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QUARANTE JOURS (3)

 
 

Les quarante jours de l’exploration de Canaan - la foi et l’incrédulité

 

Nombres 13 et 14

 

            Le livre des Nombres occupe une place spéciale dans la Parole de Dieu et a une signification particulière. C'est le Livre du désert : il présente le voyage ou l'itinéraire des enfants d'Israël, après la rédemption accomplie, après être sortis d'Egypte à travers la mer Rouge, pour monter vers le pays de Canaan.
            Le désert n'a jamais été dans le dessein de Dieu pour Israël, bien que le voyage ait duré quarante ans ; de même notre chemin, comme croyants ici-bas, ne fait pas partie du conseil de Dieu pour nous. C'est l'endroit où Il veut nous éprouver pour voir ce qui est dans notre cœur, où Il veut nous enseigner des leçons que nous ne pourrions apprendre nulle part ailleurs. Mais Dieu ne nous a pas rachetés pour la terre, mais pour le ciel - non pour ce monde, mais pour la gloire. Tel est son dessein.
            Nous remarquons ici une chose bien solennelle. Les Israélites ont dû rester quarante ans dans le désert avant d'entrer dans le pays de Canaan à la frontière duquel ils étaient pourtant arrivés après « onze journées » seulement depuis Horeb, qu'ils avaient quitté la seconde année après être sortis d'Egypte. Nous le voyons en Deutéronome 1 : 2 : « Il y a onze journées depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séhir, jusqu'à Kadès-Barnéa ». Kadès est sur la frontière même du pays, à son extrémité sud-est. Mais nous lisons au verset suivant : « Et il arriva, en la quarantième année, au onzième mois… ». Un court voyage amenait dans le pays même de la promesse ; mais l'incrédulité l’a transformé en un long et fatigant pèlerinage de quarante ans.

            Nous pouvons bien nous demander si le voyage aurait été si long depuis l'ascension du Seigneur après sa résurrection - après l’envoi du Saint Esprit pour former l'Eglise de Dieu, jusqu'à son retour - si cette Eglise avait été fidèle à son désir « que tous soient un... afin que le monde croie » (Jean 17 : 21). Tous auraient été bien vite rassemblés, et le Seigneur les aurait pris avec Lui là-haut ! Mais la ruine a été bien vite là, et la longue patience de Dieu a attendu depuis lors, afin d'accomplir son dessein. Et nous-mêmes sommes le fruit de l'infidélité de l'homme et de la patience de Dieu. Ne nous décourageons donc pas en voyant le mal tout autour de nous : Dieu peut tout faire tourner en bénédiction selon ses propres voies.
            Nous savons par 1 Corinthiens 10 : 11 que  « toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d'avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints ». Cela ne signifie pas que le peuple soit le type, mais « toutes ces choses » qui leur arrivèrent, et c'est là une distinction très importante.

            Voyons maintenant quelques passages de l'Ecriture qui prouvent que le désert n'a jamais été dans le conseil de Dieu.
            Exode 3 montre Dieu apparaissant à Moïse d'une manière étrange, du milieu d'un buisson : « le buisson était tout ardent de feu, et le buisson n'était pas consumé » (v. 2). Israël était dans la fournaise en Egypte ; c'est pourquoi Dieu veut être dans le buisson ardent. Il s'identifiait avec son peuple - où qu'il fût - lorsqu'Il était sur le point de le délivrer.

            Son dessein nous est révélé dans le verset 7 de ce même chapitre, concernant Israël : « J'ai vu, j'ai vu l'affliction de mon peuple qui est en Egypte, et j'ai entendu le cri qu'il a jeté à cause de ses exacteurs ; car je connais ses douleurs ». Précieuse pensée ! Même quand aucun cri ne Lui était adressé, Il pouvait dire : « J'ai vu, j'ai entendu, je connais » ! Ces mots touchants nous dévoilent trois degrés de souffrance et de peine chez les siens. Il y a la peine extérieure qui peut être vue par d'autres. Elle est la plus facile à supporter, et celle dans laquelle souvent les autres manifestent le plus de sympathie. Cela peut être une maladie, ou une autre affliction visible et que les autres peuvent partager. De celle-là Dieu dit : « J'ai vu l'affliction de mon peuple ». Mais il y a une peine plus profonde d'où peut jaillir un cri poussé vers Dieu par le cœur oppressé. « J'ai entendu leur cri », dit l'Eternel. C'est une peine qui peut s'exprimer par des mots devant Lui, ou devant un ami plein d'une sympathie qui touche le cœur. Dieu lui-même entend le cri qui l'exprime. Mais il est une peine plus profonde encore, une peine à laquelle le meilleur des amis ne peut avoir de part - une peine qui ronge le cœur, que des mots ne sauraient traduire, et qu'il vaudrait mieux ne pas exprimer si même on pouvait le faire. Cette peine muette d'un cœur angoissé, on ne peut même pas la dire à Dieu par des paroles, mais par « des soupirs inexprimables ». On ne peut la placer devant Lui que dans le silence de sa présence, tandis que l'âme est soutenue par ces mots si précieux : « Je connais ses douleurs ». Quelle sécurité l'âme trouve dans ces paroles ! « J'ai vu » ce qui pouvait être vu ; « j'ai entendu », le cri que d'autres ont pu entendre ; mais « je connais ses douleurs ». Aucun mot n'a pu les exprimer même à moi-même ; combien moins à l'ami ou au compagnon qui serait capable de sympathiser en vérité !
            « Et je suis descendu pour le délivrer... et pour le faire monter de ce pays-là dans un pays bon et spacieux, dans un pays ruisselant de lait et de miel » (v. 8). C'était donc là son dessein. Pas un mot des déserts entre les deux.

            Quand le législateur vient au chapitre 6 leur annoncer ce dessein de Dieu, il le leur dit en sept affirmations de l'Eternel : « Je vous ferai sortir… je vous délivrerai de leur servitude… je vous rachèterai… Je vous prendrai pour être mon peuple... je vous serai Dieu… je vous ferai entrer dans le pays… je vous le donnerai en possession » (v. 6-8). Ici de nouveau nulle question du désert ; il n'était pas dans son propos.
            C'est ainsi que la foi s'empare de ce dessein merveilleux dans son cantique, le premier que nous trouvions dans l'Ecriture : « Jusqu'à ce que ton peuple, ô Eternel, ait passé, jusqu'à ce qu'ait passé ce peuple que tu t'es acquis. Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage » (Ex. 15 : 16-17). A travers le désert ? Non ; pas un mot à ce sujet dans le cantique de la foi ; la foi s'empare des pensées de Dieu parce qu'Il les a révélées.

            Ainsi dans les Ephésiens nous ne trouvons ni temps, ni terre, ni désert. Nous sommes pris des profondeurs de la ruine, et placés dans les lieux célestes en Christ, sans aucune mention du chemin d'ici-bas. Il en a été ainsi du brigand sur la croix, à côté du Seigneur : il a été transporté instantanément de l'abîme de la dégradation dans le paradis de Dieu avec Christ !
            Pourquoi donc le désert ? Pourquoi ce chemin d'affliction et de détresse ? Pourquoi introduire ce voyage fatigant où l'on voit nos manquements, où nos cœurs sont mis à nu ?

            Le chapitre 8 du Deutéronome donne la réponse. C'est comme une vue d'ensemble de tout le livre qui est placée devant nous.
            « Et tu te souviendras de tout le chemin par lequel l'Eternel, ton Dieu, t'a fait marcher ces quarante ans, dans le désert, afin de t'humilier, et de t'éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur... » (Deut. 8 : 2). Il y a deux choses dont Dieu veut que nous nous souvenions : « afin que, tous les jours de ta vie, tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d'Egypte » (Deut. 16 : 3), et « de tout le chemin » suivi dans le désert (8 : 2). Il ne fallait oublier aucun incident ; mais tout tournait à bénédiction de la part de Celui qui seul pouvait dire que c'était « pour te faire du bien à la fin » (8 : 16).

            C'était l'épreuve de leur foi ; celle de leur patience aussi, révélant ce qui était dans le cœur de ceux qu'Il avait rachetés. Lui le savait, avant même qu'ils ne fussent éprouvés ; mais ils ont dû l'apprendre, comme nous devons le faire nous-mêmes, par ces épreuves dans le chemin. Certes ces leçons sont amères ; elles nous courbent dans la poussière, et il le faut, mais elles remplissent le cœur d'une connaissance plus profonde, plus complète de Celui qui nous a rachetés et de ce qui était toujours dans Son cœur tout au long de ces épreuves.
            Le peuple d'Israël se trouve maintenant à Kadès-Barnéa (Nom. 13). Ils avaient accompli le voyage de « onze journées » (Deut. 1 : 2), et étaient à la frontière du pays de la promesse. Ils pouvaient voir, s'étendant sous leurs yeux ses plaines riantes - le jardin de l'Eternel, ce bon pays qui ruisselait de lait et de miel. Leurs pieds avaient presque foulé la terre qui était leur possession, mais en un instant cette heureuse perspective est voilée par l'incrédulité !

            Ils étaient tous sortis d'Egypte : tous semblaient être tout près du pays de Canaan ; cependant des milliers tombèrent dans le désert et n'arrivèrent jamais au but. Pourquoi ? La réponse se trouve en Hébreux 3 : 19 : « Nous voyons qu'ils ne purent y entrer à cause de l'incrédulité ». « Appliquons-nous donc à entrer dans ce repos-là, afin que personne en tombe en imitant une semblable désobéissance » (Héb. 4 : 11).
            Le peuple était donc à Kadès-Barnéa, à un pas du pays où seraient accomplies toutes les espérances, toutes les promesses. Mais immédiatement le nuage d'incrédulité, caché jusqu'alors, pas plus grand au début que la main d'un homme, croît et grandit, noir et plein de menaces. Cela semblait si sage, si prudent d'envoyer des hommes pour examiner le pays. Tout semblait être, d'après Nombres 13, selon la pensée de l'Eternel. Il parla à Moïse : « Envoie des hommes, et ils reconnaîtront le pays de Canaan, que je donne aux fils d'Israël » (v. 3). Cela est très solennel. On ne voit rien au début de ce chapitre qui puisse nous faire supposer que quelque chose n'était pas en ordre.

            Ne rencontrons-nous pas souvent quelque chose de semblable dans notre propre histoire ? Vous faites quelque chose ; vous paraissez avoir pleinement la pensée du Seigneur et sa parole. Mais il se peut que six mois après vous soyez obligés de dire : « C'était de l'incrédulité » ! Combien il est solennel et bien affligeant de constater que le Seigneur permet parfois une chose, la commande même, « à cause de l’incrédulité », comme Il le fait ici. Le thermomètre de la foi a  baissé ; le premier cantique de la foi, ce beau cantique d'Exode 15, qui saisissait le dessein de Dieu, où la foi mettait son sceau sur tout ce qu'Il avait révélé, tout cela a disparu. Prudence et précaution étaient maintenant les principes directeurs ; et tout semblait aller à souhait pour le moment. Dieu alors descendit, abaissa ses voies au niveau de leur mal, et dit à Moïse : « Envoie des hommes ».
            Dieu n'a-t-il jamais agi de la sorte envers nous, frères ? N'est-il pas arrivé qu'Il réponde à nos désirs, et que nous pensions que c'était bon signe et que tout semblait être selon Sa pensée ? Et n'avons-nous pas découvert, plus tard, que tout cela était le fruit de l'incrédulité ?

            Voyez comme Moïse a été trompé, lui l'homme le plus doux qu'il y eût sur la terre, le conducteur même du peuple de Dieu. « Et je vous dis : vous êtes arrivés jusqu'à la montagne des Amoréens, laquelle l'Eternel, notre Dieu, nous donne. Regarde, l'Eternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays ; monte, prends possession... Et vous vous approchâtes tous de moi, et vous dîtes : Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous... Et la chose fut bonne à mes yeux » (Deut. 1 : 20-23).
            La foi ne raisonne jamais, elle se confie à Dieu non pour les choses simplement difficiles, mais pour celles qui semblent impossibles ! Ne disons pas qu'une chose est difficile et qu'il nous faut alors nous confier à Dieu. Dites plutôt qu'elle est impossible, c'est pourquoi nous voulons Lui faire confiance. Il s’est réservé le domaine de l’impossible !

            La foi du peuple avait donc baissé et l'Eternel leur dit d'envoyer des espions. Toutefois, Il ne le désirait pas, comme il pourrait le sembler, mais Il le permet. N'est-il pas arrivé souvent que nous nous sommes agenouillés et avons supplié Dieu pour quelque chose ; qu'en est-il résulté ? Il nous a accordé notre requête, et envoyé la consomption dans nos âmes (Ps. 106 : 15). Des vies n'ont-elles pas été épargnées à la demande de ses saints, individuellement ou collectivement, qui ont été l'amertume des années qui ont suivi ? N'avons-nous pas cherché, pour gagner notre pain quotidien, des conditions de vie qui nous ont été accordées ; et plus tard les soucis qu'elles ont amenés ont brisé nos cœurs ? A mesure que nous avançons dans la vie, notre crainte augmente de Lui demander quelque chose qui ne soit pas la chose qu'il faut, celle qui est selon sa volonté.
            On pourrait écrire sur le livre des Nombres : « Il vous sera fait selon votre foi », car c'est le thème de ce livre. Chacun a reçu en raison de sa foi ou de son incrédulité. Moïse dit : « Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple », et à peine cette parole incrédule a-t-elle passé ses lèvres que Dieu dit : « Assemble-moi soixante-dix hommes des anciens d'Israël » (Nom. 11 : 14, 16). Israël dit : « Si nous étions morts dans ce désert » et dans le même chapitre nous trouvons : « Je suis vivant, dit l'Eternel, si je ne vous fais comme vous avez parlé à mes oreilles... ! Vos cadavres tomberont dans ce désert » (14 : 2, 28, 29). « Qui nous fera manger de la chair ? » : tel était le cri de la convoitise (11 : 18). « L'Eternel vous donnera de la chair, et vous en mangerez », est la réponse de Moïse.

            Quel commentaire de tout ce chapitre Jacques ne nous donne-t-il pas, au verset 15 du premier chapitre de son épître ! La convoitise avait conçu ; elle avait enfanté le péché, et le péché étant consommé avait produit la mort ; Kibroth-Hattaava en donne le témoignage solennel.
            Caleb, dans le langage magnifique de la foi, crie : « Montons hardiment et prenons possession du pays, car nous sommes bien capables de le faire » (Nom. 13 : 31), et Dieu le prit au mot pour ainsi dire : « Vous aurez le pays ». Josué de son côté dit : « Si l'Eternel prend plaisir en nous, il nous fera entrer dans ce pays-là et nous le donnera » (14 : 8). Belle expression de la foi qui prouve sa pleine réponse dans les paroles de Josué, près de sa fin : « Vous savez de tout votre cœur et de toute votre âme qu'il n'est pas tombé un seul mot de toutes les bonnes paroles que l'Eternel, votre Dieu, a dites à votre sujet : tout vous est arrivé ; il n'en est pas tombé un seul mot » (Jos. 23 : 14).

            Les douze hommes sont désignés pour reconnaître le pays. Ils le parcourent de long en large. Ils constatent sa beauté et sa fertilité ; ils voient ses ruisseaux et ses sources, ses montagnes et ses vallées. Pendant les quarante jours que dure leur voyage, la main de l'Eternel les garde. Les fils d'Anak ne les molestent pas, aucun ennemi ne leur barre le chemin. Ils cueillent la grappe de raisins d'Eshcol, des grenades et des figues, et ils reviennent vers leurs frères, « de la reconnaissance du pays au bout de quarante jours » (Nom. 13 : 26).
            Quel est leur rapport ? Le pays est bon, disent-ils ; ce que Dieu en a dit est vrai ; tous sont d'accord là-dessus ; d'accord aussi sur les difficultés, les obstacles, les ennemis qui s'y trouvent : « Montons hardiment », dit Caleb, « et prenons possession du pays ». Et Josué au chapitre suivant le confirme : « Si l'Eternel prend plaisir en nous, il nous fera entrer dans ce pays-là ». Mais les dix autres hommes qui étaient montés avec eux dirent : « Nous ne sommes pas capables de monter contre ce peuple, car il est plus fort que nous » (v. 32). L'incrédulité, et la crainte de l'homme, obscurcissent l'horizon, et en un instant Dieu est oublié. Ils mesurent leur propre force, non celle de Dieu, à celle des fils d'Anak ; et en fait ils n'étaient que des sauterelles à leurs propres yeux, comme ils pensaient l’être aux yeux des fils d'Anak : « car ils sont plus forts que nous ».

            N'avons-nous jamais fait cette expérience ? N'avons-nous pas rencontré des personnes jouissant de leur position divine, cherchant même à y amener d'autres âmes, et qui, ensuite, leur âme ayant perdu le Seigneur de vue, décrient cette position même dont si peu de temps auparavant leur bouche se glorifiait ? N'est-ce pas là la tendance de nos cœurs, même si nous n'osons pas nous l'avouer à nous-mêmes ?
            Voyez ces espions : ils se réjouissent du pays de la promesse, et le moment d'après le méprisent en voyant les difficultés. Considérez aussi les deux témoins de Dieu, Caleb et Josué. Caleb a pleinement suivi l'Eternel. (Je ne parle pas ici de Josué, qui est plutôt le type d'un Christ céleste introduisant son peuple dans la possession de tout). Lui, Caleb, a pris la balance du sanctuaire et a placé dans un des plateaux les fils d'Anak, toute la puissance de l'ennemi et les villes murées jusqu'aux cieux ; dans l'autre la promesse du Dieu vivant. Celle-ci l'emporte sans hésitation sur celui-là, la simple parole de l'Eternel suffit à faire pencher la balance de son côté. « Nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Rom. 8 : 37).

            Le livre des Nombres montre bien la mise à l’épreuve et la faillite totale de l'homme marchant dans le désert sans le gouvernement de l’Eternel ; mais Dieu remplit pour Lui-même deux témoins de cette énergie qui compte sur Lui avec une foi entière et se maintient tout le long du chemin. Tous manquent - Moïse, Aaron, le peuple - sauf ces deux témoins. Dieu introduit pourtant leurs petits enfants dont ils disaient qu'ils deviendraient une proie. Il se glorifie dans la faiblesse ; c'est là que sa force se montre parfaite ; car sa puissance s'accomplit dans la faiblesse (2 Cor. 12 : 9).
            Nous trouvons donc que la première chose que fait Israël est de mal parler de ce que Dieu leur donne ; puis de mal parler de Lui-même : « Pourquoi l'Eternel nous fait-il venir dans ce pays, pour y tomber par l'épée, pour que nos femmes et nos petits enfants deviennent une proie ? Ne serait-il pas bon pour nous de retourner en Egypte ? Et ils se dirent l'un à l'autre : Etablissons un chef, et retournons en Egypte » (Nom. 14 : 3). En vain Caleb et Josué essaient-ils de ramener le peuple, l'incrédulité s'est installée en lui d'une manière définitive. L'Eternel parle alors de le frapper et de le détruire ; Moïse invoque cette « bonté », la ressource qui n'avait jamais manqué, et l'Eternel répond : « J'ai pardonné selon ta parole » (v. 20). Puis Il prononce le jugement du peuple et donne une promesse à Caleb : « Tous ces hommes qui ont vu ma gloire, et mes signes, que j'ai faits en Egypte et dans le désert, et qui m'ont tenté ces dix fois et qui n'ont pas écouté ma voix ; … s'ils voient le pays que j'avais promis par serment à leurs pères ! Aucun de ceux qui m'ont méprisé ne le verra. Mais mon serviteur Caleb, parce qu'il a été animé d'un autre esprit et qu'il m'a pleinement suivi, je l'introduirai dans le pays où il est entré, et sa semence le possédera » (v. 22-24).

            La sentence de l'Eternel est donc la suivante : « Dis-leur : Je suis vivant, dit l'Eternel, si je ne vous fais comme vous avez parlé à mes oreilles... ! Vos cadavres tomberont dans ce désert. Et tous ceux d'entre vous qui ont été dénombrés, selon tout le compte qui a été fait de vous, depuis l'âge de vingt ans et au-dessus, vous qui avez murmuré contre moi,... si vous entrez dans le pays touchant lequel j'ai levé ma main pour vous y faire habiter, excepté Caleb, fils de Jephunné, et Josué, fils de Nun ! Mais vos petits enfants, dont vous avez dit qu'ils seraient une proie, je les ferai entrer, et ils connaîtront le pays que vous avez méprisé, et quant à vous, vos cadavres tomberont dans ce désert. Et vos fils seront paissant dans le désert quarante ans, et ils porteront la peine de vos prostitutions, jusqu'à ce que vos cadavres soient consumés dans le désert. Selon le nombre des jours que vous avez mis à reconnaître le pays, quarante jours, un jour pour une année, vous porterez vos iniquités quarante ans, et vous connaîtrez ce que c'est que je me sois détourné de vous » (v. 28-34).
            Ils avaient attendu pendant quarante jours un témoignage humain, et quand ils l'eurent, ils ne le crurent pas ; pas plus qu'ils n'avaient cru le témoignage de Dieu. L'homme n'a confiance ni en Dieu ni en son semblable. Nous mettons des serrures à nos portes ; nous avons des banques pour mettre notre argent et la police pour le garder. Aucun homme ne se confie naturellement en son semblable, et la dernière chose qu'il fasse est de se fier à Dieu, et encore seulement lorsque la grâce lui a appris que décidément il n'y a pas d'autre ressource.

            Quarante ans de pérégrinations, voilà le résultat d'un moment d'incrédulité, la réponse au péché qui en découlait. Une vie entière est parfois gâtée, amenant quarante années de chagrin, par un seul moment de péché et d'incrédulité. On peut avoir commis un péché, si secret que nul œil n'a pu le voir, si ce n'est celui de Dieu seul. Mais il laisse une cicatrice, bien que l'on ait l'assurance de son pardon.
            Les dix espions ont été jugés pour leur péché. Israël, repentant, dit : Nous voici ; nous monterons, nous voulons obéir ; Il a promis ; nous confessons notre péché. Que pouvaient-ils faire de plus ? «  Et ils se levèrent de bon matin et montèrent sur le sommet de la montagne » (v. 40). Mais Moïse dit : « Pourquoi transgressez-vous ainsi le commandement de l'Eternel ? Cela ne réussira point. Ne montez pas, car l'Eternel n'est pas au milieu de vous, afin que vous ne soyez pas battus devant vos ennemis ; car l'Amalékite » (remarquez que cela avait été la raison de l'incrédulité pour ne pas monter quand l'Eternel l'avait commandé), « et le Cananéen sont là devant vous, et vous tomberez par l'épée ; car, parce que vous vous êtes détournés de l'Eternel, l'Eternel ne sera pas avec vous. Toutefois ils s'obstinèrent à monter sur le sommet de la montagne ; mais l'arche de l'alliance de l'Eternel et Moïse ne bougèrent pas du milieu du camp. Et les Amalékites et les Cananéens qui habitaient cette montagne-là, descendirent, et les battirent, et les taillèrent en pièces jusqu'à Horma  - qui signifie : entière destruction » (v. 41-45). Il faut que nous acceptions le gouvernement de Dieu et que nous nous inclinions devant Lui quand Il a commandé, et que nous subissions les conséquences de notre péché.

            Voyons maintenant l'homme « animé d'un autre esprit », Caleb, l'homme au cœur non partagé. Lui et Josué entrèrent dans le pays de Canaan, et le parcoururent pendant quarante jours : puis ils revinrent et marchèrent par le désert pendant quarante ans. Ne semble-t-il pas que c'était bien dur pour ces hommes fidèles ? Subir les conséquences des péchés des autres, des péchés auxquels ils n'avaient pas pris part ? Eh bien non, il leur aurait manqué quelque chose s'ils n'avaient pas fait ce voyage pendant lequel ils apprirent les choses merveilleuses du Dieu d'Israël. Ils virent la verge d'Aaron bourgeonner, fleurir, porter du fruit. Ils virent le jugement de Coré, Dathan et Abiram ; et aussi le serpent d'airain. Tout le long du chemin ils marchèrent avec Dieu, et à la fin ils eurent une « riche entrée » dans le pays de gloire !
            Si nous nous reportons à Josué 14 où il est question de Caleb, nous lisons : « Et les fils de Juda s'approchèrent de Josué, à Guilgal ; et Caleb, fils de Jéphunné, le Kenizien, lui dit : Tu sais la parole que l'Eternel a dite, à mon sujet et à ton sujet, à Moïse, homme de Dieu, à Kadès-Barnéa. J'étais âgé de quarante ans quand Moïse, serviteur de l'Eternel, m'envoya de Kadès-Barnéa pour explorer le pays, et je lui rapportai la chose comme elle était dans mon cœur... mais moi, je suivis pleinement l'Eternel, mon Dieu » (v. 6-8). Quand un homme peut se lever devant ceux qui ont été ses compagnons pendant quarante ans, et prononcer de telles paroles, il mérite que nous le croyions. Personne n'oserait dire cela si ce n'était pas exact, par crainte d'être contredit. Il est rare qu'un homme puisse témoigner de lui-même ; quand il peut le faire, je crois son témoignage. Moïse d'ailleurs lui rend aussi témoignage : « Tu as pleinement suivi l'Eternel, mon Dieu » (v. 9). L'Eternel aussi avait dit de lui : « Mon serviteur Caleb... m'a pleinement suivi », et à la fin Josué : « … le bénit, et donna Hébron en héritage à Caleb, fils de Jéphunné... parce qu'il avait pleinement suivi l'Eternel, le Dieu d'Israël » (v. 13-14). Ainsi nous avons quatre précieux témoignages au sujet de cet homme « au cœur non partagé » !

 
                                                                               D’après F.G Patterson – « Messager évangélique » (1957)