Méditations suivies : Daniel, le prophète (8)

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 DANIEL, LE PROPHÈTE (8)

 

 CHAPITRE 8   

     La vision présentée à Daniel à Suse  (v. 1-14)
     L’interprétation de la vision par l’ange Gabriel  (v. 15-26) 
    

            Deux changements marquent le début de ce chapitre. Du chapitre 2 : 4 à la fin du chapitre 7, la langue employée est le chaldéen, tandis qu’ensuite, jusqu’à la fin du livre, c'est l'hébreu. Quand l'Esprit de Dieu développait des choses, présentes ou futures, relatives aux monarques gentils et à leur conduite, avec le caractère et le cours de leurs royaumes respectifs, il se servait de la langue du pays dans lequel Daniel vivait ; mais dès le moment où il commence à traiter de leur conduite en relation avec le pays d'Israël et avec le sanctuaire, il revient à la langue sacrée - les chapitres 1 et 2, 1-3, sont en Hébreu. En second lieu, la scène est changée. Jusque-là, Daniel avait probablement été à Babylone ; ici, « la troisième année du règne de Belshatsar le roi », lorsque la vision de ce chapitre lui apparut, il était « à Suse, le palais, qui est dans la province d'Elam », un pays voisin du territoire perse et qui semble être devenu ensuite une province perse.

 
 
La vision présentée à Daniel à Suse  (v. 1-14)
 

                        Le royaume des Mèdes et des Perses

            Ce fut à Suse, près du fleuve Ulaï, que Daniel vit « dans la vision ». « Et je levai les yeux, et je vis ; et voici, un bélier se tenait devant le fleuve, et il avait deux cornes ; et les deux cornes étaient hautes, et l'une était plus haute que l'autre, et la plus haute s'éleva la dernière. Je vis le bélier heurtant vers l'occident, et vers le nord, et vers le midi ; et aucune bête ne pouvait tenir devant lui, et il n'y avait personne qui pût délivrer de sa main ; et il fit selon son gré, et devint grand » (v. 2-4). C'est une description symbolique des « rois de Médie et de Perse » (v. 20) ; on dit qu'un bélier servait d'emblème de leur royaume aux Perses, et une chèvre aux Macédoniens. Cela représente la dualité de caractère de cet empire, composé qu'il était de la Médie et de la Perse (voir 5 : 28 ; 6 : 8). Le fait que la corne qui s'éleva la dernière était plus haute que l'autre, montre que la partie perse du royaume obtint finalement la suprématie. Ainsi, Cyrus le Perse succéda à Darius le Mède ; et le bélier heurtant vers l'occident, et vers le nord, et vers le midi, invincible dans ses conquêtes et faisant « selon son gré », représente ce royaume à l'apogée de sa puissance et de sa grandeur, probablement sous le règne de Cyrus. La rapacité de cet empire au cours de ses conflits victorieux a été indiquée lorsque nous avons considéré le chapitre 7 (v. 5). C'était là le deuxième des quatre empires gentils et, par conséquent, le successeur de Babylone.

                        Le royaume grec

            Daniel rapporte ensuite ce qu'il vit en ces termes : « Et je considérais, et voici, un bouc venant du couchant sur la face de toute la terre, et qui ne touchait pas la terre ; et le bouc avait une corne de grande apparence entre ses yeux » (v. 5). Le bouc représente « le roi de Grèce », le roi étant ici, comme souvent, l'expression de la souveraineté ou du royaume ; et la « corne de grande apparence » est donc cet Alexandre dont le génie guerrier, le courage et les victoires, ont été si abondamment célébrés dans l'histoire. La rapidité de ses mouvements, qui était un trait saillant de ses campagnes, est décrite d'une manière frappante dans la vision : « un bouc venant du couchant sur la face de toute la terre, et qui ne touchait pas la terre ». En une dizaine d'années, il conquit presque tous les royaumes du monde connu d'alors. Dans les versets 6, 7, l'attaque d'Alexandre contre les Perses est décrite figurativement ; et cependant, bien que le langage soit symbolique, on n'aurait pas pu faire une description plus précise de sa conquête. Le bouc « vint jusqu'au bélier qui avait les deux cornes... et courut sur lui dans la fureur de sa force ». Encore : « Et je le vis arriver tout près du bélier, et il s'exaspéra contre lui et frappa le bélier, et brisa ses deux cornes » (v. 6-7).
            Les termes mêmes employés expriment une très vive hostilité de la part de l'assaillant de la Perse ; et tel fut le cas, car la Grèce n'avait jamais oublié l'invasion de son pays par les armées perses, et elle brûlait de se venger de ses ennemis. L'impuissance totale de la Perse en présence de son adversaire est dépeinte d'une manière non moins figurée : « Le bélier fut sans force pour tenir devant lui : il le jeta par terre et le foula aux pieds, et il n'y eut personne qui pût délivrer le bélier de sa main » (v. 7). En fait la durée de l'Empire perse avait, selon le décret de Dieu, atteint son terme ; et le royaume qu'il avait choisi pour lui succéder, devait maintenant avoir la suprématie. Les batailles d'Issos et d'Arbèles comptent parmi les batailles décisives du monde, et elles furent décisives parce que Dieu se servait d'Alexandre « le Grand » pour accomplir son propos à l'égard du gouvernement de la terre.

                        Les quatre cornes et la petite corne d’orient

            Le motif de la mention de la Perse et de la Grèce et de ces deux empires seulement, à cette place, est bien dépeint dans les lignes suivantes : « Les deux empires de Perse et de Grèce, soit ceux de l'Orient après celui de Babylone sous lequel la prophétie a eu lieu, ne sont mentionnés que pour désigner les contrées où ces événements doivent se passer et les introduire dans leur ordre historique. L'empire perse est renversé par le roi grec, dont l'empire est ensuite remplacé par quatre monarchies, de l'une desquelles surgit une puissance qui fait essentiellement le sujet de la prophétie » (Etudes sur la Parole de Dieu - J.N.D). Cette dernière phrase trouve son explication dans les deux versets suivants : « Et le bouc devint très grand ; et lorsqu'il fut devenu fort, la grande corne fut brisée, et quatre cornes de grande apparence s'élevèrent à sa place, vers les quatre vents des cieux. Et de l'une d'elles sortit une petite corne, et elle grandit extrêmement vers le midi, et vers le levant, et vers le pays de beauté » (v. 8-9). Une longue période de l'histoire (mort d'Alexandre, 323 avant Jésus Christ ; avènement d'Antiochus Epiphane, 175 avant Jésus Christ) est résumée dans cette déclaration succincte, qui contient néanmoins tous les points concernant le sujet prophétique du chapitre. D'abord, le fait de l'établissement du royaume grec est posé ; puis la mort d'Alexandre au milieu de ses triomphes - « lorsqu'il fut devenu fort » ; - le partage subséquent de son empire entre quatre de ses généraux ; et finalement l'élévation du milieu de l'un d'eux d'une « petite corne » qui « grandit extrêmement ».
            Laissant au lecteur, s'il le désire, le soin de poursuivre l'examen de l'histoire, nous nous bornerons à dire ici, comme cela a déjà été indiqué au chapitre 7, que les quatre royaumes issus de la division finale de l'empire d'Alexandre sont la Syrie, l'Égypte, la Grèce et la Thrace. Les deux derniers succombèrent bientôt à la puissance croissante de Rome, tandis que les deux premiers subsistèrent jusque vers 50 avant Jésus Christ. C'est du royaume de Syrie que sortit la petite corne, qui représente, ainsi que nous le verrons au cours de la prophétie, le roi Antiochus Epiphane. Si l'on se souvient de ce qui a été dit de la petite corne du chapitre 7, on constatera que les deux petites cornes sont absolument distinctes ; celle du chapitre 7, encore future, qui soumet trois rois et détient finalement toute la puissance de l'empire, appartient à l'Occident. Elle aura la domination de l'Empire romain ressuscité. En revanche, la petite corne du chapitre 8 a son siège et son trône en Syrie, et c'est de ce fait qu'elle devient un type d'une manière aussi remarquable du personnage si souvent mentionné dans les écrits prophétiques comme l'Assyrien, et comme le roi du nord (voir par ex. Es. 10 : 24 ; 14 : 25 ; 31 : 8 ; Mich. 5 : 5 ; Dan. 11 : 6, 8…).
            La petite corne étendit son royaume, « grandit extrêmement vers le midi », c'est-à-dire vers l'Egypte, qui est toujours nommée ainsi, étant au sud de la Palestine ; « et vers le levant », c'est-à-dire vers le royaume parthe et l'Arménie… ; « et vers le pays de beauté », la Palestine. Ce sont là de nouveau des faits historiques bien connus, et les différentes campagnes que fit ce roi célèbre dans ces divers pays sont rapportées dans les livres d'histoire.  Ses actes à l'égard du pays de beauté sont racontés dans le premier livre des Macchabées qui, bien que ne faisant pas partie des Saintes Ecritures, est jugé exact dans l'ensemble. Cette remarque ne s'applique pas cependant aux autres livres des Macchabées, à l'exception peut-être, dans une mesure, du deuxième livre.

                        L’activité de la « petite corne »

            On trouve dans les versets 10 à 12 les agissements de ce roi à l'égard du « pays de beauté », sur lesquels notre attention est particulièrement dirigée vu leur grande importance prophétique : « Et elle grandit jusqu'à l'armée des cieux, et fit tomber à terre une partie de l'armée et des étoiles, et les foula aux pieds » (v. 10). La première chose nécessaire pour comprendre cette description, est de considérer la signification du terme « armée des cieux ». Que le soleil, la lune et les étoiles sont ainsi désignés, nous le voyons dans le Psaume 33 : « Les cieux ont été faits par la parole de l'Eternel, et toute leur armée par l'esprit de sa bouche » (v. 6). Et il est tout aussi clair, selon les Ecritures, que le soleil, la lune et les étoiles, représentent, symboliquement, les autorités dirigeantes – le soleil, l'autorité suprême ; la lune, une autorité dérivée et les étoiles, des autorités subordonnées. Cette signification symbolique est tirée des fonctions mêmes assignées aux luminaires célestes. Dans la Genèse, nous lisons : « Et Dieu fit les deux grands luminaires, le grand luminaire pour dominer sur le jour, et le petit luminaire pour dominer sur la nuit ; et les étoiles » (1 : 16) ; et dans le Psaume 136, il est dit : « Qui a fait de grands luminaires... le soleil pour dominer sur le jour... la lune et les étoiles pour dominer sur la nuit » (v. 7-9). En accord avec la signification emblématique ainsi établie, nous avons le soleil, la lune et les étoiles, introduits en Apocalypse 12 : 1 et les étoiles au verset 4.
            On peut donc tirer en toute sécurité la conclusion que « l'armée des cieux » dans notre passage est l'image d'autorités dirigeantes. Qui sont-elles alors ? Les références faites dans le verset suivant indiquent, sans aucun doute, Jérusalem comme le lieu où elles existaient à l'époque mentionnée ; c'est-à-dire une période qui a suivi la conquête de la Perse par la Grèce. Il est indispensable de s'en souvenir parce que - comme nous l'apprenons par Esdras et Néhémie - le temple et la ville sainte avaient été rebâtis sous la souveraineté de la Perse. Les services au temple avaient été rétablis à l'époque en question, quels que fussent l'état du peuple et la corruption dans laquelle il était tombé ; et il avait été pourvu, dans une mesure, à ce que leur gouvernement s'exerçât selon les coutumes et les formes juives. « L'armée des cieux » désigne ainsi ceux qui avaient la place d'autorité dans la vie politique juive ; ceux qui, par quelques moyens que ce soit, occupaient des positions de responsabilité dans le gouvernement du peuple juif. On se souviendra que les étoiles sont employées, en Apocalypse 1 à 3, comme emblèmes de ceux qui ont une place de responsabilité dans l'Église, l'Assemblée ; et, pareillement, l'armée des cieux désigne ceux à qui l’autorité a été confiée à cette époque parmi les Juifs.

            Nous apprenons donc par notre passage que cette petite corne, Antiochus Epiphane - il s’agit d’un fait historique - attaqua les puissances dirigeantes parmi les Juifs, en jeta par terre quelques-unes de niveaux différents, les « foula aux pieds » et les soumit à toutes sortes de mauvais traitements et de dégradations, allant même jusqu’à la destruction.

                        L’activité personnelle du roi de Syrie (la corne) contre les Juifs

            Le verset 11 nous conduit plus loin et nous donne davantage de détails ; mais il faut soigneusement remarquer que dès le début de ce verset, jusqu'au mot « transgression » du verset 12, nous avons une parenthèse explicative, de sorte que la phrase faisant suite à ce mot se rattache à la fin du verset 10. On le verra aisément si l'on prend garde que dans la parenthèse nous trouvons « il », tandis qu'après, le pronom féminin « elle » (s'accordant avec « corne) est de nouveau employé, comme nous l'avons dans les versets 9 et 10. Si nous prenons maintenant la parenthèse, nous lisons : « Et il s'éleva jusqu'au chef de l'armée (c'est-à-dire, le prince de l'armée des cieux) ; et le sacrifice continuel fut ôté à celui-ci, et le lieu de son sanctuaire fut renversé. Et un temps de détresse fut assigné au sacrifice continuel, pour cause de transgression » (v. 11- 12). Le passage de « elle » à « il » auquel nous avons fait allusion semblerait indiquer, comme cela a été suggéré, que c'était le roi en personne qui agit ainsi - le roi figuré par la petite corne - et cette suggestion est confirmée par le fait que la petite corne pourrait exprimer, bien que d'une façon générale, la puissance du royaume. Nous déduisons alors que l'audace de ce roi était telle qu'il osa ouvertement et consciemment se dresser en opposition à Celui qui n'était rien moins que l'Eternel. Les chefs juifs, quant à leur « profession » du moins, étaient les serviteurs de Dieu ; et leur Prince, Celui qu'ils attendaient, quelles que fussent en outre leurs espérances charnelles, était le Dieu d'Israël, Celui qui ensuite apparut dans ce monde comme Jéhovah-Jésus, pour sauver son peuple de leurs péchés.
            La phrase suivant est obscure, mais la plupart sont d'accord pour la rendre ainsi : « Et le sacrifice continuel fut ôté, à celui-ci ». Cela signifie qu'il fut ôté à l'Éternel, qu'il fut, en fait, supprimé – il n'est pas dit par qui, bien que le contexte indique très clairement la petite corne, le roi lui-même. Le début du verset suivant révèle aussi que, quelle que fût la méchanceté de l'agent, il n'était qu'un instrument dans les mains de Dieu pour punir ceux qui étaient à la place de son peuple, car il fut permis à ce méchant roi de réussir dans ses desseins contre le sacrifice continuel « pour cause de transgression ». De plus « le lieu de son sanctuaire fut renversé ». Pour un temps, tous les rites et sacrifices juifs furent abolis, et Sion, la sainte montagne, fut souillée par l'oppresseur gentil. En plus de cela, la petite corne (car maintenant le lien avec le verset 10 est rétabli) « jeta la vérité par terre, et agit, et prospéra ». Parallèlement à l'abolition du sacrifice continuel et à la profanation et à la destruction du sanctuaire, la vérité - comme le dit Esaïe - avait trébuché sur la place publique, jetée par terre par la violence de l'ennemi ; et cette puissance de méchanceté agissait – opérait par des subterfuges, des plans et des combinaisons – et prospérait. Le Psaume 79 peut être lu comme étant un commentaire de l'état des choses à Jérusalem à cette époque.

            A ce moment, dans la vision, Daniel entendit « un saint qui parlait ; et un autre saint dit au personnage qui parlait : Jusqu'où va la vision du sacrifice continuel et de la transgression qui désole, pour livrer le lieu saint et l'armée pour être foulés aux pieds ? Et il me dit : Jusqu'à deux mille et trois cents soirs et matins ; alors le lieu saint sera purifié » (v. 13-14). Laissant pour le moment de côté la question (nous y reviendrons lors de l'examen de l'interprétation) de savoir si cette période de temps mentionnée dans la réponse de l'ange a une signification prophétique quelconque, il nous suffit maintenant de comprendre qu'elle doit avoir eu une application historique. Le sacrifice a été ôté, le lieu du sanctuaire a été souillé, jeté par terre, par le personnage appelé la petite corne ; après un certain temps, le temple a été à nouveau purifié par les Macchabées et les sacrifices ont été restaurés, de sorte qu'il n'y a aucun lien qui s'impose entre cette période et celles d'une durée différente au chapitre 12.

 
 
 
L’interprétation de la vision par l’ange Gabriel  (v. 15-26)
 

            Le prophète ne se contenta pas de la vision elle-même, mais il chercha à la comprendre. Le désir de son cœur avait l'approbation de Dieu, car Il se plaît à communiquer sa pensée à celui qui cherche ; aussi à peine le prophète a-t-il exprimé le désir de connaître la signification de la vision que l'interprète est là.

                        Apparition céleste à Daniel

            « Et voici, comme l'apparence d'un homme se tint vis-à-vis de moi ; et j'entendis la voix d'un homme au milieu de l'Ulaï ; et il cria et dit : Gabriel, fais comprendre à celui-ci la vision » (v. 15-16). Gabriel, obéissant au commandement qu'il avait reçu, vint près du lieu où Daniel était. Effrayé en présence de ce visiteur angélique, le prophète tomba sur sa face ; mais Gabriel lui dit : « Comprends, fils d'homme, car la vision est pour le temps de la fin ». Daniel, accablé, était dans une profonde stupeur, sa face contre terre ; mais l'ange le toucha et le fit tenir debout (v. 17-18). Gabriel lui communiqua ainsi l'intelligence et la force pour le rendre capable de recevoir l'interprétation de la vision. Le titre « fils d'homme » lui est également donné ; on en trouvera la signification dans les remarques suivantes sur la même expression appliquée à Ezéchiel. C'est un « titre qui convenait au témoignage d'un Dieu qui parlait « en dehors » de son peuple, comme n'étant plus au milieu de lui, et qui au contraire le jugeait du haut de son trône souverain. C'est le titre de Christ lui-même considéré comme rejeté et en dehors d'Israël, quoiqu'il ne cesse de penser à la bénédiction du peuple, en grâce. Il met le prophète en rapport avec la position de Christ lui-même (Etudes sur la Parole de Dieu - J.N.D).

                        L’explication de la vision et sa réalisation historique

            Il est profitable d'établir à nouveau distinctement la relation d'une interprétation divine avec la chose interprétée. L'interprétation ne se confine jamais au sujet qui doit être expliqué, mais ajoute ce qui peut être nécessaire pour faire ressortir la pensée de Dieu dans la chose communiquée. Une simple illustration tirée de Jean 14 montrera le principe. Lorsque le Seigneur eut dit qu'il se manifesterait à celui qui a ses commandements et qui les garde, Jude lui demanda comment Il pouvait se manifester aux siens et non pas au monde. Dans la réponse à cette question, notre Seigneur va bien au-delà de ce qu’Il avait dit auparavant - du moins Il en explique la portée. Au lieu de se manifester lui-même, Il dit : « Nous (le Père et le Fils) viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui » (v. 23). Tout cela est sans doute compris dans sa première déclaration, mais cela n'aurait pas été saisi s'il ne l'avait pas expliqué. Et dans l'interprétation d'une vision prophétique, des adjonctions et des applications sont faites pour faire ressortir sa signification divine – une signification qui autrement aurait été cachée.
            Tel est le cas ici. Ce que Daniel vit fut partiellement accompli historiquement, en Antiochus Epiphane au temps des Macchabées ; mais nous apprenons maintenant, par l'interprétation de Gabriel, que cet accomplissement historique annonçait aussi prophétiquement un autre accomplissement ; par conséquent, la pleine réalisation de ce qui est décrit s'accomplira après l'enlèvement de l'Eglise, lorsque les Juifs seront de nouveau dans leur propre pays. Ainsi, les toutes premières paroles de l'ange sont : « La vision est pour le temps de la fin », et encore, « voici, je te fais connaître ce qui aura lieu à la fin de l'indignation ; car à un temps déterminé sera la fin » (v. 17, 19). Il y a, dans le prophète Esaïe, une preuve remarquable que la période mentionnée ici se réfère aux derniers jours - un passage dans lequel il parle de l'Assyrien, ou roi du nord, duquel « la petite corne », Antiochus Epiphane, est une image si frappante : « C'est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l'Éternel des armées : Mon peuple, qui habites en Sion, ne crains pas l'Assyrien ! Il te frappera avec une verge et lèvera son bâton sur toi à la manière de l'Egypte ; car encore très peu de temps, et l'indignation sera accomplie, et ma colère, dans leur destruction » (Es. 10 : 24, 25).

                        La portée prophétique future

            On peut voir que ce passage s'applique au futur dans le fait que l'apôtre Paul se sert du contexte (v. 22- 23) dans ce sens (Rom. 9 : 28) ; et c'était là le point important à comprendre pour Daniel : la vision traitait de l'accomplissement, au travers de peines et de tribulations, des desseins de bénédiction de Dieu envers son peuple bien-aimé. Il est vrai qu'Antiochus n'avait pas encore été suscité ; mais avec ce développement authentique de la vision devant les yeux, il serait impossible à quiconque le connaît de supposer qu'Antiochus Epiphane, autant qu'il ait pu lui ressembler, soit vraiment le personnage dépeint ici : il aurait fallu que sa fin ait été la restauration et la bénédiction de la nation choisie, ce qui n'est pas le cas.
            Ayant vu que l'accomplissement de cette vision est encore futur, nous pouvons considérer les détails de l'interprétation qu'en donne l'ange. Mais puisque plusieurs d'entre eux ont nécessairement déjà été donnés lorsque nous avons traité de la vision elle-même, il suffira de montrer leur portée et leur lien. Dans les versets 20-23, il est déclaré avec autorité que les deux royaumes figurés par le bélier et le bouc (v. 3-7) sont la Perse et la Grèce, et on se souviendra que l'introduction de ces deux royaumes dans ce chapitre ne sert qu'à montrer d'où la petite corne doit surgir. La Grèce succède à la Perse dans l'empire universel ; la corne célèbre de Grèce, Alexandre le Grand, est brisée et « quatre royaumes s'élèveront de la nation, mais non avec sa puissance ». Ces royaumes ont déjà été spécifiés, mais l'ange ajoute un détail : qu'ils n'auront pas la puissance de leur prédécesseur. Puis, sautant par-dessus l'intervalle entre l'existence de ces quatre royaumes et « le temps de la fin » (v. 17) - car à cette période l'Assyrien, le roi du nord, aura apparu et exercera sa souveraineté dans les mêmes régions que la petite corne des versets 9 et 10.
            Gabriel continue : « Et au dernier temps de leur royaume, quand les transgresseurs auront comblé la mesure (de leur iniquité), il s'élèvera un roi au visage audacieux, et entendant les énigmes » (v. 23). C'est là la description personnelle de l'adversaire d'Israël aux derniers jours, celui dont Esaïe parle si souvent en l’appelant l'Assyrien.  Il peut être intéressant de rappeler, comme preuve que l'Assyrien est un ennemi futur, ce qui a souvent été relevé, à savoir que, historiquement, l'Assyrie succomba devant Babylone, tandis que prophétiquement l'Assyrien est, après la restauration d'Israël dans son propre pays, son dernier ennemi de l'extérieur.
            L'orgueil et la cruauté paraissent caractériser l’Assyrien, et une espèce de sagesse surnaturelle (comprenant les énigmes), le rendant capable de pénétrer dans la signification de paroles mystérieuses, lui donneront prise sur l'esprit des hommes et spécialement sur l'esprit des Juifs éloignés de Dieu. En lui-même, il ne sera pas un roi puissant, car s'il l'est, ce ne sera pas « par sa propre puissance » ; il sera soutenu, dans son royaume, par un potentat plus puissant que lui-même. On met souvent deux choses en relation avec cette déclaration : le siège de la souveraineté de ce roi sera en Turquie d'Asie, et d’autre part, comme cela paraît clairement en Ezéchiel 38 et 39, la Russie sera l'ennemi final d'Israël après son établissement dans le pays en bénédiction sous son Messie. On en déduit alors que la puissance derrière ce roi du nord sera la Russie. Il se peut que ce soit le cas, mais là où l'Ecriture ne parle pas positivement, une supposition ne peut être acceptée que comme une possibilité.
            Ensuite, les agissements de ce roi audacieux sont décrits : « Il détruira merveilleusement, et il prospérera et agira ; et il détruira les hommes forts et le peuple des saints » (v. 24). Son lieu d'action, ne l'oublions pas, comme aussi celui de son prototype, sera en Syrie, au nord de la Palestine, d'où sa désignation dans ce livre, au chapitre 11, de « roi du nord » ; ainsi, étant aux frontières du pays de beauté, il grandira extrêmement vers celui-ci, comme nous l'apprenons par le verset 9. Cela explique la déclaration de notre verset concernant son hostilité mortelle à l'égard des Juifs. Comme l'a écrit un autre : « Il fera de grands dégâts, prospérera et opérera, détruira des puissants ou un grand nombre de personnes, et en particulier le peuple des saints, c'est-à-dire les Juifs (voir 7 : 27). Il est subtil et fait réussir toutes ses ruses, il s'exalte dans son cœur et en corrompt plusieurs par le moyen d'une fausse et irréligieuse sécurité ». Dans l'ensemble, c'est un portrait terrifiant de quelqu'un qui sera un outil efficace de Satan et néanmoins aussi un instrument dans la main de Dieu pour le châtiment des Juifs impies. Il sera un homme de volonté arrêtée, d'une cruauté raffinée, exercé aux ruses et aux intrigues, un maître dans les sciences occultes, et si déterminé dans ses propos qu'il ne permettra à rien de résister dans l'exécution de ses propres desseins égoïstes ; car son unique objet sera son propre accroissement et sa propre exaltation. Tel sera l'un des puissants ennemis des Juifs après qu'ils auront été restaurés dans leur pays et qu'ils auront rebâti le temple, étant encore dans l'incrédulité, avant l'apparition de leur Messie en gloire.
            Mais sa carrière de prospérité sera finalement sa ruine. Abusé par ses propres succès et enflé d’orgueil, il osera aussi se lever « contre le prince des princes, mais il sera brisé sans main » (v. 25). Le fait est seulement énoncé que ce monarque terrestre osera être l'adversaire ouvert de Celui qui revendiquera bientôt son titre de Roi des rois et de Seigneur des seigneurs, et que, d'une manière ou d'une autre, « sans main », il connaîtra une destruction instantanée.
            Enfin Gabriel certifie la vérité de la vision que Daniel avait reçue et lui commande de ne pas la révéler, « car elle est pour beaucoup de jours » (v. 26). Sous le poids de ces communications divines, Daniel défaille et tombe malade quelques jours (v. 27a). Le vase pouvait à peine supporter la « pression » du contenu qui présageait tant d'afflictions et de tribulations, et pour un temps il est hors d'état d'agir.
            Daniel ajoute : « Je me levai, et je m'occupai des affaires du roi » (v. 27b) ; il est toujours fidèle à son maître terrestre. « Et je fus stupéfié de la vision, mais personne ne la comprit » (27c). Il n'est pas expliqué qui est entendu par ce « personne », bien que nous puissions penser qu'il s’agissait des compagnons de captivité de Daniel. Même le peuple de Dieu n'écoute pas volontiers un prophète qui annonce des afflictions imminentes, alors qu'un prophète qui dit des choses agréables trouve toujours une oreille attentive. Aussi l'âme qui est dans le secret de la pensée divine doit-elle accepter d'être incomprise et de marcher seule.

                                                                                     D’après E. Dennett

 
A suivre