Méditations suivies : Etude sur l'épître aux Hébreux (11a)

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ETUDE SUR L’EPITRE AUX HEBREUX (11a)

                                                   

CHAPITRE 11

Vers Jésus Christ, le vrai but (10 : 19 à 13 : 25)

            Aux considérations qu’il a présentées à ses lecteurs au chapitre 10 pour les engager à persévérer jusqu’à la fin, l’auteur ajoute maintenant l’exemple des fidèles de l’Ancien Testament. Il fait plus d’une allusion aux circonstances actuelles des Hébreux, et leur adresse aussi plus d’une parole admirablement appropriée à leur situation.
            Les croyants de l’Ancien Testament ont constamment vécu de cette vie de la foi présentée au chapitre 10, sans jamais douter ni de la puissance ni de la fidélité de Dieu : tel est le sujet du chapitre 11.

            Nous dirons quelques mots sur la nature de la foi avant d’aborder le contenu de ce beau chapitre.
            La foi, ce premier et ce plus grand don de Dieu puisqu’il est la racine et le principe de tous les autres - la foi, dans sa notion la plus simple - consiste à recevoir la Parole de Dieu, à croire Dieu (Jean 5 : 24 ; Act. 5 : 14 ; 16 : 34 ; 18 : 8 ; Rom. 4 : 3, 17 ; Gal. 3 : 6 ; 2 Tim. 1 : 12 ; 1 Jean 5 : 10...). Elle présuppose donc toujours des révélations divines. En effet, en aucun temps, Dieu ne s’est laissé sans témoignage auprès de nous. Avant Moïse, les patriarches avaient déjà l’ineffable privilège de s’entretenir face à face avec Lui ; et, sans doute, ils en savaient plus sur sa nature, sur ses œuvres, sur ses desseins miséricordieux envers la race humaine, sur le Libérateur promis dès la chute, sur la rémunération future, qu’il n’apparaît à la simple lecture de la Genèse (chap. 3 ; 12 ; 15 ; 22 ; Jean 8 : 56). Les sublimes révélations qui leur avaient été faites, fidèlement transmises de génération en génération, parmi les fils de Dieu, furent ensuite recueillies dans la Bible qui en est aujourd’hui le répertoire authentique, le seul et vrai dépôt.
            La foi, considérée dans son essence, est la même dans tous les temps ; elle est la même avant et depuis la venue du Seigneur. Elle accepte immédiatement, et sur le seul témoignage de Dieu, toutes les révélations divines, sous quelque forme qu’elles nous aient été données, qu’elles se rapportent au passé ou à l’avenir, à des faits, à des promesses ou à des menaces. La foi, en tant que justifiant le pécheur, a plus spécialement pour objet le Christ, sa personne, son œuvre, le salut qu’Il est venu nous acquérir : c’est le point central de la Révélation, celui qui donne à la Bible son admirable unité. Quand, par une belle journée d’été, nous contemplons, d’un point élevé, une chaîne de hautes montagnes, notre œil embrasse en entier ce vaste et magnifique panorama ; mais le sommet qui domine tous les autres et les relie entre eux, attire principalement nos regards. Jésus et le salut qui est en Lui, constitue, en quelque sorte, le point culminant de la Révélation.
            La foi n’est pas une simple opinion ; elle est « la conviction de réalités qu’on ne voit pas » (Héb. 11 : 1b) ; elle en est la preuve certaine, convaincante, irrécusable. Non seulement elle tient lieu de toutes les autres preuves, mais elle est supérieure à toute démonstration. Dieu a dit telle ou telle chose, donc elle est certaine ; voilà sûrement le plus incontestable des axiomes.
            La foi est de plus « l’assurance de ce qu’on espère » (1a). A ce point de vue plus restreint, elle est inséparable de l’espérance dont l’apôtre vient de parler (ch. 10), et se confond avec celle-ci. Alors elle ne s’applique naturellement plus qu’aux choses qui sont encore à venir, à celles qui sont l’objet de la promesse (Gen. 3 ; 12 ; 22...) ; elle en est la substance ou la subsistance. Elle les réalise ; elle leur donne un corps, une existence anticipée. Elle en prend, en quelque sorte, possession ; elle en jouit dès maintenant et permet d’en attendre, avec une parfaite certitude, l’entier accomplissement.
            C’est particulièrement à ce dernier point de vue que l’auteur, à cause du but qu’il se propose, envisage la foi. Aussi commence-t-il par ces mots : « La foi est l’assurance de ce qu’on espère ». Pour mieux comprendre sa pensée, il faut nous rappeler ce que nous disons à propos du chapitre 6 (v. 9-20), car nous allons nous retrouver dans le même courant de pensées.
            Il y a trois choses à considérer ici : la nature de la promesse qui est l’objet de la foi, son développement graduel, historique, et enfin sa garantie.
                 - La nature de la promesse. La promesse primitive et fondamentale de la venue du Messie et du salut qui est en Lui (Gen. 3 ; 12 ; 22) est une et multiple. Elle se présente à nous sous des aspects très divers ; elle renferme toutes les bénédictions que le Messie devait nous acquérir lors de sa première venue, qu’Il répand sur nous du haut du ciel, et qu’Il va nous conférer en plénitude au moment de son prochain retour. En d’autres termes, elle renferme toutes les grâces de la nouvelle alliance (ch. 8 et 9), notamment le rachat des transgressions, et l’héritage éternel, conséquence de l’adoption. C’est pourquoi l’Ecriture dit indifféremment « la promesse » et « les promesses ».
            Le mot « promesses » au pluriel a quelquefois, dans notre chapitre et ailleurs, un sens plus étendu ; il embrasse, en outre, les bénédictions particulières promises à des saints de l’Ancien Testament - ainsi, par exemple, celle de la royauté promise à David. Mais ces promesses se rattachent toujours, plus ou moins directement, à la promesse centrale du Messie et du salut qui est en Lui.
                 - Le développement graduel de la promesse.  Sous l’Ancien Testament, la promesse se compliquait de circonstances accessoires et préfiguratives ; à côté de l’objet essentiel, il y en avait un autre qui lui servait de type. Ainsi la promesse de l’héritage terrestre de Canaan parle de celle de l’héritage céleste. Dans le Nouveau Testament, la promesse perd sa forme complexe ; la circonstance accessoire, « l’ombre » a disparu, et l’objet essentiel, le corps seul demeure. A un autre égard encore, la promesse ne se présente plus à nous sous le même aspect qu’aux croyants d’autrefois. Tandis que leur foi - ou, si l’on veut, leur espérance (ici, elles ne font qu’un) - embrassait les deux venues du Libérateur promis, la nôtre aujourd’hui n’embrasse naturellement plus que la seconde et ses bienheureuses conséquences. C’est le seul point  qu’ait en commun l’espérance des saints de tous les âges ; elle salue d’avance le jour de Christ, la cité glorieuse, et la rémunération.
                 - La garantie. C’est celle de l’entier accomplissement de la promesse et de tout ce qu’elle renferme, de tout ce qui s’y rattache de près ou de loin. Elle est double : elle comprend la souveraine puissance de Celui qui a promis, et son immuable fidélité.
            Telle est la foi dans le onzième chapitre des Hébreux. L’auteur ne la définit pas ; il la décrit plutôt : elle fait subsister les choses qu’on espère, elle démontre celles qu’on ne voit pas. Il en trace l’histoire ; il expose les œuvres admirables par lesquelles elle manifeste sa réalité ; il en raconte les merveilles.

            Dès le premier verset du chapitre, l’auteur décrit donc la foi (v.1). Puis il déclare que c’est par elle que les anciens ont obtenu, dans les révélations divines, la place qu’ils y occupent (v. 2). C’est encore par la foi que nous savons que le monde n’a pas été fait « à partir de choses qui paraissent » (v. 3), c’est-à-dire qu’il a eu une cause première, invisible, immatérielle : Dieu et sa parole créatrice. Il convenait de rappeler ainsi, dès le début, la création du monde et la souveraine puissance qui y a éclaté : ce grand Dieu qui, de rien, a créé le monde, saura bien accomplir les promesses, objet de notre foi. Il saura protéger dans la détresse, garder, et délivrer finalement tous ceux qui s’attendent à Lui.
            Ensuite, l’exemple des anciens est donné par le tableau rapide des prodiges que la foi - cette vue de l’âme « qui rend présent l’avenir, visible l’invisible » - a opéré en eux et par eux ; ce tableau rappelle les victoires que la foi leur a fait remporter sur des tentations et des tribulations plus grandes peut-être encore que celles auxquelles les Hébreux se voyaient maintenant exposés.

            On peut ranger les croyants d’autrefois sous trois groupes, selon l’ordre chronologique :
                   - Les croyants avant le déluge : Abel, Enoch, Noé, trois grands anneaux de la noble chaîne de fidèles qui traverse tout l’âge primitif et le relie à l’âge patriarcal.
            Abel est le premier de cette longue succession de témoins dont l’auteur évoque ici le souvenir (v. 4), pour affermir les Hébreux dans la foi, ce qui est la pensée unique de son épître ; Jésus Christ, en sa qualité de Fils de l’homme, en sera le plus grand des témoins (ch. 12). Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Caïn, car il l’offrit par la foi au Libérateur promis. Par cette foi, dont il fut le premier martyr, il reçut, dans les révélations divines, comme aussi dans son âme où Dieu répandit sa douce paix, le témoignage d’être juste ou justifié devant Lui : c’est le premier fruit de la foi (indiqué seulement ici, mais développé tout au long de l’épître aux Romains). Et, par son exemple consigné dans la Bible, Abel parle encore, et il parlera jusqu’à la fin des temps.          
            Après Abel vient Enoch qui reçut, lui aussi, par la foi, « le témoignage d’avoir plu à Dieu » (v. 5). Il crut non seulement que Dieu, le vrai Dieu, existe, mais encore qu’Il « récompense ceux qui le recherchent », et, par la foi, il saisit la récompense promise dès le commencement (10 : 35).
            Après Enoch vient Noé, qu’on peut ranger aussi parmi les croyants d’avant le déluge (v. 7). Il crut l’avertissement divin relatif à ce qui ne se  voyait pas encore ; il ne douta pas que les jugements de Dieu, longtemps différés, ne tombassent finalement sur un monde incrédule, et qu’il n’échappât, lui et sa famille, à la ruine universelle du genre humain. Sa foi ne fut pas vaine. Elle produisit en lui la crainte, et cette crainte salutaire le conduisit à bâtir l’arche, conformément à l’ordre qu’il en avait reçu. Il condamna ainsi le monde incrédule, et devint héritier de la justice qui est selon la foi, comme Abel l’avait été avant lui, comme le seront après lui Abraham et tous les enfants de Dieu jusqu’à la fin des âges.
            Tels furent les magnifiques effets de la foi chez les croyants antédiluviens.

                   - Les patriarches proprement dits, avant la Loi.
            Le nom d’Abraham (v. 8) est naturellement le premier qui s’offre à nous. Ici encore, et ici  surtout, la foi produit son fruit : l’obéissance. Elle est déjà elle-même l’obéissance dans le sens le plus élevé, la soumission complète à la Parole de Dieu (Jean 3 : 36 ; Rom. 10 : 1-3, 16…).
            « Cohéritiers de la même promesse » (v. 9-10), Isaac et Jacob vécurent, comme leur père, en étrangers et gens de passage sur une terre que Dieu leur avait donnée, n’ayant ici-bas qu’une tente et qu’un autel. Ils se soumettaient à ce genre de vie, a-t-il été dit, « non parce qu’il leur plaisait, ou parce qu’ils vivaient selon les mœurs des Orientaux, ou parce qu’ils n’auraient pas pu acquérir des possessions en Canaan, mais parce qu’ils croyaient fermement que Dieu, selon sa Parole, donnerait cette terre à leur descendance, et y rattacherait l’accomplissement de la grande promesse, objet de leur foi : « Toutes les familles de la terre seront bénies dans votre postérité ». Et quant à eux-mêmes, ils savaient bien que s’ils ne devaient pas posséder la terre de la promesse (Gen. 15 : 13-14), Dieu, néanmoins, leur réservait une patrie permanente, céleste, dont Canaan était à la fois la figure et le gage. Ainsi que nous l’avons déjà dit, les patriarches avaient le privilège de s’entretenir personnellement avec le Fils de Dieu, le suprême Docteur, et c’est dans ce fait que nous trouvons la clef de leur admirable intelligence des choses de Dieu et de leur haute spiritualité.
            Sara, elle aussi, crut, après un moment d’incrédulité, estimant fidèle Celui qui avait fait la promesse comme Abraham plus tard l’estimera puissant (v. 11-12, 19).
            Tous les personnages passés ici en revue, « sont morts dans la foi » (v. 13), sans avoir reçu les promesses, c’est-à-dire sans en avoir obtenu l’entier accomplissement. Mais ils ont vu, et cru, et salué de loin ce qui en était l’objet essentiel : la postérité promise et la bénédiction qu’elle devait acquérir aux siens, notamment cette patrie céleste dans laquelle elle devait les introduire un jour. Dans cette bienheureuse attente, et après avoir fait profession d’être étrangers sur la terre, que leur importait, en effet, que leur habitation terrestre fût une demeure stable, ou la tente du voyageur, puisqu’ils avaient une cité que Dieu, leur Dieu, leur avait préparée, et vers laquelle ils s’acheminaient par la foi !
            L’auteur revient encore au père des croyants (v. 17-19). Par la foi, Abraham offrit Isaac. Au moment où il saisit le couteau pour l’égorger, le sacrifice était accompli dans son cœur ; mais il ne douta pas que Dieu puisse accomplir ses promesses, bien qu’elles semblent devoir être anéanties par la mort d’Isaac, puisque c’était de lui, objet immédiat de sa foi, que devait naître le Messie, source des bénédictions promises. La foi d’Abraham, triomphant des contradictions où Dieu lui-même semblait le jeter, fut pleinement justifiée : Isaac, déjà mort pour Abraham, lui fut rendu par une sorte de résurrection.
            Au verset 20, Isaac transmet à son fils Jacob une bénédiction également à l’égard de l’avenir, en particulier à la possession future de la terre de Canaan, dans laquelle cependant, selon l’expression de Calvin, « il n’avait que le droit de sépulture » ; et la bénédiction qu’il lui transmet repose de même sur la foi seule à la Parole de Dieu.
            Animé de la même foi, Jacob (v. 21) donne à Ephraïm et à Manassé, fils de Joseph, une bénédiction qui devait se réaliser seulement sur la terre de la promesse, et témoigne ainsi de son intime conviction que le Seigneur, au temps déterminé par Lui, retirerait son peuple d’Egypte et le mettrait en pleine possession du pays qu’Il avait promis à Abraham. Il ne la montre pas avec moins d’évidence, en demandant que sa dépouille mortelle soit transportée en Canaan, et en adorant Dieu pour cette grâce comme si déjà la promesse avait eu son accomplissement.
            La même foi certaine de l’invisible animait Joseph (v. 22), la même assurance de la réalisation future de la promesse de Dieu et de la possession du pays de Canaan, où le patriarche exprime aussi le vœu de reposer après sa mort, comme dans sa patrie terrestre.

                   - Les croyants sous la Loi.
            Enfin, l’auteur s’attache de même à rappeler les merveilles que la foi opéra dans les anciens de cette troisième catégorie, les victoires éclatantes qu’elle leur fit remporter sur le monde, sur ses attraits les plus séduisants comme sur ses tortures les plus cruelles, par la radieuse perspective de la récompense.
            Ce fut la foi qui donna aux parents de Moïse (v. 23) la ferme assurance que la servitude d’Egypte qui, selon  la promesse de l’Eternel, ne devait durer que jusqu’à la quatrième génération (Gen. 15) touchait à son terme. Ce fut la foi qui leur permit de voir dans leur enfant, parce qu’il était « divinement beau », le futur libérateur de son peuple (Act. 7 : 20) ; c’est elle aussi qui les mit au-dessus de la crainte qu’aurait pu leur inspirer l’édit du roi prescrivant de jeter dans le Nil tous les enfants mâles des Hébreux (Ex. 1).
            Ce fut encore ce même esprit de foi (v. 24-28) qui, plus tard, le rendit lui-même capable des plus grands sacrifices : placé entre les jouissances passagères du péché, et la rémunération future, Moïse prend, en quelque sorte, la balance (2 Cor. 4 : 17). Il met, dans un de ses plateaux, les délices momentanées de la chair, et, dans l’autre, le poids éternel de la gloire souverainement excellente, et n’hésite pas ; il se charge avec joie de l’opprobre du Christ, partage du peuple de Dieu durant tous les siècles, et il l’estime plus glorieux que tous les trésors de l’Egypte. Fermement appuyé sur la parole de l’Eternel, il quitte ce pays sans craindre la colère du Pharaon, et, dans cette lutte, voyant Celui qui est invisible. Appuyé sur cette même parole, il institue la Pâque avec solennité dans l’assurance que le sang de l’Agneau préserverait les Israélites de l’horrible catastrophe qui allait atteindre les Egyptiens.

            Beaucoup d’autres miracles enfantés par la foi sont encore rappelés (v. 29-31) :
                   - La mer s’ouvre devant les enfants d’Israël qui hésitent d’abord à entrer dans le passage que la toute-puissance divine vient de leur frayer ; mais, rassurés bientôt par les exhortations de Moïse, et pleins de confiance en la parole du Seigneur, ils trouvent un sûr et facile moyen d’évasion, là où l’audace toute humaine de leurs cruels ennemis ne devait trouver après eux qu’un tombeau. Les murailles de Jéricho s’écroulent devant la foi d’Israël, et surtout celle de Josué, qui n’avait pas douté un instant qu’elles ne tombent d’elles-mêmes au bout de sept jours, au son des trompettes retentissantes des enfants de Lévi, quelque absurde ou quelque impossible qu’eût pu d’abord sembler aux yeux de sa raison le moyen de cette victoire promise à la famille d’Abraham.
                   - Rahab, l’impure Rahab, croit la parole des explorateurs, et, non seulement elle ne périt pas avec sa nation, mais, sauvée avec toute sa famille, elle est introduite, par son mariage avec un prince de Juda, dans les rangs du peuple de Dieu. Elle obtient une place au nombre de ses témoins, et demeure jusqu’à la fin des temps un exemple mémorable de la puissance de cette foi qui justifie et régénère l’impie (Rom. 4 ; Jacq. 2) et des honneurs qu’elle peut accumuler sur une pauvre païenne et une païenne de mauvaises mœurs.

            Le temps et la place manquaient à l’auteur de l’épître pour rappeler, même sommairement, toutes les actions héroïques de la foi, tous les noms qu’elle a illustrés (v. 32) :
                   - Gédéon : il mit en déroute d’innombrables Madianites au seul retentissement des trompettes de ses 300 hommes (Jug. 6 et 7) ;
                   - Barac : il tailla en pièces l’armée de Sisera (Jug. 4) ;
                   - Samson : jusque dans sa mort, il triompha des Philistins (Jug. 16) ;
                   - Jephté: il remporta une éclatante victoire sur les fils d’Ammon (Jug. 11) ;
                   - David : il lutta victorieusement contre le géant Goliath (1 Sam. 17) et accomplit des prodiges durant sa vie et son règne ;
                   - Samuel : à sa prière, les tonnerres et la pluie furent envoyés subitement par l’Eternel sur la terre d’Israël (1 Sam. 12).

            Comment passer en revue tous ces hommes de Dieu de l’ancienne alliance, « chrétiens de fait », comme dit Augustin ? Ils signalèrent leur foi par les actions les plus héroïques, par tous les miracles de justice, de sagesse ou de puissance qu’elle leur donna d’accomplir. Ils firent surtout éclater cette foi par leur admirable patience au sein d’épreuves et de tribulations dont le seul récit effraie l’imagination.
            Tous ces personnages ont donc reçu, par la foi, le témoignage d’être agréables à Dieu ; tous ont accompli par elle les plus grandes actions (v. 32-35) et par elle aussi triomphé des plus cruelles souffrances (v. 35-38). Ils ont marché par la foi sans voir ici-bas l’accomplissement de la promesse, sans recevoir ce qui en était l’objet essentiel : la postérité par excellence promise à Abraham et la pleine manifestation de l’amour de Dieu dans le Fils du patriarche. C’est là ce « quelque chose de meilleur » (v. 40) qui avait été réservé pour nous croyants qui avons part aux bénédictions de la nouvelle alliance, dont le partage est ainsi bien préférable au leur. Ce qu’ils n’avaient fait qu’entrevoir sous le voile des prophéties et des types, et saluer de loin, nous le contemplons maintenant à face découverte. Jésus est venu. Il a pleinement révélé l’amour du Père et la gloire qu’Il destine à l’Eglise. Il nous a acquis par sa mort une rédemption éternelle (Héb. 9 : 12). Mais ce n’est pourtant pas encore là tout ce qui nous a été promis ; le repos parfait dont les anciens et tous les croyants qui, depuis eux, ont quitté ce monde, jouissent dans le sein du Seigneur, n’est pas même tout ce qu’Il tient en réserve pour eux. Ils attendent, dans le repos du ciel, et nous avec eux au milieu de la lutte, la pleine et entière réalisation de la promesse, la rémunération, la gloire éternelle, la cité qui est à venir - en un mot, la perfection à laquelle ils ne parviendront pas avant nous et sans nous, puisqu’elle n’aura lieu qu’au jour de l’apparition de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ, et par la résurrection d’entre les morts (Phil. 1 : 6 ; 3 : 20, 21 ; Tite 2 : 13...). 
                     

                        La foi qui sauve et qui rend témoignage

            « Or la foi est l’assurance de ce qu’on espère, et la conviction de réalités qu’on ne voit pas : c’est par elle que les anciens ont reçu un témoignage » (v. 1-2).
            La foi est une substance, ou subsistance, de ce qu’on espère et dont la réalité ne se voit pas encore ; elle leur donne une existence anticipée, elle les réalise par avance. Le mot grec signifie proprement base, fondement. Il signifie aussi confiance, ferme attente (3 : 14). « Substance » semble réunir les trois idées de subsistance ou réalisation, de fondement et de ferme attente. La foi et l’espérance sont inséparables, mais entre elles, il y a une différence : la foi voit également derrière et devant elle, et l’espérance seulement devant.
            La foi est une démonstration ou une « conviction » ; c’est l’œuvre du Saint Esprit en nous (1 Cor. 2 : 4-5). Elle donne l’assurance des choses, passées, présentes ou futures - celles qu’on ne voit pas, qui ne tombent pas sous les sens (Rom. 8 : 24-25). « Appuyé sur l’autorité divine, le chrétien, cet enfant de la foi, voit et espère ce qui ne se voit pas, plus fermement que ce qu’il voit de ses yeux et que sa raison lui démontre » (Quesnel). Au reste, le verset 1, répétons-le, décrit la foi plutôt qu’il ne la définit. « Ceux-là s’abusent  qui pensent que ce soit ici une entière définition de la foi », dit Calvin.
            Par la foi, les anciens ont reçu un témoignage tant dans les révélations divines que dans leur propre conscience. « Hors de la foi par conséquent nous n’avons plus rien de commun avec les anciens ; nous ne sommes plus leurs enfants » (Calvin).

            « Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par la parole de Dieu, de sorte que ce qui se voit n’a pas été fait à partir de choses qui paraissent » (v. 3).
            Les choses qu’on voit (les mondes, l’univers - 1 : 2) ont été formés par une parole de Dieu qui leur commanda d’être (Gen. 1 : 3 ; Ps. 33 : 6, 9).

            Que les mondes aient été créés, c’est ce que notre raison peut concevoir sans peine ; mais qu’ils n’aient pas été faits d’une matière préexistante, éternelle, qu’ils aient été créés de rien et par une parole de Dieu, c’est ce que nous ne pouvons connaître que par une révélation et comprendre que par la foi. Ce point, comme on l’a fait remarquer, est d’ailleurs le seul dans le chapitre qui ait rapport à ce qui est purement invisible ; dans tous les exemples suivants, ce que la foi contemple est tout ensemble invisible et l’objet d’une espérance.

            « Par la foi Abel offrit à Dieu un meilleur sacrifice que Caïn ; par ce sacrifice, il a reçu le témoignage d’être juste, Dieu lui-même rendant témoignage à ses dons ; et par celui-ci, étant mort, il parle encore » (v. 4).
            « Le sacrifice d’Abel plut à Dieu, parce que lui-même était agréable à Dieu, ayant le cœur purifié par la foi. « Nulles œuvres ne sont réputées justes devant Dieu, sinon celles de l’homme juste, c’est-à-dire justifié devant lui » (Calvin). Au lieu de présenter à Dieu des fruits de la terre, comme le fit Caïn, Abel offrit en sacrifice une ou plusieurs bêtes de son troupeau ; il les sacrifia par la foi au sacrifice expiatoire par lequel le Fils de la femme devait un jour briser la tête du serpent, et comme préfiguration de ce grand sacrifice (Gen. 3 : 15).
            La Genèse dit que « Dieu eut égard à Abel et à son offrande » (4 : 4), ce qui équivaut à la déclaration qu’il était juste. Dieu a rendu témoignage au sujet de ses offrandes en envoyant, comme Il le fit en d’autres occasions (Gen. 15 : 17 ; Lév. 9 : 24 ; 1 Rois 18 : 38), le feu du ciel pour consumer le sacrifice d’Abel. Et par sa foi, quoique mort, il parle encore : il dira jusqu’à la fin des temps que c’est par la foi seule que nous pouvons être acceptés de Dieu et lui offrir un culte qu’il agrée.

            « Par la foi, Enoch fut enlevé pour qu’il ne voie pas la mort ; et on ne le trouva pas, parce que Dieu l’avait enlevé ; car, avant d’être enlevé, il a reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu » (v. 5).
            Avant d’être enlevé, Enoch, le septième homme depuis Adam, a reçu le témoignage d’avoir été agréable à Dieu (Gen. 5 : 22-24). De tous les sentiments de notre cœur, fruits de la grâce divine en nous, la foi est celui qui Lui est le plus agréable, car elle est celui qui l’honore le plus. Elle reconnaît et glorifie tous ses attributs : son amour, sa fidélité, son pouvoir infini. Elle scelle qu’Il est véritable ; l’incrédulité le fait menteur (Rom. 4 : 20-21 ; Jean 3 : 33 ; 1 Jean 5 : 10). Enoch et plus tard Elie (2 Rois 2 : 47) semblent avoir été destinés à préfigurer les croyants qui seront transmués au dernier jour sans passer par la mort (1 Cor. 15 ; 1 Thes. 4).

            « Or, sans la foi, il est impossible de lui plaire ; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu est, et qu’il récompense ceux qui le recherchent » (v. 6).
            Il faut que celui qui s’approche de Dieu pour le servir et l’adorer, croie qu’Il existe, Lui, le vrai Dieu. « Il ne suffit pas d’appréhender quelque Dieu (de concevoir un Dieu quelconque), si on ne discerne pas qui est le vrai Dieu ; toute religion qui ne repose pas sur une vraie et certaine connaissance de Dieu est vaine » (Calvin).
            Dieu est le rémunérateur de ceux qui le recherchent dans la voie qu’Il a tracée et qui présuppose une révélation. Il est déjà lui-même leur plus haute récompense (Gen. 15 : 1). Au reste, la rémunération dont il s’agit ici n’est autre chose que la plénitude des biens à venir (10 : 35), la gloire et la félicité éternelles (11 : 13, 39-40). La foi à cette rémunération présuppose également une révélation positive, et n’a rien, d’ailleurs, qui soit contraire à la doctrine d’un salut gratuit, car « elle se fonde sur la seule grâce de Dieu et non sur la dignité personnelle de l’homme » (Calvin).

            « Par la foi, Noé, divinement averti de ce qui ne se voyait pas encore, craignit et construisit une arche pour la sauvegarde de sa famille : par cette arche il condamna le monde et devint héritier de la justice qui est selon la foi » (v. 7).
            Noé, éprouvant cette crainte salutaire qu’engendre la foi, construisit une arche pour le salut de sa maison (Gen. 6 : 9, 13 ; 7 : 7). Il craignit la ruine dont Dieu menaçait le monde comme si elle eût été imminente. « Menaces ou promesses, la foi reçoit avec révérence tout ce que Dieu déclare. Admirable exemple de foi ! Tandis que le monde entier, se croyant en sécurité, se livrait à ses folles joies, Noé seul avait devant les yeux les jugements de Dieu qui devaient être différés si longtemps encore ; pendant 120 ans, il donne à la construction de l’arche son travail et sa peine ; il reste inébranlable sous les sarcasmes des impies ; il ne doute pas qu’il ne doive échapper à la ruine universelle du monde, et trouver la vie dans ce tombeau  qu’il appelle son arche ! Ainsi, le propre de la foi est toujours de voir dans la Parole de Dieu, étant « divinement averti » par elle, ce qui est encore caché et soustrait à nos sens : « ce qui ne se voyait pas encore » (Calvin).
            Par cette arche, Noé « condamna le monde » : il annonça, par le fait même de sa foi et de la construction de son arche, la condamnation prochaine de ses contemporains ; il rendit inexcusable leur incrédulité et leur impénitence, puisqu’il trouva finalement dans cette arche, qu’il mit si longtemps à bâtir, son salut et celui de sa famille. Et il aggrava ainsi la culpabilité des hommes qui l’entouraient.
            Il « devint héritier de la justice qui est selon la foi », de cette justice de Dieu qui est pour tous et sur tous ceux qui croient (Rom. 1 ; 3 ; 4) ; il en fut aussi le « prédicateur » (2 Pier. 2 : 5). « Noé trouva grâce aux yeux de l’Eternel », est-il dit (Gen. 6 : 8) ; il est le premier qui ait obtenu ce témoignage dans la Parole de Dieu.
 

                        L’obéissance et la patience de la foi

            « Par la foi, Abraham, étant appelé, obéit pour s’en aller au lieu qu’il devait recevoir en héritage ; et il s’en alla, sans savoir où il allait » (v. 8).
            « Abram s’en alla, comme l’Eternel lui avait dit » (Gen. 12 : 4). « Il sortit alors du pays des Chaldéens… » (Act. 7 : 4). « L’auteur montre aux Hébreux ce qu’ils doivent avoir pour être réputés enfants d’Abraham, et, par ce moyen, les ramène à la foi ; Abraham lui-même, n’a rien eu d’excellent qui ne soit précédé de la foi » (Calvin).
            Il sortit de son pays, « sans savoir où il allait ». L’objet de la foi est donc toujours une chose qui ne se voit pas encore. L’invisible est précisément son domaine. Mais si Abraham ne savait pas il allait, il savait avec qui il allait - cela suffisait au père des croyants. Cela suffit-il toujours à ses enfants, dans des circonstances plus ou moins analogues aux siennes ? L’Eternel a dit : « Je ferai marcher les aveugles par un chemin qu’ils n’ont pas connu » (Es. 42 : 16). « Que l’on marche sûrement, s’écrie Quesnel, quand on s’abandonne à lui aveuglément ! ».

            « Par la foi, il vint séjourner dans la terre de la promesse comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes avec Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse ; car il attendait la cité qui a les fondements, dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (v. 9-10).
            En séjournant dans la terre de la promesse, type de la Canaan céleste, comme dans une terre étrangère (Gen. 12 : 8 ; 13 : 3, 18), Abraham préfigurait ainsi l’Eglise étrangère sur une terre qui doit lui appartenir un jour et où elle doit partager la gloire du Christ (Apoc. 5 : 22).
            Il attendait la cité, la cité céleste, résidence future des saints glorifiés (Apoc. 21). Cette cité « a les fondements », par opposition aux tentes mobiles sous lesquelles Abraham et ses fils avaient séjourné en Canaan, et à toutes nos habitations et toutes nos cités terrestres. Dieu lui-même en est à la fois l’architecte et l’ouvrier.

            « Par la foi, Sara elle aussi reçut la force de fonder une postérité, bien qu’elle en ait passé l’âge, parce qu’elle estima fidèle celui qui avait promis » (v. 11).
            On pourrait s’étonner, remarque Calvin, que la foi de Sara soit mentionnée ici, puisqu’au premier moment, elle reçut la promesse avec incrédulité (Gen. 18) : c’est que sa foi, mêlée de défiance, abandonna ses doutes, lorsqu’elle sut que la promesse venait réellement de Dieu (Gen. 21). C’est ainsi que, bien que notre foi soit souvent chancelante et paralysée, Dieu daigne cependant ne pas la rejeter, pourvu que nous ne nous livrions pas à l’incrédulité. Ajoutons que le Saint Esprit fait même ici l’éloge de la foi de Sara : précieux encouragement pour celui dont la foi est faible ! Sara reçut la force, la puissance de « fonder » (ou créer) une postérité ; le mot a le même sens ici que dans l’expression « fondation du monde » (4 : 3 ; 9 : 26). D’abord incrédule, Sara a fini par recevoir avec foi la promesse de Dieu (Gen. 21 : 6).

            « C’est ainsi que d’un seul homme, déjà comme mort, sont nés des gens nombreux comme les étoiles du ciel et comme le sable du rivage de la mer, qui ne peut pas se compter » (v. 12).
            « D’un seul homme, déjà comme mort »… une multitude ! Remarquez l’opposition que présentent ces mots, et admirez encore ici les fruits de la foi (Rom. 4 : 19-22). Si Abraham eut encore d’autres enfants avec Ketura (Gen. 25 : 1), c’est que Dieu avait probablement miraculeusement renouvelé pour plusieurs années la vigueur du patriarche.
            Les « gens nombreux comme les étoiles du ciel… » (Gen. 22 : 17 ; Rom. 4 : 17), ce sont les deux postérités d’Abraham : ses enfants selon la chair et ses enfants selon l’esprit.

            « Tous ceux-là sont morts dans la foi, sans avoir reçu ce qui était promis, mais ils l’ont vu de loin et salué ; ils ont reconnu qu’ils étaient étrangers et de passage sur la terre » (v. 13).
            Les promesses étaient soit temporelles (postérité nombreuse, possession de Canaan…), soit spirituelles (naissance du Messie, salut en Lui pour tous ceux qui croient, héritage céleste…) - les premières étaient les types des secondes.
            Ceux qui sont morts dans la foi les ont vues de loin, ils ont cru et en ont salué la réalisation (Jean 8 : 56). Ils ont fait profession d’être étrangers et voyageurs sur la terre (Gen. 23 : 4 ; 28 : 4 ; 47 : 9 ; 1 Chr. 29 : 15).

            « Car ceux qui parlent ainsi montrent clairement qu’ils recherchent une patrie ; en effet, s’ils s’étaient souvenus de celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner ; mais, en fait, ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste ; c’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’eux, d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité » (v. 14-16).
            Se reconnaissant étrangers ici-bas, ils montraient manifestement qu’ils recherchaient une patrie. En se souvenant de celle d’où ils étaient sortis, « ils auraient eu le temps d’y retourner » (v. 15), tout le temps qui s’écoula depuis le départ d’Abraham jusqu’à la mort de Jacob. Mais  ils en désiraient « une meilleure, c’est-à-dire une céleste ». Le grec donne l’idée de saisir en étendant les mains. Ils la saisissaient par la foi.
            C’est pour la raison qui vient d’être énoncée que « Dieu n’a pas honte d’eux », ni « d’être appelé leur Dieu » : ils aspirent à une meilleure patrie. Et c’est aussi pour une autre raison : « il leur a préparé une cité ». Nous éprouvons un sentiment de honte, en effet, à cause d’un titre que nous nous attribuons alors que nous ne faisons pas ce qu’il promet ; Dieu s’appelle leur Dieu, dans un sens intime, spécial, c’est-à-dire leur Ami, leur Protecteur, leur Père. Il aurait eu honte, pour ainsi dire, de prendre envers eux ce titre qu’Il se donne (Ex. 3 : 6, 15), s’Il n’avait fait pour eux que ce qu’Il a accompli durant leur vie où l’épreuve les a suivis jusqu’au bout sur la terre de leur pèlerinage, et s’Il ne l’avait pas pleinement justifié en leur préparant une meilleure patrie, une cité glorieuse digne à la fois d’eux et de Lui, et où Il accomplira magnifiquement tout ce que renferme le beau titre qu’Il prend dans l’Exode. Il s’appelle leur Dieu, même après leur mort. Or, Il « n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Matt. 22 : 32) ; ce nom seul implique donc leur résurrection future et leur éternelle félicité.

            « Par la foi, Abraham, mis à l’épreuve, a offert Isaac ; et celui qui avait reçu les promesses offrit son fils unique, à l’égard de qui il avait été dit : En Isaac te sera appelée une descendance » (v. 17-18).
            Par la foi, Abraham étant « tenté » ou « mis à l’épreuve » - le mot grec a les deux sens - a offert Isaac (Gen. 22 ; Jac. 2). Ce qui fut le plus éprouvé en Abraham, ce fut sa foi, plus encore que sa tendresse de père. « Tout ce qui blesse son cœur, dit Calvin, n’est que légères piqûres auprès de l’épreuve à laquelle Dieu soumet sa foi ». Lui, qui avait reçu une promesse qui avait fait jusque-là le centre de sa vie de foi, lui qui savait avec une parfaite certitude que cette promesse ne s’accomplirait qu’en Isaac (v. 18), reçoit l’ordre de sacrifier ce fils, son « unique » (Gen. 22 : 2) ! Quelle contradiction ! Que va devenir sa foi ? C’est elle qui lui donne l’assurance que Dieu saura bien concilier toutes les contradictions apparentes, en manifestant l’honneur de sa fidélité et de sa vérité, dût-il pour cela ressusciter Isaac d’entre les morts. C’est donc à bon droit qu’Abraham nous est présenté dans l’Ecriture comme le père et le modèle des croyants.          

            « Il (Abraham) avait estimé que Dieu pouvait le ressusciter même d’entre les morts, d’où aussi, de manière figurée, il le reçut » (v. 19).
            « La foi n’est point en peine des moyens pour l’accomplissement des promesses et des desseins de Dieu ; elle sait qu’il n’a besoin que de Lui-même pour faire ce qu’il Lui plaît » (Quesnel).
            Isaac était mort pour Abraham qui ne pouvait s’attendre au contre-ordre que Dieu lui fait donner par le ministère d’un ange (Gen. 22 : 11-12). « Il le reçut » en figure du Messie, de cet autre fils d’Abraham que Dieu devait livrer un jour « pour nos fautes » et Le ressusciter ensuite « pour notre justification » (Rom. 4 : 25).

            « Par la foi Isaac bénit Jacob et Esaü à l’égard de l’avenir » (v. 20).
            La bénédiction qu’Isaac avait donnée à Jacob d’abord, celle de la primogéniture, embrassait toutes les promesses sans nulle exception ; celle qu’il donna ensuite à Esaü, était d’une nature purement terrestre ; mais il les donna l’une et l’autre dans la pleine certitude de leur accomplissement.

            « Par la foi, Jacob mourant bénit chacun des fils de Joseph et adora, appuyé sur le bout de son bâton » (v. 21).
            « Il leur assigna deux portions en Canaan, comme s’il eût déjà été seigneur de cette terre dont la famine l’avait chassé » (Calvin).
            Jacob adora appuyé sur le bout de son bâton (Gen. 47 : 31). L’hébreu dit : sur le chevet de son lit ; mais, avec une autre manière de lire, le mot rendu par lit signifie aussi bâton. Les deux sens peuvent se réunir dans un même fait : Jacob, appuyé d’un côté sur son lit s’appuya de l’autre sur son bâton, pour adorer Dieu.         

            « Par la foi, Joseph, en terminant sa vie, fit mention de la sortie des fils d’Israël et donna un ordre au sujet de ses os » (v. 22).
            En finissant ses jours, Joseph fit mention de la sortie future des fils d’Israël, hors d’Egypte (Gen. 50 : 24) ; il l’annonça comme devant arriver certainement. Et il donna des ordres au sujet de ses os (v. 25). Il voulut qu’on les enterrât dans la terre de la promesse, et crut par conséquent que Dieu la donnerait à sa postérité, et qu’il lui donnerait aussi l’héritage dont cette terre n’était que la figure.
            « Il est facile de se considérer comme étranger sur la terre, quand on y est misérable ; mais le faire, comme Joseph, jusqu’à la mort, au milieu des honneurs, des richesses, et d’une puissance presque sans bornes, c’est un des plus héroïques effets de la foi » (Quesnel).

 

D’après E. Guers