Méditations suivies : Etude sur l'épître aux Hébreux (8)

bible-notes.org

Imprimer ou partager la page :

ETUDE SUR L’EPITRE AUX HEBREUX (8)

                                         

           

CHAPITRE 8

 

Avec Jésus Christ, une meilleure alliance (8 : 3-13)                    

L’auteur de l’épître fait trois choses dans le chapitre 8 :
                        - il résume en quelque sorte les arguments tirés du Psaume 110 : 4 ;
                        - il indique ensuite un argument nouveau qu’il développera dans les chapitres 9 et 10 ;
                        - puis, il introduit et expose une troisième preuve empruntée à Jérémie 31.
            Reprenons ces trois points l’un après l’autre.

Avant tout, l’auteur donne ici (v. 1-2) le « point capital » de l’enseignement qui précède : nous possédons en Jésus le souverain sacrificateur qu’il nous convenait d’avoir (7 : 26), un souverain sacrificateur qui siège à la droite de la Majesté divine, et que la suprême dignité de sa Personne en même temps que la gloire du sanctuaire dans lequel il officie, élèvent infiniment au-dessus des sacrificateurs lévitiques. Il est le ministre du vrai tabernacle que le Seigneur lui-même a dressé. C’est là, c’est dans le ciel, qu’Il présente à Dieu le sacrifice qu’Il a offert pour nous ici-bas (v. 3) ; et c’est là seulement aussi qu’Il peut le présenter. Il ne le pourrait pas s’il était resté sur la terre, puisque l’office de sacrificateur et le lieu dans lequel cet office doit être exercé, sont exclusivement réservés et appropriés aux fils d’Aaron (v. 4).

L’auteur indique ensuite (v. 5) un argument d’un nouveau genre qu’il développera dans les deux chapitres suivants : les sacrificateurs lévitiques officient dans les sombres temps de la Loi ; Jésus, au contraire, officie dans les éternelles et glorieuses réalités de l’évangile. C’est le fondement sur lequel l’apôtre élèvera ensuite un imposant édifice (ch. 9 et 10). Comme il y aura, dans le développement de cette deuxième preuve, des allusions à la nouvelle alliance, il convient que l’auteur ait préalablement exposé ce qui s’y rapporte, et c’est ce qu’il va faire.

Il présente donc (v. 6-13), à l’appui de sa thèse, un troisième et dernier argument qu’il emprunte à Jérémie 31 : 31-34, et qui repose sur l’indissoluble union qui existe entre l’alliance et le sacerdoce. Ces deux choses, en effet, agissent l’une sur l’autre, de telle sorte que s’il est prouvé que la seconde alliance est supérieure à la première, la preuve est ainsi faite que le sacerdoce de la seconde alliance l’emporte sur celui de la première. Mais l’alliance qui découle de l’évangile est-elle en réalité supérieure à celle de la Loi ? C’est le point duquel dépend toute la force de la démonstration.
            Voici comment il est établi :

                        1- D’abord, la nouvelle alliance est constituée sur de meilleures promesses, ce qu’il prouve par la citation de Jérémie.
            Or, ces promesses ou ces bénédictions meilleures sont au nombre de quatre :
                        - la régénération, ou l’inscription de la Loi de Dieu, dans ce qu’elle a de moral et de permanent, sur les tables charnelles du cœur ;
                        - l’adoption réelle et éternelle de l’Israël selon l’Esprit ;
                        - l’instruction divine ou l’enseignement du Saint Esprit sous la nouvelle économie ;
                        - la pleine rémission des péchés, la rédemption éternelle de l’évangile
            A ces quatre bénédictions, l’auteur de l’épître, comme le prophète, oppose, respectivement, dans sa pensée :
                        - l’inscription de la Loi sur les tables de pierre ;
                        - l’adoption simplement typique et nationale de l’Israël selon la chair ;
                        - l’enseignement humain sous l’ancienne économie ;
                        - la rédemption nationale, cérémonielle et annuelle de la Loi.
            Telles sont les riches et glorieuses et éclatantes promesses de l’alliance à laquelle se lie le nouveau ministère, du fait de l’infinie supériorité de celui-ci.

            2- L’auteur en trouve encore une autre dans le fait même de l’annonce prophétique d’une alliance nouvelle pendant que subsistait l’ancienne ; c’est un développement analogue à celui qu’il faisait au chapitre 7 (v. 11-17) : si la première alliance avait été irréprochable, si elle avait atteint le but d’une véritable alliance, Dieu en aurait-il promis une seconde ? La promesse d’une alliance nouvelle faite pendant le règne de la première, atteste, en effet, l’imperfection de celle-ci et par conséquent son infériorité.

            3- Le verset 13 termine ainsi toute l’argumentation : en appelant cette alliance « nouvelle », l’auteur déclare ancienne la première ; or, ce qui devient ancien et qui vieillit, est près de disparaître. C’est la conséquence inévitable de la nature de la première alliance et de sa destination. Mais l’auteur, ici, ne parle plus uniquement comme docteur ; il parle aussi comme prophète, et ses paroles, de même que celles du verset 8 du chapitre 6, projettent de sinistres lueurs sur l’avenir prochain de Jérusalem et de la nation juive. Le temple attire encore les Hébreux par la majesté de son culte ; il les séduit par l’irrésistible empire des habitudes religieuses et par la puissance des souvenirs ; mais Dieu va le renverser de fond en comble, et trancher ainsi la grande question qui se débat entre l’écrivain de l’épître et ses lecteurs. Alors les ombres s’évanouiront pour faire place aux éternelles réalités.

 

L’excellence du souverain sacrificateur qui administre la nouvelle alliance

« Or le point capital de ce qui vient d’être dit, c’est que nous avons un tel souverain sacrificateur qui s’est assis à la droite du trône de la Majesté dans les cieux, ministre des lieux saints et du vrai tabernacle que le Seigneur a dressé, non pas l’homme » (v. 1-2).
            Cette séance du Seigneur à la droite du Père, cette attitude, proclame à la fois la gloire de sa Personne et la perfection de son sacrifice (1 : 3 ; 10 : 11-14 ; Eph. 1 : 20) ; elle manifeste que Dieu a pleinement accepté l’offrande que Jésus lui a présentée pour nous.
            Le mot « sanctuaire » semble correspondre ici au lieu très saint, et le mot « tabernacle » à l’ensemble de l’édifice sacré. C’est le temple que la Parole du serment (Ps. 110 : 4) assigne au Fils de David. Le tabernacle que Betsaleël et Oholiab avaient dressé au désert n’en était que l’image (Ex. 36 ; Héb. 9) ; autant il était inférieur au vrai sanctuaire, autant l’ancien sacerdoce cède la place au nouveau.

« Car tout souverain sacrificateur est établi pour offrir des dons et des sacrifices ; c’est pourquoi il était nécessaire que celui-ci aussi eût quelque chose à offrir » (v. 3).
            Or, un sacrificateur ne demeure pas inactif dans le sanctuaire dont il est le ministre : car tout souverain sacrificateur est établi pour offrir des dons et des sacrifices pour le péché (5 : 1) ; c’est pourquoi il était nécessaire que celui-ci, Jésus (7 : 24), eût aussi quelque chose à offrir : il s’agit, de quelque chose que Jésus, en sa qualité de souverain sacrificateur, doit présenter et qu’Il présente actuellement à Dieu, savoir la parfaite et unique offrande qu’Il lui a offerte pour nous sur la terre, et dont Il fait prévaloir maintenant devant Lui, dans le sanctuaire éternel, la suprême efficace (4 : 14-16), accomplissant ainsi, selon le type (Lév. 16), la seconde partie de son œuvre sacerdotale -l’intercession fondée sur le sacrifice (Rom. 8 : 34 ; Héb. 9 : 24 ; 1 Jean 2 : 1, 2).        

« Si donc il était sur la terre, il ne serait pas même sacrificateur, puisqu’il y a ceux qui offrent les dons selon la Loi » (v. 4).
            Ce que Jésus présente à Dieu pour nous, Il ne peut effectivement le présenter que dans le ciel : car s’Il était encore sur la terre, Il ne serait pas sacrificateur, ni selon la Loi, car elle ne reconnaît pour sacrificateurs sur la terre que les fils d’Aaron, ni selon la parole du serment, car elle le constitue sacrificateur dans le ciel (Ps. 110). C’est donc là seulement qu’Il peut officier pour nous, et c’est là aussi que, poursuivant son œuvre de sacrificateur, Il présente maintenant à Dieu, ce « quelque chose » (v. 3) dont le sang des victimes n’était que l’image, et qui est d’un si grand prix à ses yeux. A chaque sacerdoce son temps, son rôle, son sanctuaire. Ce serait abuser de ce passage que de vouloir inférer, avec certains auteurs, que Jésus n’est sacrificateur qu’à partir de sa séance à la droite de Dieu. Sans doute, avant sa résurrection, Il n’était pas le sacrificateur immortel et céleste que le Psaume 110 proclame ; mais Il était sacrificateur sur la terre, à moins qu’on ne prétende qu’un sacrifice offert par un autre qu’un ministre du sanctuaire ait de la valeur devant Dieu. Comprenons bien que l’auteur continue ici à faire allusion au service annuel des propitiations (Lév. 16) ; et l’acte de ce service qu’il envisage, n’est pas le premier, c’est-à-dire l’offrande que notre souverain sacrificateur a offerte une seule fois et qu’Il ne renouvelle pas (7 : 27), mais le second, c’est-à-dire l’intercession. Il est évident que, dans l’antitype comme dans le type, Jésus est sacrificateur partout, au parvis comme au lieu très saint, à l’autel de l’holocauste comme devant le propitiatoire.

« Eux qui servent la figure et l’ombre des réalités célestes : comme Moïse, quand il allait construire le tabernacle, en a été averti divinement : « Prends garde », est-il dit en effet, « à tout faire selon le modèle qui t’a été montré sur la montagne » (v. 5).
            Un nouvel argument est indiqué (9 : 9-10 ; 10 : 1 ; Col. 2 : 17). L’expression « les réalités célestes » (voir 9 : 23) comprend tout un ensemble : tabernacle, ministres et service. Les sacrificateurs rendent un culte qui n’en est que le symbole et que l’ombre : « l’ombre » arrêterait-elle donc plus longtemps ceux qui possèdent maintenant la réalité ? Leur culte s’arrête à ce qui n’est que l’image, la représentation de la réalité ; il ne va pas au-delà.
            Moïse « a été averti divinement ». Ici, comme au verset 25 du chapitre 12, le mot de l’original signifie, en effet, recevoir un oracle, une révélation ou une direction divine. Lorsque Moïse a dû confectionner le tabernacle, l’Eternel lui a dit : « Regarde, et fais selon le modèle qui t’en est montré sur la montagne » (Ex. 25 : 40 ; 26 : 30). Il lui a été « montré » - sans doute en vision ; Dieu ne donna pas à Moïse une simple description verbale du tabernacle, mais il en plaça le modèle sous les yeux de son serviteur. Or, ce modèle n’étant déjà lui-même que l’ombre des réalités célestes, le tabernacle, seconde copie exécutée par des mains d’hommes, ne pouvait pas être quelque chose de plus. C’était un tableau énigmatique qui trouve aujourd’hui sa réalisation dans la rédemption par Jésus Christ - ce qui nous donne la mesure de l’importance que nous devons attacher à l’étude, malheureusement si négligée, des « types » du tabernacle. « Nous apprenons par ceci, dit Calvin, que les cérémonies anciennes n’ont point été forgées à la volée, comme si Dieu avait voulu amuser son peuple comme le fait un jeu de petits enfants, et que le tabernacle n’a point été bâti en vain, pour seulement attirer les yeux par une magnificence extérieure, et les tenir arrêtés là. La signification de toutes ces choses était vraie et spirituelle, mais ne serait révélée que plus tard ».

                        Jésus, médiateur d’une nouvelle alliance

« Mais maintenant Christ a obtenu un ministère d’autant plus excellent qu’il est médiateur d’une meilleure alliance, qui est fondée sur de meilleures promesses » (v. 6).
            Jésus a obtenu un ministère d’autant plus excellent que celui des fils d’Aaron, qu’il est aussi médiateur ou garant (7 : 22 ; 2 Cor. 3 : 6-9) d’une meilleure alliance, ratifiée par le sang de Christ. C’est une alliance et non un testament : on ne ratifie pas un testament par le sang, et un médiateur ou sacrificateur n’a rien de commun avec un testament.
            Cette alliance est fondée, légalement établie, sur de meilleures promesses (Jér. 31 : 31-34) ; les promesses d’une alliance en contiennent la substance et en font la valeur.

En effet, si cette première alliance avait été irréprochable, il n’y aurait pas eu lieu d’en chercher une seconde ; car, en blâmant, il leur dit : « Voici, des jours viennent, dit le Seigneur, où je conclurai, pour la maison d’Israël et pour la maison de Juda, une nouvelle alliance » (v. 7-8).
            Mais comme on l’a vu, la Loi ne pouvait pas amener le pécheur à la perfection, c’est-à-dire le purifier de ses péchés, le vivifier et lui ouvrir le chemin du ciel (Gal. 3 ; Rom. 3 ; Héb. 9 : 8-9 ; 10 : 4).
            Ce que nous avons dit de la Loi, s’applique également à l’alliance (ou économie), car, au fond, c’est la même chose :
                        - irréprochable, parfaite pour le peuple auquel Dieu l’avait donnée, pour le temps qu’il lui avait assigné et le but auquel il l’avait destinée, l’alliance n’en était pas moins défectueuse en elle-même ;
                        - nationale, elle n’était faite que pour Israël ;
                        - conditionnelle, au lieu de justifier le pécheur, elle le plaçait plutôt sous la condamnation du fait de son incapacité à accomplir la Loi (Héb. 7 ; Rom. 3 ; 4 ; Gal. 3 ; 4, etc.) ;
                        - figurative, elle n’avait que l’ombre des biens à venir (Héb. 10 : 1-2).
            Aussi, voyez de quelle manière l’auteur de l’épître la désigne : « cette première alliance » (v. 7).
            Dieu s’adresse aux Juifs : « il leur dit » (v. 8). C’est donc ici un témoignage dont les Hébreux ne peuvent récuser l’autorité. Comme on le voit, une parole de l’Ecriture est toujours la base des argumentations de l’auteur.
            Le texte hébreu dit : « Je « couperai », ou « frapperai » une alliance nouvelle ». C’est une allusion à la manière ancienne de traiter une alliance : on immolait une victime, puis, on la coupait par morceaux, et les parties contractantes passaient ensuite entre les pièces de la victime ainsi découpée (Gen. 15 : 9-10, 17-18 ; Jér. 34 : 18-19). La version grecque porte : J’établirai ou disposerai une alliance nouvelle ; mais ce mot ne suffisant pas à l’auteur inspiré de l’épître, il le remplace par : Je conclurai, mot qui fait mieux ressortir la perfection de la nouvelle alliance et sa supériorité sur l’ancienne. Destinée premièrement au peuple qui avait reçu l’alliance de Sinaï, l’alliance qui découle de l'évangile devait répandre ensuite ses bienfaits sur toutes les nations de la terre.

« Non comme l’alliance que j’ai faite avec leurs pères, le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte ; car ils n’ont pas persévéré dans mon alliance, et moi je les ai délaissés, dit le Seigneur » (v. 9).
            Il est dit simplement : « l’alliance que j’ai faite », au lieu de « j’ai établie » ou « j’ai disposée » que porte encore ici la version grecque. L’auteur, toujours dans le but indiqué plus haut, l’oppose à « je conclurai » ; avec leurs pères, c’était une alliance appropriée à leur état moral, une alliance charnelle faite pour un peuple charnel.
            « Le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte » : quelle belle et touchante image ! Dieu a été seul l’auteur de la rédemption d’Egypte, comme Il est seul l’auteur de la rédemption éternelle.
            « Ils n’ont pas persévéré dans mon alliance ». La traduction des Septante est encore adoptée ici ; le texte hébreu dit : « laquelle mienne alliance ils ont violée ». L’histoire des Hébreux depuis le culte du veau d’or jusqu’à l’époque de Jérémie, n’est, en effet, qu’une longue suite de violations de l’alliance que l’Eternel avait traitée avec eux (Ps. 78 ; 106).
            « Et moi je les ai délaissés, dit le Seigneur ». Il y a dans le texte hébreu : « Et cependant je leur étais un souverain ou un mari, dit l’Eternel ». L’alliance de Dieu avec Israël est comparée à un mariage dans l’Ancien Testament, et la violation de cette alliance y est qualifiée d’adultère. Mais on peut traduire aussi, comme le fait la version des Septante, suivie encore ici : « Et je les ai délaissés » - je les ai méprisés, rejetés avec dégoût, car le mot hébreu signifie non seulement gouverner, être un époux, mais aussi regarder avec mépris. Voici de quelle manière on peut réunir les deux sens : « Et moi, comme un mari offensé, je les ai traités avec dédain ». Le Seigneur les a supportés bien longtemps encore, jusqu’au jour où ils ont consommé leur révolte en rejetant le Berger d’Israël ; alors, prenant la verge - « grâce » ou « faveur », symbole de la première alliance -, celui-ci la mit en pièces, selon que l’avait annoncé le prophète Zacharie (11 : 10), et a rompu le pacte qu’il avait fait avec les nations ou tribus d’Israël.          

Et voici l’alliance que j’établirai pour la maison d’Israël après ces jours-là, dit le Seigneur : « En mettant mes lois dans leur pensée, je les graverai aussi sur leurs cœurs, et je leur serai pour Dieu, et ils me seront pour peuple » (v. 10).
            Le mot « Israël », si l’Ecriture ne fait pas de distinction, désigne toute la nation. Quand cette promesse aura son accomplissement direct et total, la nation, si longtemps divisée, ne sera plus qu’une dans la main de Dieu.
            « En mettant mes lois dans leur pensée, je les graverai aussi sur leurs cœurs », et non plus simplement sur des tables de pierre (2 Cor. 3 : 3). C’est l’œuvre profonde, ineffaçable de l’Esprit de Dieu, la régénération du pécheur, présentée sous une image juive ; ce n’est pas seulement la connaissance des lois de Dieu, mais aussi l’amour de ces mêmes lois, et avant tout l’amour de Celui qui les a données. L’amour est l’accomplissement de la Loi (Deut. 30 : 6 ; Ez. 36 : 26-27 ; Rom. 13 : 8, 10 ; Gal. 5 : 14). « En vain Dieu publie sa Loi par la voix des hommes, s’Il ne l’écrit dans nos cœurs par son Saint Esprit, c’est-à-dire s’Il ne nous dispose pas et ne nous forme pas à obéissance » (Calvin).
            « Je leur serai pour Dieu, et ils me seront pour peuple ». C’est, comme nous l’avons déjà dit, l’adoption réelle et éternelle en Jésus Christ, le Fils de Dieu, implicitement opposée à l’adoption nationale et figurative d’Israël (Rom. 9 : 4), l’adoption et par conséquent le droit à l’héritage (Rom. 8 : 17 ; Gal. 4 : 7 ; Héb. 9 : 15).

« Et ils n’enseigneront pas chacun son concitoyen et chacun son frère, en disant : Connais le Seigneur ; car ils me connaîtront tous, du plus petit au plus grand parmi eux » (v. 11).
            La connaissance dont il s’agit ici est essentiellement la connaissance vivante, expérimentale de l’amour de Dieu en Christ (v. 12) ; cette connaissance vient du Saint Esprit (2 Cor. 4 : 6). L’homme ne peut pas mieux la communiquer à l’homme qu’il ne peut le régénérer ; mais, loin d’exclure le ministère évangélique (Matt. 28 : 12-13 ; 10 : 24-25) et l’exhortation mutuelle (Héb. 3 : 12-13 ; 10 : 24-25), elle les suppose, au contraire, et les veut comme moyens.
            « La droite connaissance de Dieu est une sagesse qui surpasse de beaucoup la capacité de l’entendement humain ; et nul ne la peut recevoir que par révélation secrète du Saint Esprit. Esaïe dit que tous les enfants de Dieu seront enseignés par lui (54 : 13). Seuls ceux auxquels Il a voulu manifester une grâce spéciale Le connaissent droitement. Dieu englobe ici les petits et les gens de bas état avec les plus grands ; les premiers ne sont pas empêchés par leur rudesse et leur ignorance, et les autres ne s’élèvent pas si haut par leur propre subtilité, mais l’Esprit seul est le Maître également de tous » (Calvin).

« Car je serai clément à l’égard de leurs injustices, et je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités » (v. 12).
            Ils me connaîtront véritablement, car ils me connaîtront dans mon amour ; ils en goûteront les douceurs dans le plein pardon de leurs péchés et de leurs iniquités. C’est, comme nous l’avons également dit, l’absolution réelle et complète des transgressions, la rédemption éternelle par le sacrifice du Messie, tacitement opposée à la rédemption éternelle annuelle et préfigurative d’Israël. C’est la pleine réalisation du beau type lévitique du bouc du sacrifice pour le péché (Lév. 16 ; Jér. 50 : 20), et le trait principal de la supériorité de l’alliance de grâce sur celle du Sinaï.
            Cette parole, qui couronne admirablement les promesses de la nouvelle alliance, s’adresse d’abord à Israël ; mais, en attendant qu’elle se vérifie, ainsi que les précédentes, envers le peuple de l’alliance (Actes 3 : 25), elle se réalise dès maintenant envers l’Eglise. La Source qui a été autrefois ouverte pour la nation juive, mais dont jusqu’ici cette nation refuse obstinément de s’approcher, est accessible à tous les pécheurs. Quiconque y vient avec une foi véritable s’y nettoie à l’instant même de toute impureté (Zach. 13 : 1).
            « Les anciens n’ont pas été privés de cette grâce, dit Calvin ; toutes les fois qu’ils pensaient à leurs péchés, ils étaient consolés et soutenus par l’espérance de la rémission gratuite ; l’auteur de l’épître ne les prive donc pas de ces biens, en remettant l’accomplissement de la prophétie de Jérémie à la venue de Christ ; il ne nie pas que Dieu n’ait jadis écrit la Loi aux cœurs des siens, et ne leur ait pardonné leurs péchés ; mais c’est une comparaison « du plus grand au moindre. Nous voyons aussi combien les promesses ont été « enveloppées » pour eux, en sorte qu’elles donnaient seulement quelques petites étincelles et une clarté obscure, comme la lune et les étoiles, face à la clarté de l’évangile qui montre d’une façon magnifique les choses maintenant révélées ».

                        La nouvelle alliance, rendant « ancienne la première »

« En disant : « une nouvelle alliance », il a rendu ancienne la première ; or ce qui devient ancien et qui vieillit est près de disparaître » (v. 13).

Le mot français alliance est le seul qui corresponde au mot de l’original hébreu, et à celui par lequel la version grecque des Septante, citée par les apôtres, l’a constamment rendu. Il est d’ailleurs évident, avons-nous déjà dit, que toutes les fois qu’il s’agit de victime, de sang répandu, de médiation, alliance est le mot qu’il faut adopter- et non testament.
            Une alliance divine est une disposition ou constitution de choses, en vertu de laquelle Dieu nous assure certaines bénédictions, certains privilèges, pour un temps plus ou moins long, avec ou sans conditions.

L’Ecriture parle de plusieurs alliances, les unes particulières, les autres générales. Ces dernières sont essentiellement celles que l’Eternel a traitées avec la postérité d’Abraham. Il y en a deux, l’ancienne et la nouvelle :
                        - La première représentait la Loi primitive de vie et de mort, sous laquelle Adam avait été placé en Eden comme chef de l’humanité. Cette alliance, qui promettait aux enfants d’Israël la bénédiction et la vie, sous la condition formelle d’une obéissance parfaite aux commandements de Dieu, avait pour but de leur faire sentir et toucher du doigt, que l’homme ne peut être sauvé par ses œuvres, et de les conduire à Christ pour être justifiés. Ratifiée par des sacrifices d’animaux, la première alliance eut Moïse pour médiateur.
                        - La nouvelle alliance, donnée au peuple qui avait reçu la première (Jér. 31 : 31-34 ; Héb. 8 : 8-12), n’est, au fond, que le développement des promesses que l’Eternel avait faites à Abraham 430 ans auparavant, et dont le trait le plus saillant est indiqué dans ces mots : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre » (Gen. 12), c’est-à-dire en ta postérité (Gen. 22 : 18), qui est le Christ (Gal. 3 : 16). L’ancienne alliance était conditionnelle ; la nouvelle est purement gratuite. Le sang qui l’a ratifiée est le sang précieux de l’Agneau sans tache. Elle est éternelle, et le sacerdoce qui l’accompagne l’est aussi, c’est-à-dire qu’elle ne sera remplacée par aucune autre, et que ses effets dureront à perpétuité.
            Le parallèle entre les deux alliances est le sujet du chapitre 8 des Hébreux, et, en général, de l’épître entière.

 L’alliance de grâce renferme toutes les bénédictions que réclament les besoins actuels de l’homme déchu (Jér. 31) : la régénération présentée, comme on l’a vu, sous une image juive, c’est-à-dire avec une allusion manifeste aux tables de l’alliance, l’adoption, l’instruction divine et la rémission des péchés. Cette brillante constellation de grâces, découlant de l’union avec Christ, était déjà toute comprise dans la parole citée plus haut : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ». L’alliance de grâce renferme, en outre, des bénédictions temporelles et nationales, également indiquées, pour la plupart, dans les promesses que l’Eternel a faites à Abraham : le rétablissement d’Israël dans son pays, la multiplication de ce peuple, sa suprématie et sa gloire, la fertilité de la Judée, la longévité de ses habitants… (Jér. 30 à 33 ; Gen.12 ; 15 ; 17 ; 22 ; Es. 59 : 20-21 ; 65 : 18 à 25 ; Ez. 16 ; 36, etc.).
            C’est uniquement dans l’amour éternel de Dieu qu’il faut chercher l’origine de l’alliance de grâce (Tite 1 : 2-3). Ferme, immuable, comme Dieu lui-même, elle ne sera jamais ébranlée, car elle repose sur l’amour gratuit et souverain du Père, et sur l’œuvre parfaite accomplie par le Fils.
            Arrêtée dans le conseil éternel du Dieu trois fois saint, l’alliance de grâce s’est peu à peu développée dans le temps. Le Seigneur l’a d’abord annoncée à Abraham ; puis, par le moyen de ses prophètes, Il en a dévoilé graduellement les richesses devant la postérité du patriarche. Enfin, quand l’heure prévue dans les décrets divins est venue, l’Ange de l’alliance (Mal. 3 : 1), Jésus, est apparu dans le monde et a répandu le sang qui l’a ratifiée.
            A peine le Seigneur a-t-il acquis par sa mort les biens incomparables de la nouvelle alliance, que les Juifs ont été invités eux aussi à en jouir ; car c’était à eux premièrement qu’ils étaient destinés. Mais une faible minorité d’entre eux seulement les a acceptés. La masse de la nation les a rejetés, ajournant ainsi pour elle-même l’heure de la bénédiction. C’est alors que les serviteurs de Jésus se sont tournés vers les Gentils. Et ce grand salut qui avait été offert à Israël d’abord, et que ce peuple avait dédaigné, les Gentils l’ont reçu avec bonheur. Sans doute ils ne participent pas, ou ne participent que bien indirectement, à ce qu’il y a de terrestre et de national dans les biens de l’alliance de grâce ; mais, tout ce que cette alliance renferme de bénédictions spirituelles, ils le possèdent comme ceux que l’Ecriture appelle « les fils des prophètes et de l’alliance » (Act. 3 : 25) ; devenus par la foi enfants d’Abraham, les Gentils héritent pleinement de toutes les promesses spirituelles faites au père commun des croyants ; greffés sur l’olivier franc, ils ont part à la racine et à la graisse de la plante divine (Rom. 11).

Mais cela ne change absolument rien à la position d’Israël devant Dieu. Pour nous en convaincre, rappelons-nous trois choses :
                        - D’abord, Israël, en tant que nation, garde à toujours son individualité dans la prophétie comme dans l’histoire. Il est vrai que les prémices de ce peuple, réunies à celles des nations pour former avec elles l’Eglise, ont perdu et qu’elles continuent de perdre leur caractère primitif et national ; il est vrai que le Juif, aussitôt converti, cesse d’être juif, car, dans le corps de Christ, il n’y a ni juif ni grec ; mais Israël, comme peuple, n’en demeure pas moins distinct de l’Eglise et des nations. La teneur générale de la prophétie et l’ensemble des révélations divines l’attestent. Dieu appelle Israël son peuple de sa possession (Deut. 4 : 20), la nation qu’il a « fiancée » à Lui pour toujours (Osée 2). N’as-tu pas vu, dit-il à Jérémie, ce que ce peuple a dit : L’Eternel a rejeté les deux familles (Ephraïm et Juda) qu’il avait élues, méprisant ainsi mon peuple, tellement que, à leurs yeux, il ne serait plus une nation ? Ainsi a dit l’Eternel : Si je n’ai pas établi mon alliance avec le jour et avec la nuit, et les lois des cieux et de la terre, alors je rejetterai la postérité de Jacob et celle de David, mon serviteur. Si jamais ces lois disparaissent de devant moi, dit l’Eternel, la postérité d’Israël aussi cessera d’être une nation devant moi. Ainsi a dit l’Eternel : Si l’on peut mesurer les cieux par-dessus, et sonder les fondements de la terre par-dessous, alors je rejetterai aussi la race d’Israël pour tout ce qu’ils ont fait, dit l’Eternel (Jér. 33 : 20-26 ; 31 : 35-40). Aussi longtemps donc que durera la terre actuelle, Israël y subsistera comme nation, « malgré tout ce qu’il a fait à son Dieu » ; aussi longtemps qu’il y aura un soleil, une lune et des étoiles là-haut, il y aura ici-bas un Israël !
                        - Ensuite, la seconde alliance s’adresse avant tout, comme on le sait, au peuple qui avait reçu la première. Le prophète - et, après lui, l’auteur de l’épître - appelle l’alliance de grâce une alliance nouvelle, ce qu’elle n’est assurément que pour la postérité d’Abraham, Dieu n’a jamais traité d’alliance directe avec les Gentils.
                        - Enfin, l’alliance de grâce, qui renferme, ainsi que nous l’avons également vu, des promesses spirituelles et éternelles, et des promesses temporelles et nationales (Jér. 31 ; Ez. 36), est, dans toute sa teneur, une alliance « sans condition », comme son nom l’indique.

Ces trois points admis, il est clair que le privilège que le Gentil possède en vertu de son union avec le Fils d’Abraham - sa participation en Christ à tout ce qu’il y a de spirituel et de meilleur dans la portion de Jacob - ne change absolument rien à la position de ce peuple devant Dieu. Le droit d’Israël comme nation demeure : il est inaliénable ; l’infidélité de l’homme n’anéantit pas la fidélité de Dieu. Bien que justement rejeté pour un temps à cause de ses iniquités, Israël ne peut rester à  toujours en dehors d’une alliance qui a été donnée à lui premièrement, à lui directement, et qui, de plus, est purement gratuite.
            L’apôtre Paul dit aux Romains : « Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, dit Paul aux Romains (11 : 25-29), afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux : c’est qu’un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée ; et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : « Il viendra de Sion, le Libérateur ; il détournera de Jacob l'impiété. Et c’est là mon alliance en leur faveur, lorsque j’ôterai leurs péchés. » (Es. 59 : 20-21). Quant à la bonne nouvelle, il est vrai, continue l’apôtre, ils sont bien-aimés à cause des pères, car les dons de grâce et l’appel de Dieu sont irrévocables. Ce dernier mot dit à lui seul tout l’avenir de l’ancien peuple de Dieu : il révèle ses glorieuses destinées : aussitôt que la plénitude des Gentils (Matt. 5 : 3 ; Act. 15 : 14) sera entrée dans l’alliance, Israël, à son tour, y rentrera, ou plutôt y entrera pour en recevoir les bénédictions, mais alors pour les recevoir dans leur plénitude ; pour hériter non seulement des biens spirituels de cette alliance que Jérémie 31 énumère, et que Hébreux 8 rappelle, mais encore de ses biens temporels et nationaux que le prophète énumère également dans le même chapitre 31, et que nous connaissons déjà : la possession de Jérusalem réédifiée pour n’être plus démolie ni détruite, la merveilleuse multiplication d’Israël rétabli dans sa terre, la suprématie et la gloire de cette nation, la fertilité de la Judée... (voir aussi Jér. 33 ; Es.65 ; Ez. 36 ; 37, etc.). Et rien, d’ailleurs, n’empêchera que Dieu ne reprenne son ancien peuple, et qu’Il ne lui accorde tout ce qu’Il lui a promis, sans compromettre en aucune sorte ses attributs glorieux, puisque c’est gratuitement qu’Il le fera, selon mon alliance, dit-Il lui-même (Ez. 16 : 60 à 63), c’est-à-dire selon l’alliance gratuite, immuable, éternelle, qu’il a faite avec le patriarche Abraham 430 ans avant la Loi, et non selon « ton » alliance, comme il appelle, dans ces mêmes versets d’Ezéchiel, l’alliance nationale, conditionnelle et temporaire de Sinaï.
           La nation juive est demeurée jusqu’à ce jour sous le jugement de Dieu. C’est la femme dont parle Zacharie 5, et que le Seigneur a si justement enfermée dans l’Epha. Mais l’heure approche où, soulevant la masse de plomb qui a pesé sur elle jusqu’à présent, et déchirant le voile qui est encore sur son cœur quand elle lit Moïse (2 Cor. 3 : 14 ; Zach. 12 : 10), le Seigneur tirera de la plus sombre des geôles cette épouse si longtemps et si justement délaissée. Quel moment pour Israël et pour le monde entier ! Quelle gloire pour le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ! Quels chants d’allégresse retentiront au milieu de la race élue, quand, sortie enfin de son affreux cachot, et lavée dans le sang qu’elle-même a versé, elle marchera pardonnée, libre, heureuse, à la clarté du soleil de justice qui la vivifiera de ses douces ardeurs, tandis qu’il consumera ses ennemis (Mal. 4) ! Alors débarrassée de tous ses liens, Sion, si longtemps captive, s’égaiera sous le tendre et puissant regard du Saint d’Israël, son Créateur, son Rédempteur et son Mari (Es. 54 : 5), lui pardonnant son crime national, ainsi que les outrages, les imprécations et les blasphèmes qui l’ont comme renouvelé et perpétué jusqu’à maintenant, l’attirant par d’irrésistibles cordages d’amour, et se l’attachant, enfin, sans retour par d’ineffables compassions ! Alors, à ce cri de son cœur ému : « Mon peuple ! » la nation tout entière répondra avec amour : « Eternel, mon Dieu ! » (Zach. 13 : 9). « Revêts-toi de tes vêtements de parure, Jérusalem, ville sainte ! …Secoue de toi la poussière, lève-toi… délivre-toi des chaînes de ton cou… (Es. 52 : 1-2). « Lève-toi, resplendis, car ta lumière est venue, et la gloire de l’Eternel s’est levée sur toi » (60 : 1).

                                                                                                           D’après E. Guers