Réflexions sur les Actes des Apôtres (21-24)

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REFLEXIONS  SUR  LES  ACTES  DES  APOTRES  (21-24)


Chapitre 21
          Séjour à Tyr et à Césarée
          La décision de Paul de monter à Jérusalem
          Le piège du légalisme
          L’émeute soulevée contre Paul
Chapitre 22          
          Le témoignage de l’apôtre Paul devant la foule
          Le dilemme du chiliarque devant la fureur de la foule
Chapitre 23          
          Paul devant le sanhédrin
          L’encouragement reçu de la part du Seigneur
          La conspiration des Juifs contre l’apôtre
          Paul est conduit à Césarée
          La lettre de Claude Lysias
Chapitre 24
          L’accusation de l’apôtre par Tertulle
          La défense de Paul
          La réaction du gouverneur Félix

 

Chapitre 21

                        Séjour à Tyr et à Césarée

            Le début de ce chapitre nous montre que Luc est toujours avec Paul et ses autres compagnons. Nous allons les suivre dans le voyage qui doit les amener à Jérusalem. A leur arrivée à Tyr, ils cherchent tout naturellement s’il y a des disciples et ils en trouvent quelques-uns. Par ces hommes dont le nom n’est pas mentionné, l’Esprit donne un message à Paul, lui disant de ne pas monter à Jérusalem. Aux Ephésiens, il avait déclaré qu’étant lié dans son esprit, il s’en allait dans cette ville. Et il est si profondément convaincu en lui-même, qu’il ne reçoit pas l’avertissement qui lui est donné par ces humbles Tyriens. C’est un cas, semble-t-il, où il a laissé ses convictions intimes prendre le pas sur la voix de l’Esprit qui lui venait de l’extérieur. Mais restons-en là ; remarquons seulement, dans la suite du récit, comment Dieu a fait tourner en bien cette erreur - si cela en était une. Toutefois que de difficultés Paul s’est-il attirées ainsi !
            A leur départ de Tyr, nous assistons de nouveau à une de ces réunions de prières impromptues et si belles ; et à leur arrivée à Césarée, nous voyons comment s’exerçait l’hospitalité chrétienne à cette époque. C’est Philippe, l’évangéliste du chapitre 8, qui les reçoit. Ses filles avaient un don prophétique ; elles l’exerçaient sans doute selon les instructions scripturaires relatives au service des femmes, et elles nous sont données ici en exemple.

                       La décision de Paul de monter à Jérusalem

            Dans cette ville de Césarée, le prophète Agabus rend encore une fois témoignage de ce qui attendait Paul à Jérusalem. Nous voyons à nouveau une touchante manifestation de l’affection que les compagnons de Paul et les saints à Césarée lui portaient ainsi que du désir de Paul de laisser sa vie pour le nom du Seigneur Jésus. Incidemment, la manière de procéder lorsqu’il y a une divergence d’opinion qu’on ne peut pas empêcher nous est indiquée. Il convient à tous de se taire, avec le seul désir que la volonté du Seigneur soit faite, quelle qu’elle soit.

                        Le piège du légalisme

            Arrivé à Jérusalem, Paul « expose en détail » à Jacques et aux anciens « tout ce que Dieu avait fait parmi les nations par son ministère » (v. 19). L’ayant entendu, ils glorifient Dieu, car ils étaient prêts à reconnaître que les croyants des nations étaient en Christ, conformément à ce qui avait été décidé lors de la conférence mentionnée au chapitre 15. Ceux des nations ne devaient pas être placés sous le joug de la loi. Mais les croyants d’entre les Juifs devaient-ils observer leurs anciennes coutumes ? C’était une autre question. Les frères à Jérusalem pressent Paul de s’associer avec quatre hommes qui avaient fait un vœu, et cela parce qu’on lui reprochait d’avoir enseigné aux Juifs qu’ils devaient renoncer à leurs coutumes. A leur avis, il convenait qu’il fasse ainsi taire ces rumeurs.
            Un autre élément n’était pas étranger à cette suggestion : c’est qu’il y avait alors des milliers de Juifs qui avaient cru en Christ, et ils étaient tous zélés pour la Loi. Nous nous serions attendus à ce qu’ils soient zélés pour l’évangile et ses espérances célestes, mais apparemment ils n’avaient pas encore compris le vrai caractère de ce en quoi ils avaient été introduits. C’est à des chrétiens d’entre les Juifs comme ceux-ci que l’épître aux Hébreux a été écrite. Ils étaient « paresseux à écouter » et il fallait qu’on leur enseigne « quels sont les premiers rudiments des oracles de Dieu » ; ils avaient besoin « de lait, non de nourriture solide ». Ils sont par conséquent exhortés à avancer « vers l’état d’hommes faits » (Héb. 5 : 11 à 6 : 2).

                        L’émeute soulevée contre Paul

            Le conseil donné à Paul, et qu’il suivit, n’était pas particulièrement fait pour conduire ces Juifs à l’état d’hommes faits. C’était un expédient pour éviter des troubles, et comme bien souvent, il n’a pas atteint le but poursuivi. Il a entraîné Paul dans le temple, là où il était le plus probable qu’il trouve ses adversaires. Il est allé au-devant des difficultés au lieu de les éviter. L’émeute soulevée contre lui était fomentée par des Juifs d’Asie, des hommes qui sans doute avaient été impliqués dans le soulèvement qui s’était produit à Ephèse. Ils agissaient ainsi car ils pensaient que Paul avait profané le temple en y introduisant un Ephésien d’entre les Gentils. Leur supposition était évidemment fausse. Non seulement il ne l’avait pas fait, mais lui-même n’était entré dans le temple que parce qu’il pensait désarmer ainsi leurs préjugés ; or cette supposition s’est aussi révélée fausse.
            Néanmoins c’est Dieu qui avait la haute main sur tout ce qui se passait. La prophétie d’Agabus s’accomplit. Paul perd sa liberté. Mais le chiliarque romain le met à l’abri de la violence du peuple. Les jours où il pouvait annoncer librement l’évangile sont terminés - sauf peut-être pour une courte période tout à la fin. Nous avons là le début de la période où il devait rendre un témoignage puissant devant la population de Jérusalem ; puis devant des gouverneurs et des rois, et même devant Néron en personne. Dieu sait comment faire tourner la colère de l’homme à sa louange et comment arrêter le reste de la colère (voir Ps. 76 : 10). Il sait aussi maîtriser les erreurs que ses serviteurs peuvent être amenés à commettre, et s’Il ferme devant eux certaines voies de service, c’est pour en ouvrir d’autres qui, par la suite, seront manifestées plus importantes encore. C’est parce qu’il était emprisonné que Paul a écrit ces épîtres inspirées qui depuis près de vingt siècles édifient l’Eglise.

 
Chapitre 22

                        Le témoignage de l’apôtre Paul devant la foule

            Dans tout ce qui arrive à Paul à Jérusalem, il n’est pas difficile de discerner la main de Dieu agissant derrière la scène. Bien que la ville ait été agitée, il s’écoule suffisamment de temps pour que le chiliarque puisse intervenir avant qu’aucun coup fatal ne soit porté. Puis le fait que Paul s’adresse à lui en langue grecque crée une impression favorable : il lui est accordé de parler à la foule en tumulte depuis les degrés de la forteresse. Enfin le choix de Paul de s’exprimer en hébreu pour son apologie lui vaut d’être écouté dans un silence complet et avec attention.
            Il est bien remarquable que nous ayons deux récits détaillés de la conversion de Corneille dans les Actes. Au chapitre 10, Luc en parle comme historien ; au chapitre 11, il donne la version de Pierre. Et une troisième mention dans le chapitre 15 relate très courtement ce que Pierre en dit au concile de Jérusalem. De même, nous avons trois récits de la conversion de Paul. Au chapitre 9, Luc s’exprime en historien ; puis il rapporte comment Paul la raconte : au chapitre 22, à ceux de son peuple, et au chapitre 26, aux dignitaires d’entre les Gentils. Les deux conversions ont fait époque et ont une très grande signification. Dans le premier cas, il s’agit de l’appel clair et formel des nations, par l’évangile, aux mêmes bénédictions que les Juifs et dans les mêmes termes ; dans le second, c’est l’appel de celui qui avait été le persécuteur-type pour être l’instrument principal de la diffusion de l’évangile parmi les nations dans le monde.
            Lorsque nous lisons ce récit du chapitre 22, nous sommes frappés par l’habileté avec laquelle Dieu donne à Paul de s’exprimer. Il commence par retracer ce qu’il avait été dans sa jeunesse, lorsque son mode de vie répondait entièrement à leurs pensées. Il était irréprochable quant à sa généalogie, son éducation, son zèle et la haine qu’il portait aux chrétiens. C’est alors qu’il y avait eu une intervention du ciel, qui manifestement venait de Dieu. Certes toute vraie conversion résulte d’un acte de Dieu, mais généralement par l’intermédiaire d’un instrument humain ; et seule la foi discerne l’acte divin. Dans le cas de Paul, il n’y a pas eu d’instrument humain, mais plutôt quelque chose de tout à fait surnaturel, faisant appel à la fois à la vue et à l’ouïe - une grande lumière et une voix puissante - qui l’a fait tomber sur le sol. Il rapporte ce fait de manière à faire comprendre à ses auditeurs que le changement qui s’était produit en lui, ce changement qui les offensait tant, avait été opéré par Dieu Lui-même. La voix qui l’avait arrêté était celle de Jésus ; et c’est dans ce passage que nous est révélé le contenu exact du message adressé par cette voix venue du ciel : « Je suis Jésus le Nazaréen que tu persécutes » (v. 8). Cette expression n’apparaît ni au chapitre 9, ni lorsqu’il parle à des gens des nations au chapitre 26 ; mais elle prend toute sa signification ici où il est en face de Juifs. Ces derniers l’avaient ajoutée à son nom comme marque de mépris et d’opprobre : et maintenant ce Jésus le Nazaréen est dans le ciel ! Que cela nous serve d’avertissement : ne disséquons pas avec rigueur et légèreté les noms et les titres de notre Seigneur - bien qu’il soit très utile de discerner la signification de chacun d’entre eux. Nous nous serions attendus à ce qu’il dise : « Dans les jours de ma chair, j’étais Jésus le Nazaréen », attachant ce nom exclusivement au moment où il était ici-bas. Or il ne dit pas : « J’étais », mais « Je suis ». Il ne se dépouille pas de ses noms, car Il est un et indivisible.
            Paul présente sa conversion comme ayant été opérée par Dieu seul, et pourtant il rapporte comment Dieu s’est servi d’Ananias pour lui rendre la vue, et pour lui communiquer l’appel à être un témoin et à être baptisé. Il met aussi l’accent sur le fait que cet Ananias était un membre engagé et très respecté de la communauté juive à Damas. Remarquons que Paul devait à la fois voir le Sauveur glorifié et entendre sa voix. Et c’est de ce qu’il avait vu et entendu qu’il était appelé à rendre témoignage. Aussi lorsqu’il parle de l’évangile qu’il annonce, il le nomme : « l’évangile de la gloire du Christ ».
            Relevons aussi que le lavage et la purification des péchés sont liés ici, comme ils l’ont été au chapitre 2 (v. 38), et comme ils l’étaient dans le baptême de Jean. Ananias ajoute : « invoquant son nom », pour montrer qu’il parle du baptême chrétien et non pas de celui de Jean. Le baptême revêt une signification toute particulière en relation avec les Juifs ; et cela explique la place prédominante qu’il a eue le jour de la Pentecôte et dans le cas de Paul. Ceux qui rejetaient Christ doivent courber la tête et descendre symboliquement dans la mort, confessant Son nom. Ils montraient par là qu’ils se soumettaient à Celui dont ils ne voulaient pas ; c’est seulement ainsi qu’ils pouvaient être lavés de leurs péchés.
            Paul relate ensuite ce qui s’était passé pendant leur première courte visite à Jérusalem, mentionnée au chapitre 9 (v. 26). Ni ce chapitre 9 ni Galates 1 ne font allusion à cette vision ; il n’en est parlé qu’ici. Il est remarquable que tant l’apôtre Pierre que l’apôtre Paul aient été en extase ou aient eu une vision quant à leur service envers les Gentils : Pierre, afin d’être amené à passer par-dessus les coutumes juives et à ouvrir le royaume aux Gentils ; Paul, pour qu’il fasse de l’évangélisation l’œuvre de sa vie. Il était ainsi doublement établi que l’introduction des Gentils était selon la volonté et le propos délibérés de Dieu.

                        Le dilemme du chiliarque devant la fureur de la foule

            En raison de son passé, Paul se sentait particulièrement appelé à évangéliser sa propre nation ; il le dit même au Seigneur, mais seulement pour s’entendre répondre que les Juifs ne recevraient pas le témoignage de ses lèvres et qu’il serait envoyé au loin vers les nations. Il rapporte tout cela au peuple ; et à la lecture de ce récit, nous sentons la persuasion qui se dégageait de ses paroles. Estimait-il qu’au moins quelques-uns de ceux de sa nation devaient être convaincus ? Pourtant la parole du Seigneur prononcée quelque vingt et un ans auparavant demeurait : « Ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard » (v ; 18). Et cela avait été confirmé par un message particulier du Saint Esprit lui disant de ne pas monter à Jérusalem. Les paroles du Seigneur étaient en train de se vérifier. La mention que les nations étaient devenues les objets de la grâce divine soulève la fureur de ses auditeurs. Ils ne veulent pas recevoir ses paroles. Ils réclament sa mort avec une violence presque incontrôlée. Lorsque Paul accomplit la mission que Dieu lui a confiée envers les Gentils, il a la joie d’être employé pour atteindre le « reste selon l’élection de la grâce » (Rom. 11 : 6) d’entre son propre peuple ; lorsqu’il se détourne de ce service et concentre son attention sur sa nation, ses paroles ne portent pas de fruit en bénédiction.
            La fureur de la foule, et ceci malgré l’emploi de la langue hébreue, déconcerte le chiliarque ; et à cette époque, la mise à la question par le fouet était le moyen reconnu pour apprendre la vérité. Paul y échappe en mentionnant qu’il est citoyen romain et, sous la main de Dieu, il a ainsi l’occasion d’étendre son témoignage aux principaux de sa nation. Le chiliarque ordonne que le sanhédrin soit convoqué le lendemain.

 
Chapitre 23

                        Paul devant le sanhédrin

            Au début de ce chapitre, nous trouvons Paul devant cette auguste cour ; nous nous serions attendus à ce qu’il prononce le discours le plus éloquent et le plus persuasif de sa vie. Mais nous ne trouvons qu’un témoignage réduit à son minimum et une confusion maximale. La première remarque de Paul est mal accueillie, bien qu’elle ait été vraie. Nous acquérons et gardons une « bonne » conscience en exécutant sincèrement et rigoureusement tout ce que cette conscience nous dicte. Le zélateur à la conscience obscurcie ou pervertie commettra les actes les plus outrageants pour préserver sa « bonne » conscience. C’est ainsi que Paul agissait avant sa conversion ; depuis celle-ci, il avait suivi avec sincérité les avertissements de sa conscience, maintenant éclairée et redressée. Cela nous montre très clairement que la conscience n’est pas en elle-même un guide sûr : elle doit être éclairée par la Parole de Dieu. Elle n’aura de valeur que dans la mesure où elle sera contrôlée totalement par l’Ecriture.
            Irrité par cette déclaration franche, le souverain sacrificateur commande qu’on frappe Paul sur la bouche ; il transgresse ainsi la loi qui stipule qu’un accusé ne devait pas être frappé avant qu’un jugement juste ait été rendu, et alors encore la manière de procéder était indiquée (Deut. 25 : 1-3). Paul réagit vivement à cette injustice manifeste ; il agissait à bon droit, toutefois il n’était pas admissible de s’adresser en ces termes au souverain sacrificateur. Le sanhédrin avait été convoqué précipitamment et d’une façon informelle ; aussi probablement rien dans son habillement ne permettait-il de le distinguer ; mais Paul reconnaît immédiatement son erreur lorsqu’elle lui est signalée, et il cite le passage qui la condamne. Il ne pouvait pas imiter son Seigneur en demandant comme lui avec une pleine assurance : « Qui de vous me convaincra de péché ? » (Jean 8 : 46).
            Paul recourt alors immédiatement à un stratagème très astucieux. Il se présente comme un pharisien, mis en jugement pour l’espérance de la résurrection. Il était sans aucun doute pharisien de naissance et par la première éducation qu’il avait reçue, et la résurrection, sans aucun doute également, est à la base même de l’évangile. Sa déclaration produit l’effet attendu : les pharisiens sont gagnés à sa cause, alors que les sadducéens s’opposent violemment. Ils étaient les uns et les autres des fanatiques, jugeant de toute chose selon le point de vue de leur parti respectif. Les pharisiens, supposant qu’il était l’un des leurs, basculent en sa faveur. Ils n’ont que faire de la vérité et de la justice, seul leur parti compte. N’est-ce pas une pratique très courante aujourd’hui ? Les chrétiens n’en sont pas épargnés. Ne méprisons donc pas l’avertissement qui nous est donné ici.
            Tout au long du livre des Actes, les sadducéens se manifestent comme les principaux opposants de l’évangile. Leurs vues matérialistes, qui les amènent à nier la résurrection, n’y sont pas pour rien. C’est ici la dernière fois que nous les trouvons : la tournure subite des événements en faveur des pharisiens les remplit d’une telle fureur qu’ils se livrent à des actes de violence physique, et Paul est presque mis en pièces. Leurs excès se retournent contre eux, car ils forcent le chiliarque à intervenir ; et pour la seconde fois Paul est soustrait au déchaînement de sa propre nation.

                        L’encouragement reçu de la part du Seigneur

            Le verset 11 est de toute beauté ! Il ne nous est rien dit des sentiments de Paul, mais le message du Seigneur : « Aie bon courage », laisse supposer qu’il était découragé. Il semble bien que cet épisode de Jérusalem dans son ensemble se situe au-dessous du niveau élevé qui avait caractérisé tout le service de l’apôtre précédemment ; et pourtant il avait certainement rendu témoignage de son Seigneur. Son Maître plein de grâce s’arrête sur ce fait, le reconnaît et lui dit que maintenant il fallait qu’il rende témoignage à Rome - Jérusalem : le centre religieux, Rome : le centre impérial et gouvernemental de la terre à cette époque. Quel rafraîchissement pour l’esprit de Paul !

                        La conspiration des Juifs contre l’apôtre

            Le lendemain, plus de quarante hommes trament un complot pour tuer Paul. La nature du serment par lequel ils s’obligent atteste de la férocité de leur haine et laisse supposer qu’ils étaient d’entre les sadducéens qui avaient été privés de leur proie la veille. Les souverains sacrificateurs se rattachaient aussi à ce parti et ils sont tout disposés à tremper dans cette affaire. Ils doivent prétendre vouloir s’informer plus exactement de lui et les quarante hommes sont prêts à le tuer.
            Une fois encore la main de Dieu les contrecarre dans leur dessein. Comme toujours dans les Ecritures, le récit qui nous est donné est bref et modéré. Nous apprenons que Paul avait une sœur et un neveu à Jérusalem, mais nous ne savons pas comment le jeune homme a eu vent du complot. Dieu a permis qu’il ait connaissance de cette machination bien qu’elle n’ait été ourdie que quelques heures auparavant ; et il lui a aussi donné le courage de la révéler. C’est à Dieu qu’il faut attribuer le fait qu’il ait eu un accès si facile auprès de son oncle, et que la demande de Paul au chiliarque de recevoir son neveu ait été accordée avec tant de courtoisie. Mais il est fort probable que la conduite outrageuse des Juifs a opéré en faveur de Paul dans l’esprit du chiliarque. Ainsi non seulement il écoute le jeune homme, mais il le croit sans hésitation et prend immédiatement des mesures pour faire échouer le complot.

                        Paul est conduit à Césarée

            La fin du chapitre nous donne un aperçu de l’efficacité du système militaire romain. Le chiliarque agit avec la plus grande rapidité en décidant d’envoyer Paul au gouverneur civil à Césarée. Il veille aussi à ne prendre aucun risque. Il connaissait la fureur vindicative des Juifs lorsque des affaires touchant leur religion étaient en jeu. Il ne commet ainsi pas l’erreur de sous-estimer le danger. La troupe qui prend Paul en charge devait pratiquement compter cinq cents hommes, une proportion de douze soldats pour un assassin présumé. Le prisonnier est traité avec tous les égards, puisque même des montures sont mises à sa disposition.

                        La lettre de Claude Lysias

            Cette lettre est un document tout à fait caractéristique dans lequel il présente ce qu’il a fait sous la lumière la plus favorable ; mais d’un autre côté elle blanchit totalement Paul de tout mal condamnable ou digne de mort. La seule faute dont il est accusé concerne « des questions de leur Loi » (v. 29). Ainsi, le premier dignitaire romain devant qui il est traduit est vite convaincu que les accusations portées contre lui concernent sa foi et qu’il n’est coupable en rien quant à sa conduite. Dieu a évidemment veillé à ce que cela soit très clairement établi.
            C’est ainsi que malgré leur serment d’exécration, les quarante hommes sont empêchés de mener à bien leur complot. Paul était en sécurité sous la protection puissante de Rome ; et le moment venu, il pourrait défendre sa cause dans une atmosphère plus calme et porter le nom de son Maître devant « les nations et les rois », et aussi devant les fils d’Israël, comme cela avait été prédit à Ananias (9 : 15). Mais il doit d’abord comparaître devant le gouverneur Félix.


Chapitre 24

                        L’accusation de l’apôtre par Tertulle

            L’acte d’accusation de Paul laisse transparaître un amer ressentiment et des préjugés. Le fait que non seulement les anciens mais Ananias lui-même, le souverain sacrificateur, aient jugé nécessaire de descendre pour porter plainte contre lui, montre l’importance de ce cas à leurs yeux. Et puis, ils font appel à un avocat qui, à en juger par son nom, était romain et non pas juif. Ils pensaient sans doute que Tertulle saurait mieux qu’eux comment s’adresser à des Romains et serait plus à même d’obtenir une condamnation. En effet, Tertulle sait s’y prendre et commence par d’abondantes flatteries - ce que l’histoire nous rapporte de l’administration de Félix dément absolument ses paroles. Ensuite il dresse une quadruple accusation contre Paul. Les quatre charges sont vagues, surtout les deux premières : « cet homme, une peste», et « il provoque des séditions » (v. 5). Il préfère les accusations vagues, sachant qu’elles sont souvent beaucoup plus difficiles à réfuter que celles qui sont claires. La troisième et la quatrième accusations sont un peu plus précises. La quatrième : « il a même tenté de profaner le temple » (v. 6) est fausse ; le chapitre précédent l’a montré. La troisième est la seule à présenter quelque apparence de vérité. Il s’était manifesté comme meneur parmi les chrétiens, connus par les Juifs comme la secte des Nazaréens. Ils étaient effectivement des disciples du Nazaréen méprisé, mais ils ne constituaient pas à proprement parler une simple nouvelle secte parmi les Juifs. Le livre des Actes a été écrit pour prouver qu’ils n’étaient pas cela, mais plutôt quelque chose de tout à fait nouveau. Le monde ne comprendra jamais une oeuvre authentique de Dieu.
            Tertulle s’arrange à présenter la démarche de Lysias sous une lumière défavorable, puisqu’il avait déjoué la violence des Juifs ; et les Juifs soutiennent les affirmations de leur avocat. Ils fournissent la substance et se servent comme instruments des Gentils, comme ils l’ont fait dans le cas du Seigneur.

                        La défense de Paul

            La réponse de l’apôtre est en contraste absolu avec la harangue de Tertulle. Il reconnaît que Félix avait plusieurs années d’expérience en tant que juge parmi les Juifs, mais s’abstient de toute flatterie. Il évite les déclarations vagues, nie explicitement avoir été impliqué dans des disputes ou des émeutes, et fait remarquer qu’il ne s’est pas passé plus de douze jours depuis son arrivée à Jérusalem. Il montre que si ses adversaires ont prononcé de nombreuses accusations, ils n’ont fourni aucune preuve et qu’ils seraient bien incapables de le faire. Puis par une confession simple et claire de ce qui l’avait caractérisé et de ce qui, en fait, était à la base de leur hostilité, il fait ressortir le fondement de l’évangile qu’il prêchait. Pour eux, c’est une hérésie, mais c’est le fondement même de la vérité.
            Paul proclame ainsi avec habileté sa foi dans tout ce qui a été écrit dans l’Ancien Testament et montre que toutes les espérances chrétiennes sont basées sur la résurrection, qui a été prouvée en Christ. Et il est tout aussi certain qu’il y aura une résurrection pour les injustes. C’était évidemment une flèche décochée à la conscience de Félix et de tous les auditeurs présents. Personne ne pourra rester au fond du sépulcre pour échapper à la main puissante de Dieu en jugement.
            Après avoir exprimé sa foi dans les Ecritures et dans la résurrection, Paul affirme que sa conduite a été conforme à ce qu’il croit. Sa conscience est sans reproche ; il n’est monté à Jérusalem que pour remplir une mission de grâce ; et dans le temple, il s’était comporté d’une manière parfaitement ordonnée et correcte. C’étaient les Juifs d’Asie qui étaient à l’origine de l’émeute, et non pas lui ; et maintenant qu’ils avaient l’occasion de présenter leurs accusations contre lui, ils n’étaient pas venus pour le faire.
            Pourtant il y avait là des Juifs qui l’avaient vu comparaître devant le sanhédrin ; et Paul savait que ceux-ci n’avaient rien à lui reprocher, sinon sa foi en la résurrection. Il était bien conscient que c’était le parti des sadducéens qui s’acharnait tellement contre lui et l’accusait ; aussi prend-il soin d’établir très clairement devant Félix que le vrai enjeu était sa foi dans la résurrection des morts, résurrection attestée par celle de Christ. Il se peut aussi que Paul ait voulu reconnaître que le cri qu’il avait fait monter devant le sanhédrin n’était pas dépourvu de tout blâme.

                        La réaction du gouverneur Félix

            Le verset 24 nous apprend que Félix avait une femme juive ; il était par conséquent bien informé et réalise tout de suite que Paul n’avait rien fait de mal. Il ajourne la cour, sous prétexte d’attendre le chiliarque Lysias ; ainsi une nouvelle fois les accusateurs sont frustrés, d’autant plus que, comme nos cours de justice l’exprimeraient, l’ajournement est sine die. En attendant, Paul se voit accorder une mesure de liberté extraordinaire, dans laquelle nous pouvons encore discerner la main de Dieu.
            Le récit ne nous montre pas que Lysias soit venu ; en revanche nous voyons Félix et sa femme Drusille convoquer Paul pour une audience privée au cours de laquelle il rend témoignage de la foi en Christ. C’était une occasion exceptionnelle et Paul, connaissant le caractère faible et pervers du gouverneur, met l’accent sur la justice, la tempérance et le jugement à venir. Les versets 16 et 17 de Romains 1 nous montrent très clairement que la justice peut être considérée comme étant un résumé du message de l’évangile. La tempérance ou le contrôle de soi est le résultat produit dans la vie de celui qui le reçoit ; et le jugement à venir est ce qui attend ceux qui le refusent. Ainsi, malgré l’extrême brièveté du rapport qui nous a été conservé du discours de Paul, les trois expressions employées couvrent les faits saillants de l’évangile.
            Le message est très puissant et fait trembler Félix ; celui-ci remet pourtant la décision à ce « moment convenable » (v. 25) qui, si souvent, ne se présente jamais. C’est bien ce qui arriva. Deux années se sont écoulées avant que Festus succède à Félix et pendant cette période ils se sont souvent rencontrés, mais rien ne se passe et Félix laisse Paul prisonnier pour gagner la faveur des Juifs. Le véritable obstacle dans le cœur de Félix était son amour de l’argent. Ce cas illustre d’une manière frappante que l’Esprit peut agir avec puissance sur un homme par l’évangile depuis l’extérieur, mais qu’un travail dans le cœur et la conscience à l’intérieur peut être étouffé par l’activité d’une convoitise, tel l’amour de l’argent. Une vraie conversion a lieu lorsque l’œuvre de l’Esprit depuis l’extérieur est accompagnée et reçue par l’œuvre de l’Esprit à l’intérieur.

 
D’après F. B. Hole


A suivre