Aperçu du livre de Josué (10)

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APERCU  DU  LIVRE  DE  JOSUE (10)


GABAON  (chapitre 9)
           Généralités 
            La ruse des Gabaonites
            Les conséquences de leur comportement
            La faute de Josué
            En quoi Josué s’est-il montré prudent et sage ?
 


GABAON  (chapitre 9)

                        Généralités

            a) Gabaon est une ville importante, « comme une des villes royales, et elle était plus grande qu’Aï » (10 : 2), habitée par des Héviens (9 : 7 ; 11 : 19). Ses habitants sont réputés vaillants hommes (10 : 2), donc redoutables pour Israël.

            b) Cette ville occupe le centre d’une confédération qui comprend les villes de Képhira, Beéroth et Kiriath-Jéarim (9 : 17).

            c) Gabaon est située non loin de Jérusalem (à environ douze kilomètres au nord-nord-ouest) et distante de quarante kilomètres de Guilgal :
                   - Les enfants d’Israël apprirent que les Gabaonites étaient leurs voisins et qu’ils habitaient au milieu d’eux (v. 16).
                   - Les enfants d’Israël partirent (de Guilgal), et arrivèrent à leurs villes le troisième jour (v. 6, 17).

            d) Sur l’emplacement de Gabaon se trouve actuellement le village de Djib au sommet d’une colline de sept cents mètres, commandant de larges vallées ainsi qu’un passage important (Gabaon signifie en hébreu « colline »). Tenir Gabaon, c’est posséder un point stratégique de premier ordre.
 

                        La ruse des Gabaonites

                                    
Une population désemparée

            Les prodiges de Dieu en faveur de son peuple, les récentes victoires de Josué sèment la panique dans toute la Palestine, à Gabaon en particulier (v. 3, 9, 10, 24), où l’on devine que la cité sera le prochain objectif de l’envahisseur. L’assaut de la ville ne saurait tarder : « Nous avons beaucoup craint pour nos vies à cause de vous » (v. 24).
            Ces gens ne sont pas des lâches mais des « hommes vaillants » (10 : 2). Cependant, à quoi bon engager le combat lorsqu’il est sans issue ?

                                    Le seul moyen d’échapper à la mort

            C’est de conclure une alliance avec Josué (v. 6). Or, une difficulté surgit : Israël ne signera jamais la paix avec des Cananéens, car il est tenu de se montrer impitoyable à leur égard (Deut. 7 : 2). Les Gabaonites le savent, et ils avouent : « Parce qu’il a été clairement déclaré à tes serviteurs, que l’Eternel, ton Dieu, avait commandé… de vous donner tout le pays et d’exterminer tous les habitants du pays devant vous » (v. 24).

                                    Un stratagème qui réussit

            Puisque toute alliance leur sera systématiquement refusée, les Gabaonites recourent à la ruse. Ils se déguisent en lointains pèlerins pour faire croire qu’ils sont d’une tribu amie étrangère à la race maudite des Cananéens. Donc rien ne devrait s’opposer à ce que Josué traite alliance avec eux.

                                    En quoi les Gabaonites sont-ils répréhensibles ?

            Sans doute ont-ils raison de tenter l’impossible pour échapper à la mort, mais ils se trompent en utilisant des moyens condamnables qui, tôt ou tard, se retourneront contre eux.
            En effet, ils ont recours :
                    a) à la ruse (v. 4-5)
                    b) au mensonge : ils déclarent venir d’un pays éloigné, alors qu’ils sont les plus proches voisins de Josué (v. 6)
                    c) à la flatterie et à la fausse humilité (v. 8-10) : « Nous sommes tes serviteurs », et nos intentions sont bonnes à votre égard.
                    d) à des simulacres de piété : « Tes serviteurs viennent d’un pays très éloigné, au nom de l’Eternel, ton Dieu » (v. 9), ce qui signifie : Nous sommes des vôtres, nous aimons l’Eternel.
                    e) à la pitié : ils ont de vieux sacs, de vieilles outres, des souliers raccommodés, du pain sec, de vieux vêtements… (v. 4-5). Il n’y a rien de tel pour fléchir les cœurs généreux. La pitié fut souvent à l’origine de graves faiblesses dans la vie des grands hommes de Dieu.

            Certainement, les Gabaonites auraient pu agir autrement.  Il ne fait aucun doute qu’ils auraient obtenu grâce s’ils l’avaient implorée dans la droiture et la soumission. Pourquoi Dieu parlait-Il d’exterminer les Cananéens ? Simplement parce qu’ils se montraient hostiles à l’Eternel et à son peuple (11 : 20). Rahab n’avait-elle pas sauvé sa vie et celle de sa famille. Devant le Dieu saint, la fin ne justifie jamais les moyens.

 

                        Les conséquences de leur comportement

                                    La vie sauve

            Malgré l’intention du peuple de les exterminer, les Gabaonites sont sauvés (v. 18). Ils sont épargnés en vertu de l’alliance qu’ils viennent de traiter avec Josué et les chefs d’Israël (v. 15) : « Nous nous sommes obligés envers eux par serment au nom de l’Eternel, le Dieu d’Israël ; et maintenant, nous ne pouvons pas les toucher » (v. 19).

                                    La servitude

            Leur conduite a été coupable et Dieu ne peut bénir ceux qui usent de fraude et de moyens malhonnêtes : « Maintenant, vous êtes maudits, et vous ne cesserez jamais d’être serviteurs » (v. 23).

                                    La malédiction

            Elle pèsera sur eux, car ils n’ont pas recherché vraiment l’Eternel et sa bénédiction comme le fit Rahab. Les Gabaonites ne feront jamais partie du peuple de Dieu : « Maintenant, vous êtes maudits ».

                                    L’insécurité

            Leur reddition excite la haine des villes voisines, qui voient en eux des traîtres qu’il faut punir. Une formidable coalition les menace : « Cinq rois… s’assemblèrent et montèrent, eux et toutes leurs armées, et ils campèrent contre Gabaon, et lui firent la guerre » (10 : 5).
            Il est instructif de comparer le sort de Rahab à celui des Gabaonites :

     Rahab                                                                 Les Gabaonites

Elle échappe au massacre (6 : 25)                  - Ils sont épargnés (9 : 18).
Elle est honorée (Héb. 11 : 31 ; Jac. 2 : 25)     - Ils sont asservis (v. 23).
Elle est bénie (6 : 25)                                      -  Ils sont maudits (v. 23).
Elle est agrégée à Israël (Matt. 1 : 5)              - Ils sont mis à l’écart du peuple élu
                                                                            (v. 27)                                            
Sa postérité reçoit la bénédiction                     - Sa postérité reçoit la malédiction 
       (Matt. 1 : 16).                                                (2 Sam. 21 : 1-9)          
Elle est sauvée pour l’éternité                          -  Ils sont perdus, étrangers aux promesses                                          


                        La faute de Josué

            Il ne fut jamais dans la pensée de cet homme de faire alliance avec des Cananéens. Sa méfiance et ses hésitations avant de traiter alliance, sa colère et ses paroles de malédiction lorsqu’il découvre la supercherie en sont les preuves irréfutables : « Qui êtes-vous ? et d’où venez-vous ? » (v. 8). « Pourquoi nous avez-vous trompés… ? Or maintenant, vous êtes maudits » (v. 22-23).
            La faute de Josué fut d’agir sans consulter l’Eternel. Le texte le dit expressément : « Les hommes d’Israël prirent de leurs provisions ; et on n’interrogea point la bouche de l’Eternel » (v. 14). Si les responsables du peuple s’étaient approchés de Dieu, ils auraient certainement appris que ces pèlerins n’étaient que des imposteurs.

                                    Pourquoi Josué se hâte-t-il de signer pareille alliance ?

            Dans l’incertitude où il se trouve, le chef d’Israël devrait s’abstenir de traiter avec des inconnus et attendre de plus amples informations. Une étrange coïncidence semble expliquer sa précipitation. En effet, devant Israël se dresse une impressionnante coalition (v. 1-2) et peu avant l’attaque, qu’on suppose imminente, des gens sympathiques et bien disposés viennent offrir leurs services : « Nous sommes vos serviteurs » (v. 11). N’est-ce pas inespéré ? Providentiel ? Qui n’y verrait la main de Dieu portant secours à sa petite armée et, selon sa méthode, juste à la dernière heure ! Sans doute la coalition qui menace Israël impressionne-t-elle Josué au point de lui faire perdre le sentiment de sa dépendance de l’Eternel. Il signe, sans le consulter, une alliance qui lui assurera un secours opportun : « Josué fit la paix avec eux, et traita alliance avec eux, pour les laisser vivre » (v. 15).

                                    Les conséquences de la faute de Josué

            Le fait d’avoir été trompé n’excuse pas Josué et ne lui épargne nullement les difficultés :
                    a) Le peuple est mécontent et murmure contre ses chefs (v. 18).
                    b) Les anciens doivent s’opposer au peuple (v. 18-19), qui voudrait faire périr les gens de Gabaon, quitte à violer le serment prononcé devant l’Eternel.
                    c) Un grave danger : L’alliance conclue par Josué est à l’origine de la coalition des rois du midi. Lié par son serment, Israël doit engager le combat pour délivrer la ville de Gabaon attaquée par les armées du sud (10 : 4-7).
                    d) Un piège pour Israël. La présence de ces païens au sein d’Israël constitue un danger de contamination et une occasion de chute pour les générations futures (Jug. 3 : 6 signale des mariages avec des Héviens).
                    e) De grands malheurs. Plus tard, Saül violera le serment de Josué. En conséquence, Israël connaîtra une famine de trois ans et sept des fils du roi périront, pendus à Guibha (2 Sam. 21 : 1-6).

                                    Trompé, Josué était-il tenu de rester fidèle à ses engagements ?

            Sans aucun doute, car il n’ignorait pas la loi de Dieu : « Quand un homme… aura fait un serment, pour lier son âme par une obligation, il ne violera pas sa parole ; il fera selon tout ce qui sera sorti de sa bouche » (Nom. 30 : 3). C’est pourquoi il déclare fermement au peuple mécontent : « Nous nous sommes obligés envers eux par serment au nom de l’Eternel, le Dieu d’Israël ; et maintenant, nous ne pouvons pas les toucher » (v. 19).
            Josué ne peut alléguer le fait qu’il a été trompé. Un serment est chose sacrée. Il n’est aucune raison suffisante pour le rompre. Par deux fois, le fils de Nun est sollicité de se parjurer, et chaque fois il refuse catégoriquement de revenir sur sa parole :
                    - D’abord il délivre les Gabaonites des gens d’Israël qui veulent les frapper (v. 26).
                    - Puis il porte secours à ses nouveaux alliés en danger de périr (10 : 6-7). Et pourtant quelle merveilleuse occasion de se débarrasser de ces Cananéens en les laissant seuls devant la formidable coalition des rois du sud !

            Un chrétien est fidèle à la parole donnée quoi qu’il en coûte : Le juste, celui qui craint l’Eternel « jure à son détriment, et ne change pas » (Ps. 15 : 4).

 

                        En quoi Josué s’est-il montré prudent et sage ?

            La faute du chef d’Israël est donc irréparable et, comme nous l’avons dit, le fait qu’il ait été trompé ne le libère pas de ses engagements (v. 19). Que faire alors puisque la présence de ces gens peut exercer à la longue une influence néfaste sur le peuple ?
            Josué va prendre une série de mesures pour prévenir tout danger de contamination :
                    a) Pour éviter toute révolte, il réduit en esclavage les Gabaonites, les astreignant à des tâches pénibles (v. 21, 23, 27).
                    b) Pour empêcher les mariages avec ces gens, Josué les maudit. Ainsi, l’Israélite hésitera à s’allier à quelqu’un sur qui pèse la malédiction du ciel (v. 23).
                    c) Pour éloigner les Gabaonites du culte idolâtre, il les attache au service du sanctuaire. Si près du sanctuaire où l’on exalte la personne de l’Eternel et si près des sacrificateurs, les défenseurs du vrai culte, cette population ne pourra pas entraîner des enfants d’Israël dans l’idolâtrie (v. 23-27).

            Telles sont les sages mesures d’un homme soucieux de la gloire de Dieu et préoccupé de l’avenir de son peuple.

 

D'après A. Adoul

 

A suivre