Méditations suivies : Etude sur l'épître aux Hébreux (9b)

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ETUDE SUR L’EPITRE AUX HEBREUX (9b)

                                         

           

CHAPITRE 9 (suite)

            Avec Jésus Christ, un meilleur sacrifice (9 : 11 à 10 : 18)

                        Christ a obtenu une rédemption éternelle 

            « Mais Christ étant venu, souverain sacrificateur des biens à venir - par le tabernacle plus grand et plus parfait qui n’est pas fait de main (c’est-à-dire qui n’est pas de cette création), non pas avec le sang de boucs et de veaux, mais avec son propre sang -, est entré une fois pour toutes dans les lieux saints, ayant obtenu une rédemption éternelle » (v. 11-12).
            Cette affirmation se trouve au commencement d’une nouvelle portion de l’épître qui se poursuit jusqu’au verset 18 du chapitre 10. Le souverain sacrificateur, après avoir offert à Dieu le sacrifice dans le parvis, s’avançait ensuite vers le sanctuaire où il allait en porter le sang devant Dieu ; c’était l’heure la plus solennelle du culte lévitique (Lév. 16). Comme souverain sacrificateur, Christ est entré jusqu’au trône de Dieu. Il est le « souverain sacrificateur des biens à venir » : les Juifs appelaient ainsi les biens de l’âge messianique ou de l’alliance de grâce ; ces biens, notamment le rachat éternel et l’héritage éternel, conséquence de l’adoption (v. 12 et 15), découlent du ministère sacerdotal de Christ. L’Eglise en jouit dès à présent ; mais Israël, comme peuple, en a, par sa révolte, ajourné pour lui-même la possession.
            Le « tabernacle plus grand et plus parfait », ce sont les cieux visibles que Jésus Christ a traversés (4 : 14) pour entrer dans le ciel où Dieu manifeste sa présence immédiate et glorieuse ; ils étaient préfigurés par le lieu saint que le souverain sacrificateur traversait et par les voiles qu’il soulevait l’un après l’autre pour entrer dans le lieu très saint. L’auteur reste fidèle à sa comparaison des versets 6 et 7 de notre chapitre, ainsi qu’à son allusion du verset 14 du chapitre 4.
            Ce tabernacle « n’est pas fait de main », il n’appartient pas à cette création terrestre, humaine, comme le tabernacle érigé au désert et le temple de Salomon (8 : 2). Le véritable sanctuaire est « le ciel même » (v. 24 ; 10 : 19). Christ y est entré « une fois pour toutes ». Il n’a pas dû en ressortir puisque l’offrande qu’Il a faite de lui-même est parfaite et n'a pas besoin d'être renouvelée.
            Le souverain sacrificateur de la Loi, pécheur et représentant d’un peuple de pécheurs, ne pouvait entrer dans le lieu très saint qu’avec le sang (v. 7), uniquement par la vertu du sang des victimes immolées dans le parvis. Il en est de même, avons-nous déjà dit, et pour la même raison, pour le grand sacrificateur de l’évangile ; un souverain sacrificateur ne peut d’ailleurs être admis dans le sanctuaire sans y porter du sang, car il faut qu’il ait « quelque chose à offrir » à Dieu (v. 7 ; 8 : 3) ; et ce « quelque chose » ne peut être que le sang d’un sacrifice expiatoire.
            Il a obtenu « une rédemption éternelle ». Quand un Israélite devenu pauvre s’était vendu à l’étranger, la Loi donnait à son plus proche parent le droit de le racheter (Lév. 25) ; on appelait « rédempteur » celui qui rachetait ainsi son parent, et le prix qu’il payait pour le racheter était la « rançon ». Christ est le Rédempteur des siens : débiteurs insolvables, assujettis à la malédiction (Eph. 2 : 3 ; Gal. 3 : 10), vendus à Satan et au péché, ils étaient menacés de la prison d’où l’on ne sort plus (Matt. 5 : 26). Mais Jésus a pris leur nature et a participé au sang et à la chair pour acquérir le droit de les racheter (Héb. 2 : 14-15). Il s’est volontairement chargé de toutes leurs dettes, c’est-à-dire de tous leurs manquements et de tous leurs péchés, et Il a donné sa vie pour leur rançon (Matt. 26 : 28) : c’est l’achat (ou le rachat) par paiement du prix - le rachat dans le sens propre, strict de ce mot (Rom. 3 : 24-25 ; 1 Cor. 6 : 20 ; 7 : 23 ; Eph. 1 : 7 ; Col. 1 : 14 ; 1 Tim. 2 : 6 ; 1 Pier. 1 : 18-19 ; Apoc. 5 : 9). Mais il ne suffisait pas de payer leurs dettes et de les délivrer ainsi de la malédiction qu’ils avaient méritée (Gal. 3 : 13 ; 4 : 5), ce que Jésus a fait lors de sa première venue. Il fallait encore les arracher à la servitude de leur ancien maître, Satan, qui n’a plus de droit de les retenir en son pouvoir depuis que Jésus a payé leur rançon ; il fallait aussi les délivrer de la puissance de tous leurs autres ennemis (Luc 1 : 69, 71) : le monde, la chair et la mort. C’est ce que Jésus fait maintenant par sa Parole et par son Esprit que Dieu leur a envoyé du ciel où Il intercède pour eux : c’est le rachat opéré par force, par droit de conquête et d’acquisition. Ce rachat, ou cette délivrance, est la conséquence et le complément du rachat par prix (Col. 1 : 12-14). Enfin, ce qu’Il a commencé sur la terre, ce qu’Il poursuit maintenant du haut du ciel, Jésus l’achèvera au jour de son avènement : Il rachètera les siens de la puissance du sépulcre, leur dernier ennemi, pour les faire régner avec Lui éternellement ; c’est le but final de leur rédemption. Alors ils chanteront, sur les harpes de Dieu, le cantique de Moïse et de l’Agneau (Rom. 8 : 23 ; 1 Cor. 15 : 26 ; Eph. 4 : 30 ; Apoc. 5 : 9-10 ; 15 : 2-4 ; 20 : 4- 6).
            Telle est, dans la Bible, la triple notion du rachat chrétien. Nous la retrouvons déjà tout entière dans le beau type de la rédemption d’Egypte :
                 - délivrance du joug odieux du Pharaon et des Egyptiens, sur la base de l’aspersion du sang et par la main de l’Ange exterminateur (Ex. 12) ;
                  - délivrance de la Mer Rouge,
                  - chant triomphal sur la rive orientale de cette mer (Apoc. 15 : 2-4 ; Ex. 14 et 15).
            Mais du privilège naît la responsabilité : achetés à prix et achetés pour Dieu, nous ne sommes plus à nous-mêmes, nous qui croyons. Notre devoir, comme notre prérogative et notre bonheur, est de glorifier Dieu dans nos corps et dans nos esprits qui lui appartiennent (1 Cor. 6 : 19-20 ; Tite 2 : 14 ; Apoc. 5 : 9).
            Ce rachat est « éternel », son efficacité dure à toujours ; Jésus l’a acquis par ses indicibles souffrances : le mot renferme également la notion de la difficulté et de la grandeur de l’acquisition, et il témoigne ainsi de l’amour ineffable de Christ pour ceux qu’Il est venu sauver.

            « Car si le sang de boucs et de taureaux - et la cendre d’une génisse avec laquelle on fait aspersion sur ceux qui sont souillés - sanctifie pour la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ qui, par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu sans tache, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, pour que vous rendiez culte au Dieu vivant ! » (v. 13-14).
            Cette parfaite efficacité du sacrifice de Christ quant au péché se conçoit aisément. Si le sang des boucs et des taureaux était offert à Dieu le jour des expiations et avait valeur de propitiation pour une année, combien plus le sang de Christ pouvait-il permettre d’obtenir le pardon des péchés à tous ceux qui avaient cru !
            La cendre de la génisse mêlée à de l’eau vive servait à purifier l’Israélite qui avait touché un corps mort, ou la tente dans laquelle un homme était décédé. Elle sanctifiait « pour la pureté de la chair » et permettait ainsi de s’approcher de Dieu pour le servir en son tabernacle. L’accès en était interdit à quiconque était atteint de lèpre ou d’une autre maladie semblable, et à quiconque avait touché un cadavre ou contracté quelque autre impureté. Mais une fois purifié par les offrandes et les aspersions légales, on recouvrait une sainteté extérieure et conventionnelle, et l’on pouvait retourner au tabernacle. Voilà tout ce que pouvait faire le premier sacerdoce ; son efficace s’arrêtait à la chair ; elle n’allait pas jusqu’à l’âme, jusqu’à la conscience.
            Tout ce qui précède le verset 14 et ce qui le suit immédiatement confirme l’efficacité totale du sang de Christ : le sang précieux du Fils de Dieu (ch. 1 ; 2 ; 4), qui s’est offert lui-même, par l’Esprit éternel. Sa toute puissance a soutenu sa nature humaine pendant le sacrifice, et donne à ce sacrifice une valeur infinie. C’est un sacrifice volontaire, celui du dévouement et de l’amour (Jean 10 : 17-18), sans défaut, à Dieu ; c’est le sacrifice d’une Personne parfaitement sainte de cœur et de vie. Par conséquent ce sacrifice était parfaitement digne du Dieu saint et juste à qui il était offert (4 : 15 ; 2 Cor. 5 : 21 ; 1 Pier. 1 : 19). Christ s’est offert « sans tache » : cette expression se trouve dans l’Ancien Testament quand il est question des victimes expiatoires ; elle établit donc, de façon formelle, la doctrine fondamentale de l’expiation par la mort de Christ, en même temps que celle de la parfaite sainteté de sa nature humaine.
            La conscience est le jugement que nous formons intérieurement sur nos sentiments et notre conduite, et selon lequel nous nous justifions ou nous nous condamnons nous-mêmes (Rom. 2). Les « œuvres mortes » (6 : 1) sont celles qui procèdent d’un cœur irrégénéré, mort dans ses péchés (Eph. 2 : 1), et qui méritent la mort éternelle (Rom. 6 : 23) ; elles souillent la conscience comme l’attouchement des corps morts souillait la chair sous la Loi. Le sang de Jésus Christ, appliqué à l’âme par le Saint Esprit au moyen de la foi, a seul la vertu d’effacer les fautes morales du chrétien, de même que l’eau de purification avait seule la vertu d’effacer les fautes cérémonielles de l’Israélite.
            Le sang de Christ, en purifiant ainsi des œuvres mortes la conscience du croyant, le met en état de s’approcher librement de Dieu pour Le servir en esprit et en vérité dans le véritable sanctuaire - comme les offrandes et les aspersions légales, en purifiant la chair de l’Israélite, le mettaient en état de s’approcher librement de Dieu pour le servir dans le sanctuaire préfigurateur. Dieu est appelé le Dieu vivant, non seulement par opposition aux dieux sans vie, aux idoles des païens, mais surtout parce qu’Il est « en lui-même » le principe éternel de la vie (3 : 12 ; 10 : 31). Il ne peut pas être vraiment servi par celui qui demeure en la mort et qui en fait les œuvres.
            Le même verset 14 peut servir, en outre, à démontrer la personnalité et la divinité du Saint Esprit, vérité qui est mise d’ailleurs en évidence par de nombreux autres témoignages de l’Ecriture (Jean 14 : 16-17, 26 ; 15 : 26 ; 16 : 7-8 ; Act. 5 : 3-4 ; 13 : 2 ; 16 : 6-7 ; Rom. 8 : 26-27 ; 1 Cor. 12 : 11 ; Eph. 4 : 30 ; Héb. 3 : 7-11 ; 10 : 15-17...). Il renferme aussi la doctrine fondamentale de la sainte Trinité qu’il présente d’une manière pratique, comme la Bible le fait fréquemment (1 Cor. 12 : 4-6 ; Héb. 2 : 3-4 ; 1 Pier. 1 : 2...). Il nous révèle l’unité mystérieuse des Personnes divines et l’admirable harmonie de leur action dans l’œuvre de notre salut : on y voit, en effet, le Dieu vivant auquel le sacrifice de la victime immaculée est offert, le Christ, le Fils de Dieu, qui l’offre, et l’Esprit éternel qui le consacre. Qu’à ce Dieu juste et saint, soit notre amour et notre obéissance aux siècles des siècles !

                        Nous exaltons, ô Dieu, le Fils de tes délices,
                        L’objet de ton amour de toute éternité ;

                        Pour ta gloire il voulut s’offrir en sacrifice :
                        Il vint pour accomplir toute ta volonté.
 

                        Jésus est médiateur d’une nouvelle alliance

            La mort du médiateur de la nouvelle alliance est donc pleinement expliquée par tout ce qui précède et complètement justifiée malgré les objections du Juif pour qui la parole de la croix était un scandale : cette mort était nécessaire pour purifier la conscience des appelés et les mettre en état de servir le Dieu vivant (v. 14). Elle était encore nécessaire pour ôter leurs transgressions et les rendre aptes à recevoir l’héritage promis (v. 15). Mais ce n’est pas seulement comme victime expiatoire que Jésus a dû mourir, c’est aussi comme l’auteur du testament. A l’occasion de la notion d’héritage, l’auteur de l’épître introduit naturellement ici  celle de « testament » (v. 16-17). Jésus léguant aux appelés l’héritage éternel qu’Il allait leur acquérir, sa volonté à leur égard ne pouvait avoir d’effet pour eux qu’après sa mort, puisqu’un « testament » n’a de valeur qu’après la mort de celui qui en est l’auteur.
            L’auteur de l’épître revient ensuite à l’idée d’alliance, et continue de justifier à ce point de vue la mort du Messie (v. 18-23).
            Le sang, sous la première alliance, avait été répandu pour trois raisons principales :
                  - pour inaugurer et ratifier l’alliance
                  - pour sanctifier le peuple de l’alliance
                  - pour purifier le tabernacle.
            Or, le sang, sous la nouvelle alliance, a aussi été répandu pour les trois mêmes raisons :
                  - pour inaugurer et ratifier l’alliance (ce point est évidemment sous-entendu)
                  - pour sanctifier le peuple de l’alliance (l’auteur ayant déjà touché ce point au verset 14, il n’y revient pas ici)
                  - pour purifier le sanctuaire de l’alliance, c’est-à-dire le ciel.
            C’est là, en effet - dans le ciel même - que Jésus Christ est entré sur la base de son sang qui a été versé pour nous sur la terre. L’auteur, reprenant et continuant ainsi tout naturellement le parallèle entre les deux sacerdoces, dit que ce n’est pas dans le sanctuaire figuratif que le Christ est entré, mais dans le véritable sanctuaire, afin d’y paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu (v. 24). Et Il n’y est pas entré pour en ressortir ensuite, comme le souverain sacrificateur juif ; celui-ci, après avoir offert les mêmes sacrifices, entre chaque année dans le sanctuaire terrestre « avec un sang autre que le sien »(v. 25). S’il en avait été de même pour Christ, Il aurait dû souffrir plusieurs fois depuis l’introduction du péché dans le monde ; mais maintenant Il a été manifesté une fois, une seule fois, à l’achèvement des siècles, pour l’abolition du péché, et de tout sacrifice pour le péché, par le sacrifice de Lui-même (v. 26). Il est réservé aux hommes de mourir une fois (Gen. 2 : 17 ; 3 : 19), suite au péché (Rom. 5 : 12), après quoi il y a le jugement (v. 27). Ainsi le Christ ayant été offert une fois, une seule fois, pour porter sur Lui les péchés d’un grand nombre, apparaîtra une seconde fois à ceux qui l’attendent (v. 28), non pour offrir en leur faveur un nouveau sacrifice, mais pour les mettre en pleine possession du salut qu’Il leur a acquis.
            Ainsi, du verset 23 au verset 28, comme du verset 11 au verset 15, ce sont autant de traits, exprimés ou sous-entendus, de supériorité du grand souverain sacrificateur actuel sur celui de la Loi. Dans la journée des propitiations, le souverain sacrificateur offrait un sang qui n’était pas le sien ; celui-là, - sacrificateur en même temps que victime -, s’est offert lui-même en sacrifice. Le premier entrait dans un sanctuaire fait de main, et ne s’y arrêtait que le temps strictement nécessaire à l’accomplissement de ses fonctions durant ce grand jour. Christ est entré dans le ciel même où Il demeure, et où Il paraît maintenant pour nous devant la face de Dieu. Aaron ne purifiait qu’un tabernacle terrestre, Jésus purifie le tabernacle céleste. Aaron renouvelait continuellement les mêmes sacrifices qui n’ôtaient pas le péché ; Jésus, par l’unique offrande qu’Il a faite de lui-même, l’a à jamais aboli. Puis, apparaissant de nouveau « sans péché », Il apportera du ciel, à tous ceux qui L’attendent, non plus une rédemption purement nationale, cérémonielle et annuelle, mais un salut réel, universel, complet et éternel.

            « Et c’est pour cela qu’il est médiateur d’une nouvelle alliance, en sorte que, la mort étant intervenue pour la rançon des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l’héritage éternel qui a été promis. (Car là où il y a testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne ; en effet, un testament devient valide lorsque la mort est intervenue, puisqu’il n’a pas de force tant que le testateur vit.) » (v. 15-17).
            C’est pour cela... pour faire ce que l’auteur vient d’énoncer au verset précédent (purifier la conscience des œuvres mortes) et ce qu’il va ajouter immédiatement, que Jésus est médiateur d’une alliance nouvelle. Sa médiation comprend tout ce qu’Il a fait pour nous réconcilier avec Dieu, par-dessus tout, son sacrifice sur la terre et la présentation de ce sacrifice dans le ciel ; c’est assez dire que Lui seul est notre médiateur et Il est seul aussi à pouvoir l’être.
            La mort est intervenue pour être la rançon de toutes les transgressions - et non plus simplement du péché commis par erreur (v. 7) -, c’est-à-dire pour la délivrance, l’affranchissement de la peine qu’elles méritent. La mort de Christ pouvait seule les expier, qu’elles aient été commises contre ou pendant la première alliance (Rom. 3 : 25-26). L’auteur envisage ici les Juifs sans néanmoins exclure les Gentils qui sont mentionnés expressément plus loin (v. 29-30), mais il évite volontairement de les nommer dans cette épître, parce qu’il écrit  à des gens prévenus contre eux pour la plupart, et ayant une tendance plus ou moins prononcée à retourner au culte lévitique. Par un effet rétroactif, la mort du Christ efface toutes les transgressions commises sous l’ancienne alliance et même depuis l’entrée du péché dans le monde.
            Ceux qui sont appelés parmi les Juifs d’abord, mais aussi parmi les nations, le sont selon le conseil de Dieu ; le salut s’obtient uniquement par la foi (Rom. 3). Ils reçoivent l’héritage éternel qui a été promis à Abraham (Gal. 3).  Il y a deux effets de son sacrifice : le rachat ou rémission des péchés, et l’héritage (conséquence de l’adoption) ; le premier ouvre la voie au second. Ce sont toujours les biens à venir, ou les biens de la nouvelle alliance (ch. 8) ; le rachat des transgressions en est le commencement, l’héritage en sera la consommation. Quelle supériorité infinie de la nouvelle médiation sur la première qui avait laissé Israël dans ses péchés et privé du véritable héritage ! Que de supériorités dans le sacerdoce de Celui qui nous a aimés d’un amour éternel (Jér. 31 : 3) ; elles sont exprimées en peu de mots !
            Cette nouvelle alliance, qui a la promesse de l’héritage éternel, peut être comparée à une disposition testamentaire quant à sa ratification, « car là où il y a testament » - ici testament et non plus alliance -, « il est nécessaire que la mort du testateur survienne ». Les biens que Jésus procure aux appelés comme victime, Il les leur lègue, avons-nous dit, comme étant l’auteur du testament, et dès lors ils n’ont de réalité pour eux qu’après sa mort.
            « Le mot grec rendu par testament a les deux significations d’alliance et de testament ; mais l’auteur de l’épître faisant allusion à la seconde, établit que les promesses ne pouvaient être fermes sans être scellées par la mort de Christ ; et il le prouve par le droit commun des testaments dont l’effet est suspendu jusqu’à la mort des testateurs » (Calvin).

            « De là vient que la première alliance aussi n’a pas été inaugurée sans du sang. Car, lorsque Moïse eut proclamé, pour tout le peuple, chaque commandement selon la Loi, il prit le sang des veaux et des boucs avec de l’eau, de la laine écarlate et de l’hysope, et il en fit aspersion sur le livre lui-même et sur tout le peuple, en disant : Ceci est le sang de l’alliance que Dieu vous a ordonnée » (v. 18-20).
            L’auteur entre ici dans la notion d’alliance en affirmant que la seconde alliance dont la première était à plus d’un égard la préfiguration, n’a pas été inaugurée sans l’effusion du sang des victimes.
            Le chapitre 24 de l’Exode relate l’aspersion du peuple par le sang, et il est précisé ici que Moïse fit aussi aspersion du sang sur le livre même de la Loi, qu’il avait écrit et lu (Ex. 20-23), puis apparemment déposé sur l’autel construit à cette occasion (Ex. 24). « Tout le peuple » était représenté probablement par les soixante-dix anciens, car une si petite quantité de sang n’aurait pas pu suffire pour asperger tout Israël. « Cette aspersion figurait l’aspersion mystique qui se fait par le sang et l’Esprit de Christ ; David y fait allusion au Psaume 51 : 7 : Purifie-moi du péché avec l’hysope, et je serai pur » (Calvin).
            « Voici le sang de l’alliance que l'Eternel a faite avec vous » ; c’est la citation du verset 8 d’Exode 24. Jésus y a fait allusion quand Il a institué la Cène et ratifié la nouvelle alliance qui a été aussi confirmée par l’aspersion du sang. Mais, alors que le sang des animaux ne ratifiait qu’une alliance temporelle et nationale - l’alliance ordonnée pour vous, Israélites, dit l’auteur -, le sang de Jésus Christ a ratifié l’alliance éternelle (Héb. 13 : 20) ; il a été répandu pour la rémission des péchés d’un grand nombre.
            L’auteur de l’épître ajoute à la cérémonie dont il est question aux versets 19 et 20 certains détails qui ne sont pas fournis par l’Exode, mais qu’il semble y rattacher par induction, les ayant trouvés consignés - comme dans des cas analogues - dans plusieurs passages du Lévitique (ch. 14, par exemple), ou qu’il emprunte à la tradition juive ; le Nouveau Testament en offre encore d’autres exemples. Ces détails mettent en évidence la solennité de l’acte que rappelle ici l’auteur. La cérémonie qu’il vient de décrire eut lieu avant la construction du tabernacle ; celle qui suit n’eut lieu qu’après.

            « De la même manière, il fit aussi aspersion du sang sur le tabernacle et sur tous les ustensiles du service. Presque tout est purifié par du sang, selon la Loi ; et sans effusion de sang il n’y a pas de rémission » (v. 21-22).
            Le chapitre 40 de l’Exode (v. 9-15) dit que le tabernacle et tout ce qu’il contenait fut consacré par l’onction de l’huile sans parler de sang ; mais il se peut qu’ici encore l’apôtre ait étendu la citation au moyen de détails également fournis par la tradition, ou empruntés à Lévitique 8 : 15, par exemple. L’historien juif Josèphe dit que le tabernacle et ses objets furent consacrés par la double aspersion du sang et de l’huile, à moins que, dans notre passage, l’auteur ait en vue, non la consécration du tabernacle, mais sa purification par l’aspersion du sang. Dans ce cas, il attribuerait à Moïse ce qu’Aaron fit le jour des expiations, sous la direction de son frère, et conformément à l’ordre de Dieu (Lév. 16).
            « Presque tout est purifié par du sang » : les exceptions sont en petit nombre ; certaines choses étaient purifiées par le feu, d’autres par l’eau, d’autres par l’eau mêlée à la cendre de la génisse rousse (Nom. 19 ; 31, Héb. 9 : 13), mais celles qui étaient plus spécialement appropriées au service de Dieu étaient purifiées par le sang (Lév. 16). Toutes les fois qu’il s’agissait d’une violation positive de la Loi, la purification ne pouvait avoir lieu qu’au moyen d’un sacrifice sanglant.        
            « Sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission » : il n’y a pas de pardon, ni cérémoniel et figuratif, ni réel et éternel. L’âme de la chair est dans le sang, c’est le sang qui fait propitiation pour l’âme (Lév. 17 : 11). « Nul pardon des péchés pour nous, dit Calvin, si nous n’apportons pas à Dieu le sang de Christ, si par la foi nous n’avons pas recours à sa mort ».
            « Il était donc nécessaire que les images de ce qui est dans les cieux soient purifiées par de telles choses, mais que les réalités célestes elles-mêmes le soient par des sacrifices meilleurs que ceux-là » (v. 23).
            Le tabernacle étant souillé par le fait même de sa présence au milieu d’un peuple souillé, il devait être purifié pour demeurer propre à son usage ; sans cette purification, qui eut lieu lors de son inauguration et qui ensuite fut annuellement renouvelée (Lév. 16), il n’aurait pas pu répondre à l’usage prévu.
            Mais les réalités célestes elles-mêmes devaient être purifiées, les choses représentées par le tabernacle, ses objets et son culte (8 : 5) - le véritable sanctuaire (8 : 2 ; 9 : 11), le ciel même (v. 24). Ce n’était pas, certes, à cause de quelque impureté qui leur fût propre, car elles n’étaient pas plus impures que ne l’étaient celles du tabernacle terrestre, mais uniquement à cause des imperfections de ceux qui rendent leur culte au Seigneur dans ce sanctuaire éternel, où, dès cette heure, ils ont accès par la foi. Jusqu’à leur pleine rédemption, ils demeurent sous l’influence du péché qui habite encore en eux, bien qu’il ne règne plus sur eux. Le ciel, où ils entrent maintenant par la foi, où déjà ils sont assis en la personne de Christ, le ciel même serait comme souillé par leur présence, si le sang de l’alliance n’était là pour le purifier. Ainsi, le sang de Christ ne purifie pas seulement notre conscience des œuvres mortes pour servir le Dieu vivant (v. 14) ; il purifie encore le ciel où nous servons Dieu en esprit. Le même sang lave à la fois le sanctuaire et les adorateurs ; il satisfait à toutes les exigences des attributs divins comme à tous les besoins de la conscience humaine. L’auteur dit : « par des sacrifices meilleurs que ceux-là » pour rehausser encore davantage l’excellence et la vertu du sang que Jésus a porté dans le ciel et qui nous procure un salut parfait.

            « Car ce n’est pas dans des lieux saints faits de main, copies des vrais, que le Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu » (v. 24).
            Christ est entré dans le ciel même avec et par le sang de son sacrifice, « non le ciel que nous voyons à l’œil et où les étoiles brillent, mais la gloire du royaume de Dieu, laquelle est par-dessus tous les cieux » (Calvin).
            Il y est entré « afin de paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu », « à la droite de Dieu » (Rom. 8 : 34). L’expression « paraître maintenant » est très solennelle et plus forte que celle que nous avons déjà rencontrée (7 : 24) ; elle indique la permanence de l’acte. Au verset 14, nous avons vu Jésus se substituant au pécheur et mourant pour lui ; le voici maintenant (v. 24) qui le représente devant Dieu. « Jadis le sacrificateur lévitique se présentait au nom de tout le peuple devant Dieu, mais seulement « en figure » ; mais Christ se présente et paraît réellement devant Lui pour nous faire trouver grâce. Aussi nous n’avons plus à craindre de nous approcher du siège judiciaire de Dieu, où nous avons un si bon Avocat, sous la sauvegarde et la protection duquel nous sommes en pleine assurance » (Calvin). Sans doute Jésus a-t-il toujours été présent devant Dieu, mais non pas comme représentant de son peuple et comme intercesseur ; Il ne l’est que depuis son ascension après l’œuvre achevée de la croix.
            « Ce n’est pas, non plus, afin de s’offrir lui-même plusieurs fois, ainsi que le souverain sacrificateur entre dans les lieux saints chaque année avec un sang autre que le sien (puisque dans ce cas il aurait fallu qu’il souffre plusieurs fois depuis la fondation du monde). Mais maintenant, à l’achèvement des siècles, il a été manifesté une fois pour l’abolition du péché par son sacrifice » (v. 25-26).
            Jésus n’est pas entré dans le ciel pour en ressortir ensuite et s’immoler à nouveau pour nous, puis y rester ensuite, à la différence du souverain sacrificateur lévitique qui ressort chaque année du sanctuaire terrestre et y rentre l’année suivante (Lév. 16).
            Dans les versets 26 et 27, l’auteur établit de fait qu’on ne peut admettre la réitération des souffrances de Christ, à cause de la grandeur de ses souffrances. Mourir une seule fois est une loi de cette nature humaine que Jésus a revêtue. Cette offrande de lui-même nécessitant sa mort, il aurait alors fallu qu’il souffre plusieurs fois. S’offrir, souffrir et mourir sont, quant à Christ, des expressions synonymes, et qui anéantissent la pensée d’un prétendu sacrifice non sanglant ; point de sacrifice sans souffrance et sans mort.
            Christ a été manifesté « à l’achèvement des siècles », ou des âges qui ont précédé et préparé sa venue : l’âge antédiluvien, l’âge patriarcal, l’âge mosaïque. C’est ce que l’auteur appelle ailleurs « l’accomplissement du temps », du temps marqué pour l’incarnation de Christ (Gal. 4 : 4), « les fins des siècles » (1 Cor. 10 : 11), « la fin de ces jours-là » - les jours évangéliques (Héb. 1 : 1).
            Il a été manifesté « pour l’abolition du péché », de la coulpe et de la condamnation du péché, et par conséquent aussi de toute oblation ultérieure pour le péché ; le mot grec, comme le mot hébreu correspondant, renferme les deux idées. Mais Jésus, par sa mort, n’a pas seulement aboli le péché, Il en a de plus détruit la puissance en nous (Rom. 6 ; 1 Jean 3 : 5, 8). Quelle valeur infinie et éternelle du sacrifice unique de Christ, dont l’efficace remonte d’un côté jusqu’à l’origine des siècles, et va de l’autre jusqu’à leur consommation (Dan. 9 : 24).           

            « Et comme il est réservé aux hommes de mourir une fois - et après cela le jugement-, de même le Christ aussi, ayant été offert une fois pour porter les péchés d’un grand nombre, apparaîtra une seconde fois, sans avoir à faire avec le péché, à ceux qui l’attendent, pour le salut » (v. 27-28).
            L’auteur, dans un double et admirable contraste, oppose de fait ici la mort de Jésus et celle qui était notre part. L'aiguillon de la mort a été brisé et apporte le salut à celui qui croit : mais aussi le jugement à celui qui meurt sans être en communion avec ce puissant Rédempteur.
            « Il est réservé aux hommes de mourir… » à cause du péché ; l’auteur ne dit pas « à tous les hommes », car il faut excepter Enoch et Elie, ainsi que tous ceux qui seront vivants lorsque Jésus apparaîtra (1 Cor. 15 ; 1 Thes. 4).
            Il leur est réservé de mourir une fois, une seule fois (Gen. 2 et 3 ; Rom. 5) ; telle était la sentence primitive. Après cela a lieu le jugement, le jugement éternel (6 : 2 ; Apoc. 20 : 11-15 ; Jean 5 : 28-29).
            Christ a été offert « une fois » (1 Pier. 3 : 18) ; la Loi, comme on vient de le voir, condamnait le transgresseur, dont Jésus est le « répondant », à mourir une fois. En même temps, l’auteur oppose la mort unique du Christ à la répétition continuelle des sacrifices prévus par la Loi. Il a été offert « pour porter les péchés d’un grand nombre », pour tous ceux qui, sans distinction de race ou de nation, mettent en Lui seul leur espérance et L’attendent pour le salut (Es. 53 : 5-6, 11-12 ; Rom. 5 : 15 ; 1 Pier. 2 : 24 ; Matt. 26 : 28).
            Il « apparaîtra une seconde fois, sans avoir à faire avec le péché » - non plus en ressemblance de chair de péché et « fait péché pour nous », afin d’ôter le péché, mais revêtu de gloire, afin de bénir ceux qui l’attendent. Il y a là une allusion frappante à la sortie du souverain sacrificateur hors du lieu très saint, où il venait de répandre le sang des victimes que lui-même avait immolées dans le parvis, et de consommer ainsi les propitiations de ce grand jour. Il est vrai, que de retour au parvis, il offrait encore un dernier sacrifice ; mais ce sacrifice, qu’il offrait alors dans les vêtements de gloire qu’il venait de reprendre, n’était plus un sacrifice pour le péché, ou sacrifice purement expiatoire ; c’était un holocauste, c’est-à-dire un sacrifice essentiellement d’actions de grâce ; on peut l’envisager comme une image des actions de grâce que notre souverain sacrificateur présente à Dieu pour nous dans le sanctuaire céleste (Ps. 22 : 22 ; Héb. 2 : 12). Dans l’interprétation d’un symbole, il faut toujours s’en tenir au point spécial qu’il a pour objet d’illustrer. Il en est des symboles et des types comme des paraboles : vouloir retrouver dans la réalité le corrélatif de chaque point de la figure ou de l’allégorie, prétendre en interpréter et en appliquer chaque trait, chaque détail, serait le plus sûr moyen d’arriver à des conclusions absurdes. C’est ainsi, par exemple, qu’au lieu d’avoir, dans le sujet qui nous occupe, une seule et unique entrée de Jésus Christ dans le ciel, nous en aurions au moins deux, puisque le souverain sacrificateur (Lév. 16) entrait au moins deux fois dans le lieu très saint, le jour des propitiations.
            Il apparaîtra « à ceux qui l’attendent, pour le salut ». C’est encore une allusion à la position d’Israël, quand, dans ce grand jour des expiations, il attendait le retour du souverain sacrificateur qui était allé porter dans le sanctuaire le sang des victimes expiatoires, et qui allait bientôt en ressortir, et lui annoncer, du fait même de son retour au parvis, que les propitiations du peuple étaient acceptées et que la bénédiction de Jehova lui demeurait assurée. Faire partie de « ceux qui l’attendent » est un caractère commun de tous les fidèles, juifs et gentils ; ils attendent l’avènement du Seigneur ; et l’attendent pour le salut, pour la pleine réalisation de leur bienheureuse espérance (Phil. 3 : 20 ; Jac. 5 : 7-8).
            Le mot « salut », dans la Bible, embrasse trois choses caractérisant notre état actuel :
                  - coupables, nous avons besoin d’être réconciliés avec Dieu ; c’est le premier degré du salut ;
                  - corrompus, esclaves du péché, nous avons besoin d’être rapprochés de Dieu, rétablis dans sa communion, régénérés, affranchis ; c’est le deuxième degré ;
                  - enfin, déshérités d’Eden (du ciel), nous avons besoin d’y rentrer par la rédemption du corps, et de retrouver ainsi le bonheur que nous avons perdu : c’est le troisième et dernier degré du salut, c’est la « consommation » dans le sens absolu du mot - tout est amené à la perfection.
            En d’autres termes, le salut est, avant tout, le pardon ; c’est le sens fondamental de ce mot. Puis, c’est l’affranchissement du péché par le Saint Esprit et la sanctification (Phil. 2 : 12). Enfin, c’est la rédemption du corps et le salut final ; l’apôtre Paul dit aux Romains : « Le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru » (Rom. 13 : 11). C’est encore le sens du mot salut dans notre verset 28. La Parole de Dieu dit également que nous sommes sauvés et que nous le serons, selon la phase du salut qu’elle envisage. Nous avons déjà le salut, et cependant nous attendons Jésus pour le salut, le plein salut, et non l’abolition du péché seulement ; nous L’attendons pour notre complète et éternelle délivrance, pour la rédemption de notre corps et la gloire impérissable ; nous avons actuellement les arrhes de notre héritage, mais nous ne le posséderons en plénitude qu’au jour de Christ (Rom. 8 : 24 ; Col. 3 : 3-4 ; 1 Jean 3 : 2).
           

D’après E. Guers