Le livre de Josué et les bénédictions en Christ (15)

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LE LIVRE DE JOSUE (15)
ou l'ombre de la plénitude des bénédictions à venir en Christ


L'appel de l'Eternel pour inciter Israël à posséder le pays (Jos. 13)
            « Il reste un très grand pays à posséder… Moi, je les déposséderai devant les fils d’Israël » (Jos. 13 : 1, 6).
            La terre de la promesse bien loin d'être entièrement possédée    
            La paresse d’Israël, un avertissement pour nous chrétiens 
L'héritage le plus sacré (Jos. 13 : 14, 33)    
            La part spéciale reçue par la tribu de Lévi        
            L’héritage de Lévi, image de la part et des bénédictions du croyant
                  

L'appel de l'Eternel pour inciter Israël à posséder le pays (Jos. 13)

            La seconde partie du livre commence par ces paroles de l'Eternel adressées à Josué : « Tu es devenu vieux, tu avances en âge, et il reste un très grand pays à posséder ». Un immense pays, en effet, restait encore à conquérir puis à soumettre, et la faiblesse inhérente à la vieillesse avait atteint le grand conducteur.

                        « Il reste un très grand pays à posséder… Moi, je les déposséderai devant les fils d’Israël » (Jos. 13 : 1, 6).

            Dès l'ouverture de ce chapitre, nous respirons une atmosphère différente de celle qui entourait les exhortations du début de notre livre. Nous nous trouvons en face de difficultés nouvelles : non plus les chars de fer du Cananéen, ni les villes dont les murailles s'élevaient jusqu'aux cieux, ni les géants des montagnes, mais des ennemis plus difficiles à vaincre, comme l'indolence et la recherche du confort, et cela au sein même de l'armée de l'Eternel.
            L'exhortation de l'Eternel, à ce moment précis de l’histoire d'Israël est très différente de celle du début du livre, car, après avoir détruit le pays qui restait encore à posséder, l'Eternel déclare à son vieux serviteur, en insistant sur le premier mot : « Moi, je les déposséderai » (v. 6). Il se peut qu'un Josué perde ses forces, que de grands chefs soient atteints par les infirmités, l'Eternel, Lui, reste le même à toujours. Si les saints regardaient seulement à Dieu, plutôt qu'à leurs conducteurs, ils prospéreraient même lorsque la mort les prive de ces derniers. Non qu'il nous faille sous-estimer les vrais conducteurs - qui sont un don de Dieu à ceux qui lui appartiennent -, mais c'est quand même sur Dieu que les saints doivent compter. Israël s'attacha à l'Eternel aussi longtemps que Josué et « les anciens dont les jours se prolongèrent après Josué » lui donnèrent l'exemple de cette confiance en Dieu, exactement comme, à l'aube du christianisme, les croyants restèrent attachés à Christ tant que Paul et d'autres conducteurs de la même trempe que lui demeurèrent parmi eux. Mais les Josué et les Paul meurent, aussi Dieu Lui-même est-Il seul digne de la confiance illimitée de ses enfants. C'est donc dans cette divine promesse, « Moi, je les déposséderai », et en nous recommandant « à Dieu et à la parole de sa grâce » (Act. 20 : 32), que nous pouvons trouver le courage nécessaire pour élever notre étendard.
            Ce conducteur plein d'énergie, qui avait dirigé la conquête et vieilli au service de l'Eternel, reçut l'ordre de distribuer le pays entre les tribus d'Israël. Le pays tout entier, aussi bien ce qui en avait été conquis que ce qui restait à conquérir, fut attribué à Israël à titre d'héritage. Dieu avait promis, Il accomplirait. Israël remplirait-il son rôle, en fidélité et en obéissance à la parole de l'Eternel ? Remarquons en passant avec quelle justesse et quelle sagesse Josué, devenu vieux, adapte son service à son grand âge. Le but suprême de sa vie avait été la victoire, et, lorsqu'il fut devenu trop vieux pour conduire l'armée, il amena la nation tout entière à considérer la pensée de Dieu touchant la longueur et la largeur de son héritage, afin d'inciter Israël à se lever et à posséder le pays. En Josué, on reconnaît l'esprit du vrai conducteur, cet esprit qui, tout en encourageant le peuple de Dieu à ne pas s'écarter du chemin, propose toujours à leur courage et à leur confiance Dieu Lui-même comme seul objectif.

                        La terre de la promesse bien loin d'être entièrement possédée

            Les deux tribus et demie - celles de Ruben et de Gad, ainsi que la demi-tribu de Manassé - avaient reçu leur héritage de l'autre côté du Jourdain ; et deux autres tribus et demie - la seconde moitié de Manassé (Jos. 17), Ephraïm (Jos. 16), et Juda (Jos. 15) - reçurent le leur « dans le pays de Canaan » (Jos. 14 : 1). Les sept tribus restantes ne possédaient rien encore, mais leurs lots leur étaient échus par le sort, selon le relevé que les fils d'Israël en avaient fait « dans un livre, en sept parts, selon les villes » (Jos. 18 : 9). Ainsi, sept des douze tribus d’Israël n'avaient pas encore reçu leur héritage, tandis qu'à propos de celles qui avaient reçu le leur, « de ce côté-ci » ou « de ce côté-là » du Jourdain, nous lisons qu' « ils ne dépossédèrent pas », ou qu' « ils ne purent pas déposséder », ou encore qu'« ils ne dépossédèrent pas entièrement » ceux qui habitaient parmi eux. D'où l'état particulièrement critique d'Israël qui nous est décrit dans la seconde partie du livre de Josué, et qui est plein d'avertissements propres à faire réfléchir les enfants de Dieu en général, car il est écrit : « et nous connaîtrons et nous nous attacherons à connaître l'Eternel » (Osée 6 : 3). Dieu avait introduit Israël en Canaan et avait anéanti le pouvoir de l'ennemi, mais la prospérité future d'Israël était déjà bien incertaine, car c'était aux fils d’Israël eux-mêmes qu'incombait désormais la responsabilité de maintenir leurs positions par de nouvelles conquêtes en sauvegardant l'acquis par de nouveaux gains. C'est là un principe à ne jamais oublier, mais trop rarement mis en pratique.
            La portée de ces paroles de l'Eternel, « il reste un très grand pays à posséder », ne peut être pleinement saisie que du point de vue de Dieu, et en considérant à partir de là la longueur et la largeur de l'héritage. Dans les choses de Dieu, les chrétiens ont tendance à vivre leur christianisme à un niveau qui est fonction de l'état moral de leur entourage, non pas du point de vue divin selon lequel toutes les bénédictions spirituelles sont nôtres en Christ. Ainsi, les fils d'Israël considéraient-ils le pays de la promesse selon ce qu'ils en avaient déjà conquis, et non selon sa vraie longueur et sa vraie largeur. Mais vers le Nord comme vers le Midi, du côté du soleil levant comme du côté du pays des Sidoniens, l'Eternel voyait l'héritage qu'Il avait donné à Israël mais où celui-ci n'avait encore jamais mis les pieds, ainsi que des villes et des villages qu'il ne possédait ni n'habitait encore. L'Eternel ne pouvait pas se satisfaire de voir Son peuple perdre la jouissance de Ses bénédictions, d'où le renouvellement de Sa promesse d'être Son soutien, et l'insistance avec laquelle Il lui dit : « Moi, je les déposséderai ».

                        La paresse d’Israël,  un avertissement pour nous chrétiens

            Si les fils d’Israël avaient vu la longueur et la largeur du pays telles que l'Eternel les voyait, auraient-ils été si paresseux pour posséder le pays ? Mais ils ne considéraient pas leurs bénédictions sous le même angle que Dieu, leur attention étant fixée sur leur jouissance du moment. S'ils avaient saisi par la foi ce qu'étaient ces sept lots mentionnés dans le livre - chacun se rapportant d'une manière particulière aux sept tribus qui n'avaient pas encore reçu leur héritage – ils se seraient nécessairement levés pour marcher vers de nouvelles victoires. Mais ils ne se levèrent point. Israël en Canaan est une figure des chrétiens dans les lieux célestes en Christ, et la paresse d’Israël est un avertissement aux chrétiens à qui il est écrit : « Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ luira sur toi » (Eph. 5 : 14). C'est dans cette épître entre toutes celle qui décrit de la manière la plus grandiose la richesse de l'héritage spirituel du chrétien selon les merveilleux conseils de Dieu le Père en Christ, que nous trouvons cette exhortation à nous réveiller et à nous lever. A l'endroit même où il est dit que toutes les bénédictions spirituelles sont la part du croyant en Christ, on trouve le chrétien endormi parmi les morts, les yeux fermés et l'âme remplie de ténèbres pour tout ce qui touche à son héritage : « Réveille-toi, lève-toi, et Christ luira sur toi » sont des mots d'une importance solennelle. L'idée que des chrétiens, individuellement ou non, puissent retenir ce qu'eux-mêmes ou leurs pères ont acquis à force de lutte et d'endurance, autrement que par la lutte et l'endurance, est absolument fausse. Si nous nous installons confortablement pour jouir de notre héritage ou de notre position spirituelle, c'est que nous ne tenons déjà plus fermement l'épée de l'Esprit qui est la Parole de Dieu. Nous nous apercevrons bientôt, comme le fit Israël, que l'idée de pouvoir demeurer stationnaire dans les choses de Dieu est illusoire, et que le rêve d'une telle jouissance est suivi d'un réveil à l'occasion duquel nous découvrons que nous avons perdu ce qui avait été gagné précédemment, et que nos âmes sont devenues captives des choses de la terre.

 

L'héritage le plus sacré (Jos. 13 : 14, 33)

           « Pour le connaître, lui... » (Phil. 3 : 10).

            Les pays dont les fils d’Israël héritèrent en Canaan avaient été fixés par l'Eternel, par le sort, et distribués par le grand sacrificateur et le conducteur d'Israël, les chefs des pères des tribus transmettant au peuple les directions de l'Eternel.

                        La part spéciale reçue par la tribu de Lévi 

            « A la tribu de Lévi seule il ne donna point d'héritage ; les sacrifices de l'Eternel, le Dieu d'Israël, faits par feu, c'est là son héritage, comme il le lui avait dit (v. 14). « L'Eternel, le Dieu d'Israël, était leur héritage » (v. 33). Lévi était dispersé en Israël, selon la prophétie de Jacob, mais l'héritage de Lévi était le plus sacré et le plus précieux de tous. Partout où demeuraient les autres tribus, là se trouvait Lévi ; partout où des esprits pieux en Israël adoraient l'Eternel, là aussi Lévi avait son héritage. L'Eternel, non pas une position particulière, était la part de Lévi. « L'Eternel, le Dieu d’Israël, … c'est là son héritage » ; et il en est ainsi pour les chrétiens, les plus heureux et les plus riches étant ceux qui trouvent dans le Seigneur Lui-même leur portion. Que leur demeure se trouvât parmi les deux tribus et demie, de l'autre côté du Jourdain, ou parmi les neuf tribus et demie établies en Canaan, ce n'était pas la situation particulière du pays où se trouvaient leurs villes, mais l'Eternel Lui-même, et ses sacrifices faits par feu qui étaient l'héritage des fils de Lévi. « La largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur » (Eph. 3 : 18) de l'héritage sont comprises de la manière la plus vraie par les chrétiens au plus profond du cœur desquels Christ demeure par la foi ; par ceux qui, comme Lévi, ont conscience que l'Eternel Lui-même, et les sacrifices de l'Eternel, sont leur héritage. C'est une chose bonne de combattre les géants et de conquérir des villes, mais c'est une chose meilleure d'offrir des holocaustes et de participer aux sacrifices de prospérités, d'adorer Dieu et d'être en communion avec Lui en ce qui concerne le Seigneur Jésus.
            L'héritage de Lévi, en un sens, ne pourrait jamais être attaqué, ni par celui qui demeurait dans le pays ni par l'ennemi du dehors, car même au jour le plus sombre de la fuite d'Israël, quand le peuple de Dieu chercherait refuge dans des cavernes et des trous creusés dans la terre, par peur de l'ennemi, Lévi pourrait lever les yeux vers un ciel sans nuages et crier à Dieu, disant : « L'Eternel est la portion de mon héritage ». Et pourtant, dans un autre sens, Lévi serait le premier à souffrir au jour de la détresse d'Israël, car les sacrifices d'Israël étaient la portion de Lévi, et ils cesseraient lorsque l'ennemi aurait emmené Israël en captivité. Il en est de même pour ceux qui sont le plus près de Christ, car tandis qu'ils se réjouissent dans une part qui ne pourra jamais leur être ôtée et qui ne changera jamais, ils sont les premiers à ressentir, dans tout ce qu'elle a de douloureux, la pauvreté spirituelle des saints, ou l'affliction dans laquelle les plonge l'ennemi.
            Israël, responsable de maintenir son héritage en Canaan, pouvait complètement échouer, et c'est ce qu'il a fait ; les païens et les idoles pouvaient remporter sur lui la victoire, et c'est ce qu'ils ont fait ; mais le Dieu immuable était l'héritage de Lévi, et partout où l'esprit d'adoration s'éveillait dans une âme en Israël et où des sacrifices par feu étaient offerts à l'Eternel, là était l'héritage de Lévi.

                        L’héritage de Lévi, image de la part et des bénédictions du croyant

            Tout en gardant présentes les bénédictions matérielles d'Israël - son pays ruisselant de lait et de miel, abreuvé de sources jaillissant des profondeurs de ses vallées et de ses collines -, il n'est pas difficile de saisir quelle était la place particulière occupée par Lévi. Et, par l'intelligence spirituelle, on peut voir dans l'héritage des Lévites la portion la plus parfaite du croyant ; car, si nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle en Christ, si nous avons en Lui des joies qui seront notre part à toujours, nous possédons, outre toutes les bénédictions qui nous sont accordées par Christ ou en Christ, le Seigneur Lui-même. En effet, si les croyants sont introduits dans les bénédictions chrétiennes, c'est afin qu'ils fassent leurs délices de la personne de Christ. Dieu a sauvé et amené à Lui les siens afin qu'ils ne soient rien moins que semblables au Seigneur, et qu'ils Le connaissent comme ils sont eux-mêmes connus. La grâce de Dieu envers nous dépasse infiniment le fait que nous sommes mis à l'abri de la colère et introduits dans la Vie. C'est pourquoi, tout en contemplant sa grâce - le pardon des péchés, la rédemption de Christ, la mort et la résurrection avec Christ - il nous appartient d'aller plus loin, afin de saisir notre héritage le plus cher et le plus élevé, et d'y demeurer. « Pour le connaître, Lui » (Phil. 3 : 10), tel est le but suprême vers lequel nous tendons avec l'énergie d'une vie nouvelle.
            Quand, par les yeux de la foi, on contemple le Seigneur dans son excellence, sa glorieuse lumière obscurcit tout ce qui n'est pas Lui. Saul de Tarse vit son visage plus brillant que le soleil à midi, et, à partir de ce moment-là, il ne vécut plus que pour le ciel. Le Seigneur qui est dans les cieux l'introduisit non seulement dans la connaissance de ce qu'est la gloire d'en haut, mais lui révéla les merveilles de son Amour.
            Il est bon de contempler notre Dieu, toujours le Même, ainsi que cette portion immuable que nous avons en Lui, avant de nous arrêter sur la faillite du peuple de Dieu en général, soit afin de maintenir plus fermement ce que nous avons déjà conquis du pays, soit pour aller de l'avant à la conquête de ce qui reste à posséder. Le Seigneur Lui-même veuille remplir nos cœurs, et nous entrerons dans notre héritage. Mais là où l'héritage seul - et non le Seigneur - est notre objectif, le cœur est sec et ne porte pas de fruit. Or un cœur endurci qui ne porte pas de fruit, ne tarde pas à perdre, à son insu, cela même qu'il possédait auparavant.

 

D’après H. F. Witherby