Le livre de l'Apocalypse (18)

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LE LIVRE DE L’APOCALYPSE  (18)


CHAPITRE  18


La chute de Babylone et ses conséquences

           
                        • La proclamation de la chute (v. 1-3)

            La chute de « Babylone la grande » avec ses conséquences est l’événement qui est le plus longuement décrit dans le livre de l’Apocalypse. C’est aussi le cas pour la Babylone historique dans les chapitres 50 et 51 du livre de Jérémie. Elle fait l’objet d’une nouvelle vision introduite par l’expression « après cela » qui marque des transitions dans ce livre. Cela souligne l’importance de l’événement qui est proclamé avec éclat par « un autre ange » descendant du ciel : « il avait un grand pouvoir, et la terre fut illuminée de sa gloire ». On peut, sans doute, reconnaître Christ lui-même dans cette description, comme précédemment (8 : 3 ; 10 : 1).
            Cette chute est aussi célébrée avec joie dans le ciel (v. 20) comme prélude à l’introduction du règne du « Seigneur, notre Dieu, le Tout-puissant » (19 : 1-6). Tant dans le ciel que sur la terre, cet événement a plus d’importance que la destruction de la Bête et du faux prophète qui suivra peu après (19 : 20) ; elle démontre que les jugements que Dieu doit exécuter pour sa propre gloire et pour la délivrance des fidèles sont « véritables et justes ».
            La proclamation exceptionnelle de la destruction de Babylone nous fait comprendre quelle offense pour Dieu représentent l’existence et l’activité de cette ville. La description de son état le confirme :
                    – « Elle est devenue la demeure de démons, le repaire de tout esprit impur, le repaire de tout oiseau impur et exécrable ». Ce n’était pas sa condition initiale : elle n’est pas montée de l’abîme, comme la Bête, mais elle est devenue la demeure de démons au cours d’une terrible déchéance. Cette description rappelle la parabole du grand arbre (Matt. 13 : 31-32). La parabole décrit l’aspect extérieur de la chrétienté dans sa croissance extraordinaire. Ici, Babylone a l’aspect final de la chrétienté lorsque ceux qui ont la vie divine en auront été retirés à la venue du Seigneur. Sous une façade extérieure trompeuse, elle abritera toutes sortes d’esprits de démons qui s’emploieront à séduire les hommes et à les conduire à la perdition. Ce sera l’aboutissement d’une dégradation déjà commencée du temps des apôtres : « Quant aux hommes méchants et aux imposteurs, ils iront de mal en pis, séduisant et étant séduits » (2 Tim. 3 : 13). « Satan lui-même se déguise en ange de lumière : ce n’est donc pas étrange que ses serviteurs aussi se déguisent en serviteurs de justice » (2 Cor. 11 : 14-15).
                    – Cette dégradation, présentement entravée par la présence des croyants et celle de l’Esprit Saint (Matt. 5 : 13 ; 2 Thes. 2 : 6-7), n’aura plus de frein lorsqu’ils ne seront plus sur la terre.
                    – « Toutes les nations ont bu du vin de la fureur de sa fornication ; les rois de la terre ont commis la fornication avec elle ». La fornication est fréquemment employée dans la parole comme figure de l’idolâtrie. La Babylone historique en est la source ; la « grande ville », la femme qui est ici désignée sous ce nom, l’a pratiquée avec ardeur : elle a ôté le sens moral à un grand nombre. De plus, elle s’est liée aux puissances politiques pour les influencer et abuser de leur autorité.
                    – « Les marchands de la terre se sont enrichis par la puissance de son luxe ». Babylone n’a pas été seulement une puissance religieuse, mais sa richesse et son trafic lui ont donné une grande puissance économique au cours des siècles. Cela a pu rester caché longtemps, mais sera clairement manifesté à la fin. Tous les acteurs économiques en ont profité et il n’est pas étonnant qu’ils déplorent vivement la chute de Babylone (v. 11).


                        • « Sortez du milieu d’elle, mon peuple » (v. 4-5)

            L’appel retentit maintenant à l’adresse de ceux que Dieu nomme « mon peuple » : « Sortez du milieu d’elle », afin d’échapper au jugement qui va l’atteindre. On pourrait être surpris qu’il se trouve encore des fidèles en son sein au moment où elle va être jugée, puisque les croyants de la période chrétienne auront déjà été enlevés, mais il faut se souvenir qu’il y a des croyants dans tous les temps. Pendant la période qui sépare l’enlèvement des saints de l’établissement du royaume de Christ en gloire, l’évangile du royaume sera prêché et beaucoup le recevront et seront persécutés. Plusieurs pourront être temporairement trompés par l’apparence de cette « Eglise » grandiose et penser s’y abriter. Ils sont appelés à s’en retirer.
            Cet appel : « Sortez du milieu d’elle » fait écho à celui que Dieu adressait aux Israélites avant la destruction de la Babylone historique (Jér. 51 : 45). Il ordonne à ceux qui font partie du « peuple de Dieu » dans tous les temps, quoique dans des circonstances bien différentes, de sortir d’un système religieux infidèle (Es. 52 : 11 ; 2 Cor. 6 : 17 ; Héb. 13 : 13). D’une façon générale, Dieu demande de se séparer des péchés et de la souillure ; ici l’appel souligne l’urgence pour échapper au jugement, aux plaies qui vont tomber sur Babylone.


                        • Le châtiment de l’orgueil (v. 6-8)

            L’injonction : « Donnez-lui comme elle vous a donné, et rendez-lui au double, selon ses œuvres » est caractéristique du jugement terrestre que Dieu exerce sur un ensemble social, une ville, une nation (Es. 40 : 2 ; Jér. 16 : 18 ; Zach. 9 : 12). Elle sera châtiée par les mêmes peines, mais de façon aggravée, que celles qu’elle a fait subir au peuple de Dieu : plaies, mort, deuil, famine, destruction par le feu. Le commandement donné au verset 6 paraît s’adresser aux agents du gouvernement de Dieu, peut-être ici les cornes, les rois de la terre sur qui elle a dominé. Le jugement s’effectuera en deux phases : Babylone sera d’abord haïe et agressée par les dix cornes, puis frappée directement par Dieu à la fin (17 : 16-18 ; 18 : 20).
            Ce jugement est la punition de l’orgueil impie que cette femme a manifesté : elle s’est glorifiée dans les délices de son luxe et la grandeur de son élévation, s’affirmant comme celle qui doit régner seule, sans dépendre d’un mari, d’une autorité. On remarquera que Babylone, bien qu’elle apparaisse dans ce chapitre sous l’aspect d’une ville, est vue ici comme une femme (« Je suis assise en reine »), l’autre caractère étroitement associé. Elle assume en cela le caractère de la fausse Eglise qui a renié sa dépendance de Christ, le Chef de l’Eglise, pour régner seule sur la terre, alors que Christ, le seul vrai Roi, est absent et rejeté. Les premiers signes de ce mal sont déjà signalés parmi les premiers chrétiens (1 Cor. 4 : 7-9).


L’effondrement de l’économie mondiale


                        • Les lamentations des rois (v. 9-10)

            Les pouvoirs politiques agissent longtemps de concert avec le pouvoir religieux temporel que représente Babylone, tant qu’ils y trouvent intérêt. Quand Dieu veut exercer son jugement sur elle, il se sert d’abord des dix rois qui s’acharnent contre Babylone par haine contre elle et contre son oppression morale (17 : 16), peut-être en vue d’en tirer profit. Mais le jugement de Dieu la frappe rapidement et entièrement (v. 8), elle et ses richesses. Alors les rois de la terre dans leur ensemble sont atterrés. Ils craignent de voir leur propre position et leur économie entraînées au désastre par sa ruine. Autrefois, la ruine d’un peuple entraînait souvent l’enrichissement de ses ennemis ou de ses concurrents. Maintenant, nous voyons que l’effondrement de l’économie d’un pays ou d’un secteur a des conséquences désastreuses pour les autres. L’effondrement de Babylone sera d’ailleurs prémonitoire de la destruction des rois qui s’assembleront avec leurs armées sous la conduite de la Bête (19 : 19-21).


                        • Les lamentations des marchands (v. 11-16)

            Si les puissants de la terre qui avaient agi en collusion ou en rivalité avec Babylone sont effrayés par « la fumée de son embrasement » (v. 9), plus grandes encore et plus réellement ressenties sont les lamentations des marchands qui s'étaient « enrichis par la puissance de son luxe ». Leurs pleurs et leur tristesse sont motivés par le fait que leurs intérêts sont directement touchés : personne n’achète plus leurs marchandises. C’est le commerce des objets de luxe qui est touché en premier lieu : or, argent, pierres précieuses… vêtements, mobilier. Puis tout le marché des matières premières nécessaires à l’industrie s’effondre : cuivre, fer, matériaux de construction ; enfin tout ce qui touche à l’alimentation : production végétale et animale, et transports. Le dernier pan du commerce qui est touché est bien significatif : ce sont « des corps, et des âmes d’hommes ». On pourrait parler d’un anachronisme et dire qu’il n’y a plus de trafic d’esclaves… Pourtant, c’est bien ce que Dieu voit. Il y a dans nos pays des ateliers clandestins qui emploient la main-d’œuvre comme de véritables esclaves. Et même dans les entreprises respectables, sous la pression d’une concurrence croissante, se développent de plus en plus des méthodes de gestion qui asservissent leurs employés aux objectifs de profit. L’effondrement économique sera brutal : « En une seule heure, toute cette richesse a été changée en désolation ! ». Grave avertissement pour le monde ! Des krachs boursiers aux répercussions mondiales ont déjà eu des effets dévastateurs. Ce sera alors bien pire et sans remède.
            Pour nous croyants, ce n’est pas seulement leur « incertitude » qui doit nous détourner des richesses (1 Tim. 6 : 17 ; Jac. 5 : 2), car leur recherche cause un véritable préjudice à nos âmes :
                    – « Vous ne pouvez pas servir Dieu et les richesses » (Luc 16 : 13).
                    – « La tromperie des richesses étouffe la Parole » (Matt. 13 : 22).
                    – « C’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent » (1 Tim. 6 : 9-10).


                        • Les lamentations des transporteurs (v. 17-19)

            « Tout pilote, tout navigateur, ainsi que les marins et ceux qui travaillent en mer » constituent une classe à part, parmi ceux qui se lamentent sur la ruine de la grande ville à cause des répercussions catastrophiques sur leurs activités. Cela montre bien qu’au moment où cet événement se produira, l’économie planétaire formera un tout, à cause de la densité des échanges et transports de toute nature. C’est bien ce qui se dessine aujourd’hui. On en perçoit déjà avec crainte les dangers. La recherche avide du profit contribuera finalement à la ruine.
Pour gagner notre vie et celle de nos familles, nous avons à nous appliquer à vivre paisiblement et à travailler (1 Thes. 4 : 11) dans un environnement de plus en plus difficile. Gardons-nous de nous engager, par appât du gain ou par ambition, dans cette compétition. La Parole nous en montre le moteur et le devenir !

 

Le jugement de Babylone, la grande ville


                        • La joie dans le ciel (v. 20)

            Quel contraste entre cette désolation et ce qui se passe alors au ciel. La joie éclate lorsque la ruine de Babylone est consommée. On pourrait être surpris qu’une telle ruine entraîne une explosion de joie au ciel. Il faut remarquer qu’il ne s’agit pas du jugement d’une personne. Dieu ne veut pas la mort d’un seul pécheur, mais qu’il se repente et qu’il vive (Ezé. 18 : 23). Lorsqu’un homme persévère dans son chemin d’égarement et tombe sous le jugement, c’est toujours un sujet de tristesse pour les croyants, et le ciel ne s’en réjouit pas. Ici, c’est la ruine d’un système terrestre organisé opposé à Dieu malgré ses apparences, qui a persécuté les saints et dont l’activité a entraîné une si grande multitude de personnes à la perdition. C’est pourquoi la joie éclate dans le ciel de voir la fin de cet instrument d’oppression entre les mains de Satan, qui bientôt sera lui-même lié dans l’abîme avant d’être jeté dans l’étang de feu (20 : 2, 10).
            Pendant des siècles, les croyants ont été persécutés et se sont attendus à « celui qui juge justement » (1 Pier. 2 : 23). Ils ne se sont pas vengés eux-mêmes, laissant agir Celui qui a dit : « A moi la vengeance ; moi je rendrai, dit le Seigneur » (Deut. 32 : 35 ; Rom. 12 : 19). Le moment est venu pour le « Dieu des vengeances » (Ps. 94 : 1 ; Es. 34 : 8) de « faire luire sa splendeur » dans l’exécution d’un jugement définitif.
            Il faut que Dieu soit glorifié de toute manière. Il a manifesté sa gloire dans la création (Ps. 19 : 1). Il s’est glorifié en faisant grâce à d’innombrables pécheurs par l’œuvre de la rédemption (Eph. 1 : 6-7). Il le sera aussi en exécutant le jugement sur ceux qui n’auront pas cru (Ps. 96 : 7-10). Dieu le Père a donné tout le jugement au Fils (Jean 5 : 22), et le jour viendra où toute langue reconnaîtra que « Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2 : 11).


                        • Babylone jetée dans la mer (v. 21-24)

            La destruction de Babylone a été jusque-là un spectacle pour tous les habitants de la terre, impressionnés par « la fumée de son embrasement », qui résulte des jugements exercés sur elle par des instruments terrestres ; nous avons vu que les dix cornes ont fini par la « brûler au feu » (17 : 16). Ici, c’est un ange puissant qui intervient pour jeter dans la mer une grande pierre et annoncer que « Babylone sera jetée ainsi avec violence ». Maintenant le jugement est exécuté directement du ciel et aboutit à une destruction complète. Il entraîne la disparition de tous ceux qui participaient à ses activités variées. Sont mentionnées d’abord les activités musicales qui fournissaient tant d’agrément à la vie sociale, puis les activités artisanales et industrielles qui en faisaient la prospérité. Ce sont celles qui trouvent leur origine dans les fils de Lémec, le fils de Caïn, et dans la première ville, fondée par lui (Gen. 4 : 17-22).
            La sentence prononcée rappelle beaucoup celle qui l’avait été sur la Babylone historique par Jérémie, et qui s’est accomplie littéralement. Les motifs du jugement aussi sont comparables : l’orgueil sans frein et l’opulence impie.
                    – « Elle est devenue la demeure de démons » (18 : 2), et « par ta magie, toutes les nations ont été égarées » (v. 23 ; Jér. 51 : 7). Depuis le début, Babel (Gen. 11 : 4) a été le porte- flambeau de la volonté d’associer toutes les forces humaines pour entreprendre, en visant toujours plus haut, et pour s’opposer à Dieu.
            En réalité, Satan en était l’instigateur caché et persévérant, poussant les hommes à s’élever orgueilleusement contre Dieu. Son activité s’est développée au cours des siècles et a atteint son apogée dans la Babylone prophétique dont la destruction finale est décrite.
                    – Babylone est responsable de la persécution et de la mort d’un grand nombre de fidèles au cours des siècles (Jér. 51 : 35). Ce n’est pas le moindre de ses méfaits. Dieu n’oublie rien ; il ne laissera pas impunie la violence qui aura été faite à un grand nombre de croyants : « Celui qui vous touche, touche la prunelle de son œil » (Zach. 2 : 8), pas plus qu’il ne laissera sans récompense celui qui aura donné « un verre d'eau fraîche à l’un de ces petits, en qualité de disciple » (Matt. 10 : 42).
            Babylone représente le système religieux sans vie et apostat, opposé à Dieu, qui subsistera après l’enlèvement de l’Eglise (v. 20, 24). Elle en est la forme finale. Cependant, elle est tenue pour responsable de tous les systèmes d’oppression religieuse qui sont apparus pendant la période chrétienne.


D’après « Sondez les Ecritures » (vol. 15)


A suivre