Méditations sur le livre des Juges (1)

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MEDITATIONS SUR LE LIVRE DES JUGES (1)


Préface
Introduction
        Le lien du livre des Juges avec celui de Josué
        L’héritage d’Israël en Canaan, une image de notre « héritage » en Christ dans les lieux célestes
        Les victoires du peuple d'Israël et la possession du pays par les différentes tribus
        L'avertissement donné par Josué à la fin de son livre
        La faillite du peuple responsable de saisir son héritage
        Le déclin du peuple d'Israël, une image de l'histoire de l'Assemblée sur la terre

 

Préface

            Le Livre des Juges est un maillon important dans l’histoire d’Israël. Il présente le changement de régime de la théocratie du début, à la royauté qui prend fin à la captivité. Cette période de transition est marquée par l’incrédulité et le déclin qui forment la trame du récit ; nous y voyons la patience inlassable de Dieu qui, en dépit de l’incompétence totale du peuple et de son incrédulité, vient à leur secours à plusieurs reprises. En même temps, Dieu manifeste ses desseins qui ont leur accomplissement en Christ seul, et qu’Il achèvera dans « ce jour-là » qui est maintenant si proche.

            Dans sa mise à l’épreuve, Israël représente l’humanité, c’est pourquoi les principes moraux impliqués ici s’étendent à tous les hommes, car chacun aura à rendre compte à Dieu. Le livre de Josué abonde en récits typiques dont on peut tirer des enseignements pour le christianisme, et nous verrons que ce livre approfondit ces enseignements typiques. Ils portent principalement sur le déclin et la restauration ; leur similitude avec l’histoire prophétique de l’Eglise professante, donnée dans les chapitres 2 et 3 de l’Apocalypse, est remarquable.

            Nous verrons d’emblée que ce livre est d’une importance pratique considérable pour l’Eglise. Nous ne connaissons hélas que trop, par nos douloureuses expériences, ce qu’est le déclin. En des jours de ruine généralisée, puissions-nous entrer toujours plus dans le secret de la restauration et de la puissance divine s’opérant au moyen de faibles instruments dont les exemples abondent dans ce livre.

            Ce livre a donc une portée très pratique. S’il produit l’effet escompté, il va nous amener à nous jeter, individuellement et collectivement, le visage contre terre à notre « Bokim », pour y trouver la tendre miséricorde de Celui dont le cœur manifeste, aujourd’hui encore, envers son Eglise bien-aimée, le même amour qui l’a amené à donner son Fils pour sa rédemption. Ce qui est ruiné ne sera jamais rebâti ; nous devons tous attendre la venue du Seigneur. Mais, si nous retenons l’enseignement présenté dans ce livre, il nous sera toujours possible de rendre témoignage pour Dieu, de faire paître paisiblement le troupeau de Christ, et de délivrer les siens de la main de l’Ennemi.

            Les méditations suivantes ont pour but d’exposer ces enseignements, espérant que de vrais fruits pour Dieu résulteront de leur lecture. On y trouvera la simplicité et les imperfections du langage parlé - un style facile à comprendre, mais aussi une tendance aux digressions suscitant l’attention sur un enseignement particulier, dont le lecteur pourra poursuivre l’étude lui-même.

            La prière de l’auteur est qu’à l’instar de l’aiguillon à bœufs de Shamgar et des torches de Gédéon, Dieu puisse utiliser ce modeste ouvrage pour présenter sa vérité.

 

Introduction

            La première partie de l’Ancien Testament est le Pentateuque ; les conseils de Dieu, sa volonté et son autorité en sont les principales caractéristiques. Bien que la volonté de l’homme s’y montre souvent, il est néanmoins manifeste que Dieu a tout sous contrôle, car sa volonté est souveraine. Elle est particulièrement évidente dans le Pentateuque ; c’est pourquoi nous appelons à juste titre ces 5 livres « les Livres de la Loi ».

            La deuxième partie de l’Ancien Testament, les livres historiques dont le livre des Juges est le second, composent le groupe de livres le plus grand de l’Ancien Testament. Là, c’est l’homme qui est en vue plutôt que Dieu. Il va sans dire que Dieu n’est pas mis de côté, mais Il a placé la responsabilité du gouvernement entre les mains de l’homme pour accomplir Sa volonté. Ils sont donc appelés à juste titre « les Livres de l’alliance », où se trouve le développement de la volonté expresse de Dieu donnée dans le Pentateuque.

            Ces livres historiques ont, de plus, chacun leur particularité. Nous allons nous arrêter spécialement sur le livre des Juges qui imprime son caractère à l’ensemble des livres historiques. C’est le livre de l’histoire de l’homme, en montrant son évolution. Ce sera l’histoire du déclin, de l’éloignement de Dieu, des divisions plutôt que de l’unité, de la faiblesse plutôt que de la force, et en conséquence, la nécessité de l’intervention de Dieu pour être délivré. Bien que cette caractéristique se retrouve dans tous les livres historiques, de Josué à Esther, elle est particulièrement marquée dans le livre des Juges.

                        Le lien du livre des Juges avec celui de Josué

            Le livre de Josué se relie à la fin du Pentateuque quand Moïse, sur le point de mourir, nomme Josué comme successeur, lui cédant son autorité de la part de Dieu ; ainsi dès le début du livre, Josué, choisi par Dieu, poursuit le travail que Moïse avait commencé ; il n’est qu’un autre conducteur.
            La fin du livre de Josué est relié au livre des Juges : Josué appelle tout le peuple, et il place devant eux l’histoire des voies de Dieu et de sa miséricorde dans le passé, puis les met en garde contre le danger d’apostasier et de s’éloigner de Dieu.
            En qualité de prophète, Josué en vue de l’histoire des Juges, a averti le peuple du danger qui le menaçait, et des conséquences qui arriveraient s’il ne tenait pas compte de l’avertissement. Le livre de Josué nous montre la puissance de Dieu, l’homme de foi et, en figure, le divin Conducteur. En type, Josué, le successeur de Moïse, correspond à l’Esprit Saint représentant Christ comme notre conducteur dans notre héritage.

                        L’héritage d’Israël en Canaan, une image de notre « héritage » en Christ dans les lieux célestes

            De la même façon qu’il nous est dit dans l’épître aux Ephésiens que Dieu « nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Eph. 1 : 3), il nous est dit en Josué que tout appartient au peuple. Ils doivent prendre possession avec l’énergie de la foi de l’héritage que Dieu leur a donné.
            Mais il faut que Dieu désigne un conducteur pour acquérir leur héritage ; c’est ce pour quoi Josué est mandaté. Il est désigné conducteur de tout le peuple, et il n’y en a qu’un seul dans tout ce livre. Josué est un type de Christ vu comme conducteur sur le terrain de la résurrection, de même que Moïse était un type de Christ vu comme conducteur de son peuple quand Il était sur la terre. C’est pourquoi en type, il était nécessaire que Moïse, le conducteur terrestre, disparaisse, afin que le peuple puisse entrer dans son héritage céleste. Ainsi, il fallait que Christ meure pour qu’il puisse, comme ressuscité d’entre les morts, conduire son peuple dans la jouissance de son héritage céleste.
            Mais plus encore, Josué est un type de Christ ressuscité qui continue de mener son peuple dans le combat pour prendre possession de ce qui leur appartient. C’est donc Christ, habitant dans nos cœurs par le Saint Esprit, qui nous conduit avec une énergie divine, à saisir tout ce qui nous est donné. L’héritage nous appartient, mais encore faut-il le saisir et y marcher : « Tout lieu que foulera la plante de votre pied, je vous l'ai donné » (Jos. 1 : 3). Nous devons le posséder pratiquement. C’est par l’Esprit Saint seul que nous entrons dans la jouissance de ce que nous possédons : nous avons tous la même source de joie, nous sommes tous de Christ, et tout ce qui est à Christ est à nous. Nous possédons tous la même part, et pourtant, combien la mesure dont nous en jouissons peut être différente ! Notre héritage est en Christ, mais nous ne pouvons en jouir que par la puissance de l’Esprit Saint qui demeure en nous et qui nous amène à en prendre possession. C’est Josué.

                        Les victoires du peuple d'Israël et la possession du pays par les différentes tribus

            Le peuple entre dans le pays de Canaan et remporte les victoires de Jéricho jusqu’à Hatsor, jusqu’à ce que le dernier roi soit soumis et que tout le pays soit entre leurs mains ; tout est à eux.
            Puis, dans la deuxième partie du livre de Josué, le pays est réparti entre les différentes tribus, chacune d’elles obtenant la part que Dieu lui a attribuée. Il est très instructif et rafraîchissant de voir que lorsque Dieu est souverain, et que l’Esprit de Dieu opère et conduit le peuple, tout dépend de Lui et de la foi qui Le suit.
            Mais il y a une autre pensée. Le Saint Esprit est venu sur les apôtres comme sur l’Eglise entière. Dans le chapitre 4 de l'épître aux Ephésiens, nous lisons que lorsque Christ est monté au ciel, Il a donné des dons aux hommes, et d’abord aux apôtres qui ont posé le fondement de l’Église (v. 8, 11). Ainsi, bien qu’étant un type de l’Esprit Saint représentant Christ pratiquement, Josué est aussi un type de l’Esprit habitant avec autorité dans les hommes inspirés. Autrement dit, ce livre présente l’histoire de l’Eglise apostolique prenant possession de son héritage, conduite par des hommes divinement inspirés, dans l’énergie du Saint Esprit.
            Dans le livre des Juges, au contraire, personne ne correspond à Josué en tant que conducteur choisi divinement pour lui succéder. Les conducteurs qui se sont levés, ont été suscités pour un travail ponctuel, impératif, puis ont disparu. Il est important de comprendre que les apôtres ont été une classe à part, seuls leurs écrits subsistent. Celui qui croit à la succession apostolique n’a qu’à comparer la signification spirituelle des livres de Josué et des Juges, et il verra que, si des apôtres ont introduit les saints dans la vérité de l’Eglise et dans leur héritage céleste, il n’y en a plus pour les maintenir dans cette position. C’est l’histoire du livre des Juges.
            A la fin de l’histoire de Josué, on peut bien penser que le vieux conducteur regarde son héritage céleste avec la pleine assurance de ce qui est devant lui. Certains disent qu’il n’y a pas de révélation quant à l’immortalité dans l’Ancien Testament, et dans un certain sens, c’est vrai. Mais, en considérant l’attitude de Moïse et de Josué face à la mort, nous les voyons renoncer à tout ce qu’ils avaient de plus cher dans ce monde, sans éprouver la moindre incertitude. Sans aucune frayeur, sans l’ombre d’un doute, ils donnent leurs instructions à ceux qu’ils laissent et s’en vont. Où ? Qui peut en douter, avec une révélation telle que celle concernant Abraham : « il attendait la cité qui a les fondements, dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (Héb. 11 : 10) ? Qui peut douter que Moïse et Josué savaient où ils allaient en quittant ce monde, et qu’ils étaient conscients d’aller à la maison, vers le Dieu bienheureux qu’ils avaient vu et servi par la foi et dans la présence duquel ils allaient maintenant entrer ? C’est très important. Relever les indications sur l’immortalité tout au long de l’Ancien Testament serait un sujet d’étude très intéressant, pour notre plus grand profit.

                        L'avertissement donné par Josué à la fin de son livre

            Le conducteur âgé assemble le peuple autour de lui, et les avertit de ce qui les attend (Jos. 23-24). Il leur dit ce qui est dans leurs cœurs car l’Esprit de Dieu le lui a révélé. Il leur annonce qu’ils sont en danger d’apostasier, et va jusqu’à leur dire : « Otez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous » (24 : 23).Ces dieux avaient déjà une place au milieu d’eux et les germes de la ruine et de l’éloignement de Dieu étaient déjà présents au sein même du peuple.
            Un passage du Nouveau Testament correspond à cela, quand Paul, représentant les apôtres et l’apostolat en général, assemble les anciens d’Ephèse et leur dit ce qui va arriver : « Je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et du milieu de vous-mêmes se lèveront des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour entraîner les disciples après eux » (Act. 20 : 29-30). L’apostolat que Josué représente en type prend fin avec lui. L’avertissement donné prévient que lorsque les conducteurs inspirés sont retirés, le risque de s’éloigner survient.
            Cela nous amène au livre des Juges. Il était important d’insister sur ce qui précède pour bien saisir le cadre du livre, afin de comprendre les pensées de l’Esprit qui y sont.

                        La faillite du peuple responsable de saisir son héritage

            Le livre de Josué présente l’héritage qui appartient au peuple ; celui des Juges présente le peuple responsable de se saisir de cet héritage, et son histoire aurait dû montrer une progression. Tout au long du livre de Josué, il nous est rappelé « qu’il restait une grande partie du pays à posséder ». Il s’agissait simplement de la conquête du pays dans son ensemble, mais pas dans les détails. Diverses limites avaient été tracées pour les tribus, et pourtant, de fait, un grand nombre d’ennemis étaient toujours en possession des villes et des forteresses au milieu des tribus.
            Une des pensées importantes du livre des Juges est l’incapacité à progresser. Si elle avait été selon Dieu, cette histoire aurait dû montrer un progrès, mais la réalité est très différente. Pourquoi est-ce si grave ? Parce que ne pas croître spirituellement est la cause de la faillite totale du peuple et de son éloignement de Dieu.

                        Le déclin du peuple d'Israël, une image de l'histoire de l'Assemblée sur la terre

            Le livre des Juges est rempli de manquements honteux et amers. Au fur et à mesure que l’histoire se déroule, jusqu’à la dernière page, elle fait ressortir les ténèbres plutôt que la lumière. Ne pouvons-nous pas avouer que si telle est l’histoire de l’homme, si telle est l’histoire de l’Église professante, oui, si telle est notre histoire, seules la honte et la confusion de face nous conviennent ?
            Où en sommes-nous ? Sommes-nous incapables de faire des progrès ? Savoir que nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle en Christ, et de parler seulement de notre position en Lui, dans les lieux célestes, sans y entrer, est-ce suffisant ? Nous reposons-nous simplement sur ce que Christ a fait ? Pour le salut, nous ne pouvons rien faire d’autre que nous reposer simplement sur l’œuvre de Christ. Mais pour nous approprier pratiquement ce qui nous appartient, et en jouir, nous ne pouvons pas nous reposer sur ce qu’Il a fait ; non, nous devons poursuivre le travail dans l’énergie et la puissance du Saint Esprit.
            Considérons cette pensée sous l’aspect individuel et collectif par rapport à l’Assemblée. Si, individuellement, nous n’avançons plus, alors nous nous sommes éloignés de Dieu. Si nous avons le sentiment d’être loin de Dieu, que notre communion avec Lui est rompue, c’est tout simplement qu’après avoir été sauvé et conduit à Christ, nous nous sommes arrêtés. Après avoir réalisé la plénitude de notre bénédiction en Lui, au lieu de persévérer pour jouir toujours plus de cette position bénie, nous avons baissé les bras. Quand Satan voit qu’on lui laisse le champ libre, il prend l’avantage ; il trouve l’entrée du cœur, pour y semer la graine de ce qui nous éloigne toujours plus. Qui peut dire ce qui va arriver à un chrétien dont l’âme s’est éloignée de Dieu ?
            « Stagner au lieu de progresser ! » c’est ce que nous pourrions écrire en tête du livre des Juges. Tous les manquements ultérieurs, qu’ils soient individuels ou collectifs en sont le résultat.
            Il en est de même de l’Assemblée sortant des mains des apôtres. Avant même que ces derniers aient quitté la terre, avant que Paul ait été recueilli pour la gloire, il a annoncé non seulement ce qui arriverait si les chrétiens ne persévéraient pas et ne tenaient pas ferme, mais que ce déclin avait en fait déjà commencé. Il écrit dans la seconde épître aux Thessaloniciens : « le mystère d’iniquité opère déjà » (2 : 7), et dans la seconde épître à Timothée : « tous ceux qui sont en Asie se sont détournés de moi » (1 : 15). L’apôtre Jean écrit dans sa première épître : « Maintenant aussi il y a plusieurs antichrists » (2 : 18). Et c’était au sein de l’Eglise ! Cela nous montre combien l’Eglise, dès le début, a manqué à son devoir en négligeant de prendre pleinement possession de son héritage et, en conséquence, a été exposée à la puissance de Satan.
            Notons que ce n’est pas seulement le monde qui s’introduit pour prendre possession de quelque chose, mais Satan lui-même. Dans toutes les fausses doctrines et les attaques contre l’Eglise qui marquent les pages dès le début de son histoire, c’est Satan qui opère en utilisant ce dont l’Eglise ne s’est pas emparée. Telle est l’histoire du déclin et de l’éloignement de Dieu.

            Dans ce livre des Juges, la voix de Dieu s’adresse à nous pour le temps présent. Si nous regardons autour de nous et en nous-mêmes, nous ne pouvons que constater les défaillances. Alors écoutons ce que l’Esprit de Dieu veut nous dire, à nous qui avons souvent failli si lamentablement et qui, hélas, sommes prêts à broncher encore si nous n’apprenons pas la leçon que Dieu voudrait écrire sur les tables de nos cœurs.

 

D'après S. Ridout