Réflexions sur les Actes des Apôtres (8-10)

bible-notes.org

Imprimer ou partager la page :

REFLEXIONS  SUR  LES  ACTES  DES  APOTRES  (8-10)


Chapitre 8
      L'évangile en Samarie
     La tromperie de Simon le magicien démasquée
     Un Ethiopien sauvé
Chapitre 9
     La conversion de Saul de Tarse
     Saul prêche Jésus
     Pierre quitte Jérusalem pour se rendre à Lydde, puis à Joppé
Chapitre 10
     La vision de Corneille et la préparation de Pierre
     Le message de Pierre dans la maison de Corneille

     

Chapitre 8

                        L'évangile en Samarie                     

            Non satisfaits d’avoir mis à mort Etienne, les chefs religieux déclenchent alors à Jérusalem la première grande persécution contre l’Eglise ; Saul y joue un rôle particulièrement en vue. Comme un loup, il ravage l’assemblée, violant l’intimité des maisons pour s’emparer de ses victimes. En conséquence, les disciples du Seigneur sont dispersés dans les provinces de la Judée et de la Samarie. Or, selon les paroles du Seigneur à ses disciples (1 : 8), ces provinces devaient venir à la connaissance de l’Evangile après Jérusalem et la Judée, mais avant que leur mission ne s’étende jusqu’au bout de la terre. Ainsi nous avons là encore un cas où Dieu se sert de la colère de l’homme pour l’avancement de son propos. Pourtant, fait remarquable, les apôtres auxquels ce mandat avait été confié font exception à la règle : Ils restent à Jérusalem.
            Le récit continue alors, sans plus les mentionner, pour parler de ceux qui sont allés çà et là, annonçant la Parole, et plus particulièrement de Philippe, l’un des sept qui avaient été choisis comme diacres. Il descend dans une ville de la Samarie et prêche la Parole. La puissance de Dieu l’accompagne et il en résulte une grande bénédiction, comme toujours lorsqu’un serviteur de Dieu marche dans la ligne directe de la pensée de Dieu. C’est le Seigneur lui-même qui avait semé la semence parmi les Samaritains ; nous le voyons en Jean 4. Ils avaient alors été nombreux à reconnaître qu’Il était véritablement le Christ, et non pas simplement à dire : « Celui-ci n’est-il point le Christ ? » Maintenant Philippe, venant au milieu d’eux, annonce Christ comme Celui qui est mort, ressuscité et glorifié ; il en résulte une riche moisson. Et une grande joie se répand dans cette ville.
            Son message étant reçu, Philippe se met à leur annoncer « les bonnes nouvelles touchant le royaume de Dieu ». Et beaucoup sont baptisés. Simon le magicien est l’un d’entre eux ; lui aussi « crut » et fut « baptisé ». Il se trouve en présence d’une Puissance infiniment plus grande que celle des esprits immondes avec lesquels il avait eu affaire auparavant, comme nous le voyons au verset 7.
            Un point remarquable dans cette œuvre en Samarie, c’est que malgré le nombre de personnes qui avaient cru l’évangile et qui avaient été baptisées, aucune n’avait reçu le don du Saint Esprit. L’ordre présenté par Pierre (2 : 38) n’a pas été observé dans le cas des Samaritains. Nous sommes certains que Dieu avait une raison particulière de l’avoir voulu ainsi. Il y a toujours eu une rivalité religieuse entre Jérusalem et la Samarie, comme en témoigne Jean 4 : 20 ; et il y aurait eu une forte tendance à transférer cette querelle ancienne dans les conditions nouvelles. Il en serait résulté une Eglise samaritaine indépendante, sinon rivale de l’Eglise à Jérusalem et ainsi l’expression pratique de la vérité du « seul corps » aurait été mise en danger avant même d’être révélée ! C’est pourquoi ils ne reçurent l’Esprit que lorsque Pierre et Jean furent venus et leur eurent imposé les mains, identifiant par là formellement les apôtres et l’Eglise à Jérusalem avec ces nouveaux croyants de la Samarie. L’unité de l’Eglise était préservée.


                      La tromperie de Simon le magicien démasquée

            Le don du Saint Esprit a été la ligne de séparation entre ce qui était réel et ce qui ne l’était pas. Etre baptisé n’était pas forcément une preuve de la réalité de la conversion ; le don de l’Esprit l’était. C’est ainsi qu’en Samarie, Simon, baptisé, n’avait pas reçu le Saint Esprit. Les versets 12 et 16 nous montrent que celui qui se faisait baptiser professait par là son entrée dans le royaume de Dieu et son identification au nom du Seigneur Jésus, qu’il reconnaissait comme son nouveau Maître, tout comme autrefois Israël avait été baptisé pour Moïse (voir 1 Cor. 10 : 2). Simon s’était soumis à tout cela, mais lorsqu’il fut mis à l’épreuve, il apparut qu’il n’y avait pas de réalité en lui. Jamais il n’aurait dit : « Donnez-moi ce pouvoir », s’il l’avait possédé. Et il n’en comprenait pas non plus la raison puisqu’il offre de l’argent pour l’obtenir.
            Quel coup terrible pour Simon, qui jusque-là dominait la population de Samarie par sa magie, de découvrir que la foule possédait maintenant une puissance en présence de laquelle ses actes ténébreux n’avaient plus de valeur ! Ils avaient reçu le don du Saint Esprit et lui était resté « en dehors ». Il est alors amené à se démasquer en offrant de l’argent aux apôtres. Il veut non seulement acquérir la puissance de l’Esprit pour lui-même, mais aussi avoir le pouvoir de la transmettre à d’autres par l’imposition des mains. Il calcule sans doute que s’il possédait un tel pouvoir, l’argent investi pour l’acquérir serait un « placement » très profitable, humainement parlant.
            Ces versets nous donnent la troisième manifestation du mal dans le cercle de ceux qui avaient été baptisés : il y a d’abord eu Ananias et Sapphira ; puis les murmures en relation avec les veuves qui étaient négligées ; et maintenant Simon le magicien. Remarquons que chaque fois l’argent est en cause. Dans ce troisième cas, nous voyons le début des efforts de Satan pour transformer la foi pure en Christ en une religion qui rapporte ! A Samarie, ce n’était qu’un petit filet d’eau en provenance d’un seul homme. Il ne devait pas tarder à devenir un fleuve, apportant d’immenses richesses à Rome. Dans le système religieux qui y a son siège, tout ce qui est présenté dans l’Ecriture comme un don de Dieu peut être acquis avec de l’argent !
            Pierre n’épargne pas Simon le magicien. Il lui dit clairement que cette mauvaise pensée trahissait que son cœur n’était pas droit devant Dieu, qu’il était tout à fait en dehors de la vraie foi de Christ et que lui et son argent périraient. Les paroles de Pierre annoncent sans aucun doute prophétiquement le jugement qui s’abattra à la fin sur le grand système ecclésiastique qui, au cours des siècles, a transformé le christianisme en « religion de l’argent ».
            Un rayon d’espoir subsistait pour Simon ; Pierre le lui présente au verset 22. Il pouvait se repentir et alors le pardon lui était encore offert. Remarquons comment, indépendamment de ses paroles, la pensée même de son cœur est caractérisée par la méchanceté - une illustration évidente de ce verset : « Le plan de la folie est péché » (Prov. 24 : 9). Retenu dans l’esclavage de l’argent, il était « dans un fiel d’amertume et sous l’emprise de l’iniquité » (v. 24). L’amour de l’argent est « une racine de toutes sortes de maux » (1 Tim. 6 : 10) ; il est à l’origine d’une grande partie de l’amertume qui remplit la terre. Pierre invite Simon à supplier Dieu ; mais sa réponse, rapportée dans le verset 24, semble indiquer qu’il n’a pas eu la repentance qui l’aurait amené à prier lui-même, et qu’il voulait s’assurer l’intercession de Pierre en sa faveur sans rien avoir à payer. A partir de ce jour, des multitudes ont dépensé d’énormes sommes dans l’espoir d’obtenir l’intercession de Pierre !
 

                        Un Ethiopien sauvé                       

            Le premier verset du chapitre nous a montré que les apôtres ne s’étaient pas pressés de quitter Jérusalem. Philippe avait été un pionnier dans la Samarie ; mais maintenant que Pierre et Jean sont descendus, ils enseignent la Parole aux convertis et évangélisent aussi plusieurs villages des Samaritains avant de retourner à Jérusalem. Mais le travail de défrichage n’est pas achevé et pour le poursuivre, l’ange du Seigneur s’adresse à Philippe, et, fait étonnant, non pas aux apôtres.
            L’obéissance simple et instantanée de Philippe aux instructions du Seigneur est très remarquable. Il est appelé à quitter le lieu où son travail portait tant de fruits pour se rendre dans la région désertique située au sud-ouest de Jérusalem. Le récit nous montre que dès qu’il entendit : « Lève-toi, et va », Philippe « se leva et s’en alla », bien que ses frères aient pu penser qu’il se fourvoyait et faisait preuve d’excentricité en agissant ainsi. S’il ne connaissait pas, au départ,  le but de ce déplacement, il ne devait pas tarder à le découvrir. En effet, ses pas sont guidés de manière à le placer sur le chemin d’un Ethiopien occupant une position sociale élevée, qui recherchait sincèrement Dieu. Selon le peu de lumière que cet homme possédait, il avait entrepris un voyage fatigant pour venir à Jérusalem. Il était arrivé trop tard pour retirer quelque bénéfice des cérémonies du temple, car celui-ci n’était plus reconnu comme maison de Dieu. Il arrivait aussi trop tard pour rencontrer le Seigneur qui avait été rejeté et élevé dans le ciel. Néanmoins, il repartait avec un livre important des écritures de l’Ancien Testament ; et sur son chemin de retour, il ne lui manquait plus qu’une seule chose.
            C’est pour la lui révéler que Philippe est envoyé, car Dieu ne permettrait pas qu’un Ethiopien élève les mains vers lui sans recevoir une réponse ! Il avait besoin de la lumière du Nouveau Testament ; or celui-ci n’était pas encore écrit, et Philippe est envoyé pour lui apporter son message essentiel. L’Esprit de Dieu dirigeait tout, aussi tout s’ajuste-t-il avec une remarquable perfection. L’Ethiopien venait d’arriver dans sa lecture au milieu d’Esaïe 53 quand Philippe l’interpelle ; son esprit vif était occupé de la question que ce chapitre soulève immanquablement dans les pensées de tout lecteur intelligent : le prophète dit-il cela de lui-même ou de « quelqu’un d’autre » ? L’Ethiopien pose sa question ; Philippe part de ce verset pour lui annoncer « JESUS ».
            Luc résume pour nous dans ce saint Nom tout le message de Philippe à l’Ethiopien ; et c’est facile à comprendre si nous nous souvenons de la manière dont il nous est présenté et est interprété en Matthieu 1 : 21. Tout ce dont cet homme avait besoin, la lumière et le salut, est en JÉSUS ; et il le trouve pendant que Philippe lui parle ? Esaïe 53 présente justement Jésus comme la victime expiatoire : le substitut qui a passé par la mort, comme Celui dont la vie a été ôtée de la terre. Et l’Ethiopien qui connaissait manifestement quelque chose du baptême et de sa signification, exprime le désir d’être identifié avec Lui dans sa mort.
            Dans le baptême, nous sommes « identifiés avec lui... dans la ressemblance de sa mort » (Rom. 6 : 5), et il estime que rien ne l’empêche d’être identifié de cette manière avec Celui en qui il croit maintenant. Le verset 37 doit être omis, n’étant supporté par aucun manuscrit sérieux : mais rien n’empêchait ce baptême bien que l’eunuque n’ait pas été un Juif, et ainsi Philippe le baptise.
            Voilà comment le premier Gentil a été atteint par l’évangile et baptisé, et qu’il est retourné vers son peuple avec la connaissance du Sauveur. Philippe disparaît de devant ses yeux encore plus rapidement qu’il n’était apparu, mais ayant cru en Jésus, et non pas en Philippe, l’Ethiopien n’en est pas particulièrement troublé : il continue son chemin « tout joyeux ». Sa foi s’était attachée non pas à Philippe, mais à Celui que Philippe lui avait annoncé. Pour son cœur, ce n’était plus Jérusalem qui comptait, mais Jésus ; ce n’était pas davantage Philippe, mais Jésus. S’attacher au prédicateur contribue à affaiblir la foi ; s’attacher au Sauveur nous donne à nous aussi courage et force spirituelle pour continuer notre chemin.
Quant à Philippe, la manière surnaturelle selon laquelle il est transporté à Azot ne le déconcerte nullement. Il se dirige vers le nord en évangélisant les villes sur son passage jusqu’à Césarée. Sept fois dans ce chapitre, il est question d’annoncer la Parole ou de prêcher, et cinq fois nous trouvons dans l’original le mot que nous avons repris dans notre langue : évangéliser : ce sont les versets 4 (annoncer), 12 (annoncer les bonnes nouvelles), 25 (évangéliser), 35 (annoncer) et 40 (évangéliser). Et dans trois de ces cinq cas c’est Philippe qui évangélise. Il n’est ainsi pas surprenant qu’il soit appelé plus tard « Philippe l’évangéliste » (21 : 8).
            La conversion de l’Ethiopien indique que le temps de la bénédiction pour les Gentils était arrivé. Il est comme l’hirondelle, signe avant-coureur de la venue de l’été. Le chapitre 9 relate l’appel et la conversion de celui qui sera l’apôtre des Gentils. Comme souvent le choix du Seigneur se fixe sur la personne à laquelle nous nous serions le moins attendus. Le persécuteur des saints va devenir le serviteur par excellence du Seigneur. A cet effet il passe par un chemin exceptionnel. Le Seigneur lui-même s’occupe directement de lui, à l’exclusion de toute intervention humaine.
 


Chapitre 9

                      La conversion de Saul de Tarse

            Saul est encore rempli de fureur et de menace lorsque le Seigneur l’arrête sur le chemin de Damas et se révèle à lui dans une lumière du ciel qui brille comme un éclair non seulement autour de lui, mais aussi dans sa conscience. Nous trouvons dans ce récit les traits caractéristiques essentiels de toute vraie conversion. Il y a la lumière qui pénètre la conscience, la révélation du Seigneur Jésus au cœur, la conviction de péché dans le « Pourquoi me persécutes-tu ? » et la fin de toute opposition, de tout sentiment de sa propre importance dans l’humble requête : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Quand on a trouvé Jésus, que la conscience est touchée et que l’on se soumet humblement à Jésus comme Seigneur, il y a conversion réelle, même si l’âme a encore beaucoup à apprendre. La manière dont le Seigneur a agi envers Paul était éminemment personnelle, aussi ses compagnons de route, bien qu’étonnés, ne comprennent rien à ce qui se passe.
            Cette révélation remarquable du Seigneur rend Paul littéralement aveugle à l’égard du monde qui l’entoure. Conduit à Damas, il y passe trois jours qu’il n’oubliera jamais, au cours desquels la signification de la révélation pénètre son âme. Étant aveugle, il n’est distrait par rien et ne se préoccupe même pas de manger ou de boire. Avant de commencer son service, Ezéchiel était resté assis parmi les captifs auprès du fleuve Kebar « stupéfait, là au milieu d’eux, sept jours » (Ezé. 3 : 15). Saul n’est resté que trois jours dans cet état à Damas, mais il a passé probablement par des expériences infiniment plus profondes. Les versets 12 à 17 du premier chapitre de la première épître à Timothée nous en donnent une idée. Il a été saisi par le sentiment de l’énormité de sa culpabilité comme « le premier » des pécheurs, mais plus encore par l’immensité de la grâce du Seigneur, par laquelle il a obtenu miséricorde. Au cours de ces trois jours il a passé spirituellement par un processus de « mort » et de « résurrection ». C’est alors qu’ont été posés dans son âme les fondements de ce qu’il a exprimé plus tard : « Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi » (Gal. 2 : 20).
            Au cours de ces trois jours, Saul voit en vision un homme nommé Ananias venir et lui imposer les mains pour qu’il recouvre la vue, et c’est effectivement ce qui a lieu. Ananias arrive pour accomplir ce qui a été communiqué à Saul ; il se présente à lui comme le messager du Seigneur, de Jésus, et lui annonce que non seulement il recouvrirait la vue, mais qu’il allait être rempli de l’Esprit Saint. A ce moment Saul était un croyant, car l’Esprit Saint n’est donné qu’à ceux qui ont cru.
            Une fois que l’œuvre essentielle a été opérée dans l’âme de Saul, le Seigneur se sert d’un instrument humain. Deux remarques s’imposent à l’égard de ce serviteur. D’abord, il n’était qu’un disciple, pas spécialement en vue semble-t-il. Il convenait que le seul homme qui devait apporter une aide à Saul soit caractérisé par une grande humilité. Saul avait joué un rôle très important comme adversaire et il allait bientôt avoir une place prééminente comme serviteur du Seigneur. Il a été assisté par un disciple humble et modeste, mais qui se tenait suffisamment près du Seigneur pour recevoir ses instructions et s’entretenir avec Lui. Il en est souvent ainsi dans les voies de Dieu. En second lieu, Ananias habitait à Damas ; il était par conséquent de ceux contre lesquels Saul avait respiré menace et meurtre. Ainsi l’un de ces croyants que Saul n’aurait pas hésité à mettre à mort est envoyé auprès de celui qu’il peut appeler « Saul, frère », pour qu’il recouvre la vue et qu’il soit rempli de l’Esprit Saint ! De cette manière extraordinaire, Saul reçoit le bien en retour du mal qu’il était sur le point d’accomplir, une fois encore.


                       Saul prêche Jésus

            Les jours pendant lesquels Saul a été aveugle ont maintenant pris fin : il est baptisé au nom de Celui qu’il avait jusque-là méprisé et haï ; et il marche avec ceux qu’il voulait détruire, étant devenu l’un d’eux. Il a été appelé comme « un vase d’élection » ; ainsi son service commence aussitôt. Jésus lui a été révélé comme le Christ et le Fils de Dieu ; et c’est comme tel qu’il l’annonce, prouvant par les Écritures qu’Il est le Christ, à la confusion de ses amis d’autrefois. Ceux-ci se transforment alors rapidement en ennemis acharnés et tiennent conseil ensemble pour le tuer, comme lui-même peu auparavant avait voulu tuer les saints, dont il est maintenant devenu le frère. Il avait eu la pensée d’entrer à Damas entouré d’une certaine pompe comme représentant des autorités à Jérusalem. Il y entre comme un homme humble et aveugle et il en ressort sans aucune dignité, dévalé dans une corbeille, pour échapper à la haine des Juifs.
            Dès le début Saul est ainsi amené à passer lui-même par ce qu’il avait fait subir aux autres. De retour à Jérusalem, il est confronté très naturellement à la méfiance des disciples ; ils ne le reçoivent que grâce à l’intervention de Barnabas, qui leur raconte ce que le Seigneur a fait pour Saul et comment celui-ci s’est converti. Barnabas est en quelque sorte la lettre de recommandation de Saul. A Jérusalem, Saul rend ouvertement témoignage ; il entre en conflit avec les Hellénistes, ceux-là même qui portaient une si grande responsabilité dans la lapidation d’Étienne. Maintenant ils sont prêts à mettre à mort celui qui alors avait gardé leurs vêtements. Tout ceci fait partie des voies gouvernementales de Dieu. Le fait que le Seigneur avait manifesté envers lui une telle grâce lors de sa conversion n’empêchait pas que, selon ses voies gouvernementales, il doive moissonner ce qu’il avait semé.
            Menacé de mort, Saul doit quitter Tarse, sa ville natale. On peut se demander quand se situe le séjour en Arabie dont il parle en Galates 1 : 17. Il semblerait que ce soit pendant les « jours en grand nombre » mentionnés au verset 23 de notre chapitre, car Paul dit qu’il est retourné de nouveau à Damas. S’il en est bien ainsi, la fuite de Damas lorsqu’il fut dévalé dans une corbeille par la muraille eut lieu après son retour d’Arabie. Quoi qu’il en soit, c’est son départ pour la lointaine Tarse qui inaugure la période marquée par le calme et l’édification pour les assemblées, période au cours de laquelle celles-ci se multiplièrent.


                      Pierre quitte Jérusalem pour se rendre à Lydde, puis à Joppé 

            Le verset 32 nous ramène à l’activité de Pierre ; il nous montre que si l’Esprit de Dieu opérait avec une si grande puissance ailleurs, il n’avait pas cessé pour autant de travailler par ce serviteur. Il y a d’abord eu à Lydde une œuvre remarquable: la guérison d’un paralytique. Puis à Joppé, Pierre est l’instrument de la résurrection de Dorcas; et ainsi plusieurs dans cette ville crurent au Seigneur. C’est alors que Pierre fait un séjour prolongé chez Simon, le tanneur.
            Pendant ce même temps l’Esprit de Dieu avait opéré dans le cœur de Corneille, un centurion romain, et y avait produit la piété et la crainte de Dieu, accompagnées d’aumônes et de prières à Dieu. Le moment était venu d’amener cet homme et ses amis animés des mêmes sentiments, à la lumière de l’évangile. Or « les clefs du royaume des cieux » avaient été confiées à Pierre (Matt. 16 : 19) ; et de même qu’il s’en était servi le jour de la Pentecôte pour recevoir les élus d’entre les Juifs, il s’en sert maintenant en faveur de ceux d’entre les Gentils. Notre chapitre relate comment Dieu a appelé et converti l’homme qui allait être l’apôtre des nations ; le chapitre suivant nous montre comment Pierre va être libéré de ses préjugés et conduit à ouvrir la porte de la foi aux Gentils, préparant ainsi le chemin pour le ministère de l’apôtre Paul.

 

Chapitre 10

                        La vision de Corneille et la préparation de Pierre

            Ce chapitre s’ouvre sur le message d’un ange à Corneille, lui disant d’envoyer des hommes à Joppé et de faire venir Pierre. Cela ne suscite aucune difficulté : Corneille obéit immédiatement. Remarquons que l’ange ne fait pas un long discours à Corneille. Le message de la grâce ne peut être transmis correctement que par un homme qui lui-même est un objet de la grâce. Aussi fallait-il faire venir Pierre. Dieu n’avait pas été insensible aux prières et aux aumônes de Corneille : elles exprimaient que son cœur recherchait sincèrement Dieu. Si après avoir entendu l’évangile il avait ignoré son message et était retourné à ses prières et à ses aumônes, cela aurait été différent. Elles ne seraient pas alors « montées en souvenir devant Dieu ».
            La manière dont Dieu prépare Pierre par une extase nous est ensuite rapportée. Des difficultés surgissent, car Pierre est encore sous l’emprise de pensées judaïques et il faut qu’il en soit délivré. Les auditeurs étaient prêts mais le prédicateur ne l’était pas encore. Nous lisons qu’il « monta sur le toit pour prier » ; il était donc dans l’attitude qui convenait pour recevoir les directives nécessaires. D’une part il y a un homme exercé qui priait et d’autre part un serviteur qui priait. Et les résultats sont remarquables.
            La grande toile que Pierre voit, descend d’un ciel ouvert. Elle renferme toute espèce de créatures, tant pures qu’impures. Puis elle est de nouveau élevée au ciel. Pierre est invité à satisfaire sa faim en mangeant ; il aurait pu le faire en choisissant à cet effet un animal pur. Mais comme ces bêtes étaient toutes mélangées, Pierre refuse. Il lui est dit alors que Dieu peut purifier ce qui est impur - qu’il l’a fait - et que lui, Pierre, ne doit pas tenir pour impur ce que Dieu a purifié ! Cette scène se répète trois fois, pour que Pierre soit bien pénétré dans son esprit de sa signification. Nous pouvons voir dans cette vision une image appropriée de l’évangile : dispensé depuis un ciel ouvert, il embrasse une multitude, comportant beaucoup de Gentils qui, du point de vue cérémoniel, étaient impurs, mais qui tous sont purifiés par grâce et finalement élevés au ciel.
            Pierre a d’abord des doutes quant à la signification de toute cette vision, car les anciens préjugés meurent lentement ; mais comme il est en perplexité, l’arrivée des messagers envoyés par Corneille vient clarifier la situation. L’Esprit lui dit distinctement d’aller avec ces hommes et d’apporter ainsi l’évangile à ce Romain exercé. Le Gentil « impur » doit être sauvé.
 

                        Le message de Pierre dans la maison de Corneille                        

            Au chapitre 8 nous avons vu avec quelle précision Dieu avait conduit Philippe à se joindre au char de l’Ethiopien. Ici nous voyons les serviteurs de Corneille arriver juste au bon moment pour confirmer à Pierre les instructions divines. La chose est de Dieu et Pierre est irrésistiblement poussé à agir.
            Arrivés à Césarée, ils trouvent tout prêt dans la maison de Corneille. Lui aussi était conscient que tout procédait de Dieu, aussi ne doutait-il pas que Pierre viendrait, et il avait assemblé plusieurs personnes qui, comme lui, cherchaient Dieu. Le verset 25 nous révèle l’état d’esprit humble et soumis qui caractérisait cet officier. L’hommage qu’il rend est excessif ; ce n’était toutefois pas peu de chose pour ce Romain de se jeter aux pieds de l’humble pêcheur galiléen.
            Pierre se trouve maintenant en présence d’un grand nombre de Gentils et les premières paroles qu’il adresse à Corneille montrent qu’il a compris l’instruction reçue par la vision. La réponse de Corneille révèle la simplicité avec laquelle il avait reçu le message de l’ange et sa promptitude à obéir. Il avait accepté le doux reproche de Pierre lui disant : « Moi aussi, je suis un homme » ; il savait toutefois que Dieu était à l’œuvre et que la réunion devait avoir lieu comme en Sa présence. Par conséquent, il dit de lui-même et de ceux qu’il a rassemblés : « Nous sommes tous présents devant Dieu », prêts à entendre de la bouche du prédicateur « tout ce qui t’a été ordonné de Dieu ». Ils étaient disposés à entendre tout. Combien de personnes veulent bien entendre des paroles agréables et réconfortantes, mais rejettent les déclarations plus exerçantes de l’évangile !
            En commençant son message, Pierre mentionne qu’il comprenait maintenant que Dieu agrée toute âme qui le recherche sincèrement, selon la lumière qu’elle possède, indépendamment de la nation à laquelle elle appartient. La grâce de Dieu allait désormais se déverser richement au-delà des frontières d’Israël, bien que la parole annoncée par Dieu touchant Jésus Christ personnellement présent au milieu des hommes n’ait été envoyée qu’aux seuls enfants d’Israël. Mais cette parole avait été largement publiée à travers la Galilée et la Judée, de sorte que Corneille et ses amis, habitant ces contrées, la connaissaient bien. Tout ce qui concernait la vie et la mort de Jésus de Nazareth leur était familier.
            Ainsi Pierre pouvait dire : « Vous connaissez la parole ». Il y avait cependant des choses qu’ils ne connaissaient pas ; et ce sont ces sujets d’une importance capitale qu’il va placer devant eux. La mort de Jésus avait été une manifestation publique et tout le monde était au courant de ce qui s’était passé. Sa résurrection n’avait eu que peu de témoins et, d’une manière générale, elle était niée avec l’appui des autorités religieuses, comme nous l’apprend Matthieu 28 : 11-15. Aussi Pierre annonce-t-il maintenant une nouvelle étonnante : le Jésus qui avait été crucifié a été ressuscité d’entre les morts par une intervention de Dieu ; lui-même et les autres apôtres l’avaient vu, avaient mangé avec lui et avaient reçu le commandement de prêcher au peuple. Dans les versets 42 et 43, Pierre présente ce qu’il a été chargé d’annoncer.
            Ces versets nous donnent les deux sujets de sa prédication, deux thèmes qui doivent avoir eu un grand retentissement chez ses auditeurs d’entre les Gentils :
                      - Premièrement, le Jésus que les hommes ont crucifié a été établi de Dieu juge des vivants et des morts. Sa crucifixion a été perpétrée tant par les Juifs que par les Gentils. Corneille devait en savoir les détails et connaître certaines personnes qui y avaient participé, si lui-même n’y avait pas joué un rôle. Il était au courant de la honte, du déshonneur et de l’échec apparent de cet Homme. Or, le Jésus méprisé apparaîtra, le moment venu, comme le Juge universel. Le destin de tous les hommes est entre Ses mains. Quelle déclaration surprenante, propre à parler très fortement à la conscience de tous ses adversaires !
                      - Mais, en second lieu, avant que ce Juge s’asseye sur le trône du jugement, tous les prophètes rendent témoignage que le pardon est offert en son nom. Ce pardon est à la portée de « quiconque croit en lui ». Le pardon au nom du Juge ! Que pourrait-il y avoir de plus décisif et de plus immuable ? Le Juge est devenu le garant des pécheurs, et ainsi celui qui croit en lui reçoit la rémission des péchés, avant que se lève le jour de la grande comparution des vivants et des morts.
            Corneille et ses amis crurent. La foi était présente dans leur cœur avant même que le message de la grâce de Dieu leur ait été présenté. Dès qu’ils l’entendent, leur foi s’en saisit immédiatement, et Dieu sanctionne ce fait en répandant aussitôt sur eux le don du Saint Esprit. Leur foi a jailli comme un éclair et a été suivie tout de suite par l’envoi du Saint Esprit qui était répandu sur ces croyants d’entre les Gentils, comme il l’avait été au début sur les croyants d’entre les Juifs, accompagné ensuite du signe des langues. Les deux cas étaient identiques ; aussi « les fidèles de la circoncision » qui étaient venus avec Pierre n’eurent-ils plus aucun doute. Rien n’empêchait que ces Gentils soient baptisés ! Si Dieu les avait introduits par le baptême de l’Esprit dans le seul corps, les hommes ne pouvaient pas leur refuser l’entrée par le baptême d’eau parmi les croyants sur la terre.
            Il y a cette seule différence entre Actes 2 et notre chapitre, que là les croyants durent d’abord se soumettre au baptême d’eau, pour recevoir ensuite seulement la promesse de l’Esprit. Ils devaient rompre leurs liens avec la masse rebelle de leur nation avant d’être bénis. Ici Dieu répand d’abord l’Esprit, car s’il ne l’avait pas fait, les Juifs avec leurs préjugés auraient fait obstacle à leur baptême et à leur réception. Ainsi Dieu les devance ; en fait tout ce chapitre nous montre que l’ouverture de la porte de la foi aux Gentils procédait de Dieu pour l’accomplissement de Son propos. Il nous indique également qu’aucune loi rigide ne saurait être posée quant à la réception de l’Esprit. Celle-ci résulte toujours de la foi, mais elle peut avoir lieu avec ou sans le baptême, avec ou sans l’imposition des mains des apôtres (voir 19 : 6).
 

D’après F. B. Hole


A suivre