Méditations suivies : Etude sur l'épître aux Hébreux (7)

bible-notes.org

Imprimer ou partager la page :

ETUDE SUR L’EPITRE AUX HEBREUX (7)                                        

           

CHAPITRE 7

Jésus Christ, grand souverain sacrificateur (ch. 4 : 14  à  8 : 2)                    

L’auteur de l’épître a déjà exposé la nature et la réalité du sacerdoce de Christ (5 : 1-10) ; il va maintenant, à l’aide du verset 4 du Psaume 110, en démontrer l’infinie supériorité. On se rappelle que c’est le point spécial qu’il s’agit d’établir.
            La supériorité du ministère de l’évangile sur celui de la Loi découle premièrement de la suprême dignité de la Personne adorable qui en est revêtue : c’est le sujet des chapitres 7 et 8. Tel est, du moins dans ces quatre chapitres (5 à 8), l’ordre général des idées - toutefois, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, il est impossible de les soumettre à une analyse rigoureuse.

                        Rappel du récit de Genèse 14 concernant Melchisédec

Le psalmiste dit : « L’Eternel a juré, et il ne se repentira point : Tu es sacrificateur pour toujours, selon l’ordre de Melchisédec » (Ps. 110 : 4). C’est la parole qui sert de base à l’argumentation de l’auteur de l’épître. Il rappelle avant tout (v. 1-3) ce que le chapitre 14 de la Genèse raconte au sujet de ce Melchisédec sacrificateur du Dieu Très-haut, roi de justice, et roi de Salem (ou roi de paix) - comment il a béni Abraham revenant de la défaite des rois Cananéens, et a reçu de la main du patriarche la dîme de tout ce qu’il leur avait pris (Gen. 14 : 18-20).
            Qui est Melchisédec ? Plusieurs ont été persuadés que ce personnage de la Bible, si grand, si mystérieux, ne pouvait être un autre que Jésus Christ lui-même, voyant là, en quelque sorte, le prélude à son futur ministère de roi-sacrificateur et l’une de ces nombreuses apparitions divines dont sont remplies les pages de l’Ancien Testament. Nous préférons, néanmoins, l’opinion de ceux qui ne voient dans le roi de Salem qu’un type de Jésus Christ. Melchisédec, en effet, est « assimilé au Fils de Dieu » (v. 3), et Jésus est appelé sacrificateur « à la ressemblance » (v.15) ou « selon l’ordre de Melchisédec » (v. 11). Nous lisons au chapitre 2, que, pour devenir un vrai sacrificateur, le Fils de Dieu avait dû participer au sang et à la chair, comme ses frères, et à tous égards leur être rendu semblable. Or, si Jésus existait avant Abraham quant à sa nature divine (Jean 8 : 58), s’Il est apparu fréquemment sous une apparence humaine, avant de s’incarner, il est certain, d’autre part, qu’aux jours d’Abraham, Il n’était pas un homme semblable à nous en toutes choses - ni par conséquent un vrai sacrificateur, ce qu’était pourtant Melchisédec, autrement l’argumentation de ce chapitre n’aurait plus de base.
            Melchisédec est « sans père ni mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours ni fin de vie » (v. 3). Le récit de Genèse 14, où il apparaît tout à coup, garde un silence complet sur son origine et sur l’issue de sa carrière, afin sans doute qu’il puisse ainsi préfigurer d’autant mieux le souverain sacrificateur éternel, notre Seigneur Jésus Christ. Les expressions « sans père ni mère » et « sans généalogie » sont fréquemment employées dans les langues anciennes pour désigner un homme de naissance obscure, ou d’origine inconnue ; elles signifieraient ici : « sans parents de race sacerdotale, sans ascendance sacerdotale ». Il faudrait interpréter de même ces mots : « n’ayant ni commencement de jours (sacerdotaux) ni fin de vie (ou carrière sacerdotale) » ; c’était le langage rituel des Juifs : la durée du service des sacrificateurs étant de 20 ans à partir de l’âge de 30, cet âge symbolisait pour eux le commencement des jours et celui de 50, le terme de la vie (Nom. 4 : 3).
            Enfin, ces paroles : « il demeure sacrificateur à perpétuité » (v. 3) et « il vit (v. 8), appliquées à Melchisédec, sont purement et simplement empruntées au Psaume 110, cité et commenté ici ; c’est dans ce psaume qu’il est dit que Melchisédec est vivant et qu’il demeure sacrificateur à perpétuité.
            Outre le but principal qu’il se proposait, l’auteur avait, pour dire ces choses, une raison qu’il est facile de comprendre. Les Juifs attachaient, à bon droit assurément, une importance extrême à la généalogie de leurs sacrificateurs (Esd. 2 : 36-39, 62-63 ; Néh. 7 : 39-42, 63-65) ; dans l’absence de cette généalogie, ils voyaient probablement une objection à la légitimité du sacerdoce de Jésus Christ. L’auteur de l’épître écarte donc cette difficulté en leur montrant, par l’exemple de Melchisédec, que la chose n’était pas nouvelle dans leurs propres annales. Si Jésus est un vrai sacrificateur, disaient-ils sans doute, où donc était pour Melchisédec la légitimité de son sacerdoce ? Il montre encore, par l’histoire du roi de Salem, et par le verset du Psaume 110, qu’il existe un sacerdoce antérieur et supérieur à celui de Lévi et d’Aaron, absolument indépendant de celui-ci, venant directement de Dieu, et n’étant assujetti à aucune descendance humaine - un sacerdoce, enfin, qui s’était déjà réalisé, quoique bien imparfaitement, dans la personne de Melchisédec, et qui devait un jour se réaliser en perfection dans celle du Fils et Seigneur de David.
            Melchisédec est donc, selon notre opinion, un personnage historique, distinct du Fils de Dieu, et le préfigurant comme sacrificateur. Les analogies entre le type et l’antitype sont frappantes :
                        - Melchisédec était sacrificateur, Jésus l’est aussi ;
                        - Melchisédec était roi de justice et de paix, Jésus l’est pareillement. Aujourd’hui, son royaume est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14 : 17) ; un jour Il régnera publiquement comme roi-sacrificateur sur la terre renouvelée (Héb. 2 : 7-8 ; Zach. 6 : 12-13) ; Salem (Jérusalem) sera le siège de sa royauté messianique ; la justice et la paix en seront les caractères distinctifs (Ps. 45 ; 72 ; 85 : 8-13 ; Es. 9 : 6-7 ; 32 : 16-18 ; Jér. 23 : 5-6…).

                        L’infinie supériorité du sacerdoce de Christ sur celui de Lévi                      

Chaque détail dans ce remarquable verset du Psaume 110 fait ressortir un argument décisif pour montrer l’infinie supériorité du sacerdoce de Christ sur celui de Lévi.

            - Le premier argument (v. 4-10) est fondé sur ces mots : « Tu es sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec ». Si l’apôtre parvient à démontrer que le sacerdoce de Melchisédec est un sacerdoce supérieur à celui de Lévi, il démontre ainsi que le sacerdoce de notre Seigneur est également supérieur à ce dernier, puisque, d’après le Psaume, son sacerdoce est selon l’ordre de Melchisédec.
            Dans les trois premiers versets du chapitre, la supériorité du sacerdoce de Melchisédec a été montrée en attribuant à ce prince deux ou trois caractères que Lévi ne possédait pas :
                        - Melchisédec était tout à la fois roi et sacrificateur, roi de justice et roi de paix ; Lévi (ou Aaron, son fils) n’était que sacrificateur ;
                        - Melchisédec était un sacrificateur universel, officiant, en quelque façon, pour Israël (représenté par Abraham) et pour les non-Juifs (les Cananéens) ; Aaron n’était établi que pour les Juifs ;
                        - Enfin, le sacerdoce de Melchisédec était antérieur à celui de Lévi, et il possédait sur lui, de ce fait, une supériorité analogue à celle que la promesse possède sur la Loi (Gal. 3).
            Mais il ne suffit pas à l’auteur d’avoir montré, dans les premiers versets du chapitre, la supériorité du sacerdoce royal de Melchisédec ; il l’établit directement dans les versets qui suivent (v. 4-10). Le sacerdoce de Melchisédec l’emporte à trois égards sur celui de Lévi :
                        1- Melchisédec bénit le patriarche Abraham, la souche et le représentant d’Israël, celui qui avait reçu les promesses, et il bénit par conséquent, en sa personne, Lévi, l’aïeul d’Aaron, et toute la race sacerdotale. Or, celui qui bénit, qui bénit d’office et de la part de Dieu, est évidemment plus grand que celui qui est béni.
                        2- Melchisédec a reçu la dîme d’Abraham et par conséquent encore de Lévi, d’Aaron et de toute sa famille dans la personne du patriarche. Or, celui qui prend la dîme est incontestablement plus grand que celui qui la donne ; Abraham, le père de tous les Lévites, en payant la dîme, a donc rendu un éclatant hommage au sacerdoce royal de Melchisédec ; il a reconnu en lui le sacrificateur et le représentant du Dieu Très-Haut, plus élevé que lui-même, et que tous ses descendants, les Lévites y compris.
                        3- Enfin, toujours selon le Psaume 110 : 4, Melchisédec est vivant - le sacerdoce dont il est investi demeure à perpétuité ; c’est un sacerdoce éternel qui, commencé ici-bas et  esquissé dans la personne de Melchisédec, est maintenant continué et parfaitement accompli dans la personne de Jésus Christ, alors que Lévi, Aaron, et leurs fils, sont mortels - leur sacerdoce est purement temporaire.          

            - Le deuxième argument (v. 11-19) est, en quelque sorte, tiré de la date de ce même Psaume 110 que David a écrit, comme on le sait, en pleine période d’exercice du sacerdoce lévitique. Le seul fait de l’annonce prophétique d’un nouveau sacerdoce pendant le temps dévolu au premier, prouvait effectivement l’impuissance de celui-ci à l’égard du pécheur, et par conséquent la nécessité d’un nouveau sacerdoce accomplissant ce que le précédent n’avait pu faire. Il montrait l’intention de Dieu de l’instituer un jour, et sa supériorité sur l’ancien. Dieu aurait d’autant moins promis et donné ce sacerdoce, que, pour l’établir, Il devait abroger, non seulement le sacerdoce mosaïque, mais avec lui toutes les ordonnances mosaïques (v. 12, 18), opérant ainsi une complète révolution dans son royaume. En effet, le sacerdoce et la loi du commandement charnel ayant été faits l’un pour l’autre, et formant un ensemble indivisible, il est clair que si l’un était supprimé, l’autre ne pouvait plus subsister. C’était comme le clou dont parle Esaïe 22 : 23 : avec lui tombait tout ce qu’on y avait en quelque sorte suspendu.
            L’abolition du sacerdoce entraînait celle de la Loi pour deux raisons principales :
                        - d’abord, le sacrificateur annoncé (Ps. 110 : 4) était issu d’une autre tribu que celle à laquelle la Loi avait conféré le premier sacerdoce ;
                        - ce sacerdoce est également d’un autre ordre, il est donc évident que la Loi, donnée en vue du sacerdoce lévitique, n’avait plus aujourd’hui sa raison d’être ; elle avait accompli sa tâche et fait son temps.

                        Insuffisance du sacerdoce lévitique

« Si donc la perfection était réalisée par le moyen du sacerdoce lévitique (car c’est en relation avec celui-ci que le peuple a reçu sa Loi), quel besoin y avait-il encore qu’un autre sacrificateur se lève selon l’ordre de Melchisédec, et qui ne soit pas désigné selon l’ordre d’Aaron ? » (v. 11).
            Si le pardon réel, complet, éternel des péchés - et le libre accès auprès de Dieu (v. 19) - avait pu avoir réellement lieu par le moyen du sacerdoce lévitique, l’auteur de l’épître laisserait déjà pressentir à quelle conclusion il comptait arriver (v. 18-19 ; voir aussi 8 : 7 ; 10 : 1-10). Si le sacerdoce lévitique avait pu répondre pleinement aux desseins de Dieu et aux besoins de l’homme, aurait-il été nécessaire qu’un autre sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec se lève ? C’est un développement analogue à celui du chapitre suivant : « Si cette première alliance avait été irréprochable, il n’y aurait pas eu lieu d’en chercher une seconde » (8 : 7).

« En effet, le sacerdoce étant changé, il y a aussi par nécessité un changement de loi » (v. 12).
            Le sacerdoce passait de Lévi ou d’Aaron à Christ, il y avait besoin d’une autre Loi : « le commandement antérieur a été abrogé » (v. 18), il est question de l’institution lévitique.

« De fait, celui dont il est question appartient à une autre tribu, dont personne n’a été attaché au service de l’autel ; car il est évident que notre Seigneur a surgi de Juda : or, pour cette tribu, Moïse n’a rien dit concernant des sacrificateurs » (v. 13-14).
            Notre Seigneur, à qui Jéhovah - l’Eternel - dit : « Tu es sacrificateur éternellement » est sorti de Juda (Es. 11 : 1-4 ; Matt. 1 : 3), tribu à l’égard de laquelle Moïse n’a pas parlé de sacerdoce. A Juda, la royauté ; à Lévi le sacerdoce. Jésus est né dans la tribu de Juda pour montrer que le sacerdoce dont Il allait être investi serait un sacerdoce royal.

« Et cela est encore bien plus évident si, à la ressemblance de Melchisédec, se lève un autre sacrificateur qui n’a pas été établi selon la loi d’un commandement qui concerne la chair, mais selon la puissance d’une vie impérissable » (v. 15-16).
            La nécessité de l’abolition de la loi sacerdotale (v. 11-12), comme conséquence de l’abolition du sacerdoce, est encore beaucoup plus manifeste s’il s’élève un autre sacrificateur, selon la ressemblance ou l’ordre de Melchisédec (Ps. 110). Il a été établi, non selon la loi d’un commandement qui concerne la chair attribuant cette charge symbolique et temporaire à une succession d’hommes faibles et mortels, mais selon la puissance d’une vie impérissable, qui n’admet pas de successeurs ; c’est un point que l’auteur a déjà indiqué (v. 3, 8), et sur lequel il revient ensuite (v. 23-25).

« Car ce témoignage lui est rendu : « Tu es sacrificateur pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédec ». Ainsi, le commandement antérieur a été abrogé, à cause de sa faiblesse et de son inutilité » (v. 17-18).
            Il y a, en effet - dans cette parole du psalmiste - abolition implicite du commandement précédent, de l’institution lévitique ; car il ne peut exister en même temps deux sacerdoces dans la maison de Dieu. Et puisque le Seigneur en institue un nouveau, le premier est remplacé, et, avec lui, l’ensemble des lois qui s’y rapportent ; il est remplacé du fait de sa faiblesse et de son inutilité. Rien, pourtant, de ce que Dieu fait, n’est en soi faible ni inutile ; mais les commandements précédents n’avaient pas atteint pleinement le but divin, mais, en purifiant de façon « cérémonielle » le peuple, ils préfiguraient le sacrifice qui le purifierait « moralement » (Héb. 10 : 1-10).

« La Loi n’a rien amené à la perfection, et une meilleure espérance a été introduite, par laquelle nous approchons de Dieu » (v. 19).
            Il est question ici de la Loi d’une manière générale ; il n’est plus dit, comme au verset 16, la loi d’un commandement « qui concerne la chair ». Ce n’est plus l’institution lévitique seulement, c’est toute la Loi ; c’est le système mosaïque tout entier. Ce système est envisagé surtout au point de vue de l’un de ses éléments, l’élément cérémoniel ou lévitique (car c’est de sacerdoce qu’il est question). Le système mosaïque n’a rien amené à la perfection (Act. 13 : 39 ; Rom. 3 : 20), et les premiers versets du chapitre 10 nous diront pourquoi. Il n’a pas purifié la conscience des adorateurs (9 : 9, 14) ; il ne leur a procuré ni le pardon réel et complet de leurs péchés, ni par conséquent l’accès auprès de Dieu. Il y a donc abolition de ce système, et introduction d’une meilleure espérance fondée sur le sacerdoce éternel du Fils et Seigneur de David. Par ce moyen, nous nous approchons de Dieu avec une entière assurance (Jean 14 : 6 ; Rom. 5 : 2 ; Eph. 2 : 13-18).
            « Il y a ici, dit Calvin, une antithèse tacite entre nous et les pères ; Dieu se fait connaître à nous de façon familière, alors que jusqu’ici Il était seulement apparu de loin et de manière obscure ; c’est une allusion à la disposition du tabernacle ou du temple ; car le peuple demeurait loin, dans le parvis, et quant au sanctuaire, nul autre n’y entrait que le souverain sacrificateur ; mais maintenant Dieu nous reçoit comme ses bien-aimés enfants. Celui donc qui retient les « ombres » de la Loi met comme une muraille entre Dieu et nous ; et quiconque s’arrête à la Loi, se prive volontairement d’un grand bien, celui de s’approcher de Dieu ».
            Il est bon de faire remarquer aussi que le mot grec rendu par « nous nous approchons » n’a pas ici le même sens que dans les autres passages : 4 : 16 et 10 : 22. Il n’exprime pas seulement le libre accès que nous avons auprès de Dieu comme conséquence de la purification de notre conscience et du pardon complet de nos péchés, mais indique également l’état, le privilège de la proximité. Et voilà ce que nous devons à l’évangile ; Jésus (Josué) fait ce que ni la Loi, ni son sacerdoce (donc ni Moïse, ni Aaron) n’ont pu faire. Il nous place dans la faveur et la communion avec Dieu, et nous introduit par cela même dans le repos éternel de la vraie Canaan. Ce que la Loi n’a fait qu’évoquer - temple, sacerdoce, sacrifice, propitiation -, l’évangile l’achève, il lui donne toute sa valeur. L’état du peuple de Dieu sous le sacerdoce évangélique répond à son état sous le sacerdoce lévitique comme la substance répond à l’ombre, la peinture achevée à une simple esquisse (Héb. 10 : 1), la vérité au type, l’homme fait au petit enfant (5 : 13-14).

                        La supériorité infinie du sacerdoce de Christ

Dans les versets 1 à 19, l’auteur de l’épître a-t-il épuisé les arguments que le Psaume 110 lui fournit en faveur de la supériorité infinie du nouveau sacerdoce ? Il s’en trouve encore un dans le mot « juré » : « Le Seigneur a juré et ne se repentira pas : Tu es sacrificateur pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédec » (v. 21). Le mot « juré » donne en effet l’idée de quelque chose d’irrévocable et par conséquent de parfait, tandis qu’en instituant le sacerdoce lévitique, Dieu avait omis - à dessein - le serment, précisément afin de pouvoir le supprimer un jour. Il a juré que le nouveau sacerdoce serait permanent, et Il en avait ainsi proclamé de fait la perfection, en même temps que l’irrévocabilité.
            Un autre argument, déjà indiqué plus haut (v. 3, 8, 16, 17), est emprunté au mot éternellement, ou « pour l’éternité » : « Tu es sacrificateur pour l’éternité » (v. 21). Alors que les fils d’Aaron étaient établis sacrificateurs suivant une loi de succession faite pour des hommes que la mort empêchait d’être toujours vivants, Jésus, ayant été ressuscité d’entre les morts et élevé à la droite de Dieu, est, au contraire, institué sacrificateur à toujours. Perpétuant ainsi le sacerdoce dans sa propre Personne, Il n’a pas besoin de le remettre à un successeur. De la perpétuité du ministère sacerdotal du Christ, l’apôtre tire ensuite cette précieuse conséquence que, possédant un sacerdoce qui ne se transmet pas, Jésus « peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui : il est toujours vivant afin d’intercéder pour eux (v. 25).
            De plus, la sainteté parfaite de notre souverain sacrificateur donne à son sacrifice, offert une seule fois, une valeur telle qu’il est éternellement efficace et qu’il a pleinement suffi pour « consommer » à la fois, comme on l’a dit, et Celui qui l’a offert, et ceux qu’il a rachetés.

« Puisque cela n’a pas eu lieu sans serment (car ceux-là sont devenus sacrificateurs sans serment ; mais lui l’est devenu avec serment, par celui qui a dit à son sujet : Le Seigneur a juré et ne se repentira pas : Tu es sacrificateur pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédec) » (v. 20-21).
            Voici donc un autre argument en faveur de la supériorité infinie du sacerdoce de Christ : ce n’est pas sans serment que Jésus a été établi sacrificateur, tandis que ceux-là, les sacrificateurs lévitiques, ont été faits sacrificateurs sans serment. « Le Seigneur a juré… » : c’est le nom qui est donné au Père dans le Psaume 110. Le Fils y est appelé Adonaï (Seigneur) ; mais là, comme ailleurs, la version des Septante rend chacun des deux mots par Kyrios (Seigneur) : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur » (v. 1). Au reste, le nom de l'Eternel ou de Jéhovah, qui est le nom incommunicable de la divinité, est donné au Fils dans plus d’un endroit de l’Ecriture (Es. 40 : 3 ; Joël 2 : 32 ; Act. 2 : 21 ; Rom. 10 : 13).
            Il « a juré » : Dieu n’a introduit son serment que pour montrer la certitude, la perpétuité et l’immutabilité de la chose jurée (Gen. 22 : 16 ; Deut. 1 : 34 à 36 ; Ps. 89 : 3).
            Dieu ne se repentira pas d’avoir établi ce nouveau sacrificateur ; il ne révoquera pas le serment par lequel Il l’a présenté comme souverain sacrificateur, selon l’ordre de Melchisédec.

« C’est d’une alliance d’autant meilleure que Jésus a été fait le garant » (v. 22). Jésus a été fait le garant d’une alliance d’autant plus excellente que celle de Sinaï, dont les souverains sacrificateurs étaient les garants. L’alliance et sa médiation étant indissolublement unies, l’auteur passe légitimement de l’une à l’autre. Il est question d’alliance et non de testament, puisqu’il s’agit de médiateur et de sacrifice (voir  9 : 15-18). Jésus est le garant de la nouvelle alliance ; ce mot « garant » signifie littéralement « celui qui procure l’accès » et fait probablement allusion au verset 19 : « une meilleure espérance par laquelle nous nous approchons de Dieu ». C’est le même mot dans l’original ; Jésus Christ est Celui qui nous introduit auprès du Père (Eph. 2 : 13, 17-18) ; mais, dans le grec usuel, le mot signifie bien « garant » - Il est Celui qui répond d’autrui. Médiateur établi avec serment, Jésus donne, par ce fait même, à ceux qui croient, la certitude entière que tous les biens de l’alliance, acquis par sa mort et remis à sa garde, leur sont éternellement assurés et que nulle puissance au monde ne peut les leur ravir (8 : 6).

« De plus, ces sacrificateurs-là ont été nombreux, parce que la mort les empêchait de demeurer ; mais celui-ci, parce qu’il demeure éternellement, a le sacerdoce qui ne se transmet pas » (v. 23-24).
            C’est le quatrième et dernier argument. Il a fallu plusieurs souverains sacrificateurs afin de perpétuer l’institution ; les Juifs en comptent environ 83, d’Aaron à Phinées qui périt lors de la ruine de Jérusalem. « Celui-ci » - il s’agit de Jésus -, parce qu’Il demeure éternellement, possède le sacerdoce qui ne se transmet pas à d’autres - un sacerdoce intransmissible, permanent (1 Sam. 2 : 35).

« De là vient aussi qu’il peut sauver entièrement ceux qui s’approchent de Dieu par lui : il est toujours vivant afin d’intercéder pour eux » (v. 25).
            « Entièrement » et « à perpétuité », le grec renferme les deux notions. Quant au mot « sauver », il est très général ; il comprend la purification de la conscience, l’accès à Dieu, le secours du Saint Esprit, la sanctification, le bonheur éternel - en un mot, toutes les grâces de la nouvelle alliance. Le prix auquel Jésus nous les a acquises (son propre sang) est là continuellement devant Dieu pour en faire prévaloir la suprême efficacité envers nous.
            Le voile est déchiré et l’entrée du sanctuaire désormais ouverte par Jésus Christ à tous ceux qui croient, Juifs et Nations. « L’apôtre fait toujours allusion aux « ombres de la Loi » ; car le souverain sacrificateur entrait seul dans le sanctuaire, tandis que le peuple demeurait sur le parvis. Mais étant appuyés maintenant sur Christ et l’ayant pour Médiateur, nous entrons par la foi jusqu’au ciel, parce qu’il n’y a plus de voile qui nous en empêche ; Dieu nous apparaît à découvert, et nous convie à nous approcher de Lui comme ses enfants bien-aimés » (Calvin).
            Au ciel, comme autrefois sur la terre, c’est pour nous que Jésus vit (Apoc. 1 : 18 ; Rom. 8 : 34 ; 1 Jean 2 : 1-2). Toute la puissance et toute la gloire dont Il jouit maintenant, il les fait servir à notre salut. Il intervient pour nous auprès de Dieu, est-il dit ici. Il paraît maintenant devant la face de Dieu pour nous, sera-t-il dit plus loin (9 : 24).
            Le Seigneur est pour le monde un Christ mort, un Christ « historique ». Il ne vit plus que dans les annales de l’humanité ; mais pour nous, croyants, Il est un Christ vivant, « toujours vivant », et agissant toujours en notre faveur ; c’est par Lui que « nous avons, les uns et les autres, accès auprès du Père par un seul Esprit » (Eph. 2 : 18 ; 3 : 12). En même temps qu’Il est « toujours vivant » pour nous dans le ciel, Il est « toujours vivant » avec nous sur la terre (Jean 14).
            Il est avec nous :
                        - pour accomplir en nous ce qu’Il demande actuellement pour nous ;
                        - pour nous protéger contre tous nos ennemis ;
                        - pour nous diriger dans toutes nos voies ;
                        - pour nous consoler dans toutes nos afflictions ;
                        - pour nous conduire dans toute la vérité ;
                        - pour nous unir en un seul corps, et maintenir entre nous, par sa Parole et son Esprit, l’unité vivante, réelle, universelle et spontanée, de la même foi, de la même espérance et du même amour (Eph. 4).

                        L’excellence du Souverain Sacrificateur

A partir du verset 26, il faut lire en pensant à la fois à Lévitique 16 et au Psaume 110 : « Car un tel souverain sacrificateur nous convenait, saint, exempt de tout mal, sans souillure, séparé des pécheurs, et élevé plus haut que les cieux ».
                        - Il est « saint », parfaitement saint, qualité nécessaire à l’efficace de son sacrifice et de son intercession.
                        - Il est « exempt de tout mal » ; « il n’y a point de péché en lui » (1 Jean 3 : 5).
                        - Il est « sans souillure », non seulement parfaitement pur en lui-même (4 : 15 ; 1 Pier. 2 : 22), mais, de plus, ne contractant d’impureté de la part d’aucune personne ni d’aucune chose.
                        - Il est « séparé des pécheurs », le Nazaréen par excellence, et le modèle du vrai nazaréat. « Il y avait bien quelque sainteté, innocence et pureté en Aaron, mais ce n’était qu’une bien petite mesure. Christ seul est exempt du péché. S’il est dit qu’Il est séparé de nous, ce n’est pas qu’Il nous repousse de sa compagnie, mais parce qu’il est pur de toute souillure » (Calvin). Il est séparé de nous moralement, mais Il n’est pas dans le même lieu que nous, comme l’exprime ce qui suit.
                        - Il est « élevé plus haut que les cieux », assis sur le trône de Dieu, dans le vrai sanctuaire dont le lieu très saint n’était que l’image ; c’est là que son humanité - et la nôtre en Lui - siège avec puissance à la droite de la Majesté divine, au-dessus des anges et de tous les rangs de leur sublime hiérarchie (1 Pier. 3 : 22 ; Eph. 1 : 20-23).

« Lui n’a pas besoin chaque jour, comme les souverains sacrificateurs, d’offrir des sacrifices, d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple ; car cela, il l’a fait une fois pour toutes, s’étant offert lui-même » (v. 27).
            Le culte lévitique subsistait encore  au moment où l’épître a été écrite et les souverains sacrificateurs selon l’ordre d’Aaron offraient toujours des sacrifices, d’abord pour leurs propres péchés et pour ceux du peuple (Lév. 9 : 7 ; 16 : 6) ; le souverain sacrificateur lévitique, le jour des propitiations, continuait à offrir le veau pour lui-même et sa famille, avant d’offrir le bouc pour le peuple. Mais tout cela, Christ, le Saint de Dieu, l’a fait une fois pour toutes (Héb. 10 :10) ; ce qui est parfait et d’une efficacité perpétuelle n’a aucun besoin d’être réitéré !

« La Loi, en effet, établit pour souverains sacrificateurs des hommes qui sont dans la faiblesse, mais la parole du serment, qui est après la Loi, établit un Fils qui est accompli pour l’éternité » (v. 28).
            Ces hommes sont dans la faiblesse de toute manière, quant au corps et quant à l’âme. Mais la parole du serment prononcé plus de 400 ans après la publication de la Loi (Ps. 110 : 4) a établi le Fils de Dieu, le Seigneur de David. Il est « accompli pour l’éternité » : l’auteur l’oppose à Aaron et à ses fils qui sont dans la faiblesse, c’est-à-dire à la fois mortels et pécheurs. Le sacerdoce de Christ, ordonné souverain sacrificateur longtemps après la publication de la Loi, a donc fait vieillir définitivement celui d’Aaron, comme la nouvelle alliance a rendue caduque l’ancienne (8 : 13), et il a ainsi proclamé l’imperfection et l’infériorité de ce sacerdoce-là ; car ce qui n’est que pour un temps et doit être ensuite remplacé, est naturellement inférieur à ce qui remplace et demeure à toujours. « Dans les ordonnances et statuts de Dieu, ce qui vient après, remplace plus avantageusement les choses qui étaient auparavant, ou même abolit les choses qui ne devaient avoir lieu que pour un temps (Calvin).

Voici comment l’auteur de l’épître termine toute cette argumentation. Tandis que la Loi établit souverains sacrificateurs des hommes sujets à faiblesse, la parole du serment (Ps. 110 : 4) qui a été prononcée après la Loi, qui l’a fait vieillir (8 : 13) et l’a même abolie de fait, établit le Fils lui-même qui est éternellement parfait. Elle montre ainsi l’imperfection de l’ancien sacerdoce et proclame en même temps la perfection du nouveau et sa perpétuité. Le nom de « Fils », qui était parmi les premiers mots de l’épître, se trouve dans le dernier verset du chapitre 7. Il couronne admirablement toutes les supériorités du nouveau sacrificateur, qui est à la fois le Fils de Dieu et le Fils de David (Ps. 110).
            Maintenant, pourquoi les Hébreux resteraient-ils plus longtemps attachés à l’homme pécheur et mortel, eux qui ont pour souverain sacrificateur le Fils de Dieu lui-même ? Ou comment regretteraient-ils l’ombre qui passe, eux qui possèdent la réalité qui demeure éternellement ? Qu’ils s’en tiennent donc à jamais au souverain sacrificateur de notre profession ! Dieu pouvait-Il donner à ses enfants un témoignage plus éclatant de son amour qu’en établissant sur eux son Fils, son Unique, comme grand sacrificateur ? Pouvait-Il leur offrir un meilleur gage de sa disposition constante à les exaucer, à les bénir, ou leur adresser un appel plus pressant à s’approcher de Lui sans nulle crainte au nom de son Bien-aimé ?

 

D’après E. Guers