Méditations suivies : Etude sur l'épître aux Hébreux (3)

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ETUDE SUR L’EPITRE AUX HEBREUX (3)

                                                

CHAPITRE 3

            Jésus Christ, Fils de l’homme (ch. 2 : 5  à 4 : 13) - suite

A juste titre, les Hébreux vénéraient en Moïse le grand envoyé de Dieu auprès de leur nation, le médiateur et le législateur. Mais cette vénération allait trop loin. Ne comprenant pas suffisamment le but de l’économie que Dieu avait instituée par le ministère de Moïse - économie essentiellement préfigurative et préparatoire -, la plupart d’entre eux y demeuraient servilement attachés, comme à une économie de perpétuelle obligation.

 Cette circonstance, jointe à l’opposition de leurs compatriotes incrédules, et au découragement qui ne pouvait manquer d’en résulter pour eux, en maintenait plusieurs dans une sorte de fluctuation relativement à l’Evangile. Ils étaient même tentés de retourner de Christ à Moïse, et quelques-uns l’avaient déjà fait. Paul montre donc ici l’infinie supériorité de Jésus sur Moïse, et la nécessité de laisser enfin le serviteur pour s’en tenir irrévocablement au Maître (v. 1-6). La supériorité de Christ sur Moïse résultait déjà de sa supériorité vis-à-vis des anges, eux-mêmes plus grands que Moïse ; mais l’apôtre veut l’établir directement. Toute son argumentation repose sur cette parole de l’Eternel au sujet de Moïse : « Il est fidèle dans toute ma maison » (Nom. 12 : 7).

Pour démontrer l’infériorité de Moïse, l’apôtre choisit à dessein le plus honorable de tous les témoignages que la Bible lui rend. Essayons de développer sa pensée :
                        1- Entre Jésus et Moïse, comme entre Jésus et les anges, il est un point commun : ils ont eu à exercer un ministère envers le peuple de Dieu, et ils s’en sont acquittés l’un et l’autre avec fidélité. Jésus est ce Prophète, cet Apôtre ou Envoyé de Dieu, que Moïse avait annoncé : « L’Eternel, ton Dieu, te suscitera un prophète comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères » (Deut. 18 : 15).
            Mais Jésus l’emporte infiniment sur Moïse : il est l’Apôtre, l’Envoyé de Dieu par excellence (1 : 1 ; 3 : 1). Et il n’est pas seulement l’Apôtre de la nouvelle alliance, il en est aussi le Souverain Sacrificateur, l’Aaron en même temps que le Moïse. Par-dessus tout, Jésus a créé toutes choses, en particulier la maison ou la famille de Dieu ; il en est le fondateur et l’organisateur. Et s’Il en fait aussi partie, c’est qu’il a bien voulu associer à Lui-même ceux qui sont sanctifiés (2 : 11). Il est donc infiniment supérieur à la maison, et par conséquent à Moïse qui n’en était qu’un membre - un membre fort éminent sans nul doute, mais un membre seulement. Ainsi, entre Jésus et Moïse, comme entre Jésus et les anges, il y a de nouveau, et à bien plus forte raison, toute la distance qui sépare le Créateur de la créature.
            De plus, Moïse était simplement dans la maison, et il y était comme serviteur, tandis que Jésus est sur la maison, établi sur elle comme Fils et Héritier de toutes choses. Ensuite, Moïse était dans la maison, telle qu’elle se composait alors - de Juifs seulement - tandis que Jésus est établi sur la maison, telle qu’elle se compose actuellement, de tous ceux qui, Juifs ou  Gentils, retiennent ferme jusqu’au bout la confiance et la gloire de l’espérance.
            Enfin, Moïse était dans la Maison comme auteur et administrateur d’une économie inférieure, provisoire et temporaire de promesses et d’ombres, rendant par avance témoignage, en paroles et surtout en types ou en figures, des choses qui devaient être pleinement manifestées dans l’accomplissement des temps ; mais Jésus, le grand Révélateur de Dieu, est dans la maison comme Auteur et Administrateur d’une économie supérieure, définitive, éternelle - des réalités (Jean 1 : 17 ; 5 : 45-47).
                        2- La supériorité infinie de Christ sur Moïse étant démontrée, Paul en tire, à partir du verset 7, une conséquence pratique que l’on pouvait facilement pressentir ; elle correspond à celle qu’il a tirée plus haut de la supériorité infinie du Christ sur les anges (2 : 1-4) : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, - la voix de Dieu parlant par le Fils - n’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de l’irritation, au jour de la tentation dans le désert » (v. 15 ; Ps. 95 : 7-11). Appuyé sur cette parole qui peint de si vives couleurs l’incrédulité d’Israël au désert, ses trop fréquentes rébellions, et le juste et terrible jugement qu’elles attirèrent finalement sur lui, l’auteur de l’Epître met en garde les Hébreux contre l’apostasie qui aurait pour eux des résultats encore plus terribles : leurs ancêtres s’étaient privés, par leurs rébellions, du repos de Canaan que Dieu leur avait promis par l’intermédiaire de Moïse, l’apôtre de la précédente économie. Ils devaient veiller à ne pas se priver à leur tour, par une semblable incrédulité, du repos que l’Apôtre de la nouvelle dispensation nous a annoncé de la part de Dieu (v. 12-19). Cette pensée, indiquée seulement au chapitre 3, sera développée au chapitre suivant.

 

            Jésus, le Fils sur sa maison

                        Apôtre et souverain sacrificateur :

« Par conséquent, frères saints, participants à l’appel céleste, considérez l’apôtre et souverain sacrificateur de notre confession, Jésus… » (v. 1).
            Puisque le divin promulgateur de l’Evangile est tellement supérieur à tous les prophètes et aux anges eux-mêmes (ch. 1 et 2), et puisque le but de son incarnation et de ses souffrances est si admirable et si glorieux, considérez-Le !
            Les « frères saints » sont ceux qui sont sanctifiés par le sang et par l’Esprit de Christ (2 : 11), mis à part pour Dieu et pour son service. Ils participent à l’appel céleste, ou « appel d’en-haut » (Phil. 3 : 14) ; il s’agit sans doute ici d’une allusion aux jeux publics de la Grèce et de l’Orient : le président, assis sur un siège élevé, appelait les concurrents, donnait le signal de la course et présentait ensuite le prix à l’athlète qui l’avait mérité (voir 12 : 1). Etre participant de l’appel céleste, commun à tous les croyants, et tacitement opposé à l’appel terrestre particulier au peuple juif, c’est être admis à participer à toutes les bénédictions de l’Evangile - infiniment plus excellentes que celles de la Loi (Eph. 1 : 3) - et notamment à la gloire du Seigneur Jésus (Rom. 8 : 30 ; 2 Tim. 1 : 9 ; 2 Thes. 2 : 14...).
            Il faut « considérer » l’Apôtre  - « fixer les yeux » sur Lui (12 : 3). Il est l’Envoyé,   Celui par qui Dieu nous a parlé dans ces derniers jours (1 : 2 ; Deut. 18 : 18 ; Mal. 3 : 1...), l’Envoyé du Père par excellence (Jean 5 : 38 ; 6 : 29, 39…). Il est le souverain sacrificateur, le « grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux » (4 : 14-16). Il est considéré d’abord comme l’Envoyé (chap. 3 et 4), puis en tant que Souverain Sacrificateur (à partir du verset 14 du chapitre 4).
            Jésus est l’apôtre et le souverain sacrificateur « de notre confession - ou profession », c’est-à-dire de l’Evangile que nous professons, ou de la profession que nous en faisons devant le monde. Jésus en est l’Envoyé parce qu’il est venu de la part de Dieu pour révéler l’ensemble de la vérité chrétienne, et le Souverain Sacrificateur parce qu’Il nous en a acquis les bienfaits par sa mort.

                        L’homme fidèle par excellence :

« Jésus… est  fidèle à celui qui l’a établi, comme Moïse l’a été dans toute sa maison » (v. 2). Il a été fidèle dans l’accomplissement de sa mission d’Envoyé ou Ambassadeur. Il a été établi dans toutes les choses relatives à l’organisation et à l’administration de la maison de Dieu, telle qu’elle existait alors. Il est évident que ce que l’apôtre compare ici, c’est uniquement la mission des envoyés, leur position respective dans la maison de Dieu ; car il n’y a pas de parallèle possible entre la personne de Jésus et celle de Moïse.

« Car celui-là a été jugé digne d’une gloire d’autant plus grande que celle de Moïse, que celui qui a bâti la maison a plus d’honneur que la maison » (v. 3).
            Le mot grec rendu par « bâtir » signifie fonder, préparer, arranger ; Jésus a fondé la maison et Il lui a donné sa forme actuelle (Matt. 16 : 18). Il a réglé, dans son ministère personnel et par le moyen de ses apôtres, tout ce qui se rapporte à l’ordre qui doit y être observé (Matt. 18 : 15-17 ; 1 Tim. 3 : 15...).
            « C’est par une métaphore familière à l’Ecriture que l’Eglise est appelée la maison de Dieu (1 Tim. 3 : 15) ; les fidèles en sont les pierres vivantes (1 Pier. 2 : 5) ; ils sont aussi les vases dont elle est garnie (2 Tim. 2 : 20) » (Calvin). Moïse n’était qu’une pierre, qu’un vase de la maison ; Jésus en est le constructeur et l’organisateur.

                        Plus grand que Moïse :

« En effet, toute maison est bâtie par quelqu’un ; mais celui qui a tout bâti, c’est Dieu » (v. 4). La divinité suprême de Jésus Christ est montrée en ce que « Dieu a tout créé » par lui (Eph. 3 : 9) : c’est un argument parallèle à celui du chapitre premier, relatif aux anges.

« Et Moïse a bien été fidèle dans toute sa maison, comme serviteur, pour témoigner de ce qui devait être dit » (v. 5). Moïse, fidèle dans tout ce qui se rapportait à l’établissement et à l’administration de la maison de Dieu telle qu’elle était alors, était simplement serviteur (Jos. 1 : 2). Il a rendu témoignage à l’égard des promesses (Gen. 3 : 15 ; 12 : 3 ; 22 : 18 ; Deut. 18 : 18), et surtout en se servant de types ; le tabernacle et toutes ses institutions avaient un sens prophétique (Héb. 8 à 10). Il témoignait « de ce qui devait être dit » ensuite par Christ et ses apôtres, c’est-à-dire ce qui serait pleinement révélé et proclamé par eux (2 Tim. 1 : 10 ; Jean 16 : 7, 12-15...).

« Mais Christ, comme Fils, sur sa maison ; et nous sommes sa maison, si du moins nous retenons ferme jusqu’au bout l’assurance et la gloire de l’espérance » (v. 5). Christ a été fidèle comme Fils et par conséquent Héritier et Seigneur de tout (Ps. 2 : 7-12 ; Gal. 4 : 1 ; Héb. 1 : 2). La maison de Dieu est aussi la maison dont Christ est « la pierre maîtresse de l’angle » (Eph. 2 : 20). Il en est le Seigneur et le propriétaire à tous égards : comme Fils et Héritier, Créateur, Rédempteur et comme Organisateur (Act. 20 : 28 ; Eph. 1 : 22). La maison de Dieu demeure sous toutes les économies (Jean 8 : 35) ; seulement elle ne se présente pas toujours à nous sous le même aspect ; elle a subi une modification profonde en passant de la Loi à l’Evangile. Autrefois, elle comprenait tout Israël servant Dieu dans l’esprit et les ombres de la Loi ; elle ne comprend plus aujourd’hui devant Dieu que l’Israël de Dieu, le peuple des croyants, Juifs et Gentils, affranchis par Jésus, et servant le Père en esprit et en vérité, selon l’Evangile. L’apôtre Paul dit aux croyants d’Ephèse : « En lui (le Seigneur)… vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (Eph. 2 : 21-22), et à ceux de Corinthe : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Cor 3 : 16).

L’espérance évangélique a pour objet la vie éternelle et pour fondement la mort et la résurrection de Christ (2 Cor. 4 : 14 ; 1 Thes. 4 : 14 ; 1 Pier. 1 : 3) ; elle repose sur la promesse et sur le serment de Dieu (Héb. 6 : 13-20). « L’assurance de l’espérance » est la pleine certitude de la jouissance des biens qu’elle attend, et qu’elle saisit d’une main ferme ; le mot grec exprime aussi la franche profession que nous devons en faire devant le monde, malgré les périls auxquels cette profession nous expose.
            « La gloire de l’espérance » est le sujet de gloire que nous donne la certitude et l’excellence des biens qu’elle nous promet : « Nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu » (Rom. 5 : 2).

 

            L’impossibilité, pour les infidèles, d’entrer dans le repos

« C’est pourquoi, comme dit l’Esprit Saint : Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs… » (v. 7-8).
            Christ est l’apôtre de notre confession, le grand Prophète qu’il nous faut écouter sous peine d’encourir les plus terribles jugements de Dieu (Deut. 18 : 17-19 ; Act. 3 : 22, 23). Il parle, dit l’auteur de l’Epître, comme le Saint Esprit a parlé jadis à vos pères par David (Ps. 95 : 7-11). « Si vous entendez sa voix… », c’est la déclaration de sa volonté particulière à l’égard de son repos et du moyen d’y participer. Le Saint Esprit est donc une Personne, et c’est sous son inspiration que David a écrit (2 Sam. 23 : 2 ; Matt. 22 : 43). Il parle « aujourd’hui », présentement et sans délai.
            Un jour avait été donné à Israël au désert pour entendre la voix de Dieu et pour entrer dans le repos de Canaan ; un autre lui fut donné, longtemps après son entrée dans ce pays, pour entendre encore cette même voix, et pour entrer dans le « vrai repos », celui de la Canaan céleste (Ps. 95 : 7-11). Ce jour durait encore du temps de Paul (2 Cor. 6 : 2) ; il durera même jusqu’au retour du Seigneur ; mais, relativement aux individus, leur part de ce jour de salut n’est naturellement que le court et incertain espace de temps que nous appelons la durée de la vie.

« N’endurcissez pas vos cœurs comme lors de l’irritation, au jour de la tentation dans le désert » (v. 8).
            L’incrédulité est le fruit de l’amour du péché, racine de l’apostasie et principe de tous les maux. Le peuple d’Israël irrita souvent l’Eternel dans le désert par son incrédulité (Ex. 17 : 1-7 ; Nom. 13 ; 20 : 1-13...), mais tout particulièrement à Kadès, quand il refusa d’obéir à l’ordre qu’il avait reçu de monter et de prendre possession de Canaan, et qu’il parla même de se donner un chef pour retourner en Egypte (Nom. 14) - c’est là ce que la version des Septante, que Paul cite, appelle « l’irritation ». C’est alors que Dieu jura dans sa colère que cette génération n’entrerait pas en Canaan (v. 21-38) !

« Vos pères m’ont tenté en me mettant à l’épreuve, et ont vu mes œuvres durant quarante ans » (v. 9). 
            Ils demandèrent si le Seigneur était réellement avec eux, mettant à l’épreuve de façon impie sa puissance, sa fidélité, sa bonté, après en avoir si souvent contemplé les plus éclatantes manifestations (Ex. 17 : 5-7 ; Nom. 16 : 31-35 ; Ps. 78 : 17-25). Ils virent les œuvres de Dieu, en jugement sans doute, mais en miséricorde également.     

« C’est pourquoi j’ai été indigné contre cette génération, et j’ai dit : Ils s’égarent toujours dans leur cœur et ils n’ont pas connu mes voies » (v. 10).
            Ce que Dieu pense à Kadès (Nom. 14), il l’exprime au Psaume 95. Les commandements du Seigneur sont les voies qu’Il nous trace et où Il a placé pour nous la bénédiction (Deut. 8 : 6 ; 26 : 17-19 ; 28 : 9 ; 30 : 16 ; Ps. 25 : 4).

« Ainsi je jurai dans ma colère : Ils n’entreront pas dans mon repos ! » (v. 11).
            Jusqu’ici c’était le péché, maintenant c’est la punition. S’ils entrent dans mon repos, je ne suis pas Dieu, le Dieu de vérité - serment terrible répété plusieurs fois en Nombres 14 : « Je suis vivant », dit le Seigneur - c’est-à-dire aussi vrai que je vis – « toute la terre sera remplie de la gloire de l’Eternel » (v. 21-23, 28-29 ; Deut 1 : 35 ; Nom. 26 : 64-65). La menace s’accomplit littéralement, car il n’y avait point ici, comme pour Ninive par exemple, de réserve tacite, point de lieu laissé à la repentance ; c’était une sentence confirmée par serment, et par conséquent absolue, irrévocable. Dieu dit : « mon repos » ; c’est le repos de Canaan (Deut. 12 : 9), mais aussi le repos du ciel (Héb. 4 : 5-6) dont ce dernier était la figure (11 : 16). La promesse de ce repos était déjà implicitement contenue dans celle que l’Eternel avait faite à Abraham et à ses fils (Gen. 15 : 18 ; Ex. 6 : 8 ; Rom. 4 : 16). Moïse et Aaron, comme on le sait, ne reçurent pas la permission d’entrer en Canaan ; le chapitre 20 des Nombres donne la raison morale de cette disposition du Seigneur à leur égard.

 

                        Exhortation à  ne pas rester incrédule

« Prenez garde, frères, qu’il n’y ait en l’un de vous un méchant cœur d’incrédulité qui lui fasse abandonner le Dieu vivant » (v. 12).
            L’apôtre va maintenant appliquer directement ce qui précède aux Hébreux et à tous les chrétiens, car toutes ces choses arrivèrent comme types à Israël, « et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement » (1 Cor. 10 : 11-12). L’incrédulité, ainsi que la foi, a son siège dans le cœur ; elle vient de la méchanceté de ce cœur, et c’est une révolte contre Dieu, semblable à celle d’Israël au désert. Elle conduit à « abandonner le Dieu vivant », le vrai Dieu opposé aux idoles mortes. Il est le vengeur immortel de l’apostasie (Héb. 10 : 31), Celui qui ne vit pas seulement, mais qui est la source éternelle de la vie (Ps. 36 : 9). L’incrédulité, qui est l’abandon de ce Dieu, nous replonge ou nous laisse dans la mort.

 

                        Remède contre l’endurcissement

« Mais exhortez-vous l’un l’autre chaque jour, aussi longtemps qu’il est dit : « Aujourd’hui », afin qu’aucun d’entre vous ne s’endurcisse par la séduction du péché » (v. 13). Pour prévenir un tel malheur, dit l’apôtre, exhortez-vous les uns les autres, en vous remettant mutuellement en mémoire les glorieuses promesses de l’Evangile. Au chapitre 10, il montrera aussi l’importance de l’exhortation fraternelle dans les relations individuelles et dans les assemblées : « Veillons les uns sur les autres… nous exhortant l’un l’autre » (10 : 24-25). « Aujourd’hui » - c’est-à-dire aussi longtemps que dure ce jour de grâce et de salut où nous pouvons entendre la voix de Dieu qui nous parle par son Fils, l’apôtre de notre confession - et « afin qu’aucun d’entre vous ne s’endurcisse » sont encore des expressions du Psaume 95. Le péché est personnifié : « la séduction du péché » (comme en Romains 5) ; habile et redoutable séducteur, ce fils de Satan endurcit peu à peu le cœur de celui qui l’écoute, le ferme à toute pensée de foi, et, à moins que la miséricorde de Dieu n’intervienne, le conduit infailliblement de l’incrédulité à l’apostasie, et de l’apostasie à l’éternelle perdition. « L’apôtre veut que les Hébreux se stimulent mutuellement, de peur que Satan ne les détourne de Dieu, car l’Ennemi nous aborde par des moyens obliques, peu à peu, jusqu’à ce qu’il nous tienne enveloppés en ses tromperies. Alors nous entrons en rébellion manifeste ; il faut donc y remédier de bonne heure. L’apôtre ne commande pas seulement en général à tous de prendre garde, mais il veut qu’ils soient tellement soigneux du salut de chaque membre qu’ils ne laissent périr, par leur négligence, aucun de ceux qui ont été une fois appelés » (Calvin).

« Car nous sommes devenus les compagnons du Christ, si du moins nous retenons ferme jusqu’à la fin la conviction que nous avions au commencement » (v. 14). Nous sommes les « compagnons » du Christ, de sa justice, de son héritage, de sa gloire. Mais nous devons tenir fermement la « conviction que nous avions au commencement », la foi qui réalise ces bénédictions dès le commencement et fait subsister devant nous les choses qu’elle promet (11 : 1). Elle nous fait demeurer nous-mêmes devant Dieu.

« Aussi longtemps qu’il est dit : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs, comme lors de l’irritation » (v. 15). L’auteur de l’Epître cite encore le Psaume 95 (v. 7-8) et il dit aux Hébreux de s’exhorter les uns les autres, pendant qu’il leur est parlé comme à leurs  ancêtres, les contemporains du psalmiste. C’est toujours Kadès, où Dieu a dit effectivement à Moïse : « Jusques à quand ce peuple-ci me méprisera-t-il, et jusques à quand ne me croira-t-il pas… ? » (Nom 14 : 11).
            Ce « aujourd’hui » ne doit donc pas être restreint au temps où vivait l’auteur du Psaume 95, mais il comprend tout le temps pendant lequel Dieu nous parle. Jésus a dit : « Marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne s’emparent de vous » (Jean 12 : 35). Dieu frappe maintenant à notre porte ; si nous ne lui ouvrons pas, Il nous fermera la porte du ciel. Les gémissements de ceux qui méprisent la grâce qui leur est offerte aujourd’hui viendront trop tard ! Nous ne savons si Dieu veut continuer son appel jusqu’à demain ; ne remettons pas à plus tard ; Il appelle aujourd’hui, répondons aussitôt ! » (Calvin).

 

                        L’incrédulité du peuple d’Israël

« Quels sont donc ceux qui, après l’avoir entendu, l’irritèrent ? Mais n’est-ce pas tous ceux qui sont sortis d’Egypte sous la conduite de Moïse ? » (v. 16).
            Les fils d’Israël avaient entendu la voix de Dieu donnant l’ordre de monter et de prendre immédiatement possession de Canaan (Nom. 13 et 14 ; Deut. 1 : 20-21, 26). Ils irritèrent Dieu par leur incrédulité. Celle-ci n’éclata pas seulement par leur refus d’obéir, par leurs murmures, par leur révolte ; elle alla jusqu’à attribuer tout ce que le Seigneur avait fait pour eux, à la haine qu’Il leur portait soi-disant et au dessein qu’Il avait conçu de les détruire (Deut. 1 : 27). Mais ne s’agit-il pas de tous ceux qui sont sortis d’Egypte sous la conduite de Moïse, à l’exception pourtant de Caleb et Josué (Nom. 14 : 29-30), de tous ceux qui, à ce moment-là, n’avaient pas encore atteint leur vingtième année (v. 31), de leurs petits enfants  (Nom 14 : 31), et encore des Lévites qui n’allaient pas à la guerre, mais étaient établis pour la garde et le service du tabernacle ? En effet, nous voyons ensuite, Eléazar, fils d’Aaron, leur chef, partager avec Josué le pays entre les enfants d’Israël, puis mourir longtemps après, à un âge fort avancé (Nom. 34 : 17 ; Jos. 14 : 1 ; 24 : 33). Si la grande majorité de la nation refusa alors d’écouter la voix de Dieu, faut-il s’étonner qu’elle refuse de l’écouter encore aujourd’hui ? L’apôtre ne le dit pas ouvertement, mais il le laisse entendre assez clairement.

« Et contre qui fut-il indigné durant quarante ans ? N’est-ce pas contre ceux qui ont péché et dont les corps sont tombés dans le désert ? » (v. 17).
            Dieu n’avait pas dit simplement « vous mourrez, » mais vos corps morts tomberont ; ils tombèrent, en effet, dans le désert (Nom. 14 : 29, 32), objets de mépris et d’ignominie, et  solennel avertissement pour le peuple de Dieu dans tous les âges.

« A qui jura-t-il qu’ils n’entreraient pas dans son repos, sinon à ceux qui ont désobéi ? » (v. 18).
            La foi est une obéissance, l’obéissance par excellence ; l’incrédulité, au contraire, est une rébellion contre Dieu (Jean 3 : 36 ; 6 : 29 ; Act. 6 : 7 ; Rom. 10 : 1-4).

« Et nous voyons qu’ils ne purent y entrer à cause de l’incrédulité » (v. 19).
            La promesse d’entrer dans le repos (Gen. 15 : 18 ; Ex. 6 : 8) avait été faite, non à une génération particulière d’Israélites, mais à la nation en général. La majorité du peuple périt alors dans le désert, mais Dieu n’en demeura pas moins fidèle à sa parole qu’Il accomplit envers la génération suivante (Deut. 9 : 5 ; Jos. 21 : 43-45 ; Nom. 14 : 31).

 

L’apôtre de la nouvelle dispensation est donc infiniment supérieur à celui de l’ancienne - de là pour nous la nécessité de considérer attentivement la parole qu’Il est venu nous annoncer au nom du Père, et de prendre bien garde de nous priver, par incrédulité, du repos qu’Il nous a annoncé de sa part. Telle est la pensée de l’auteur inspiré dans le chapitre 3 ; il la développera dans le chapitre suivant.
            Les gloires de la Personne adorable de Jésus et de son ministère se reflètent sur la Maison dont Il est en même temps le Constructeur, l’Organisateur et le Maître. Or, c’est par la foi que l’on est introduit dans cette Maison : quiconque croit de cœur en Jésus fait désormais partie des « gens de la maison de Dieu » (Eph. 2 : 19), telle que celle-ci existe sous la nouvelle économie ; il participe à toutes les grâces qu’elle possède actuellement et à toutes les gloires que l’avenir lui réserve. Mais la responsabilité égale ici le privilège. Si je fais partie de la maison de Dieu, mon âme est sa demeure, elle est sa possession. Il a sur elle le droit de souverain Maître, et ma prière de chaque jour doit être : Prends sur ma personne entière l’autorité qui t’appartient, Seigneur, car elle est ton ouvrage et ta propriété.

 

D’après E. Guers