Méditations sur le livre des Juges (2)

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MEDITATIONS SUR LE LIVRE DES JUGES (2)

 

Chute initiale et mélange au monde
            Le déclin du peuple
            La tribu de Juda
            Caleb, Othniel et Acsa
            Les Kéniens
            Judas et Benjamin
            Joseph
            Manassé, Ephraïm, Zabulon

            Aser, Nephthali et Dan

 

Le livre des Juges se divise en trois parties distinctes :

            - la première (chap. 1 à chap. 3 : 4) pourrait s'intituler : l’indépendance à l'égard de Dieu ;
            - la deuxième - la principale – (chap. 3 : 5 à chap. 16), imprime sa marque à l’ensemble du livre. Elle présente les conséquences de cette indépendance : l’arrivée de l’ennemi, l’esclavage qui en résulte, et la délivrance accordée par Dieu lorsque le peuple se repent.
            - la troisième (chap. 17 à la fin) révèle pleinement l’état de cœur du peuple qui ne peut que s’égarer ; le seul remède est que le Seigneur vienne prendre possession de l’héritage. Les délivrances successives n’améliorent rien, comme pour l’empire romain, l’histoire du peuple est celle du déclin. Le dernier libérateur, Samson, le plus fort de tous, est, en fait, le plus faible ; il a lui-même besoin de plus de délivrances qu’il n’en procure.

 

Chute initiale et mélange au monde

                        Le déclin du peuple

            Même s’il n'est pas parlé de la venue de Christ, elle est mise en évidence par le fait qu’en raison de son absence, l’état du peuple décline toujours plus. Il en est de même de l’Église, où les choses vont de mal en pis. Après de profonds exercices de la part du peuple, des libérateurs se sont levés, et ont apporté une restauration partielle. Aujourd’hui, notre niveau n’est pas supérieur à celui de nos pères, bien que nous ayons de plus grands privilèges. Nous sommes à l’heure la plus sombre de l’histoire de l’Eglise, celle où l’appel à la délivrance est plus impérieux que jamais – délivrance non par un secours humain, mais par la venue du Libérateur qui prendra à Lui son Eglise, et qui, par son pouvoir divin, nous fera réaliser la pleine mesure de notre héritage dont nous jouissons, hélas, si peu.
            La première partie se caractérise par l’indépendance du peuple vis-à-vis de Dieu, ou la rébellion du peuple élu, quoique cette expression soit un peu forte. Elle se compose de deux grandes sous-divisions :
                    - de Juges 1 à 2 : 5, nous voyons le peuple identifié avec ses ennemis, au lieu d’en être séparé – union, hélas, qui n’est pas un signe de force.
                    - de Juges 2 : 6 à 3 : 4, il s’agit de l’histoire de son éloignement de Dieu, dû à son état moral.

            Dans la première sous-division, qui est vraiment un condensé du livre des Juges, se trouvent différentes phases de cette identification du peuple avec ses ennemis. Au moment où elle se relie au livre de Josué, l'histoire commence bien : « Et il arriva, après la mort de Josué, que les fils d’Israël interrogèrent l’Éternel, disant : Qui de nous montera le premier contre le Cananéen, pour lui faire la guerre ? Et l’Éternel dit : Juda montera ; voici, j’ai livré le pays en sa main » (1 : 1-2). La première partie commence par une victoire due à la puissance de Dieu s’exerçant parmi son peuple qui monte prendre possession de son héritage. Certes, des signes guère encourageants sont visibles, comme la perte de la simplicité en la Parole de Dieu, mais c’est le côté le plus brillant qui est mis au premier plan. Notons qu’une partie du récit se trouve déjà dans le livre de Josué.
            Les vingt premiers versets relatent les victoires de la tribu de Juda. Le verset 21 donne l’histoire de la tribu de Benjamin, les versets 22 à 26, celle de la tribu de Joseph, puis du verset 27 à la fin du chapitre, six tribus sont mentionnées successivement – là, tout n’est que faillite.
            Considérons un peu ces passages, nous y trouverons des enseignements importants.
 

                        La tribu de Juda

            Dieu Lui-même dit que Juda doit être le premier à monter prendre possession de son lot. Cette partie pourrait s’intituler : « La puissance de Dieu par la vérité ». Plus nous étudions la signification du nom des différentes tribus, plus nous sommes frappés par leur portée spirituelle. Juda signifie « louange ». Mais qu’est-ce que la louange, et sur quoi est-elle fondée ? Ce n’est pas un bouillonnement de sentiments, comme beaucoup le pensent, et c’est une erreur d’essayer d’atteindre un état d’émotion, en l’appelant à tort louange et adoration ; la louange est fondée sur la Vérité.
            Ainsi, Juda vient en tête, que ce soit pendant la traversée du désert ou dans le pays, et, comme nous le savons, c’est de la tribu de Juda que Christ a surgi (Héb. 7 : 14).
            L’héritage de Juda était tout le sud du pays, la terre orientée vers le soleil. De même, la Parole de Dieu, qui est la Vérité, illumine notre précieux héritage. A l’instar de la vraie louange fondée sur la vérité, Juda – « louange » - représente aussi l’ensemble des vérités doctrinales qui sont la seule base d’un culte selon Dieu. Partout où la vérité est sacrifiée, où la Parole de Dieu est mise de côté, où ces vérités perdent leur autorité, la louange en souffrira – Juda ne sera plus vainqueur. C’est l’idée essentielle de ce passage. C’est comme si Dieu disait à son peuple : Christ a remporté une grande victoire, c’est en gardant la vérité que vous continuerez à vaincre et que vous jouirez pratiquement du précieux héritage dont les apôtres ont parlé dans leurs écrits inspirés.
            Juda devait monter le premier. Or dès le début, la faiblesse le caractérise : il ne veut pas aller seul prendre possession de ce qui lui appartient. Il demande à Siméon, qui partage le même territoire, de venir l’aider dans sa conquête, et lui promet de l’aider en retour. Quel enseignement en tirer ? Si Dieu me commande une chose, dois-je rechercher le secours humain ? Quand Dieu a dit à Moïse d’aller délivrer son peuple, était-ce Lui obéir et L’honorer que de plaider et d’insister jusqu’à ce qu’Il lui accorde l’aide d’Aaron ? Cela ne montrait-il pas un manque d’assurance chez ce serviteur ? Chaque fois que la Parole de Dieu requiert notre obéissance et que nous cherchons un secours humain, nous pouvons être sûrs que cette faiblesse se manifestera tôt ou tard par une défaillance. C’est ce que nous apprenons avec Juda qui sollicite l’aide de Siméon.
            Certes, il y a eu une victoire, mais la suite du passage montre qu’il n’y avait pas l’engagement de cœur absolu qui aurait permis d’achever la conquête et d’assurer ainsi un triomphe à la gloire de Dieu. Il ne semble pas y avoir l’honneur d’une victoire totale sur les forces d’Adoni-Bézek. Un ennemi mutilé n’est pas un ennemi entièrement vaincu et, bien qu’il meure plus tard et que Jérusalem soit pour un temps prise et brûlée, la conquête n’est pas définitive.
            Ce beau récit des victoires à Hébron et à Debir – Kiriath-Sépher, comme on l’appelait autrefois – se trouve aussi en Josué, et s’il est répété ici c’est qu’il est caractéristique de ce passage, et que nous devons y prêter attention.
 

                        Caleb, Othniel et Acsa

            Les huit premiers versets ont relaté la victoire de Juda et de Siméon ; maintenant, des versets 9 à 15, l’exercice de foi de Caleb, Othniel et Acsa, met l’accent sur la suprématie de la Parole de Dieu, de la Vérité.
            Juda ne peut gagner du terrain et le conserver qu’en gardant la vérité ; ainsi, le peuple de Dieu ne peut triompher qu’en croissant dans la connaissance de la Parole de Dieu. C’est ce que typifie cette scène d’Hébron : Hébron signifie « communion », et Kiriath-Sépher, la ville qui lui est étroitement liée, signifie « la ville du livre ». Nos pensées se dirigent d’emblée vers ce précieux Livre, la Bible, que nous avons entre les mains. Nous devons la conquérir, en prendre possession, l’arracher des mains de l’Ennemi, et l’avoir pour précieuse, car elle nous parle de Dieu. Lorsque Kiriath-Sépher a été prise, son nom a été changé en Debir qui signifie : la « Parole de Dieu » ; « le livre » est devenu « la Parole de Dieu ». Voilà en quoi consiste la victoire de Juda : la Bible n’est plus seulement un livre, elle devient la Parole de Dieu. Si Juda avait continué dans ce chemin, s’il avait pleinement pris possession de la Parole de Dieu, faisant de ses doctrines une réalité vivante et la considérant comme la voix de Dieu parlant à son peuple, alors la louange, le culte et la joie auraient été sans entrave, et la puissance aurait été de plus en plus manifeste.
            Hélas ! L'Eglise n’a pas mieux fait, elle a très tôt négligé les doctrines. Au lieu de changer Kiriath-Sépher en Debir, une parole vivante, l’Eglise a pris le Livre des mains du peuple, et l’a placé dans les monastères, lui en interdisant l’utilisation. Au lieu de donner au peuple les vivants oracles de Dieu, elle les lui a ôtés ; il ne pouvait donc en résulter que ténèbres et faillites.
            Il en est de même pour nous personnellement. Si ce Livre nous est fermé, n’étant qu’une succession de lettres et non la Parole vivante et opérante, ni progrès ni croissance ne se verront dans notre vie. Exit la doctrine, place à la pratique, clame le monde, ce que les chrétiens professants ont repris à leur compte en disant : nous voulons un enseignement pratique et non pas doctrinal. Ils ont eu gain de cause : la doctrine n'est plus enseignée mais, au lieu de la pratique désirée, ils subissent les conséquences inévitables de l’abandon de la Parole de Dieu : la recherche de tout ce qui plaît à l’homme naturel.
            Grâce à Dieu, il y a des exceptions à cela, mais l’Eglise qui s’est détournée de la Parole de Dieu est tombée dans ce triste état. Il n’est donc pas étonnant de voir si peu de joie et de jouissance des choses de Christ parmi le peuple de Dieu. Comment y en aurait-il quand la vérité le concernant est si peu connue et appréciée, quand la Parole de Dieu, reléguée sur les étagères parmi une littérature de grande valeur et précieuse peut-être, n’est plus la Parole vivante du Dieu vivant. Si elle n’est placée qu’au rang de la littérature humaine, alors nous avons perdu la voix de Dieu ainsi que toute puissance ; l’Église a rompu ses amarres et s’en va à la dérive. C’est ce qui explique les ténèbres qui nous enserrent et le déclin de la chrétienté.

            Le reste du récit d’Othniel et Acsa est très beau. Acsa signifie « chaînette de cheville ». Son nom suggère l’ornement de la doctrine, dans la marche et dans la vie, qui complète merveilleusement la foi d’Othniel, le « lion de Dieu » ou la « puissance de Dieu ». Acsa désire un champ fertile, et pour cela, elle sait qu’il faut des sources d’eau. Or l’une des caractéristiques du pays, c’est l’abondance de l’eau (Deut. 8 : 7). L’Esprit seul peut rendre la Parole de Dieu fraîche et féconde. Debir ne pourrait pas vraiment correspondre à son nom sans les flots rafraîchissants de l’Esprit. Les sources du haut et du bas lui sont données, et ainsi tout est rafraîchi par la vérité, qu’elle soit élevée ou pratique. Celui qui veut produire du fruit pour Dieu désirera comme Acsa un champ arrosé de sources. On se plaindrait moins que la Parole de Dieu est sans intérêt, s’il y avait plus d’Acsa pour la désirer ardemment.
            Au début, l’Eglise a gardé la Parole dans une certaine mesure, et les victoires remportées étaient selon cette mesure.


                        Les Kéniens

            Le paragraphe suivant relève une faiblesse évidente : il est parlé des fils du Kénien, beau-père Moïse ; c’est une relation selon la chair et non pas divine (v. 16). Ils venaient de Jéricho, la ville des palmiers. Avaient-ils été épargnés ? Rien ne dit qu’ils y avaient des droits. Tous ceux qui étaient liés à Jéricho étaient sous malédiction. Or ces gens montent de la ville des palmiers, et font leur demeure au beau milieu de Juda ! Lorsque le monde avec ses influences mauvaises trouve place au sein de l’Église, quand bien même ce serait des relations selon la chair avec le peuple de Dieu, c’est les prémices d’un prochain éloignement de Dieu, et nous pouvons être sûrs de les voir surgir à nouveau bientôt. Mais il y avait à cela une pieuse exception : Jaël, la femme de Héber le Kénien, qui opéra une grande délivrance. Héber avait laissé son propre peuple qui habitait à Arad et s’était manifestement identifié de cœur avec Israël. C’est ce que suggère ce nom, Héber qui signifie « un pèlerin ».

            Ensuite, il s’agit d’Horma. Cette victoire remportée conjointement par Juda et Siméon a dû être entière, car ils ont absolument détruit cette cité.


                        Judas et Benjamin

            Dans les versets 18 à 20 sont citées d’autres conquêtes. Cette première partie présente les principales victoires du peuple de Dieu, mais aussi les faiblesses qui seront la cause des manquements ultérieurs.
           Souvenons-nous que la vérité doit faire autorité pour avoir la puissance qui assure la victoire. Pour connaître une restauration, nous devons retourner à la vérité, à la Parole de Dieu, et en faire une réalité vivante dans nos âmes.
            Au verset 21, nous en venons à Benjamin. Juda représentait la suprématie de la vérité divine, Benjamin suggère la suprématie de Christ. Ce nom signifie : « fils de ma droite ». C’est la tribu guerrière, puissante, un type de Christ victorieux, l’épée ceinte à son côté, comme au Psaume 45. C’est aussi un type de Christ, maintenant dans les siens, celui qui règne, le Tout-Puissant. Dans la bénédiction de Jacob à l’égard des douze tribus, Joseph suggère Christ portant un fruit abondant – les siens, Benjamin, un loup qui déchire, suggère Christ sortant en jugement. Or, dans ce court verset 21, nous voyons que « les fils de Benjamin ne dépossédèrent pas le Jébusien, habitant de Jérusalem », mais qu’il a habité avec eux, à Jérusalem, « jusqu’à ce jour ». Ils ne les chassèrent pas ! La tribu guerrière n’a pas réussi à pousser l’ennemi hors de la ville où Dieu devait faire habiter son nom ; or, s’il est une tribu qui devait y arriver, c’était bien elle.

            Christ doit avoir son trône dans nos cœurs. Nous avons vu que la Parole de Dieu est la base de tout. Or Christ en est le thème, aussi nos cœurs et nos vies doivent-ils lui être soumis. Il doit en être le centre, comme il l’est en ayant son trône à Jérusalem. Il peut être sur nos lèvres et dans notre intellect, nous pouvons reconnaître que tout est centré sur Lui, mais si nous ne parvenons pas à chasser de la citadelle de nos âmes et jusqu’en ses tréfonds, tout ce qui s’élève contre la connaissance de Christ et rabaisse à nos yeux la suprématie du Seigneur, c’est que Jérusalem est aux mains des Jébusiens. Nous pouvons jouir de la vérité, et avoir communion avec Christ, sans qu’Il soit le Seigneur absolu de notre âme !

            Israël n’a donc pas réussi à posséder entièrement Jérusalem, le centre où Dieu devait mettre son nom. De même, l’Eglise n’a pas donné à Christ la place centrale qui Lui revient, son histoire le montre. Qui est à la tête de ce qui prétend être l’Eglise sur la terre ? Un séducteur, un homme qui prend la place du Saint Esprit et de Christ, disant être son vicaire sur la terre - un antichrist assurément. En considérant l’Eglise de Rome, nous pouvons bien affirmer que Jérusalem est encore entre les mains des Jébusiens.

            Quant aux autres systèmes où, grâce à Dieu, nous voyons de la piété et où la Parole est bien recouvrée, Christ y règne-t-il ? Jérusalem est-elle entre les mains de Benjamin ? Le clergé, la théologie, la tradition et bien d’autres choses n’ont-ils pas remplacé le Seigneur Jésus au milieu de son peuple ?
            Quant à nous collectivement, laisser à Christ la place qui lui revient implique qu’Il ait réellement l’autorité suprême parmi les siens réunis, que sa volonté soit souveraine, si douloureuse soit-elle pour la chair, et que nous soyons soumis à sa précieuse Parole. La ruine qui nous environne n’est-elle pas surtout due au fait que Christ n’a pas la seigneurie, et que le Jébusien n’est pas chassé ? Jébusien signifie « fouler aux pieds », ainsi tout ce qui n’est pas de Christ, dans l’âme, foulera aux pieds sa Parole.
            Il arrive souvent parmi le peuple de Dieu, que la Parole soit appréciée sincèrement, sans être accompagnée d’une soumission à son autorité. Nous pouvons étudier assidument l’Ecriture et être satisfaits de notre connaissance de la Parole de Dieu, sans pour autant y obéir pleinement. Se soumettre à la Parole de Dieu signifie accepter l’autorité de Christ, car c’est Lui qui parle dans la Parole. Insistons bien sur ce point. Ceux qui prétendent obéir à Christ ne le font réellement que s’ils obéissent à sa Parole. Le Seigneur Lui-même fait le lien entre sa Parole et Lui, quand Il dit au résidu de Philadelphie qu’ils ont gardé sa Parole et n’ont pas renié son Nom (Apoc. 3 : 8).

            Il est facile de professer Christ comme centre, d’en faire un point de ralliement, le schibboleth d’une secte ou d’un parti, mais Christ comme centre signifie Lui obéir, L’honorer, Le suivre à tout prix, et reconnaître l’autorité absolue de la moindre vérité et de sa volonté pour notre marche. Retenons bien l’enseignement donné par l’échec de Benjamin dans la conquête de Jérusalem : notre grand danger, est de renier le nom de Christ et Son autorité.
            Passons à la suite de cette triste histoire, qui découle du fait que Benjamin n’a pas réussi à prendre possession de Jérusalem. Ce court verset 21 est le pivot autour duquel tournent toutes les défaillances ultérieures.


                        Joseph

            Dans les versets 22 à 26, nous voyons la maison de Joseph aller prendre Béthel qu’il fallait impérativement posséder. La signification même de Bethel - « maison de Dieu » - évoque la présence divine. Au début, son nom était Luz - « séparation » - séparation purement extérieure. C’est ce que nous voyons dans toute l’histoire de l’Eglise.
            N’insister que sur le côté négatif de la séparation - ne fais pas cette chose, renonce à cela, refuse ceci… - nous fait couper une chose après l’autre, mais ce n’est rien d’autre que Luz, et non la Maison de Dieu. Pour s’y trouver, il faut non seulement se séparer, mais aussi réaliser le saint sentiment de sa présence.
            Mais quelle faiblesse pour s’emparer de Béthel ! Pourquoi envoient-ils des espions, si Dieu leur a donné ce lieu ? Ce manque de confiance dévoile leur incrédulité. Il en était de même de Moïse qui, avant de tuer l’Egyptien, montrait qu’il ne s’attendait pas à Dieu en regardant ici et là pour voir si quelqu’un l’observait. Il en était de même des douze espions envoyés en Canaan, ils ne représentaient que l’incrédulité du peuple que Dieu supportait patiemment. Ils envoient donc des espions à Luz et en prennent possession, épargnant l’homme qui leur en avait montré le chemin.
            Du moment que la foi fait des concessions à la chair, espérant gagner en puissance spirituelle, que ce soit dans le couple ou dans les affaires, si un compromis est fait pour épargner la chair afin de jouir tranquillement du repos de Béthel, c’est laisser en liberté un ennemi qui s’en ira construire une autre ville du même nom. Combien de fois des ennemis de Dieu qui ont été épargnés rétablissent les mêmes choses qu’il faut à nouveau combattre et qui ne sont que plus difficiles à vaincre. Dans nos vies privées, nous pouvons considérer certains compromis comme minimes ; comme Lot, nous pouvons être infidèles envers Christ que sur un seul point, mais ce point épargné grandira jusqu’à détruire nos vies spirituelles.
            L’Eglise a souvent épargné les habitants de Luz comme, par exemple, dans le système monacal qui, venu d’Orient, a prospéré au milieu d’elle. Ce système enseigne la séparation du monde, le mal inhérent à la matière et diverses formes d’ascétisme dont l’histoire de l’Église abonde. Epargner cet habitant de Luz a profité au système monacal, jusqu’à éclipser totalement Béthel où l’on sentait la présence de Dieu ; on y cherche la séparation du monde plutôt que la présence de Dieu. Dans toute séparation sans la présence de Dieu, l’Ennemi est épargné et des défaillances ultérieures sont en germe.
            Combien nous avons besoin du sentiment de la présence de Dieu et du Saint-Esprit au milieu de nous !
            Possédons-nous Bethel ou seulement Luz ? Habitons-nous la maison de Dieu, ou sommes-nous simplement un cercle de personnes séparées ? La présence de Dieu est-elle réelle, et sommes-nous conduits par l’Esprit, ou sommes-nous une secte qui ne fait que rejeter le mal, sans jouir pleinement de la sainte présence du Seigneur ?


                        Manassé, Ephraïm, Zabulon

            Passons maintenant au dernier paragraphe, où nous voyons la faillite de plus en plus manifeste de six tribus. Nous avons tout d’abord Manassé qui signifie : « oublier ». C’est tout oublier pour ne se fixer que sur une chose, ainsi que pouvait l'exprimer l'apôtre Paul : « oubliant ce qui est derrière et tendant avec effort vers ce qui est devant, je cours droit au but pour le prix de l'appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » (Phil. 3 : 13-14). Si la maison de Dieu n’est pas soigneusement gardée pour Lui, nous nous chargerons vite de fardeaux au lieu de les délaisser pour courir la course qui est devant nous et remporter le prix, et nous n’estimerons pas toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus notre Seigneur(Phil. 3 : 7-8). Ne pas tendre avec effort vers ce qui est devant, est la défaillance présentée ici.

            Vient ensuite Ephraïm, de la tribu de Joseph, la tribu qui porte du fruit. Il représente les œuvres parmi le peuple de Dieu car la foi se montre par les œuvres comme nous le dit l’apôtre Jacques. Si Manassé a manqué, ne se fixant pas sur une seule chose, alors Ephraïm faillira aussi. Les œuvres dans la vie quotidienne cesseront, et l’Ennemi s’emparera de ce qui devrait être pour Dieu. La défaillance ici, est donc un manque de fruit pour la gloire de Dieu.

            S’il y a manquement de la part de Manassé et d’Ephraïm, Zabulon, dont le nom signifie dévotion ou consécration à Dieu, sera également trop faible pour maintenir sa possession.


                        Aser, Nephthali et Dan

            Ensuite, vient Aser qui signifie « bienheureux ». Si Christ n’est pas le chef, et si nous ne jouissons pas de la maison de Dieu, il va sans dire qu’Aser ne pourra pas chasser l’ennemi de son territoire. La tristesse, le manque de joie et un cœur triste dépeignent la défaillance d’Aser. L’apôtre Pierre dit : « Vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse » (1 Pier. 1: 8). Ah, quelle joie indescriptible, remplie de la gloire à venir ! En pensant à cette gloire, à la bénédiction qui s’y rattache et à l’affranchissement de la souillure du péché, nos cœurs ne seraient-ils pas remplis de cette joie glorieuse ? Anticipons-nous le ciel ? Aser - « bienheureux » - devrait être notre nom et nous caractériser ! Hélas, reconnaissons humblement que cette joie spirituelle qui devrait se manifester parmi nous et dans l’Eglise, est bien peu visible.

            Certes, nous traversons un désert terrible, et sommes en proie à toutes sortes de tentations, dans un monde où les larmes sont plus fréquentes que les sourires, mais il est faux de dire que l’enfant de Dieu ne doit pas être heureux dans ce monde. En considérant notre héritage et notre part, ce serait un affront de dire cela. Sommes-nous comme Aser, qui n’a pas réussi à chasser les habitants du pays ? Les villes qui devraient appartenir à la joie chrétienne sont-elles toujours détenues par l’Ennemi ? Qui nous vole donc notre bonheur ? Quels petits renards ravagent nos vignes en fleur (Cant. 2 : 15) ? Que ce soit individuellement ou collectivement, nous pouvons en voir la cause dans l’histoire de Benjamin, Joseph et Ephraïm.

            Vient ensuite Nephtali, qui signifie « lutteur ». Il représente l’homme fort et vaillant qui combat pour Dieu, selon la pensée de Dieu, et non pas charnellement, ne se fiant pas à sa propre puissance. Il répond à la pensée de Dieu, et a l’assurance de lui appartenir. Il représente l’esprit de la puissance que l’homme a en Dieu, ou que celui qui réalise sa faiblesse possède dans le Tout-puissant. Là encore, la triste histoire des défaillances se répète. Celui qui oublie qu’il est faible, oublie que la source de sa force est en Dieu, et n’a donc pas de puissance pour lutter et vaincre l’Ennemi.

            Le récit se termine avec Dan, qui aurait dû être un conducteur et un juge. Non seulement il ne parvient pas à chasser les habitants de ses villes, mais les Amoréens le repoussent dans les montagnes et habitent eux-mêmes dans les riches vallées. Quel déclin : l’ennemi prend possession de la vallée ! La vallée suggère l’humilité, et la fertilité spirituelle qui en est la conséquence. Le Seigneur a porté du fruit pour nous parce qu’Il est descendu dans la vallée de la mort ; ainsi, nous ne pouvons porter du fruit pour Dieu qu’en entrant par la foi dans la réalité de sa mort, en ayant la sentence de mort en nous-mêmes. Ici, ce n’est pas le peuple de Dieu qui demeure dans les vallées, mais les Amoréens, alors que leur habitat, à ce que les archéologues nous disent, était dans les montagnes, sur les hauteurs. Amoréens signifie « hautains », « grand orateur » ; leur manière de s’exalter est frappante. C’est un peuple qui parle beaucoup et qui chasse des vallées le peuple de Dieu. Chaque fois que le peuple de Dieu se laisse aller à parler avec emphase, et fait de grandes professions sans que cela corresponde à la réalité, il n’est plus humble et ne peut donc plus porter de fruits.

            Gardons-nous des beaux discours ! Si nous sommes tentés de parler avec légèreté de notre mort et de notre résurrection avec Christ, demandons-nous qui, de l’Amoréen ou de l’Israélite, demeure dans la vallée. Quand nous disons que nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Eph. 1 : 3), demandons-nous si c’est une vivante réalité dans nos âmes. Sondons nos cœurs, ne laissons jamais les Amoréens nous chasser de la vallée.

            Pour illustrer cela, prenons la Réformation, dans l’histoire de l’Eglise. Voyez toutes ces controverses. Quelle a été la raison de la guerre de trente ans ? Qu’étaient les conflits parmi les protestants, sinon le cliquetis des armes des Amoréens chassant les hommes de Dieu des vallées ? Considérez l’Europe protestante quelques années après la Réformation, vous y verrez de nombreux théologiens, mais très peu de piété, de nombreux discoureurs combattant pour la doctrine, mais bien peu de cette humilité de cœur, de cet esprit paisible qui caractérise l’habitant des vallées où une pluie de bénédiction permet une abondance de fruits pour Dieu.

            Quant à nous, individuellement ou collectivement, avons-nous été chassés de la vallée vers les montagnes ? Faisons-nous de grands discours, oubliant notre humble place de soumission à Christ ? Sommes-nous de beaux parleurs, repoussés sur la montagne de la profession ? Redescendons dans la vallée. Dieu habite avec celui qui a un cœur humble et contrit. Les Amoréens ont peut-être des chars de fer, mais l’Esprit de Dieu est plus puissant que toutes ses armées ; en revenant, nous en ferons l’expérience. Retournons dans la vallée de l’humilité, pour y produire du fruit pour le Seigneur.

 

D'après S. Ridout