Réflexions sur les Actes des Apôtres (18-20)

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REFLEXIONS  SUR  LES  ACTES  DES  APOTRES  (18-20)


Chapitre 18
          Paul à Corinthe
          Départ du troisième voyage missionnaire de Paul ; présentation d’Apollos
Chapitre 19
          Paul à Ephèse
          Puissance de Dieu et œuvres de Satan

          Emeute à Ephèse
          Départ de Paul pour la Macédoine

Chapitre 20
          Un dimanche en Troade
          Le discours de Paul à Ephèse


Chapitre 18


                        Paul à Corinthe

           Au début de ce chapitre, Paul est à Corinthe, où il rencontre deux nouveaux compagnons : Aquilas et Priscilla. Le décret sévère de l’empereur romain Claude a eu pour effet de les placer sur le chemin de Paul, et de cette rencontre sont résultés leur conversion et ensuite leur service qui leur vaudra cette belle appréciation, à la fin de l’épître aux Romains : « Saluez Prisca et Aquilas, mes compagnons d’œuvre dans le Christ Jésus (qui, pour sauver ma vie, ont risqué leur propre tête ; et je ne suis pas seul à leur témoigner ma gratitude, mais aussi toutes les assemblées des nations) » (16 : 3-4). Dieu a fait tourner pour le bien de l'apôtre le décret d’expulsion dont ils avaient été les objets à Rome, faisant en sorte que la colère impériale soit à Sa louange.
            C’est avec ce couple que Paul demeure, et il commence son travail dans la synagogue. Silas et Timothée le rejoignent alors, et le témoignage de Paul devient plus puissant et plus direct. Puis, les Juifs s’opposant, il se tourne vers les nations.
            « Il partit de là » (v. 7), c’est-à-dire de la synagogue ; il va poursuivre son témoignage dans la maison attenante « d’un nommé Juste qui servait Dieu ». Une œuvre de Dieu très marquée et importante s’opère, puisque même le chef de la synagogue se convertit. Dans une vision, le Seigneur encourage Paul à parler avec hardiesse ; il lui donne l’assurance que personne ne mettra les mains sur lui ici, contrairement à ce qui s’était passé ailleurs. Ainsi son service se poursuit pendant dix-huit mois (v. 11). Il y a bien une tentative de soulèvement contre lui, mais celle-ci reste sans suite, grâce à Dieu, car,avec une froide indifférence, le proconsul romain Gallioni traite toute l’affaire comme une simple dispute de mots et de noms et refuse d’être juge de ces questions. Ainsi Dieu peut utiliser le tempérament d’un gouverneur, aussi bien que le décret d’un empereur, pour accomplir ce qu’Il désire. Paul ne quittera Corinthe qu’un peu plus tard.
            Ce long séjour à Corinthe marque la fin du deuxième voyage de Paul. Il part pour Jérusalem et Antioche accostant à Ephèse où il s'entretient brièvement avec les Juifs de l'endroit, leur promettant de revenir « si Dieu le veut » (v. 21). Le chapitre suivant nous montre que Dieu l’a voulu. Au verset 18, nous voyons que Paul observait encore des coutumes juives, en relation ici avec un vœu qu’il avait fait.


                        Départ du troisième voyage missionnaire de Paul ; présentation d’Apollos

            Paul séjourne « quelque temps » à Antioche (v. 23). Puis il part pour son troisième voyage et se rend d’abord sur les lieux de ses travaux précédents pour fortifier les disciples. C’est toujours un service très nécessaire, car il y a tant d’influences qui tendent à affaiblir les croyants !
            L’histoire de Paul se poursuit dans le premier verset du chapitre suivant ; les versets 24 à 28 sont une parenthèse dans laquelle il est parlé d’Apollos, du plein enseignement qu’il a reçu et de son service béni. Nous voyons que si Paul est resté très peu de temps à Ephèse, Aquilas et Priscilla y sont demeurés ; et par leur moyen le Seigneur donne à Apollos exactement les précisions dont il avait besoin.
            Comme il jouissait d'un don naturel d’éloquence, Apollos parlait avec facilité. Grâce à une étude diligente des écrits de l'Ancien Textament, il était devenu « puissant dans les Ecritures ». Pourtant, à son arrivée à Ephèse il ne connaissait pas exactement ce que Dieu avait fait en Christ. Ses connaissances s’arrêtaient à l’introduction de Jésus par le baptême de Jean. Il enseignait diligemment ce qu’il savait dans la synagogue. En l’entendant, Aquilas et Priscilla voient tout de suite ce qui lui manque ; ils exercent alors à son égard le merveilleux service de l’hospitalité pour lui expliquer plus exactement ce qui s’était produit par Christ. Ainsi Dieu s’est servi de ces saints qui n’avaient pas de don public particulier, pour préparer un instrument très doué à sa carrière de serviteur. Depuis Ephèse, Apollos se rend à Corinthe, où non seulement il convainc de nombreux Juifs, leur « démontrant par les Ecritures que Jésus est le Christ », mais où aussi il contribue beaucoup à l’avancement des croyants. Qui peut dire quelle part de la récompense attribuée à son service fécond sera portée au crédit d’Aquilas et Priscilla?


Chapitre 19


                         Paul à Ephèse

            Le début de ce chapitre nous montre Paul arrivant à Ephèse après le départ d’Apollos ; il y trouve certains disciples dans le même état d’ignorance du plein message de l’évangile. Ils étaient de vrais « disciples », et ils avaient reçu les faits concernant Christ dans la mesure où ils leur avaient été rapportés. Le Saint Esprit est donné à ceux qui croient « la parole de la vérité, l’évangile de votre salut » (Eph. 1 : 13). Ils ne l’avaient pas cru, parce qu’ils ne l’avaient pas entendu et, par conséquent, ils n’avaient pas reçu l’Esprit. Comme Apollos, ils n’avaient eu connaissance que des tout premiers éléments, en relation avec Jean le Baptiseur, et ils avaient été baptisés de son baptême. Paul les instruit et ils sont maintenant baptisés pour le nom du Seigneur Jésus ; l’apôtre leur impose les mains, et alors l’Esprit Saint vient sur eux ; ils se mettent à parler en langues et à prophétiser. Une preuve visible est ainsi donnée qu’ils sont maintenant entrés dans l’état chrétien complet.
            Paul ne blâme pas ces douze hommes. La transition à la pleine lumière de l’évangile s’effectuait graduellement à cette époque où les communications étaient lentes. Au début du chapitre 6 de l’épître aux Hébreux, le retour à certaines coutumes est condamné. Il est reproché à quelques croyants d’entre les Juifs de n’avoir pas laissé « les premiers éléments de l’enseignement du Christ » pour avancer vers la perfection du plein évangile. Dans son ministère, Jean le Baptiseur avait beaucoup à dire sur « la repentance des œuvres mortes », sur les « ablutions » et sur « le jugement éternel », mais lorsque cette épître a été écrite, la pleine vérité du Christianisme avait été répandue et ces croyants auraient dû la recevoir, même si elle ne coïncidait pas avec bon nombre de leurs conceptions judaïques. Nous n’avons aucune excuse pour ne pas avancer vers la perfection.
            Maintenant que ces hommes ont reçu la bénédiction, Paul peut tourner son attention vers la synagogue où il avait brièvement rendu témoignage lors de son voyage précédent ; et pendant trois mois il va discourir avec les Juifs pour les persuader de l’évangile. Puis vient le moment où il sent que son œuvre dans cet endroit est terminée. Le résidu selon l’élection de la grâce était manifesté, les autres s’endurcissaient et l’apôtre scelle la séparation en se retirant de la synagogue et en emmenant les disciples avec lui pour poursuivre son service dans l’école de Tyrannus (v. 9) - tout comme à Corinthe il avait quitté la synagogue pour la maison de Juste. Dieu indiquait ainsi clairement qu’il n’établissait pas un nouveau groupe de croyants éclairés parmi les Juifs, mais constituait quelque chose de tout à fait nouveau, embrassant à la fois des Juifs et des Grecs.


                        Puissance de Dieu et œuvres de Satan

            Une œuvre évidente et puissante s’opère là, de sorte que Paul reste deux années à travailler dans cette ville d’Ephèse. Dieu le soutient par des manifestations miraculeuses de nature particulière, et toute la province est évangélisée. Comme toujours lorsque Dieu opère avec puissance, les œuvres de Satan sont démasquées et l’opposition surgit. La fin de ce chapitre montre quelle confusion en est résultée dans cette ville vouée au culte d'Artémis.
            La première réaction prend la forme de l’imitation. Les sept fils de Scéva se jugent eux aussi capables de chasser des démons en invoquant le nom du Seigneur Jésus. Mais ils ne le connaissent pas. Il n’est pas leur Seigneur : ils ne peuvent parler de lui que comme « Jésus que Paul prêche » (v. 13), sans lui donner son titre de Seigneur. Le démon montre tout de suite qu’il ne les connaît pas ; il ne se laisse pas abuser par l’usage occasionnel qu’ils font du nom de Jésus. Les sept hommes sont défaits : leur honte est manifestée devant tout le monde et le nom du Seigneur Jésus est magnifié.
            Un grand triomphe public a été remporté sur Satan et sur la magie noire par laquelle les hommes cherchent à maintenir le contact avec lui. Beaucoup de ceux qui ont cru sont amenés à confesser qu’ils s’étaient autrefois adonnés à ces pratiques occultes et avaient commis de mauvaises actions. Plusieurs se détournent de cette voie de méchanceté et brûlent, devant tous, les livres qui traitent de ces choses, malgré leur valeur marchande. La parole de Dieu croît et montre sa force (v. 20), tandis que les agissements sataniques diminuent et sont anéantis. Qu’il est affligeant pour nous de constater aujourd’hui que l’attention pour la Parole diminue, et qu'augmente de plus en plus celle pour le spiritisme !
            Dans ces pratiques, Satan aborde les hommes avec toutes les ruses du serpent. Ayant subi à Ephèse une défaite sur ce plan, il recourt à d’autres moyens et se manifeste comme le lion rugissant. Il opère en se servant de la cupidité des hommes. Le succès de l’évangile avait fait du tort au commerce des orfèvres, et il n’était pas difficile d’essayer de le relancer en invoquant  la réputation de la déesse Artémis. Pouvait-on discréditer sa grandeur et anéantir sa magnificence ? Leur souci réel, celui de s’enrichir, était ainsi bien camouflé.


                         Emeute à Ephèse

            Satan avait réuni les éléments nécessaires pour provoquer un véritable incendie. Remplis de colère, les orfèvres se mettent à crier : « Grande est l’Artémis des Ephésiens ! ». C'est l’étincelle qui va embraser toute la ville. Une terrible émeute éclate ; l’apôtre y fera allusion dans sa seconde épître aux Corinthiens, en écrivant : « Nous avons été excessivement chargés, au-delà de nos forces, au point que nous avons même désespéré de vivre » (2 Cor. 1 : 8). Les Ephésiens excités étaient prêts à exécuter la sentence de mort sur Paul, mais comme il le mentionne dans le verset suivant : « Nous avions en nous-mêmes la sentence de mort, afin de ne pas mettre notre confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts ». Dieu l’a délivré « d’une si grande mort », mais le danger avait évidemment été si pressant que Paul compare sa délivrance à une résurrection d’entre les morts.
            Le récit des Actes nous montre comment Dieu se sert des uns ou des autres pour opérer la délivrance : quelques-uns des magistrats de la ville, Alexandre qui détourne de Paul l’attention générale et le secrétaire de la ville qui rétablit le calme par son discours diplomatique. La plupart des émeutiers déchaînés ne savaient même pas exactement pourquoi ils s’étaient soulevés, et le secrétaire de la ville leur rappelle que les autorités romaines pourraient retourner la situation contre eux et les accuser de sédition. Il est bien remarquable qu’il puisse dire de Paul et de ses compagnons : ces hommes « ne sont ni des voleurs sacrilèges, ni des blasphémateurs de notre déesse » (v. 37) ; ces expressions montrent que Paul et ses compagnons avaient soigneusement évité tout propos qui aurait pu offenser les habitants. Ils s’occupaient de prêcher positivement l’évangile plutôt que de travailler négativement à exposer les folies de l’idolâtrie.


                        Départ de Paul pour la Macédoine

            Cette grande émeute met fin au service de Paul à Ephèse ; il s’en va alors en Macédoine, comme l’indique le premier verset du chapitre 20. Il vaut la peine de lire ce qui est mentionné en 2 Cor. 2 : 12-13 et 7 : 5-7 : « Arrivé à Troas... je n'ai pas eu de repos dans mon esprit, parce que je n'ai pas trouvé tite, mon frère... A notre arrivée en Macédoine, notre chair n'a eu aucun repos... mais Dieu nous a consolés par la venue de Tite... ». Ces passages nous montrent que Paul, en route pour la Macédoine, s’est arrêté courtement à Troas, mais que, malgré la porte ouverte pour le service, il a poursuivi son chemin dans sa hâte de retrouver Tite et d’avoir des nouvelles des saints à Corinthe. Il arrive en Macédoine, toujours en proie à l’inquiétude et à l’affliction ; mais là Tite le rejoint et le console. Il est ainsi clair que les peines qu’il a connues à Ephèse ont été suivies d’autres peines à Troas et en Macédoine. Cependant, tout cet aspect est passé sous silence dans les Actes. Luc pouvait difficilement parler de ces détails intimes des expériences de l’apôtre ; nous les apprenons par les écrits de Paul lui-même.


Chapitre 20

            Paul a beaucoup exhorté les disciples en Macédoine. Puis il est arrivé en Grèce et, pour éviter les embûches des Juifs, il est retourné en Asie en passant par la Macédoine. Le verset 4 nous donne les noms de ses compagnons de voyage, bien que ceux-ci aient pris les devants et l’aient attendu à Troas. Dès le verset 5, Luc emploie de nouveau le pronom « nous » : à ce moment, il a donc rejoint le groupe. Une traversée de cinq jours ramène Paul, Luc et les autres à Troas où peu de temps auparavant le Seigneur avait ouvert une porte. Les versets qui suivent montrent qu’ils rencontrent cette fois encore un grand intérêt pour les choses de Dieu dans cette ville.


                        Un dimanche en Troade

            Paul ne passe à Troas qu’une semaine ; c’est au cours de celle-ci qu’a lieu la réunion mémorable dont nous parlent les versets 7 à 12 ; ils nous donnent une image très belle de la simplicité et du zèle qui caractérisaient cette époque. Les disciples avaient l’habitude de se réunir pour la fraction du pain - la cène du Seigneur - le premier jour de la semaine. Ce n’est pas le sabbat qui avait été choisi, mais le lendemain, le jour de la résurrection du Seigneur, bien que ce n’ait pas été un jour férié comme l’aurait été la veille pour les croyants d’entre les Juifs. Aussi les chrétiens se rassemblaient-ils le soir, une fois la journée de travail achevée. Ils se réunissaient dans une chambre haute : on ne connaissait pas les « églises ». Disposant de très peu de temps, Paul saisit l’occasion pour leur faire un discours ; leur intérêt est si grand qu’ils passent toute la nuit à écouter ses paroles.
            Nous pouvons facilement nous représenter la scène : la chambre haute remplie d’auditeurs, les jeunes assis sur le rebord de la fenêtre, les nombreuses lampes allumées ajoutant à l’atmosphère oppressante de l’air raréfié de la pièce, la brusque interruption causée par le sommeil et la chute d’Eutyche. Pourtant la puissance de Dieu est si manifestement à l’œuvre que cet incident, au lieu d’interrompre la réunion et de distraire les esprits du message de Paul, touche et affermit les cœurs des auditeurs qui restent jusqu’à l’aube pour écouter. L’apôtre allait maintenant entreprendre son dernier voyage à Jérusalem. La question de savoir si c’était la bonne chose reste ouverte. Mais il est évident que l’Esprit de Dieu agissait par lui comme autrefois. Paul n’a fait aucun miracle plus remarquable que celui-ci. Le récit est marqué par l’absence de tout cérémonial et de toute officialité, mais il est empreint de puissance. Aujourd’hui, dans la chrétienté, le cérémonial prend toute la place et la puissance est absente. Quel sujet de tristesse !


                        Le discours de Paul à Ephèse

            Le jour venu, Paul quitte Troas à pied ; Luc et ses autres compagnons partent par mer et le prennent à Assos. Arrivé à Milet, il fait venir les anciens de l’assemblée à Ephèse ; sachant qu’il ne les reverrait plus, il veut leur délivrer un message. Cet appel touchant semble se diviser naturellement en trois parties.

            Dans la première partie (v. 18-27), l’apôtre passe en revue son propre ministère parmi eux. Il commence par ces paroles : « Vous savez de quelle manière je me suis tout le temps conduit parmi vous, depuis le premier jour où je suis entré en Asie ». Puis après avoir montré comment il a servi, il continue en disant en quoi avait consisté son service. Dans l’un des aspects comme dans l’autre, il peut bien nous servir de modèle.
                 - D’abord son travail était de servir. Il n’était pas un grand dignitaire ecclésiastique dominant le troupeau de Dieu, mais un serviteur ; il servait certes les saints, mais en le faisant, c’est premièrement le Seigneur qu’il servait, et cela depuis le premier jour.
                 - En outre, Paul servait en toute humilité ; les chapitres précédents nous l’ont montré. Il n’était pas le genre d’homme qui attend que tout le monde lui fasse place ou le serve : il aidait les autres en travaillant de ses propres mains. Et tout cela, avec des larmes, et au milieu de beaucoup d’épreuves suscitées par les Juifs. Les larmes parlent d’une profonde sensibilité et d’exercices de cœur, tandis que les épreuves évoquent la confrontation perpétuelle aux difficultés et à l’opposition.
                 - Paul était aussi caractérisé par la fidélité avec laquelle il déclarait la vérité et l’appliquait aux saints. Il ne recherchait pas la popularité facile qu’on acquiert en taisant des choses peu agréables à entendre, mais avait toujours leur profit en vue. En outre, il ne se limitait pas à annoncer publiquement l’évangile, mais il remplissait ce service de maison en maison, un travail beaucoup plus discret, mais souvent combien plus efficace ! Tout cela montre de quelle « manière » il s’était conduit envers eux.
                 - Il y a aussi ce dont il parle au verset 24 : sa consécration totale au ministère qui lui avait été confié et à Celui duquel il l’avait reçu. Il avait voué sa vie à ce service et rien ne pouvait l’en détourner, ni la perspective des difficultés ni même celle de la mort. Lorsqu’un serviteur de Dieu allie à sa fidélité une consécration qui ne fléchit pas devant la mort, son ministère sera immanquablement accompagné de puissance.

            L’apôtre Paul mentionne ensuite trois sujets qui ont marqué son ministère :
                 - L’évangile lui avait été confié : il était appelé à rendre témoignage partout et à tout le monde de « la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus Christ » (v. 21). L’évangile proclame « la grâce de Dieu » qui a été révélée en Christ, dans sa mort pour nos péchés et sa résurrection pour notre justification ; de notre côté, il demande la repentance et la foi. Voilà le sujet constant de sa prédication.
                 - Il avait aussi prêché « le royaume de Dieu » (v. 25), non pas parmi « tous », mais parmi « vous tous » -partout il avait prêché le royaume parmi les disciples. Evidemment cela a une portée actuelle. Lorsqu’il annonçait les choses à venir, il parlait sans doute du royaume qui sera établi publiquement ; mais il leur rappelait aussi qu’en recevant Christ comme leur Seigneur, ils s’étaient déjà placés sous l’autorité de Dieu, et il leur montrait la signification pratique de la soumission à la sainte volonté de Dieu. On peut remarquer que, dans ses épîtres, Paul ne se contente jamais de présenter la vérité abstraitement ; il met toujours l’accent sur la conduite qui, selon la vérité, répond à la volonté de Dieu pour eux.
                 - Puis il leur avait annoncé « tout le dessein de Dieu » (v. 27). Il les avait amenés dans la lumière de tout ce que Dieu s’est proposé, pour Christ, pour l’Eglise et pour le monde à venir. Ils ont ainsi eu connaissance de ce qui jusqu’alors avait été gardé secret, et ont vu que Dieu avait des pensées plus élevées que ses propos révélés antérieurement à l’égard d’Israël. C’est ce troisième point de son ministère qui avait soulevé l’opposition furieuse d’un grand nombre de ses auditeurs juifs et qui aboutira finalement à son emprisonnement. Il peut ainsi dire : « Je n’ai mis aucune réserve à vous annoncer ». Si seulement il avait usé d’un peu de retenue en abordant ce sujet de son ministère, son service se serait déroulé beaucoup plus paisiblement et il se serait évité bien des troubles. Car l’introduction des nations, selon la vérité de l’Eglise, fait partie du dessein de Dieu. Il le savait et néanmoins il n’a pas reculé.
            Le ministère complet de la parole de Dieu, aujourd’hui, doit embrasser ces trois sujets : l’évangile de Dieu, le royaume de Dieu et le dessein de Dieu.

            Dans la seconde partie de son discours (v. 28-31), Paul exhorte et avertit les anciens d’Ephèse. L’Esprit Saint les avait « établis surveillants » au milieu du troupeau, qui est l’assemblée de Dieu. Ce troupeau n’était pas le leur, mais celui de Dieu par droit d’achat ; ils devaient le nourrir ou le faire « paître ». Mais avant tout, ils avaient à prendre garde à eux-mêmes, car comment celui qui ne veille pas d’abord sur lui-même pourrait-il prendre soin du troupeau ? En outre, ils devaient user de vigilance à l’égard des adversaires, se souvenant que pendant trois ans Paul n’avait cessé de les avertir avec larmes. Est-ce que, faute d’être exercé, ce ministère d’avertissement n’a pas presque complètement disparu ?
            Paul met ici les anciens en garde contre deux sources principales de mal : d’abord, les loups redoutables venant de l’extérieur, puis les hommes pervers qui se lèveront du milieu d'eux-mêmes. Par « loups », l’apôtre entend sans doute ceux qui agissent comme de véritables agents du diable, ceux qui, selon les paroles de Pierre, introduisent « des sectes de perdition » (2 Pier. 2 : 1). Cette prédiction s’est pleinement réalisée : l’histoire de l’Eglise en témoigne ; comme aussi du mal opéré par ceux qui se sont levés du milieu des anciens eux-mêmes pour annoncer des doctrines « perverses » ou « perverties ». Ces hommes sont très probablement de vrais croyants, mais qui tordent ce qu’ils annoncent et par là pervertissent la vérité. Ils se présentent comme chefs de partis et centres d’attraction à ceux qu’ils entraînent. Au lieu de conduire à Christ, ils attirent à eux. N’avons-nous pas dans ces paroles de Paul une esquisse de ce que la chrétienté est devenue aujourd’hui ?
            C’est pour cette raison sans doute que nous ne trouvons pas dans les Ecritures d’instruction relative au maintien de la fonction d’ancien d’une manière officielle après le départ de l’apôtre. Si c’est d’entre eux que doivent se lever ces ouvriers d’iniquité, autant reconnaître et accepter avec gratitude ceux que Dieu se plaît à susciter, sans qu’ils soient désignés officiellement. Quant aux hommes qui disent des choses perverses, leur investiture ne ferait que ratifier ce qui est faux.

            Dans la troisième partie de son message (v. 32-35), l’apôtre indique les ressources qui demeurent malgré tout. Il prononce peu de paroles : elles sont contenues dans ce seul verset 32 ; mais leur portée est d’un poids et d’une importance immenses. Notre grande ressource est en Dieu, et non pas dans l’homme. Il ne les recommande pas aux autres apôtres ; il ne pouvait pas les recommander aux anciens puisque c’est à des anciens qu’il s’adresse et que c’est d’entre eux que se lèveraient des ouvriers d’iniquité. Dieu, et Dieu seul, est la ressource des siens. Il a donné sa Parole dans laquelle Il se révèle. Autrefois Il parlait par Moïse, comme l’Ancien Testament nous le rapporte : il s’agissait là de la Parole de ses exigences envers les hommes. Maintenant, Il parle en Christ, dans le Nouveau Testament : et c’est la Parole de sa grâce. C’est à cette Parole que nous sommes spécialement recommandés, car elle a la puissance de nous édifier dans la foi et de nous donner, en puissance et en jouissance spirituelles avec tous les sanctifiés, cet héritage qui nous appartient. L’héritage est à nous par la foi en Christ (voir Act. 26 : 18), mais il nous est annoncé en puissance par la Parole de Sa grâce.
            On ne saurait surestimer l’importance de ce verset 32 pour nous aujourd’hui. Dieu et sa Parole demeurent, quoi qu’il arrive. Nulle puissance de mal ne peut toucher Dieu. Il reste et nous pouvons être en relation avec Lui par la prière, dans la communion, dans les actions de grâce et dans l’adoration. Sa Parole demeure, car dans sa providence Il a veillé sur elle et nous l’a conservée. Elle est certes l’objet d’attaques incessantes de la part de l’Ennemi. Trop vite elle a été plus ou moins étouffée par les traditions des Pères ; puis elle a été ensevelie sous une langue étrangère et soustraite au peuple ; maintenant qu’elle est accessible à tout le monde, elle est violemment critiquée et on cherche par tous les moyens à détruire son autorité. Néanmoins elle reste la ressource de tout cœur croyant et obéissant.

            Paul termine son discours en mentionnant une nouvelle fois la droiture et la sincérité qui l’avaient caractérisé. Il n’avait pas cherché à s’enrichir, loin de là ! Il avait plutôt donné aux autres. Il cite une parole du Seigneur Jésus qui ne se trouve pas dans les évangiles, une parole qu’il avait mise en pratique. Il leur a déjà dit plus haut qu’il ne leur avait rien caché et qu’il les avait enseignés (v. 20), et il leur répète qu’il leur a tout montré. Il mettait en pratique devant eux ce qu’il leur prêchait. Son exemple parle avec puissance.
            Paul a été appelé à nous servir de modèle à la fois comme saint et comme serviteur. Aussi le discours dans lequel il passe en revue son service nous a-t-il été conservé dans cet écrit inspiré ; et si nous nous mesurons à lui, nous avons bien lieu d’être profondément humiliés. Ayant dit aux anciens tout ce qu’il avait à leur dire, il se met à genoux et prie avec eux ; et ils versent tous beaucoup de larmes (v. 36-37). Quelle scène profondément émouvante ! L’expression « couvrir de baisers » employée ici est celle que l’on trouve aussi en Luc 15, lorsque le père court au-devant du fils prodigue et se jette à son cou. Pourtant ne peut-on pas voir un élément de faiblesse dans le fait que ce qui les peinait le plus c’était qu’ils ne le reverraient plus ? N’auraient-ils pas dû être affligés avant tout par la pensée que l’Assemblée de Dieu allait être ravagée par des loups et corrompue par des hommes pervers ?


D’après F. B. Hole


A suivre