Aperçu du livre de Josué (9)

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APERCU  DU  LIVRE  DE  JOSUE (9)


LA BATAILLE D’AI  (chapitres 7 et 8)
            Les causes de la défaite d’Aï 
            Conséquences de la défaite
            Le chemin qui ramène à la victoire 
            Une victoire difficile
            Résultats de cette longue bataille
 

LA BATAILLE D’AI  (chapitres 7 et 8)

            Peuplée de douze mille âmes (8 : 25), la ville d’Aï se trouvait à l’orient de Béthel, près de Beth Aven (7 : 2). Le texte signale une vallée au nord de la ville et à l’ouest un terrain propice aux embuscades, où cinq mille hommes pouvaient se cacher (8 : 11-12). Le nom d’Aï signifie « monceau de pierres ». Il existe de nos jours un village du nom de Tell-el-Hadjar, qui signifie en arabe « Colline du monceau de pierres ». L’existence de tombes, de réservoirs, de nombreuses citernes creusées dans le roc montrent qu’il y a eu là une assez forte population (B.A.).
 

                        Les causes de la défaite d’Aï 

            Après l’éclatante victoire de Jéricho, Josué et une partie seulement de son armée partent à la conquête d’Aï, ville de moindre importance, si l’on tient compte de l’estimation des espions chargés d’explorer la ville : « Ils sont peu nombreux » (7 : 3).
            Josué essuie une cuisante défaite devant une cité jugée pourtant insignifiante, un revers inattendu, qui jette la consternation dans le camp d’Israël : «  Il y monta du peuple environ trois mille hommes ; mais ils s’enfuirent devant les hommes d’Aï… et le cœur du peuple se fondit et devint comme de l’eau » (7 : 4-5).
            Pourquoi cette défaite ? Le texte laisse entendre que tout Israël, Josué y compris, est coupable, donc responsable de cet échec : « Les fils d’Israël commirent un crime… La colère de l’Eternel s’embrasa contre les fils d’Israël (7 : 1).

                                    Que peut-on reprocher à Josué ?

            a) La négligence de la prière. Si le chef d’Israël, au lieu de se précipiter vers Aï, s’était rendu avec son armée à Guilgal pour consulter l’Eternel, il aurait appris qu’il était inutile d’engager le combat tant que subsistait l’interdit (7 : 1). C’est justement dans la prière (elle vint un peu tard) que Dieu révéla à son serviteur le pourquoi de la défaite et les conditions à remplir pour obtenir la victoire : d’où l’importance de rechercher la présence du Seigneur avant d’agir.

            b) Une initiative coupable. Le chef d’Israël envoie des espions pour explorer la ville d’Aï et les alentours. La faute de Josué est de suivre leurs conseils (3-4), au lieu de s’en remettre au divin stratège. Le chef de l’armée de l’Eternel n’a-t-il pas son mot à dire ?

            c) Enfin, Josué transgresse un ordre de Dieu. L’armée d’Israël tout entière doit être jetée dans la bataille. Nul ne doit se croire dispensé de prendre une part active à la conquête du pays, pas même les tribus déjà pourvues en Galaad (1 : 14). Tel est l’ordre de l’Eternel transmis par Moïse : « Vous passerez équipés devant vos frères, les fils d’Israël, vous tous, les hommes valides » (Deut. 3 : 18).
            Josué négligea cet ordre et n’envoya que trois mille hommes (7 : 4) contre Aï, et ce fut la défaite. Il y a des expériences malheureuses que l’on n’oublie pas. Celle d’Aï fut la seule de ce genre, car désormais l’armée israélite tout entière fut envoyée sur le champ de bataille (8 : 1, 3 ; 10 : 7, 29, 31, 34, 36 ; 11 : 7). Le chrétien n’a-t-il pas, lui aussi, à affronter un adversaire redoutable ? C’est la raison pour laquelle il lui est ordonné de « revêtir toutes les armes de Dieu » (Eph. 6 : 11).

                                    En quoi le peuple est-il répréhensible ?

            Grisé par le succès (la prise de Jéricho est une victoire éclatante), Israël ne pense faire qu’une bouchée d’une ville d’importance moyenne. Influencée par les espions (on se laisse aisément gagner par tout ce qui flatte notre vanité), le peuple sous-estime la puissance des Cananéens et se montre très sûr de lui-même. Il juge ses propres forces largement suffisantes pour anéantir la ville d’Aï : « Que deux ou trois mille hommes montent… Ne fatigue pas tout le peuple » (v.3). L’orgueil spirituel conduit à l’inévitable défaite.

                                    La grave faute d’Acan

            Qu’a donc commis Acan pour entraîner un tel échec et subir un pareil châtiment (7 : 24-26) ? Il a transgressé le commandement de l’Eternel au sujet de l’anathème (7 : 1, 21) - une faute grave, puisque le texte la taxe d’iniquité (v. 15), de crime, ou d’infidélité (v. 1), de transgression de l’alliance de l’Eternel (v. 15). De plus, elle trouble le camp tout entier (v. 25) et déchaîne la colère de l’Eternel (v. 1). Le péché d’Acan se nomme convoitise (ici, le coupable reconnaît avoir convoité des objets précieux dans le butin, v. 21). La convoitise est un désir illégitime, celui de vouloir posséder ce que Dieu n’a pas jugé bon de nous donner. Le péché d’Acan s’appelle aussi vol et sacrilège, car les choses dérobées faisaient partie du butin consacré à Dieu et destiné au trésor de la maison de l’Eternel (6 : 19-24), tout le reste ayant été passé au fil de l’épée (6 : 21) ou détruit par le feu (6 : 24).
            Tout chrétien est appelé à consacrer à Dieu ses dons, ses forces et ses biens, ce qui est une façon de les « apporter au trésor de l’Eternel » ; cependant, il renoncera au péché parce qu’il veut plaire à son Seigneur. Bien sûr ! s’il commet une infidélité, il pourra toujours compter sur la grâce de Dieu, pourvu qu’il s’abandonne à lui dans l’humiliation avec la ferme décision de ne plus céder à la tentation. Le péché s’appelle « un interdit » lorsqu’il est toléré et sciemment entretenu sous prétexte qu’il est agréable ou facilite la vie. Le jugement viendra sur quiconque reste sourd à la voix du Saint Esprit, continuant délibérément à pratiquer l’occultisme ou à s’adonner à la boisson, s’obstinant à vivre dans l’adultère ou la malhonnêteté ou cultivant la rancune en refusant de pardonner… Le mal connu, auquel on ne renonce pas, engendre la tristesse, amène l’endurcissement du cœur et entraîne l’inévitable jugement de Dieu.
 

                       Conséquences de la défaite

                                    Le découragement

            « Le cœur du peuple se fondit et devint comme de l’eau » (v. 5). Non pas seulement à cause de ce revers inattendu ou de la perte de quelques hommes, mais parce qu’il avait l’angoissant pressentiment que Dieu lui retirait son aide.

                                    Les murmures

            « Si seulement nous avions su être contents, et que nous fussions demeurés au delà du Jourdain ! » (v. 7), gémit le chef d’Israël. Ces paroles nous rappellent les plaintes d’Israël dans le désert qui, dans les heures difficiles et de défaite, regrettait l’Egypte et ses concombres (Nom. 11 : 5).

                                    L’espoir de vaincre ranimé chez les Cananéens

            Un instant paralysé par la terreur, l’ennemi va se ressaisir et retrouver son énergie perdue, ce qui expliquera en partie les difficultés rencontrées lors de l’assaut d’Aï.

                                    La colère et l’éloignement de l’Eternel

            Sa colère s’est enflammée contre son peuple (v. 1) et, tant que subsistera l’interdit, il n’y aura pas de victoire à espérer (v. 12).


                      Le chemin qui ramène à la victoire 

            De retour à Guilgal après la défaite d’Aï, le chef d’Israël fait le point. Il sait que l’Eternel a promis la complète victoire : « Personne ne tiendra devant toi » (1 : 5). Donc, et de toute évidence, une cause cachée entrave l’avance et le succès de ses troupes. Josué va mettre tout en œuvre pour discerner le pourquoi de son échec afin de retrouver la faveur et l’aide du Tout-Puissant qu’il devine irrité. Et puisque le peuple tout entier est concerné par cet échec, le fils de Nun juge sage d’associer les anciens à sa démarche auprès de l’Eternel (v. 6).

                                S’approcher de Dieu dans l’humiliation

            Telle est la seule attitude qui convienne en cette circonstance. C’est donc couvert de poussière et les vêtements déchirés qu’il se rend au Tabernacle, « devant l’arche de l’Eternel » (v. 6). Lorsque les choses ne vont pas, n’accusons pas Dieu, mais cherchons-le avec un cœur contrit.

                                Prier

            Plutôt que de gémir devant les siens, Josué préfère s’adresser à l’Eternel et déverser son cœur devant lui. Ignorant ce qui s’est passé, le chef d’Israël demande la lumière sur un fait qui lui paraît contraire aux promesses de Dieu. Notez :
                  a) Sa persévérance : Il se prosterne « jusqu’au soir » (v. 6) et ne se relève que sur l’ordre de l’Eternel (v. 10).
                  b) Son désintéressement. Certes, Josué plaide la cause d’Israël, mais il se préoccupe avant tout de la gloire de Dieu : « Que feras-tu pour ton grand nom » (v. 9). Cette question, qui prouve son souci de l’honneur de Dieu, provoque la réponse de l’Eternel.
                  c) L’exaucement. La prière humble, persévérante, désintéressée reçoit toujours une réponse. Ici, l’Eternel révèle à son serviteur la cause de ce revers et précise le moyen de s’assurer de nouveau le secours d’en-haut (v. 10-15).

                                Rechercher l’interdit

            Josué réunit tout le peuple sur l’ordre de l’Eternel. Instants solennels, durant lesquels l’Eternel lui-même désigne successivement :
                  - La tribu du coupable : celle de Juda (v. 17).
                  - La famille du coupable : celle de Zérakh (v. 17). 
                  - La maison du coupable, celle de Zabdi (v. 17).
                  - Le coupable lui-même, Acan (v. 18).

            Notez ici que Dieu lui-même désigne Acan. Importante leçon ! A moins de connaître l’interdit qui entrave notre vie spirituelle, gardons-nous d’en supposer un ou de nous introspecter pour le rechercher. Il vaut mieux laisser à Dieu le soin de passer au crible tous les domaines de notre vie. A nous de « marcher dans la lumière » (1 Jean 1 : 7) ; au Saint Esprit de nous convaincre de péché.

            Autre remarque : Il semble que tout est fait ici pour amener le coupable à passer aux aveux. Déjà la veille, Josué l’avertit solennellement que l’Eternel le désignera et qu’il devra subir le châtiment exemplaire (7 : 14-15). Invité « à se sanctifier » (v. 13), il sera inévitablement conduit à rentrer en lui-même, donc à entendre la voix du Saint Esprit. Hélas : le lendemain, Acan résiste encore alors qu’il devrait capituler en voyant avec quelle exactitude sont mises en cause sa tribu, sa famille et sa maison. Cette mise en scène fournissait au coupable l’occasion et le temps de courir vers Josué pour se dénoncer. Le châtiment aurait été certainement adouci (d’après la loi, pour un vol spontanément avoué, le coupable restituait l’objet en y ajoutant un cinquième de sa valeur, alors que le voleur démasqué devait payer jusqu’à cinq fois la valeur de son larcin (Lév. 5 : 24 ; Ex. 22 : 1).

                                Confesser la faute (v. 19)

            En cette circonstance, l’aveu d’Acan est malheureusement trop tardif ; il ne pourra échapper au châtiment promis. Cependant, le v. 19 nous autorise à affirmer que :
                  a) Toute confession, fruit d’une conviction de péché, glorifie Dieu. Celle d’Acan permet à Israël de découvrir dans une mesure plus grande la toute-science, la sainteté et la justice de l’Eternel.
                  b) Toute faute consciente doit être confessée à Dieu d’abord, car elle le concerne avant tout : « J’ai péché contre l’Eternel » (v. 20).
                  c) Il y a des cas où la faute doit être avouée publiquement ou à une tierce personne (v. 19). Si elle affecte l’Eglise et entrave sa marche, elle sera reconnue devant tous. Ils doivent savoir que le coupable ne pactise plus avec le péché. Si une faute est connue dans la famille et la perturbe, elle sera confessée dans le cercle familial. Si elle ne concerne que soi, le pécheur ne sera pas tenu de l’avouer à une tierce personne, bien qu’il ait parfois intérêt à s’ouvrir à quelqu’un de sûr pour être plus fort devant la tentation ou allégé d’un poids qui l’obsède.

                                Réparer le tort commis, dans la mesure du possible

            Les objets précieux volés sont apportés à Josué (v. 22-26). L’homme alerté par l’Esprit Saint éprouve le besoin de réparer le mal « réparable » et de restituer les choses mal acquises. C’est aimer son prochain que d’agir de la sorte.

                                Accepter sans se rebeller les conséquences de son péché

            La confession n’éloigne pas nécessairement le châtiment. David en fit à plusieurs reprises la pénible expérience (par ex., lors du dénombrement : 1 Chr. 21). Acan fut donc lapidé avec ses enfants et ses biens, puis ils furent brûlés. Pourquoi les enfants périrent-ils avec le père alors que la Bible déclare que « les pères ne seront pas mis à mort pour les fils » (Deut. 24 : 16 ; 2 Rois 14 : 6) ? Tout laisse supposer que la famille d’Acan ne fut pas étrangère à sa faute.

                                 Résultats immédiats.

            « L’Eternel revint de l’ardeur de sa colère » (v. 26). Désormais, le peuple peut compter sur la présence de Dieu et son action puissante dans les combats (8 : 1).


                           Une victoire difficile

            Les espions se sont grandement trompés, car Aï constitue un obstacle sérieux. Josué doit tout recommencer avec beaucoup de précautions, comme nous le montre le chapitre 8 :
                  - v. 1 : L’armée tout entière doit entrer en ligne.
                  - v. 3 : Il met en embuscade derrière la ville 30 000 soldats des plus vaillants.
                  - v. 3 : Le combat se déroule de nuit afin de surprendre l’adversaire.
                  - v. 6 : Josué doit user de stratagème pour vaincre les gens d’Aï.
                  - v. 14-23 : La bataille est longue, exigeant une série de manœuvres compliquées.

            Il y a des erreurs spirituelles qui coûtent cher. Pour reconquérir le terrain perdu, il faut un rude travail ! C’est bien la vérité qu’illustre notre récit. Tout devient compliqué lorsqu’on s’écarte de l’humble sentier de la foi. Devant Jéricho, aucun de ces moyens humains : Dieu fait tout. Devant Aï, les moyens humains mettent en lumière l’incapacité de l’homme et l’humilient. Ne gagne-t-on pas à être attentif aux ordres de Dieu ?


                         Résultats de cette longue bataille

                                
La victoire est complète (8 : 22-26) : Josué brûle Aï et en fait un monceau de ruines (v. 28).
                               Le butin est important (v. 27) ; cette fois, il est accordé à Israël.

                               Israël témoigne à Dieu sa gratitude. Le mot « alors » (v. 30) prouve que la scène décrite dans les versets suivants (v. 30-35) est liée à la prise d’Aï. L’autel construit par Josué et les sacrifices d’actions de grâces qui y sont offerts expriment l’adoration et la reconnaissance dues à un Dieu qui vient d’accorder une grande victoire.

                                Le peuple écoute la lecture de la Loi de Moïse et renouvelle son alliance avec l’Eternel (v. 33-35). Josué convoque le peuple qui se range, moitié sur le mont Ebal et moitié sur le Garizim. Ce lieu avait été choisi par Moïse. Pour répondre aux vœux du patriarche, Josué invite Israël à renouveler en ce lieu précis son engagement envers l’Eternel et à écouter les conditions grâce auxquelles il pourra conserver le pays (Deut. 11 : 29, 30 ; 27 : 1-26).
                           Par les victoires de Jéricho et d’AÏ, Josué occupe le centre du pays et pénètre dans la vallée de Sichem entre les deux monts cités plus haut. Sans doute est-il étonnant de constater que le livre de Josué ne parle nulle part de la conquête de Sichem, une vieille ville fortifiée, située tout près du lieu où se déroula la cérémonie. Peut-être, comme le pensent certains, les habitants de Sichem ne se montrèrent pas hostiles à Israël (il est vraisemblable que cette ville n’avait pas de roi, car la liste du chapitre 12 ne mentionne pas le roi de Sichem).

 

D'après A. Adoul

 

A suivre