe la place qui lui est donnée. Si elle n’a pas une autorité absolue, elle a la même place que Jabin lui accordait. Ceux qui adhèrent au mouvement de la Haute Critique ne se considèrent ni infidèles ni incrédules face à la Bible. Non, ils disent la croire plus que quiconque. Ils utilisent leur intelligence pour la défendre et éliminer les soi-disant pensées de l’homme qui s’y trouvent, de sorte que se plaçant en juge sur elle, ils prétendent faire la part de ce qui est divin et ce qui est humain. Ce faisant, l’homme pécheur devient un ennemi résolu de la Vérité.
              Ce sont des exemples où l’énergie de l’intelligence humaine est flagrante. Mais elle peut se manifester dans une moindre mesure : n’avons-nous jamais mis nos pensées à la place de la Parole de Dieu ? Chaque fois que c’est le cas, c’est la puissance de Jabin, roi de Hatsor.
            Le capitaine de l’armée est un grand guerrier, fier de ses réussites et de ses connaissances. Nous savons que si l’on met en cause les connaissances d’un homme, son orgueil est atteint. De là viennent les contestations, chacun affirmant détenir la vérité. L’apôtre Jacques pose la question : « D’où viennent les guerres, et d’où viennent les contestations parmi vous ? » et il répond : « N’est-ce pas de cela : de vos voluptés qui combattent dans vos membres ? » (4 : 1). Les convoitises de l’esprit tout comme celles de la chair conduisent à la guerre. Le chef de l’armée de Jabin est Sisera, dont le nom signifie justement ordre de bataille.
            En Galates 5, l’apôtre classe la liste des « œuvres de la chair » de façon significative : viennent d’abord les formes les plus grossières de la corruption morale, puis les superstitions de l’idolâtrie, et enfin « les haines, les querelles, les jalousies, les colères, les rivalités, les divisions, les sectes... » (v. 19-20). Cet ordre de bataille, dans lequel l’Ennemi voudrait placer le peuple de Dieu, est très frappant.
            Remarquons aussi que le chef de Sisera est Jabin, la sagesse du monde. Dans la première épître aux Corinthiens, nous retrouvons cet ordre de bataille en relation directe avec la sagesse du monde. Avant d’évoquer les convoitises grossières de la chair, dans les chapitres 5 à 7, l’apôtre Paul insiste sur la sagesse du monde qui conduit les saints de Corinthe à être charnels et à marcher comme les hommes.
            Il y avait des sectes ou partis ayant chacun leur chef. Ils étaient divisés, ligués les uns contre les autres dans des rivalités qui ressemblaient aux conflits des écoles contradictoires de la philosophie grecque. « Moi, je suis de Paul ; moi, d’Apollos ; moi, de Céphas» (1 Cor. 1 : 12).
            C’était le raisonnement humain se réaffirmant au sein de l’assemblée à Corinthe. Il n’est pas étonnant que des querelles en aient résulté ; ce sera toujours le cas parmi les enfants de Dieu s’ils tournent le dos à la Parole de Dieu pour adopter la sagesse de l’homme.
            Notons aussi que Jabin règne non seulement sur Hatsor (enclos, les sectes exclusives des partis humains), mais sur Canaan – le nom d’une grande partie des habitants du pays. Son règne étendu est marqué par le commerce des choses saintes. C’est le marchand cananéen dans la maison de Dieu ; il n’utilise ce qui est de Dieu que pour glorifier le moi.
            Sisera habitait « Harosheth des nations » ; or, comme nous l’avons vu, les luttes charnelles du raisonnement humain caractérisent plus les hommes des nations que les saints. Qu’il est humiliant de voir le peuple de Dieu, asservi à l’esprit du monde, et marcher « comme marche le reste des nations, dans la vanité de leurs pensées : ils ont leur intelligence obscurcie, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur » (Eph. 4 : 17-18). Dans ce court passage, nous voyons les ténèbres du Nord, la vanité de Jabin et les Gentils parmi lesquels Sisera avait élu domicile.
            L’influence de Jabin n’est-elle pas à craindre à l’heure actuelle ? Nous l’avons déjà vue dans la Haute critique où l’intelligence humaine se permet de juger la Parole de Dieu, mais ne peut-on pas la voir aussi dans les diverses dénominations ? Chacune défend son propre crédo. Cela montre l’incapacité de l’homme à s’unir autour de principes communs. Seule la Parole de Dieu, qui met de côté la sagesse du monde, peut rassembler les hommes, mais pas les crédos humains.
             Notons également que la domination de Jabin a lieu après la mort d’Ehud, quand le peuple s’est alors détourné de Dieu. Quand le vrai confesseur n’est plus, le cœur s’éloigne, et l’esprit de l’homme naturel resurgit. Que Dieu nous accorde de toujours confesser la vérité, pour que cet ennemi ténébreux du Nord ne vienne pas nous opprimer.
            Tel est l’enseignement que nous pouvons tirer de cet esclavage. Le raisonnement humain arrive hélas facilement à faire taire la plupart des voix qui parlaient jadis pour la vérité, voire à les inciter à parlementer avec l’Ennemi. Il est triste de voir ceux qui défendaient autrefois hardiment la vérité descendre au niveau du monde, et s’associer à de prétendus docteurs – tels ceux qui enseignent la théorie de l’évolution – qui ne sont que les émissaires de Jabin. En s’associant à eux, ils contribuent à emmener captif le peuple de Dieu vers Jabin, roi de Hatsor. Alors, parler pieusement importe peu : s’ils adoptent les raisonnements de la «connaissance, faussement ainsi nommée » (1 Tim. 6 : 20), ils se détournent de Dieu, et contribuent à égarer les fidèles.

 

                        La foi confiante de Debora

            Mais voyons le remède qui délivrera le peuple de Dieu. Qui va se lever contre ce courant d’infidélité qui s’infiltre, s’élève toujours plus jusqu’à tout balayer ? Qui fera face à ces hommes fiers de leur savoir et de leur capacité, en les enlaçant dans leurs raisonnements charnels ? Une femme : Debora.
            Il y a une instruction à tirer du fait que le libérateur soit une femme, et non un homme. L’homme viendra plus tard, mais tout émane de la femme. Quel témoignage à la faillite générale, de ne trouver apparemment aucun homme prêt à faire l’œuvre du Seigneur ! Cela prouve la faillite totale du peuple, mais aussi la grande miséricorde de Dieu qui intervient alors en bénédiction, en utilisant l’instrument le plus humble. Partout où Dieu voit la foi se confier en Lui, ne serait-ce que faiblement, Il trouve là un instrument de choix pour son œuvre !
            Là encore, les noms ont sans équivoque un sens spirituel. Debora et Debir ont la même racine, ils signifient la parole. Quel moyen serait mieux adapté pour vaincre la raison humaine que la Parole de Dieu ? Debora était prophétesse ; cela signifie que la Parole de Dieu est une Parole vivante et pas seulement les Ecritures, car l’Esprit de prophétie, parlant sous inspiration divine, applique la Parole de Dieu à un cas particulier et la rend ainsi vivante. De plus, Debora était l’épouse de Lappidoth qui signifie torche flamboyante ; ceci nous rappelle ce passage de l’épître aux Philippiens : « une génération dévoyée et pervertie, parmi laquelle vous brillez comme des luminaires dans le monde, présentant la parole de vie » (Phil. 2 : 15-16). Lappidoth, un luminaire dans le monde portant la parole de vie : voilà ce qui peut vaincre la raison humaine.
            Debora jugeait Israël sous le palmier, entre Rama et Béthel, ce qui suggère une autre pensée. Debora (la Parole de Dieu), juge le peuple comme une flamme de feu, elle est comme un feu brûlant les scories. Cette première étape est indispensable pour vaincre les ennemis, et alors seulement la délivrance peut être en vue. Cela met l’accent sur deux choses : la faiblesse de l’homme et la puissance de la Parole de Dieu ; quand elles sont associées, quelle combinaison pour faire la volonté de Dieu ! Tout est faiblesse en nous, nous ne sommes que des êtres méprisables, mais c’est en le réalisant que nous pouvons nous attacher à sa Parole. Si cette Parole est comme une torche flamboyante, il est certain que Dieu vaincra l’Ennemi.

 

                        La foi hésitante de Barak

            A première vue, Debora est l’instrument utilisé, mais la prophétesse appelle Barak, fils d’Abinoam, pour mener le conflit. Barak signifie l’éclair ; il symbolise la Parole de Dieu présentée aux âmes par l’Esprit de Dieu ; elle n’est pas seulement une torche qui flamboie, mais la foudre tombant du ciel sur tout ennemi spirituel. C’est ainsi que l’ennemi sera défait, si grand soit-il, quelles que soient son érudition et sa suffisance. Le grand homme de lettres incrédule, avec ses connaissances en grec, en hébreu, en archéologie, etc. a souvent dû s’incliner devant quelque faible Debora ou Barak, qui présentaient simplement la Parole de Dieu : « Ainsi dit l’Eternel ».
            Apprenons à utiliser cette expression, elle suffit à tout et règle tout. Elle remplace la théologie, l’astronomie, ou l’archéologie que certains croient indispensable pour découvrir la pensée de Dieu ! Le « Ainsi dit l’Eternel » surpasse toutes les inscriptions archéologiques du monde païen qui exaltent ses grands hommes, et qui sont souvent avancées par les infidèles pour s’opposer à la Parole de Dieu. L’infidélité est toujours inimitié contre Dieu – qu’elle soit effrontée comme celle du monde, ou plus subtile et dangereuse comme celle qui se glisse dans l’Eglise et conduit le peuple en captivité. Seule la Parole de Dieu peut la vaincre.
            Veillons à ne pas nous laisser prendre dans ce piège subtil. Si quelqu’un disait  qu'il ne croit pas en Jésus Christ, ou s'il affirmait que la Bible n’est que fables et mensonges, il n’aurait aucune influence sur nous. Mais s’il dit que nous avons besoin de notre raisonnement, de la philosophie, de l’histoire, ou de l’archéologie, pour comprendre l’enseignement scripturaire de la Parole, c’est là le piège ! Quand un homme commence à étaler ses connaissances en grec aux âmes sans instruction, méfiez-vous. Il place l’intelligence humaine au-dessus de la Parole de Dieu, se permettant de juger de la Parole qui nous juge. Quelle piètre démarche que d’éclairer avec la lumière de l’homme cette précieuse Parole qui, avec la puissance de l’Esprit, est en soi une lampe à notre pied et une lumière sur notre sentier (Ps. 119. 105). C’est la seule lumière qui soit. Toute autre n’est que ténèbres.
            N’est-ce pas l’enseignement à tirer du règne de Jabin ?

 

                        La guerre contre Sisera et ses armées

            Pour être efficace, la Parole doit trouver un instrument. Debora fait appeler Barak pour aller à la guerre, car ce n’est pas elle, mais lui qui doit agir. Il vient de Kédesh-Nephthali, une des villes de refuge dont le nom signifie le sanctuaire du combattant. C’est bien l’asile adéquat : aucun combattant ne peut être victorieux à moins de demeurer dans le sanctuaire.
            Le contraste est frappant avec le lieu où demeure le belliqueux Sisera. C’est à Harosheth des nations (ruse des nations). Ce nom évoque aussi l’idée d’un travail d’artisan, mais ici il semble plutôt évoquer le fait de tromper, ce qui est si commun dans la façon de penser des hommes, « dans leur habileté à user de voies détournées pour égarer » (Eph. 4: 14). Hors du sanctuaire, on est exposé à cette ruse de l’Ennemi.
            Debora, fidèle à son nom, rencontre Barak avec la Parole : « L’Eternel, le Dieu d’Israël, ne l’a-t-il pas commandé ? » (Jug. 4 : 6). Cela donne de l’assurance car nous avons la force du Tout-Puissant. Les « dix mille hommes des fils de Nephthali et des fils de Zabulon » ne sont rien en comparaison des armées puissantes et des chars de Sisera, mais si l’Eternel l’a commandé, la bataille est gagnée d’avance.
            Cet éclairage fait ressortir l’incrédulité de Barak. Si Dieu en a donné le commandement, c’est le gage de sa présence, pourquoi alors recourir au faible instrument par lequel cet ordre a été donné ? Dieu avait dit : « J’attirerai vers toi… Sisera, chef de l’armée de Jabin, et ses chars, et sa multitude, et je le livrerai en ta main » (v. 7) !
            Manifestement, Barak ne l’a pas vraiment cru, car malgré ce commandement clair, il dit à Debora : « Si tu vas avec moi, j’irai ; mais si tu ne vas pas avec moi, je n’irai pas » (v. 8). Mais ne jugeons pas Barak trop sévèrement, car ne nous sommes-nous pas, nous aussi, souvent appuyés sur la chair, quand Dieu nous a donné un commandement ?
            La victoire ne lui reviendra pas, car Sisera tombera par les mains de Jaël, une femme effacée (v. 21). Dieu veille, avec une sainte jalousie, à ce que sa place ne soit pas usurpée, même par l’instrument qu’Il se plaît à utiliser.
             Nous avons peu de détails de ce grand combat. Barak, accompagné par Debora, mène sur le mont Thabor sa petite armée d’hommes de Zabulon et de Nephthali, sur lesquels l’emprise de Jabin était la plus forte. Zabulon suggère une communion constante, Nephthali l’esprit du vrai combat, aussi leur union est-elle pertinente. La montagne évoque l’élévation de l’âme provenant de la communion ; de là, elle peut avoir une vue d’ensemble du conflit, dans la paix. Plusieurs pensent que le nom Thabor signifie amas de terre ou élévation ; d’autres, une montagne striée ; ces significations ne décrivent que sa forme. Le sens résolution qui a été aussi donné décrirait davantage son sens spirituel. Le mont des résolutions est un point de départ approprié pour entrer dans un tel conflit, car Dieu ne peut pas utiliser quelqu’un qui vacille.
            L’orgueilleux Sisera entend parler de ce rassemblement et réunit ses puissantes armées pour écraser cette misérable entreprise. La scène du conflit se passe au torrent de Kison où, plus tard, Elie tuera les faux prophètes (1 Rois 18 : 40). Le mot Kison signifie courber, généralement traduit par sinueux. D’autres mots ayant la même racine y sont étroitement liés : un arc et tendre un piège, qui ne sont autres que l’arme de guerre et l’embuscade dans laquelle tombera Sisera lui-même. Il semble que c’est lui qui a choisi ce lieu de Kison pour la bataille, et c’est lui qui tombe dans la fosse qu’il avait creusée pour les autres. Mais en fait, Dieu l’avait prévu et avait pourvu à tout.
            Ceux qui réalisent leur faiblesse et qui s’appuient sur Dieu peuvent ainsi vaincre les raisonnements et les disputes de mots. L’orgueil de l’homme est humilié, Sisera doit s’enfuir à pied. Barak et ses hommes poursuivent les armées qui fuient et les détruisent entièrement, sans laisser un seul survivant. Où sont les fières ressources de l’esprit humain ? Le cantique de Debora célèbrera cette victoire.

 

                        L'action de Jaël

            Son armée vaincue, le chef déshonoré descend de son char et s’enfuit à pied, dans l’espoir d’échapper à ses poursuivants. Il semble atteindre son but en trouvant un abri dans la tente de Jaël, la femme de Héber le Kénien. Nous avons déjà vu que ces Kéniens, venus de Jéricho, s’étaient établis dans la tribu de Juda. Ils représentent un principe du monde qui a été épargné, et qui trouve refuge parmi le peuple de Dieu. Mais Héber, bien que son nom signifie compagnon, s’était séparé de sa parenté et avait trouvé refuge en Nephthali, près de Kédesh (le sanctuaire). Il suggère donc l’opposé de ce que représente sa famille. Etranger, il pouvait rester en paix avec Jabin sans en être coupable, comme Israël. Il n’était pas un complice du chef de l’armée de Jabin.
            Ce n’est cependant pas lui, mais son épouse Jaël, que Dieu utilise. Sa foi l’identifie avec le peuple de Dieu, aussi, leurs ennemis sont les siens. Comme Rahab, elle sait où est la vérité de Dieu et agit, en conséquence, avec foi ; elle semble user de tromperie, mais avant de l’affirmer péremptoirement, regardons le passage d’un peu plus près. Nous retrouvons l’enseignement qui est souvent répété dans ce livre : la puissance de Dieu se déploie à travers la faiblesse. Dieu n’utilisera un instrument que s’il est suffisamment faible et renonce à lui-même. C’est ce qui caractérise Jaël.
            Elle tue Sisera avec un pieu de sa tente. La tente est l’habitation qui sied au pèlerin tant que le Seigneur est absent ; elle évoque aussi le fait que l’on n’est pas attaché aux choses d’ici-bas, contrairement à l’homme naturel qui désire ce qui est solide et durable – ce qu’une tente n’est pas. De plus, l’autel accompagne souvent la tente. En vivant en étranger dans le monde, nous sommes près de Dieu, de sorte que nous pouvons offrir l’adoration du pèlerin.
            Jaël vient du mot escalader, d’où sa signification : bouquetin – la chèvre qui escalade. La chèvre évoque le péché, car elle était utilisée pour le sacrifice pour le péché, ce qui nous rappelle la mort de Christ à la croix. L’escalade suggère le fait de s’élever au-dessus des choses terrestres.
            On peut dire que Jaël a appris à marcher sur un chemin qui s’élève : ressuscitée avec Christ, elle cherche « ce qui est en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu » (Col. 3 : 1). Elle s’élève tout en vivant dans une tente, car celui qui cherche ce qui est en haut réalise qu’il n’a pas ici-bas de cité permanente, mais qu’il est étranger et pèlerin.
            Quel enseignement spirituel peut-on tirer de ce qui semble être un acte de trahison, en ce qu’elle se venge sur un homme fatigué qu’elle a invité dans sa tente ? Dieu est vérité, il ne veut pas que nous usions de tromperie pour remporter des victoires pour lui. Mais comme Rahab, si sa foi pouvait la faire s’identifier avec le peuple de Dieu, elle n’allait pas jusqu’à ne plus craindre l’homme.
            Quoi qu’il en soit, nous y voyons une leçon très claire : il est possible de maintenir une paix extérieure en vue de remporter une victoire. En outre, les pèlerins sont si insignifiants que les grands de la terre estiment qu’il serait indigne de les combattre, et les laissent en paix. Ici, Jaël voit l’ennemi acharné du peuple de Dieu entre ses mains ; la question n’était pas de savoir ce qui était dû à l’hospitalité, mais comment le maîtriser et le faire disparaître.
            Transposons cela dans le domaine spirituel, dans le conflit entre l’intelligence humaine et la révélation de Dieu. Si nous sommes confrontés à la raison humaine, que faire, faut-il lui accorder une place ? Si, comme Sisera, un homme vient nous présenter des arguments que nous ne pouvons pas accepter, écoutons-le pour le prendre dans sa propre ruse. Il vaut la peine de recevoir un infidèle, si c’est pour mettre un terme à son infidélité. Pour enfoncer le pieu de la vérité dans sa tête, commençons par écouter avec prudence ses principes erronés ; après avoir entendu ses arguments, nous pourrons lui opposer un témoignage divin, le témoignage d’un pèlerin qui suffira pour le vaincre.
            Rappelons-nous que nous ne sommes pas des soldats, mais des pèlerins. Nous ne mettons pas à mort des hommes, mais nous combattons la puissance spirituelle de méchanceté dans les lieux célestes. « Les armes de notre guerre... ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu » (2 Cor. 10 : 4). Il y a beaucoup à apprendre des Ecritures sur les leçons du combat : battre en retraite, se mettre en embuscade, attaquer de flanc, attaquer de nuit, défaire une grande puissance même quand on est plus faible. S’il est difficile d’en comprendre les détails, il n’y a aucune difficulté à saisir l’enseignement spirituel : être loyal et ferme dans le maintien de la vérité n’empêche pas d’être aimable avec ceux qui sont dans l’erreur.
            Sisera endormi, Jaël prend alors ce qui témoigne de sa vie de pèlerin étranger, et le tue. Son arme insignifiante rappelle que « nous n’avons pas ici de cité permanente, mais que nous recherchons celle qui est à venir » (Héb. 13 : 14). Un simple piquet de tente a tué le puissant guerrier ! Lot, lui, ne pouvait pas en utiliser contre les hommes de Sodome, car il n’habitait pas une tente (il n’y avait peut-être même pas un seul piquet de tente dans tout Sodome). Lot dressa sa tente jusqu’à Sodome, et c’est la dernière fois que nous entendons parler de son caractère de pèlerin dans sa vie. Seul le grimpeur séparé du monde, qui est vraiment étranger et pèlerin, possède un pieu qu’il peut planter dans la tête de tout infidèle qui se dresse contre la Parole de Dieu. Voilà le secret : Ayons ce caractère d’étranger dans notre vie pratique, saisissons le marteau de la Parole de Dieu – c’est une arme « de la main droite » (2 Cor. 6 : 7) – appliquons-la à nos arguments qui attenteraient à la vérité de Dieu, et brisons ce vil raisonnement dont nous serions esclave. Saisissons le pieu et le marteau, détruisons les principes qui rongent notre âme. Qu’il y ait beaucoup de Jaël qui se délivrent d’abord elles-mêmes et ensuite le peuple de Dieu ! C’est par notre caractère d’étranger, en réalisant que nous sommes d’un autre monde et que nos trésors et notre espérance ne sont pas ici-bas, que nous pourrons vaincre la puissance la plus grande que l’Ennemi peut dresser contre nous.

 

D'après S. Ridout