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QUARANTE JOURS (5)

 

Repentance et pardon
 

Livre de Jonas

 

            « Et la parole de l'Eternel vint à Jonas une seconde fois, disant : Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie-lui selon le cri que je te dirai. Et Jonas se leva et s'en alla à Ninive, selon la parole de l'Eternel. Or Ninive était une fort grande ville, de trois journées de chemin. Et Jonas commença à entrer dans la ville, le chemin d'un jour ; et il cria et dit : Encore quarante jours, et Ninive sera renversée… Et les hommes de Ninive crurent Dieu, et proclamèrent un jeûne, et se vêtirent de sacs, depuis les plus grands d'entre eux jusqu'aux plus petits. Car la parole parvint au roi de Ninive, et il se leva de son trône, et ôta de dessus lui son manteau, et se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre. Et il fit crier et dire dans Ninive, par un édit du roi et de ses grands, disant : Que les hommes, et les bêtes, le gros et le menu bétail, ne goûtent de rien ; et que les hommes et les bêtes soient recouverts de sacs. Et qu'ils crient à Dieu avec force ; et qu'ils reviennent, chacun, de leur mauvaise voie et de la violence qui est en leurs mains. Qui sait ? Dieu reviendra et se repentira et reviendra de l'ardeur de sa colère, et nous ne périrons pas. Et Dieu vit leurs œuvres, qu'ils revenaient de leur mauvaise voie ; et Dieu se repentît du mal qu'il avait parlé de leur faire, et il ne le fit pas » (Jon. 3 : 1-4, 5-10).

            « Comme les foules s'amassaient, il (Jésus) se mit à dire : Cette génération est une génération méchante ; elle demande un signe ; et il ne lui sera pas donné de signe, si ce n'est le signe de Jonas. Car comme Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi sera le Fils de l'homme pour cette génération… Des hommes de Ninive se lèveront, lors du jugement, avec cette génération, et la condamneront ; car ils se sont repentis à la prédication de Jonas et voici, il y a ici plus que Jonas » (Luc 11 : 29-30, 32).
 
            Il semble bien que Jonas avait compris, en quelque mesure au moins, que Dieu lui confiait une mission spéciale envers la cité de Ninive. Il devait aller lui annoncer le jugement de Dieu décrété contre elle. Dieu lui avait dit : « Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle, car leur méchanceté est montée devant moi » (1 : 2). Mais Jonas craignait qu'à l'annonce de ce jugement le peuple se repente et que Dieu alors leur pardonne et les épargne ; l'importance de sa propre personne en aurait été compromise. Aussi s'enfuit-il à Tarsis de devant la face de l'Eternel.
            Voyons en passant ce qu'était Ninive. A ce moment de l'histoire, elle était « la grande ville », « une fort grande ville, de trois journées de chemin », une de ces énormes cités de l'antiquité dont les ruines nous remplissent encore d'étonnement. Elle était la capitale de l'empire d'Assyrie : on rapporte que les murailles qui l'entouraient étaient hautes de plus de trente mètres, avec mille deux cents tours. Toute la splendeur de l'Orient s'y étalait. Elle était unique dans sa grandeur, et semblait défier toute conquête. Mais ses péchés appelaient le jugement de Dieu.

            L'histoire si frappante de Jonas nous montre comment Dieu prépara son messager en vue de sa mission, la discipline par laquelle Il le fit passer jusqu'à ce qu'il soit préparé selon sa pensée et prêt pour être son instrument. Tout d'abord Jonas s'enfuit loin de Dieu, sur un navire, pour échapper à son devoir ; alors la tempête le surprend tandis qu’il dort dans le bateau : le cri des marins le réveille ; le sort le désigne comme celui qui est la cause de la tempête. Sa conscience alors le convainc, et il reconnaît qu'il est le coupable. La mer le reçoit, le poisson l'engloutit : et c'est là, dans le « sein du shéol » (2 : 3), comme il appelle sa prison, qu'il passe par ces profonds exercices, véritable agonie de l'âme, qui nous sont rapportés au chapitre 2, jusqu'à ce qu'il dise : « la délivrance est de l'Eternel » (v. 10). Alors seulement il peut se tenir sur la terre, comme un homme préparé pour son travail.

            Jonas va donc son chemin. Il entre à Ninive, « le chemin d'un jour » ; il proclame le message solennel : « Encore quarante jours, et Ninive sera renversée » (3 : 4). Telle a été la prédication de Jonas.

            Il ne sera pas hors de place de dire ici un mot sur la grande vérité de la repentance. Je crois bien qu'elle est plus généralement connue dans sa vraie signification qu'autrefois ; pourtant je crains que de nombreuses âmes ne soient tout à fait dans l'erreur quant à ce sujet de première importance. Je dis : de première importance, car c'est une des doctrines capitales du Nouveau testament.

            Lorsque les disciples furent envoyés par le Seigneur, « ils prêchèrent qu'on se repente » (Marc 6 : 12). Le Seigneur lui-même, après que Jean eut été jeté en prison, vint en Galilée où « il prêchait l'évangile du royaume de Dieu », et disait : « Le temps est accompli et le royaume de Dieu s'est approché : repentez-vous et croyez à l'évangile » (Marc 1 : 15).

            Quand, après sa résurrection, Il envoie ses disciples, le message dont Il les charge est « que la repentance et la rémission des péchés soient prêchées en son nom à toutes les nations, en commençant par Jérusalem » (Luc 24 : 47). Paul aussi, dans cette Athènes savante et païenne, annonce que « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (Act. 17 : 30).

            La repentance fait donc partie intégrante de l'évangile, du côté de l'homme, tandis que le pardon appartient à Dieu, qui l'accorde à toute âme repentante.

            Certains, reconnaissant sans doute sa grande importance, ont perdu la mesure de la pensée divine à son sujet, et, supposant que la repentance est une préparation préliminaire à la réception du pardon, ils en ont fait la base d'un « système », selon lequel des regrets méritoires, s'ils sont suffisants, leur attirent le pardon de Dieu. D'autres ont avancé des vues différentes, mais je n'ai pas l'intention de discuter ici sur ce que la repentance n'est pas, au contraire d'illustrer, avec l'aide du Seigneur, ce qu'elle est.

            La prédication de Jonas à Ninive nous offre une illustration instructive et frappante de sa vraie signification : car « ils se sont repentis à la prédication de Jonas ».

            La première chose que Jonas a présentée aux Ninivites était une vérité de Dieu, calculée pour inspirer de profondes réflexions et des exercices de cœur. Il annonce que le jugement de Dieu est à la porte. Le premier effet fut que cette nouvelle fut reçue par la foi, « les hommes de Ninive crurent Dieu » (3 : 5). On voit tout de suite la foi dans le témoignage rendu. Et cela était nécessaire pour produire cette vraie, complète, divine repentance que ce peuple a manifestée de si éclatante manière. D'abord ils se vêtent de sacs, s'humiliant du passé ; ensuite ils reviennent de leur mauvaise voie, dans le présent ; enfin ils se proposent de se détourner de leurs péchés pour le futur. C'était une vraie repentance, et cela même avant qu'ils connussent quoi que ce soit de la grâce qui pardonne. Jusque-là ils espèrent seulement en Dieu, avec ces mots : « Qui sait ? Dieu reviendra et se repentira, et reviendra de l'ardeur de sa colère, et nous ne périrons pas » (v. 9). Mais rappelons-nous que la première chose est qu'ils « crurent Dieu ». La foi a été le mouvement initial dans leurs âmes. Et j'ose affirmer qu'il n'y a jamais eu de vraie repentance sans cela. Quelle que soit la tristesse causée par le péché, la foi en Dieu ou en ce qu'Il a révélé doit venir d'abord, et en fait vient d'abord. Je ne dis pas que l'âme ait déjà trouvé la paix - je dirai plutôt que je ne crois pas qu'elle l'ait - ni qu'elle ait saisi déjà le pardon, mais la racine de la foi en Dieu et en sa parole s'est ancrée profondément dans le cœur et rien ne pourra plus l'ôter.

            Il en a été ainsi avec Ninive. L'appel solennel du jugement avait résonné des lèvres de cet étrange prédicateur à leurs oreilles étonnées, et avait pénétré au fond de leurs cœurs, préparant le chemin de la foi en Dieu et en sa parole. Une vraie repentance suivit. « Dieu vit leurs œuvres » (v. 10) et Ninive fut épargnée. Il en est toujours ainsi. Qu'une âme prenne l'attitude à laquelle la foi l'amène devant Dieu, et elle est immédiatement pardonnée.

            Le passage de Marc 1 : 15, auquel il a déjà été fait allusion, et d'autres semblables, semblent contredire ceci ; mais bien considéré ils ne font que confirmer ce que nous avons dit. Il semblerait là que la repentance précède la foi ! Jésus dit : « Repentez-vous et croyez à l'évangile » (Marc 1 : 15b). Mais si nous jetons les yeux sur la phrase précédente, nous lisons que Jésus vint, disant : « Le temps est accompli, et le royaume de Dieu s'est approché ». Cette présentation de quelque chose de la part de Dieu produit un travail dans l'âme, et elle conduit à la repentance.

            Quels résultats magnifiques nous trouvons ici de cette « journée de chemin » de la prédication de Jonas ! Représentez-vous le roi descendant de son trône, se dépouillant de sa robe royale, revêtant un sac et s'asseyant dans la cendre. Ses courtisans aussi, et son peuple, avec les femmes et les petits enfants, plusieurs centaines de mille - il y en avait plus de cent vingt mille qui ne savaient pas distinguer leur droite de leur gauche (4 : 11). Tous prenaient part à l'humiliation de la puissante cité.

            « Un jour », un seul, suffit. Quel contraste avec les milliers d'aujourd'hui qui entendent, année après année, le message de la grâce, et ne se sont encore jamais courbés dans une vraie repentance devant Dieu !

            Qu'est-ce que Dieu emploie maintenant pour produire ce travail dans le cœur des hommes ? Ninive, et le jugement fait encore partie du témoignage de l'évangile. Il est bien encore le fond sombre du tableau, mais c'est aujourd'hui la présentation de Christ, « de la bonté de Dieu » qui « pousse » les âmes à la repentance (Rom. 2 : 4). Un Dieu d'amour supplie les hommes d'être réconciliés avec Lui (2 Cor. 5 : 20), tandis que le sombre et solennel jugement à venir plane sur la scène, comme la pénible alternative si les hommes n'écoutent pas. « Méprises-tu », dit l'apôtre, « les richesses de sa bonté, et de sa patience et de sa longue attente, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à la repentance ? », te pousse jusqu’à ce que ton cœur sincèrement repentant trouve le pardon. C’est ainsi que la « femme de la ville, qui était une pécheresse » (Luc 7 : 37), fut attirée à Lui « avec des cordes d'homme, avec des liens d'amour » (Osée 11 : 4). Une vraie foi en Lui avait pris racine dans son cœur et l'avait amenée à ses pieds où elle répandait ces larmes du jugement de soi-même, pour ses nombreux péchés ; c'était la vraie repentance avant qu'elle soit pardonnée. Et quand son âme fut prête pour tout ce qui allait lui être accordé si largement, elle reçut ces précieuses assurances : « Tes péchés sont pardonnés » ; « Ta foi t'a sauvée, va en paix ». La racine de la repentance et du pardon était la foi, le fruit de la foi : l'amour ; alors elle connut tout ce qu'il y avait dans Son cœur.

            Remarquez la différence entre la pensée du roi de Ninive et la certitude de l'évangile. « Qui sait ? », dit-il, « Dieu reviendra et se repentira » (3 : 9). Aujourd'hui il n'y a pas de « qui sait ? » dans l'appel de la grâce. Il y a une certitude : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés ni de leurs iniquités » (Héb. 8 : 12). Nous disons facilement : « Je pardonne, mais je ne puis oublier ». Avec Dieu il y a plus que cela ; Il ne se rappellera jamais nos péchés !

            Pauvre Jonas ! Il était touché dans sa propre importance d'homme. Dieu voyait Ninive courbée jusqu'en terre dans une vraie repentance, et aussitôt, comme c'est toujours le cas, son pardon s'étend à toutes les âmes qui sont dans cet état. « Mais Jonas trouva cela très mauvais, et il fut irrité. Et il pria l'Eternel, et dit : Eternel, je te prie, n'était-ce pas là ma parole, quand j'étais encore dans mon pays ? C'est pourquoi j'ai voulu d'abord m'enfuir à Tarsis, car je savais que tu es un Dieu qui fait grâce et qui est miséricordieux, lent à la colère et grand en bonté et que tu te repens du mal dont tu as menacé ; et maintenant, Eternel, je t'en prie, prends-moi ma vie, car mieux me vaut la mort que la vie » (4 : 1-3). Nous voyons ici ce qu'est le cœur de l'homme : fâché et irrité parce que Dieu ne voulait pas détruire une ville repentante ! L'âme qui pense ainsi a encore beaucoup à apprendre de sa grâce infinie. Pauvre messager de jugement ! Tu pouvais t'irriter de ce que Dieu épargnait les milliers de Ninive, mais Jésus se réjouit à cause d'un seul pécheur qui se repent. « Réjouissez-vous avec moi », dit le Sauveur, « car j'ai trouvé ma brebis, celle qui était perdue » (Luc 15 : 6). « Il fallait », dit le Père, « faire bonne chère et se réjouir ; car celui-ci, ton frère, était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé » (v. 32).

            La repentance est donc ce jugement solennel que je prononce en toute conscience sur moi-même en entendant un témoignage du Seigneur. Il faut que je croie avant de pouvoir me repentir. Il peut se faire que la pensée du jugement à venir ait réveillé ma conscience ; il est possible que sa bonté ait attiré mon cœur vers Lui ; mais une chose est certaine : il y a de la foi en cela, et par la foi l'âme vit devant Dieu. La foi est la source de la vie, de la vie de Jésus dans l'âme. Que la vie puisse s'exprimer dans des exercices déchirants pendant quelque temps, n'est-ce pas une preuve que l'âme n'est pas morte, mais qu'elle vit ? C'est le fait de se juger soi-même en vue des exigences divines ; de se peser soi-même dans la balance et de se trouver manquant de poids. Le travail de la repentance ou du jugement de soi-même s’accentue ; plus il sera profond, mieux cela vaudra. L'âme est amenée à ce point où, perdant tout espoir en elle-même, elle désespère de jamais s'amender, et elle trouve alors tout en Christ. C'est alors que l'on connaît le pardon et que l'on en jouit comme du résultat de l’œuvre de Christ : tout le travail de la repentance n'a fait qu'amener l'âme à la place et dans la condition où le pardon est appliqué, là où nous avons réalisé quelque chose de notre état désespéré de ruine - tel qu'il était aux yeux de Dieu.
                                                                               D’après F.G Patterson – « Messager évangélique » (1957)