Méditations suivies : Daniel, le prophète (1)

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DANIEL, LE PROPHÈTE (1)

 Préface
 Introduction
 Plan et bref résumé du livre de Daniel
 CHAPITRE PREMIER
 

Préface

            Ce livre est présenté au lecteur chrétien avec le désir de contribuer à faire connaître la vérité concernant les dispensations. Il ne prétend pas être davantage qu'une introduction simple et concise à l'étude du contenu du livre de Daniel ; le lecteur y trouvera néanmoins suffisamment de détails pour pouvoir, avec le secours et sous la direction du Saint Esprit, comprendre le caractère des « temps des nations » dont cette portion du livre inspiré s'occupe spécialement. Des symptômes de la période annoncée par notre Seigneur se discernent déjà : « les hommes rendant l'âme de peur dans l'attente de ce qui va atteindre la terre habitée » (Luc 21 : 26). Il est par conséquent de toute importance de comprendre la nature des derniers jours et le cours des événements jusqu'à l'apparition de Christ, tels qu'ils sont révélés dans la Parole infaillible de Dieu. De plus la connaissance des propos que Dieu a formés pour la bénédiction de son peuple terrestre tend à rehausser l'appréciation de l'appel céleste et du caractère du christianisme. Lorsque le cœur est délivré de lui-même parce que Christ le satisfait, le Saint Esprit peut l'introduire dans tout le cercle des intérêts de Dieu, que ce soit à l'égard de l'Eglise, de son peuple terrestre ou du monde. Qu'il veuille enseigner tant le lecteur que celui qui écrit à maintenir dans leurs relations propres toutes les vérités qu'Il a révélées, et les rendre vivantes dans l'âme.


Introduction

            Avant de considérer le contenu de ce livre, il est nécessaire d'attirer brièvement l'attention sur son caractère particulier. Dès le début, il est mentionné que Nebucadnetsar avait assiégé Jérusalem et que le Seigneur avait livré en sa main Jéhoïakim, roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu ; puis nous lisons que d'entre les fils d'Israël, et de la semence royale et d'entre les nobles, certains étaient maintenant captifs à Babylone. Ces faits, s'ils sont bien saisis, nous donnent la signification de tout le livre. Jusque-là, le trône de Dieu avait été à Jérusalem ; il demeurait entre les chérubins, et Israël - nous parlons de la nation selon le propos de Dieu - était donc le centre des voies de Dieu dans le gouvernement de toute la terre (voir Deut. 32 : 7-9). Israël, comme ce même passage nous l'enseigne, occupait une position privilégiée et bénie toute spéciale, « car la portion de l'Eternel, c'est son peuple ; Jacob est le lot de son héritage ». Du fait de sa position bénie et de ses privilèges, la nation avait des responsabilités particulières. Ce principe est annoncé par le prophète : « Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c'est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités » (Amos 3 : 2). Leur responsabilité était en proportion de la lumière qu'ils avaient reçue, et parce qu'ils étaient le peuple de l'Éternel ; car comme tels, ils étaient ses témoins (Es. 43 : 8-13), et Jérusalem était son chandelier au milieu des nations.
            Quand donc Israël fut dans un état pire que les nations qui l'environnaient et que le roi de Juda eut fait errer les habitants de Jérusalem, en les induisant à faire le mal plus que les nations (2 Chr. 33 : 9), l'Eternel, après avoir donné de nombreux avertissements et exercé sa longue patience (2 Chr. 36 : 14-20), exécuta, par la main de Nebucadnetsar, le jugement dont il avait menacé : « ils brûlèrent la maison de Dieu, et abattirent la muraille de Jérusalem, et brûlèrent par le feu tous ses palais ; et tous ses objets désirables furent livrés à la destruction. Et il transporta à Babylone le reste échappé à l'épée » (2 Chr. 36 : 19-20). Le gouvernement de la terre fut à partir de ce moment-là confié au roi de Babylone (voir Dan. 2 : 37, 38), et c'est au sein de ce nouvel état de choses que Daniel et ses compagnons sont vus dans le premier chapitre de notre prophète, tels un résidu fidèle, une semence préservée par Dieu.
            Cette position douloureuse du résidu à Babylone, soumis à la puissance et à la domination des nations, fournit la clé de l'interprétation de ce livre. Les diverses visions données aux rois concernent les puissances gentiles elles-mêmes, dans leur succession et dans ce qui pourrait être appelé leurs « phases morales », allant jusqu'à l'apostasie complète. Les révélations faites au prophète traitent du même sujet, mais elles vont jusqu'à la fin de l'accomplissement des conseils de Dieu à l'égard de son peuple bien-aimé. Le « pays désirable » devient finalement le centre autour duquel convergent toutes les activités et les desseins des nations ; et le rideau est levé sur l'avenir de la nation élue : un temps de détresse telle qu'il n'en avait jamais existé (12 : 1) à cause de ses péchés et de ses iniquités, et surtout à cause du péché capital qu'elle a commis en rejetant le Messie. Et cela jusqu'à la jouissance de sa bénédiction assignée selon les pensées de Dieu.
            Nous verrons tout cela plus distinctement au cours de notre étude ; mais on peut indiquer d'emblée que le livre est divisé en deux parties égales - les chapitres 1à 6 formant la première, et les chapitres 7 à 12, la seconde.


Plan et bref résumé du livre de Daniel

                        Chapitre 1 : Un résidu fidèle à Babylone

            Daniel et ses compagnons paraissent sur la scène comme ayant la pensée de Dieu et comme Lui étant fidèles au milieu de toute la séduction et de toute l'opposition qui les entourent.


                        Chapitres 2 à 6 : Le temps des nations et leurs caractères moraux

            Cette partie comprend exclusivement les visions et les actes des monarques gentils et de leurs activités subordonnées.
          Daniel, comme Joseph en Egypte, est d'abord présenté au roi comme étant un « interprétateur de songes » ; et, comme Joseph, il trouve alors faveur de la part du monarque : il est élevé à la position de gouverneur. Daniel, ayant obtenu du roi que Shadrac, Méshac et Abed-Nego soient associés à son élévation, ceux-ci deviennent les objets de l'envie et de l'inimitié des princes du pays. Nous verrons les détails en temps voulu ; mais les deux choses sont entremêlées : le caractère des puissances gentiles et la condition pénible du résidu, puis sa délivrance finale de dessous la domination et les persécutions des Gentils.


                        Chapitres 7 à 11 : L’histoire prophétique des quatre monarchies
 
            Cette  partie du livre contient les visions prophétiques reçues par Daniel et leur interprétation ; elles embrassent le cours des empires, leur caractère et leur destinée après la destruction de Jérusalem par Nebucadnetsar. Leurs voies diverses, particulièrement celles des troisième et quatrième empires, sont décrites en relation avec le « pays de beauté » et le peuple juif ; et de plus nous avons la révélation spéciale faite à Daniel des soixante-dix semaines, comme indiquant la période à la fin de laquelle les propos de Dieu pour son peuple terrestre seront accomplis.
            Enfin, dans la longue révélation de l'avenir faite au prophète, les gouvernements des nations font place au « Fils de l'homme » : « On lui donna la domination, et l'honneur, et la royauté, pour que tous les peuples, les peuplades et les langues, le servissent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et son royaume, un royaume qui ne sera pas détruit » (7 : 14). C'est en relation avec sa venue pour établir son royaume qu'il est dit à Daniel : « En ce temps-là ton peuple sera délivré : quiconque sera trouvé écrit dans le livre » (12 : 1). Lors de sa première venue, il a été retranché (9 : 26) et il n'a rien eu ; cependant bien qu'il eût été rejeté et crucifié par son propre peuple, selon les conseils de Dieu, il est mort pour cette nation ; et c'est sur le fondement de ce sacrifice que Dieu, après les avoir dans son juste gouvernement châtiés pour leurs péchés, agira dans l'avenir pour la restauration de son peuple bien-aimé mais coupable. C'est ainsi qu'Esaïe peut s'écrier : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-lui que son temps de détresse est accompli, que son iniquité est acquittée ; qu'elle a reçu de la main de l'Eternel le double pour tous ses péchés » (Es. 40 : 1- 2).


                        Chapitre 12 : La grande tribulation et la fin du temps des nations

            Daniel annonce la grande tribulation juive et la délivrance finale du résidu.
            Dans sa vision prophétique, le livre de Daniel va jusque-là, mais pas au-delà. Il faut consulter d'autres prophètes pour voir l'établissement du royaume et sa gloire. En Daniel, comme nous l'avons déjà indiqué, nous avons le cours des puissances gentiles et leur caractère, depuis la destruction de Jérusalem jusqu'à l'apparition de Christ, en parallèle avec la position du résidu et les souffrances du peuple juif sous la domination des Gentils jusqu'à ce qu'enfin Dieu, dans sa fidélité à accomplir ses desseins, intervienne et opère, à sa propre gloire, pour la délivrance et la bénédiction de son peuple terrestre élu. Cela est encore à venir, mais bien que notre appel et notre part soient célestes, et que notre espérance soit la venue du Seigneur pour nous prendre à Lui et nous introduire dans la maison du Père, il est de toute importance que nous comprenions la nature des « temps des nations » et que nous embrassions dans nos pensées tout l'ensemble de ce que à quoi Dieu prend intérêt et qui nous est révélé.



CHAPITRE PREMIER

            Quelle que soit la situation sur la terre, Dieu ne se laisse jamais sans témoignage. Il peut punir son peuple à cause de son infidélité et de ses péchés ; il peut aussi permettre qu'il soit emmené en captivité et soumis à l'esclavage sous la puissance de ses ennemis. Pourtant, au sein des ténèbres qui l'entourent, Il rallumera le flambeau de sa vérité, en témoignage à Lui-même et à sa fidélité, et pour l'encouragement de ceux qui, dans leur détresse, s'attachent à Lui ou se tournent vers Lui. Il fera en outre connaître à ceux dont Il s'est servi pour châtier son peuple que celui-ci demeure néanmoins l'objet de ses soins et de son amour. Il montrera que les oppresseurs, malgré leur élévation et leur puissance apparentes, lui sont soumis et doivent lui rendre compte.
    

                        Première phase de la déportation de Juda à Babylone (v. 1-3)
   
            Les trois premiers versets expliquent comment Daniel et ses compagnons se sont trouvés en contact avec la cour du roi de Babylone. Il s'agit, ainsi qu'il ressort clairement des récits historiques de 2 Rois et 2 Chroniques, du premier siège de Jérusalem par Nebucadnetsar. Dans les Chroniques, après la mention de l'accession de Jéhoïakim au trône grâce à l'intervention de Neco, roi d'Egypte, il est dit : « Nebucadnetsar, roi de Babylone, monta contre lui, et le lia avec des chaînes d'airain pour le conduire à Babylone. Et Nebucadnetsar emporta à Babylone une partie des ustensiles de la maison de l'Eternel, et les mit dans son temple à Babylone » (2 Chr. 36 : 6, 7). Mais ni dans ce passage ni dans les Rois nous ne voyons qu'il y ait eu d'autres captifs à cette époque ; et il est tout à fait possible que la courte déclaration d'introduction de notre chapitre embrasse dans sa portée les agissements suivants du roi de Babylone jusqu'à la destruction de Jérusalem et la transportation à Babylone de tous les chefs et de tous les hommes forts et vaillants, avec la masse du peuple (voir 2 Rois 24 : 12-16 ; 25 : 1-21).
            C'est donc la situation générale qui est donnée ici. L'Eternel avait livré Jéhoïakim en la main de Nebucadnetsar et Il avait si complètement abandonné sa maison à Jérusalem qu'Il avait permis que les saints ustensiles du temple, profanés comme ils l'avaient été par les péchés des rois de Juda, fussent emmenés dans le pays de Shinhar (Babylone), dans la maison du dieu de Nebucadnetsar. Le chandelier de Dieu à Jérusalem était ainsi enlevé pour le moment ; et il était enlevé judiciairement parce qu'il avait cessé de répandre la lumière divine pour diriger et bénir les siens au milieu des ténèbres morales de ce monde.


                        Les quatre jeunes Hébreux (v. 3-7)

            Dans ce paragraphe est introduit le résidu, ou ce qui le représente. Ezéchias avait reçu l'ambassade du roi de Babylone et, flatté par l'attention qui lui était ainsi manifestée, il leur avait montré tous les trésors de son royaume (Es. 39 : 1-2). Alors Esaïe lui avait été envoyé avec ce message : « Ecoute la parole de l'Eternel des armées : Voici, des jours viennent où tout ce qui est dans ta maison, et ce que tes pères ont amassé jusqu'à ce jour, sera porté à Babylone... et on prendra de tes fils, qui sortiront de toi, que tu auras engendrés, et ils seront eunuques dans le palais du roi de Babylone » (v. 5-7). Les versets d'introduction de notre chapitre montrent l'accomplissement de la prédiction d'Esaïe. Mais ce que nous désirons souligner c'est que, dans l'accomplissement de sa propre parole en jugement, Dieu s'est souvenu de la miséricorde, car c'est précisément d'entre ces descendants d'Ezéchias qu'il a suscité des témoins pour Lui-même au milieu de la corruption idolâtre de Babylone.
            En permettant à Nebucadnetsar de les emmener captifs, Dieu accomplissait son propre dessein, tandis que Nebucadnetsar, ayant obtenu pouvoir sur eux, a voulu s'en servir à sa volonté. Il en est aussitôt résulté un conflit entre les pensées de Dieu et celles du roi de Babylone. Nebucadnetsar voulait orner son palais de ceux de ses captifs « en qui il n'y eût aucun défaut, et beaux de visage, et instruits en toute sagesse, et possédant des connaissances, et entendus en science, et qui fussent capables de se tenir dans le palais du roi » et il commanda qu'on leur enseignât « les lettres et la langue des Chaldéens » (v. 4). Le monde est tout disposé à faire des enfants de Dieu ses serviteurs, et à profiter de leurs connaissances ; mais il ne peut pas tolérer qu'ils restent fidèles à leur Dieu dans l'obéissance à sa Parole et dans une sainte séparation du mal. Le roi voulait donc que ces captifs soient nourris de ses propres mets et qu'ils boivent de son vin, pour les élever pendant trois ans, à la fin desquels ils se tiendraient devant lui (v. 5). Il voulait, en un mot, qu'ils cessent d'être Juifs et deviennent Chaldéens, et qu'ils mélangent la lumière qu'ils avaient reçue par les oracles de Dieu à cette nouvelle religion. Voilà l'origine de la philosophie qui devait être celle de l'époque chrétienne et contre laquelle Paul nous met sérieusement en garde comme étant « selon les principes du monde, et non selon Christ » (Col. 2 : 8).
            C'est en relation avec ce commandement de Nebucadnetsar que Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria sont placés devant nous (v. 6). Leurs noms mêmes, pour ceux qui les comprenaient, proclamaient à qui ils appartenaient et le caractère de leur Dieu. Daniel signifie « juge de Dieu ; Hanania, « que l'Eternel a donné ; Mishaël, « qui (est) comme Dieu ; et Azaria, « que l'Éternel aide ». Le prince des eunuques, sentant instinctivement que de tels noms ne pouvaient convenir à la cour de son maître, leur en donna d'autres, tous plus ou moins en rapport avec les idoles de Babylone (v. 7).


                        L’épreuve de la foi (v. 8-16)   

            La question qui se posait maintenant pour Daniel et ses compagnons était de savoir si, pour s'attirer les faveurs du monde et obtenir de l'avancement, ils allaient se soumettre au commandement du roi. La réponse était déjà donnée : « Daniel arrêta dans son cœur qu'il ne se souillerait point par les mets délicats du roi et par le vin qu'il buvait ; et il demanda au prince des eunuques de lui permettre de ne pas se souiller » (v. 8). En tant que Juif soumis à la parole de Dieu, il était impossible à Daniel de manger la nourriture des Gentils. Un Juif ne pouvait consommer que des bêtes et des oiseaux purs et encore en s'abstenant de leur graisse et de leur sang (voir Lév. 7 : 22-27 ; 11 : 22). A moins donc d'être prêts à renier leur roi et à renoncer à la parole de leur Dieu, Daniel et ses compagnons ne pouvaient accepter les mets royaux. Et il y a une autre instruction, si nous en faisons une application à nous-mêmes : la nourriture du monde, celle en laquelle l'homme, éloigné de Dieu, puise sa force et sa subsistance, est toujours destructive pour la vie spirituelle du chrétien ; s'il veut être un vrai nazaréen et marcher dans un chemin de sainte séparation pour Dieu, il doit toujours se détourner du vin, symbole des joies du monde. Ainsi l'apôtre écrit : « Ne vous enivrez pas de vin : c’est une voie de débauche ; mais soyez remplis de l'Esprit » (Eph. 5 : 18). Nous avons donc, dans l'attitude de Daniel, un exemple pour tous les croyants : plus ils le suivront, plus ils jouiront consciemment de la faveur et de la bénédiction de Dieu ; et étant moralement morts aux choses d'ici-bas, ils réaliseront d'autant plus pleinement leur vraie position en Christ, là où il est.
            Nous lisons ensuite, en explication de ce qui suit, que « Dieu fit trouver à Daniel faveur et grâce auprès du prince des eunuques » (v. 9). Cela nous rappelle le cas similaire de Joseph. Vendu en Egypte et habitant chez Potiphar, il « trouva grâce » aux yeux de son maître. Mais refusant, comme Daniel, les mets et le vin du monde il fut, à l’opposé de Daniel, jeté en prison où l'Eternel lui fit aussi trouver « grâce aux yeux du chef de la tour » (Gen. 39 : 21). « Quand les voies d'un homme plaisent à l'Eternel, il met ses ennemis mêmes en paix avec lui » (Prov. 16 : 7). C'est ainsi que le prince des eunuques, malgré la crainte qu'il avait du roi son seigneur et même au risque de sa vie, accorda par l'intermédiaire de l'intendant la requête de Daniel : lui et ses compagnons seraient mis à l'épreuve dix jours, avec des légumes à manger et de l'eau à boire, au lieu des mets délicats et du vin du roi. Dieu était avec Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria, et ainsi il se trouva que, au bout des dix jours, « leurs visages avaient meilleure apparence et étaient plus gras que ceux de tous les jeunes gens qui mangeaient les mets délicats du roi » (v. 15). Dieu avait soutenu et fait prospérer ses serviteurs dans leur chemin de fidélité à sa volonté, en les gardant purs au milieu des séductions et de la corruption qui les entouraient à Babylone. Même l'intendant ne pouvait nier que leur régime simple les avait fait prospérer, et dès lors il leur donna des légumes.
            Qu'on me permette la réflexion suivante : il y a bien des enfants de Dieu qui peuvent marcher fidèlement dans le sentier étroit de disciple tant qu'ils jouissent de la communion des saints et qu'ils sont entourés d'influences spirituelles heureuses. Mais on voit parfois que, lorsqu'ils sont transportés dans un cercle mondain, ils sont enclins à se conformer aux pratiques et aux coutumes de la nouvelle société dans laquelle ils se trouvent et à perdre ainsi ce qui les caractérisait dans leur marche, si même leur témoignage ne s'éteint pas tout à fait.
Il est alors très rafraîchissant et encourageant de considérer le spectacle offert par ces quatre descendants de Juda. Privés de tous les privilèges rattachés au temple - celui-ci étant détruit -, eux-mêmes captifs à la merci d'un monarque païen, pressés aussi par toutes sortes de tentations attrayantes, ils maintiennent une place de nazaréens, de vraie séparation par obéissance à la parole de Dieu. Sans doute, c'étaient la foi et l'énergie de Daniel qui agirent sur ses compagnons et les conduisirent à le suivre dans le chemin de la volonté de Dieu ; mais même ainsi, ils avaient le désir de le suivre. Et tous les quatre donnent une preuve frappante de la toute-suffisance de la grâce de Dieu pour soutenir ses serviteurs dans les circonstances les moins favorables qu'on puisse imaginer.


                        En témoignage devant le monde (v. 17-21)

            La Parole ajoute, significativement : « Et à ces jeunes gens, aux quatre, Dieu donna de la science et de l'instruction dans toutes les lettres et dans toute la sagesse ; et Daniel avait de l'intelligence en toute vision et dans les songes » (v. 17). « Le secret de l'Eternel est pour ceux qui le craignent, pour leur faire connaître son alliance » (Ps. 25 : 14). Ce principe demeure ; et on le retrouve dans toutes les dispensations. C'est Dieu lui-même qui l'a posé en premier, dans les paroles bien connues : « Cacherai-je à Abraham ce que je vais faire ?... Car je le connais, et je sais qu'il commandera à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, pour pratiquer ce qui est juste et droit, afin que l'Eternel fasse venir sur Abraham ce qu'il a dit à son égard » (Gen. 18 : 17-19). Il apparaît aussi dans la prière de l'apôtre Paul pour les Colossiens : « Que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle » (Col. 1 : 9). En d'autres termes, il est absolument clair que Dieu a donné à ces quatre jeunes gens de la science et de l'instruction dans toutes les lettres et dans toute la sagesse, à cause de leur séparation de cœur et dans leur vie du mal qui les entourait. Il reste toujours vrai que plus nous nous tenons pratiquement près du Seigneur, plus Il nous communiquera sa pensée. Et remarquez qu'il ne s'agit pas seulement de ce qui est généralement compris comme étant « Sa pensée », mais c'est en toute instruction et sagesse. Les étudiants chrétiens des temps modernes se laissent trop souvent égarer par la pensée que pour acquérir l'instruction et la sagesse humaines, ils doivent avant tout compter sur leur travail et sur leurs propres forces. Il en résulte que leurs années d'études sont souvent marquées par un déclin spirituel, quand ce n'est pas un abandon ouvert. L'exemple des quatre jeunes gens donne une leçon bien différente.
            A la fin du verset, Daniel est distingué de ses compagnons ; car il nous est dit, sans doute en vue de son  œuvre et de sa mission spéciales, qu'il « avait de l'intelligence en toute vision et dans les songes ». Nous apprenons par là aussi, qu'au travers de toutes les circonstances et les expériences par lesquelles Dieu fait passer les siens, Il les forme comme des vases pour son service. A vue humaine, c'était une calamité qui s'était abattue sur Daniel ; du côté de Dieu, comme cela est clairement révélé, cette calamité apparente n'était que le moyen qu'Il avait choisi pour former Daniel en vue de sa mission : porter Son témoignage dans la cour du puissant monarque gentil, Son témoignage concernant les puissances qu'Il avait suscitées pour remplacer son propre gouvernement direct de la terre par Israël et par Jérusalem, comme le lieu de son habitation et de son trône. Cependant, seule la foi peut s'élever au-dessus de toutes les causes secondaires, mettre tout en rapport avec la main de Dieu, et en même temps se reposer paisiblement sur Lui, dans l'assurance que sa sagesse et son amour sont infinis et que l'aboutissement de tous les événements sera selon sa propre volonté toujours parfaite.
            Les trois versets suivants (18-20) donnent le résultat, devant le roi, de l'éducation à laquelle avaient été soumis les quatre jeunes gens, ainsi que les autres sélectionnés. Tous furent amenés dans la présence royale et Nebucadnetsar examina lui-même les étudiants de son collège : il « parla avec eux, et entre eux tous il n'en fut trouvé aucun comme Daniel, Hanania, Mishaël et Azaria ; et ils se tinrent devant le roi. Et dans toutes les choses qui réclamaient de la sagesse et de l'intelligence, au sujet desquelles le roi les interrogea, il les trouva dix fois supérieurs à tous les devins et enchanteurs qui étaient dans tout son royaume » (v. 19-20). Ils auraient ainsi tous pu adopter le langage du psalmiste : « Tes commandements m'ont rendu plus sage que mes ennemis, car ils sont toujours avec moi. J'ai plus d'intelligence que tous ceux qui m'enseignent, parce que je médite tes préceptes. J'ai plus de sens que les anciens, parce que j'observe tes préceptes » (Ps. 119 : 98-100). Puisse cette leçon être prise à cœur par tous les jeunes croyants d'aujourd'hui !
            Le chapitre se termine par la remarque que « Daniel fut là jusqu'à la première année du roi Cyrus ». Il vécut assez longtemps pour voir la chute de l'empire colossal sur lequel régna Nebucadnetsar ; il servit sous Darius le Mède, et fut témoin de l'avènement de Cyrus au sujet duquel Esaïe avait prophétisé plus de cent-cinquante ans auparavant (voir Es. 44 : 28 ; 45 : 1-3 ; etc.) comme celui qui serait l'instrument de la restauration de Jérusalem et du temple. On remarquera toutefois que ce dernier verset n'est que la constatation générale du fait que Daniel vécut pour voir l'accession au trône de Cyrus ; au chapitre 10 (v. 1), nous voyons qu'il reçut des révélations spéciales de Dieu « la troisième année de Cyrus, roi de Perse ». Il n'est pas dit combien d'années il vécut après cette date ; mais celle qui est indiquée montre clairement qu'il atteignit un âge avancé.
  
                                                                                             
                                                                                   D’après E. Dennett


A suivre