Méditations suivies : Le livre des Juges (3)

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LE LIVRE DES JUGES  (3)

 

CHAPITRE 3

Othniel


            • La situation spirituelle du peuple de Dieu (v. 5-7)

Cinq caractères de l’infidélité d’Israël sont décrits pour expliquer la colère de Dieu contre lui :

– Le peuple habite dans le monde

Six nations sont ici désignées, parmi lesquelles Israël habite. Ce sont précisément celles qui s’étaient coalisées contre Josué après les victoires de Jéricho et d’Aï (Jos. 9 : 1-2). Comment peut-on être assez aveugle pour choisir d’habiter au milieu de ses propres ennemis ? C’est pourtant ce que l’Eglise a fait au temps de Pergame (Apoc. 2 : 13). La proximité et la fréquentation du monde par les chrétiens leur ôtent la force et l’intelligence spirituelle. Les noms mêmes de ces nations caractérisent les divers dangers qui nous guettent dans nos contacts avec le monde : par exemple, Cananéens signifie « trafiquants », Amoréens : « parleur, vantard ». L’homme, dans le monde, se promène au milieu de l’apparence, de la vanité et du mensonge (Ps. 39 : 6 ; 62 : 9). Le nom des Héthiens, « fils de terreur », met en garde contre la crainte des hommes, qui tend un piège (Prov. 29 : 25).

– Les mariages profanes

Les alliances par mariage avec les nations étaient interdites à Israël (Deut. 7 : 3). Non seulement, un chrétien ne peut pas s’unir à un incrédule (2 Cor. 6 : 14) ; mais la figure des mariages profanes en Israël évoque le danger de la communion avec le mal qui est dans le monde. C’est par les affections que nous risquons de nous laisser entraîner, de sorte que l’exhortation : « Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4 : 23)  conserve toute son importance pour nous.

– Déplaire à Dieu

Israël a fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Eternel.

– Oublier Dieu

Nous faisons de même, lorsque nos affections pour Christ ne sont plus celles de l’épouse pour son mari, ainsi que Dieu le dit à Israël par la voix du prophète : « Mon peuple m’a oublié pendant des jours sans nombre » (Jér. 2 : 32).

– Servir les faux dieux

L’idolâtrie est la conséquence inéluctable des fautes précédentes. Si Christ ne remplit pas notre cœur, nos affections se porteront sur d’autres objets. Il faut s’arrêter sur cet ordre moral du déclin qui conduit à la ruine, rappelé dès le début du livre des Psaumes (Ps. 1 : 1) :
                        - marcher dans le conseil des méchants,
                        - se tenir dans le chemin des pécheurs,
                        - enfin, s’asseoir au siège des moqueurs.

Pour être gardé de ces chutes successives, le « bienheureux » trouve sa joie et son refuge dans la Parole de Dieu.

• La colère de Dieu (v. 8)

Israël est alors livré à ses ennemis, comme conséquence de ses fautes. Le roi d’Aram est l’instrument du jugement dans la main de Dieu. Aram (la Mésopotamie, arrosée par le Tigre et l’Euphrate) est le berceau de la race humaine, du peuple d’Israël en particulier (Deut. 26 : 5). Là, se trouve aussi Babylone, le symbole du pouvoir religieux infidèle qui opprime le peuple de Dieu.

• Othniel, un sauveur qui délivre (v. 9-10)

Dans sa détresse, le peuple crie à l’Eternel, qui suscite Othniel comme juge et sauveur. Son nom signifie « lion de Dieu », c’est-à-dire « Dieu est puissant ». Il avait été préparé à ce service public par les circonstances décrites auparavant, notamment la prise de Kiriath-Sépher et son mariage avec Acsa, fille de Caleb. Il avait appris ce qu’était le combat dans sa vie personnelle, pour acquérir un héritage, une épouse et les sources de bénédiction (1 : 12-15). Le Seigneur forme ainsi ses serviteurs dans le secret, avant de les appeler à un service public.

Cinq caractères sont attribués ici au service d’Othniel en faveur d’Israël :
                 – L’Esprit de l’Eternel est sur lui. C’est la condition à tout service pour Christ, d’autant plus que les temps sont difficiles. « Ni par force, ni par puissance, mais par mon Esprit, dit l’Eternel des armées » (Zach. 4 : 6). C’est ainsi que celui dont l’origine portait le cachet de la faiblesse (Othniel était le fils du frère cadet de Caleb), peut accomplir en puissance le travail de Dieu, rappelé par son nom même.
                 – Il juge Israël. Il ne s’agit pas d’exercer une fonction judiciaire. Le juge est un homme qui, devant Dieu, mesure les choses comme Lui. Si l’Esprit forme pour le service, il donne aussi l’autorité morale pour conduire le troupeau du Seigneur. Le gouvernement est un don placé par Dieu dans l’assemblée (1 Cor. 12 : 28).
                 – Il sort pour la guerre. Préparé d’abord par son maître dans sa vie personnelle, le serviteur exerce ensuite son activité au sein de l’assemblée, avant d’engager le combat avec les ennemis du dehors.
                 – L’Eternel livre en sa main Cushan-Rishhathaïm. Le juge devient ainsi un instrument pour conduire Israël à la victoire.
                – Sa main fut forte contre Cushan-Rishhathaïm. La victoire est complète et les ennemis sont subjugués.

• Quarante ans de repos (v. 11)

Le repos est la conséquence de la victoire sur les ennemis. C’est ici la première mention du repos dans le livre des Juges. On se rappellera qu’il avait été présenté trois fois dans le livre de Josué, le livre des conquêtes et des victoires pour le peuple d’Israël.

Le repos est toujours une conséquence de la fidélité à Dieu :
                        - La première fois, à la fin des combats collectifs du peuple (Jos. 11 : 23) ;
                        - la deuxième, après la victoire personnelle de Caleb et d’Othniel (Jos. 14 : 15) ;
                        - la dernière fois, enfin, quand les Lévites habitent au milieu de leurs frères (Jos. 21 : 44).

Il est très encourageant de voir Dieu accorder encore une mesure de repos à Israël, dans les jours des Juges, au temps du déclin. Pour nous chrétiens, peuple céleste de Dieu, il reste aussi un repos (Héb. 4 : 9). Nous pouvons en jouir pratiquement si nous acceptons le joug du Maître (Matt. 11 : 29), dans l’obéissance à sa volonté.


Ehud

Après les quarante ans de repos, Othniel meurt et Israël retourne au mal, en abandonnant son Dieu.

• Le peuple livré à nouveau aux ennemis (v. 12-14)

Au temps de la délivrance, l’Eternel avait fortifié la main d’Othniel contre les ennemis d’Israël. Mais maintenant, l’Eternel fortifie la main des ennemis contre son peuple pour le châtier. C’est une chose solennelle de penser que Dieu se sert des instruments de son choix (Satan même, l’ennemi de nos âmes) pour nous discipliner. Le cas de Job est exemplaire à cet égard.
            Moab s’associe donc les fils d’Ammon et Amalek pour frapper Israël de la part de Dieu. Ces trois peuples, qui étaient les plus proches d’Israël par leur origine, sont devenus plus tard ses ennemis les plus implacables. Moab et les fils d’Ammon descendaient de Lot, neveu d’Abraham (Gen. 19 : 37-38) ; Amalek était issu d’Esaü, frère jumeau de Jacob (Gen. 36 : 12).
            Ensemble, ces trois nations montrent l’opposition de Satan et de la puissance du mal au peuple de Dieu. Elles sont aussi pour le croyant le symbole de l’homme naturel et de la chair, ce principe mauvais qui est en lui jusqu’à la fin de sa vie sur la terre. Rien ne peut être amélioré dans l’homme naturel, comme le confirme la déclaration du prophète sur Moab : « Moab a été à son aise dès sa jeunesse, et tranquille sur sa lie ; il n’a pas été versé de vase en vase, et il n’est pas allé en captivité ; c’est pourquoi son goût lui est demeuré, et son parfum ne s’est point changé » (Jér. 48 : 11). L’apôtre Paul le confirme à tous les chrétiens : « Je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien » (Rom. 7 : 18).
            Moab, toutefois, habitait un pays de champs fertiles (Jér. 48 : 33), un pays de vignes (Es. 16 : 8-10) et de pâturages pour de nombreux troupeaux (2 Rois 3 : 4). Mais quand Moab se tourne contre Israël, il lui ôte la possession de ses bénédictions, symbolisées par la ville des palmiers, Jéricho. Après la traversée du Jourdain, Jéricho, image de la puissance de l’Ennemi, était devenue une ville maudite. Ici, la cité des palmiers (Deut. 34 : 3), que Moïse avait vue avant sa mort, est une image de la bénédiction.
            Malgré cela, Israël, inconscient de son état, cherche les faveurs du roi de Moab qui l’opprimait et lui envoie un présent. Vouloir se rendre le monde propice, ne fera qu’ajouter à la domination du monde sur les chrétiens.

• Ehud, fils de Guéra (v. 15-16)

Dans sa détresse, le peuple crie à l’Eternel, qui suscite un sauveur, Ehud, fils de Guéra, de la tribu de Benjamin. Plusieurs détails touchant ce juge doivent retenir l’attention :

– Son origine

Dans la tribu issue du dernier fils de Jacob, Guéra, le père d’Ehud, portait le nom de la plus petite unité de poids, le guéra ; il valait un vingtième de sicle, et pesait 0,725 gramme seulement (Ex. 30 : 13).

– Son nom

Ehud est la contraction de Abihud, qui signifie : « dont la louange est le Père ». Les chrétiens seront fortifiés dans leurs combats (contre les ennemis spirituels) dans la mesure où ils réalisent leur place de sacrificateurs devant Dieu pour lui présenter la louange. Un remarquable exemple est celui de Josaphat qui rencontrait précisément les mêmes ennemis qu’Ehud : Moab, les fils d’Ammon et Esaü. Lorsque le peuple commence le chant de triomphe et la louange, l’Eternel intervient en délivrance (2 Chr. 20 : 22).

– Sa faiblesse naturelle

Ehud était « gaucher » (v. 15), bien que descendant de Benjamin, le « fils de la droite » de Jacob (Gen. 35 : 18). La Parole ne veut-elle pas par là nous enseigner que si nous sommes affermis en Christ, nous avons à réaliser notre propre faiblesse (quant à notre vie pratique) ? La déclaration de l’apôtre : « La faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1 Cor. 1 : 25), est confirmée par sa propre expérience : « Car lorsque je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12 : 10).

– Ses armes

La courte épée du juge (une petite coudée seulement), à deux tranchants, est une figure connue pour nous de la Parole de Dieu (Héb. 4 : 12), arme offensive du chrétien qu’il faut revêtir avec les autres pièces de l’armure complète de Dieu (Eph. 6 : 13-17). Ehud portait son épée sous ses vêtements, et sur sa hanche droite. Invisible pour le monde, l’épée de l’Esprit doit habiter notre cœur avant de se diriger contre les ennemis. La faiblesse naturelle du juge (il était gaucher) le conduit, en outre, à placer son épée sur sa droite, le côté de la puissance divine (Ps. 17 : 7 ; 18 : 32-35 ; 45 : 3-4).

– Le départ de Guilgal

Israël avait, dans son ensemble, abandonné Guilgal (2 : 1) ; néanmoins, c’est là que le sauveur envoyé par Dieu commence son service. L’infidélité collective ne doit jamais être un obstacle à l’énergie individuelle de la foi.

• La mort d’Eglon, roi de Moab : v. 17-26

Ainsi préparé, Ehud entreprend un combat solitaire contre le roi des ennemis du peuple. L’obésité d’Eglon, assis à son aise dans sa chambre de rafraîchissement, décrit la masse inerte de l’énergie humaine méprisable de ceux qui, dans leur orgueil, ont abandonné Dieu (Ps. 17 : 10 ; 73 : 7).
            Ehud rencontre Eglon seul à seul. La parole secrète du juge (v. 19) était en fait une parole de jugement de la part de Dieu (v. 20). Comme le Seigneur Jésus a rencontré Satan seul au désert, nous avons aussi à faire face à nos ennemis dans des scènes qui n’ont pas de témoins. La victoire contre le roi de Moab est acquise dans le silence et sans gloire extérieure, par celui que Dieu avait envoyé.

• La puissance de l’exemple : v. 27-30

La victoire publique sur les ennemis suit le jugement secret de leur roi.
            Après la mort d’Eglon, Ehud sonne de la trompette pour rassembler Israël, selon le commandement de l’Eternel à Moïse (Nom. 10 : 9). C’est une autre belle image de la Parole qui rassemble le peuple de Dieu pour le combat, comme pour les fêtes solennelles.
            Ehud prend alors la tête des armées d’Israël : « Suivez-moi » (v. 28). L’ennemi est complètement détruit et le territoire qu’il avait ravi au peuple de Dieu lui est repris ; enfin le passage du Jourdain est fermé à Moab.
            Rappelons-nous que Moab était établi de l’autre côté du Jourdain, de sorte que le contrôle des gués du fleuve préservait maintenant Israël de nouvelles incursions de ses ennemis. C’est une importante leçon morale pour nous. Nos conflits doivent produire une réelle séparation du monde, faute de quoi nous risquons d’avoir souffert en vain (Gal. 3 : 4). Reprendre à l’Ennemi les gués du Jourdain, c’est réaliser que la croix de Christ nous sépare du monde pour nous garder de ses dangers (Gal. 6 : 14).

 

D’après « Sondez les Ecritures » (vol. 5)