Méditations suivies : La première épître aux Corinthiens (1)

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LA PREMIERE EPITRE AUX CORINTIENS (1)

 
 
Introduction
 
                        L'assemblée à Corinthe 

            Située sur l'isthme reliant le nord de la Grèce au Péloponnèse, et flanquée des deux ports renommés de Cenchrée et de Lechaion, Corinthe était, au temps du Nouveau Testament, une grande ville portuaire et marchande. En raison de sa situation, elle était un centre d'affaires, de culture et de philosophie, mais aussi de plaisirs, d'idolâtrie et de corruption ; l'immoralité des Corinthiens était proverbiale.
            C'est au cours de son deuxième voyage missionnaire (environ 51-54 après J.C.) que Paul s'est rendu pour la première fois à Corinthe ; il y est resté 18 mois, car le Seigneur avait « un grand peuple dans cette ville » (Act. 18 : 10). Selon son habitude, il annonça l'évangile d'abord aux Juifs, et plus tard, également aux païens. L'assemblée formée dans cette ville, composée de Juifs et de Grecs, était doublement exposée aux influences du monde : par l'origine principalement païenne des croyants (1 Cor. 6 : 9-11) et par le contact permanent avec un entourage profane. L'épître nous apprend que la licence des mœurs avait déteint sur quelques-uns des membres de l'assemblée (5 : 1 ; 6 : 15-18). Certains croyants ne voyaient aucun mal à manger de la viande sacrifiée aux idoles (8 : 10), ou même à entrer dans les temples d'idoles (10 : 14-22). Des problèmes existaient aussi entre les croyants : formation de groupes, dissensions (1 : 11 ; 3 : 4 ; 11 : 18), procès devant les tribunaux du monde (6 : 1-8), désordre durant les réunions (11 : 20-34 ; 14 : 33) et même la négation de la doctrine de la résurrection (15 : 22, 35). A cela s'ajoutait le fait que quelques-uns à Corinthe mettaient en doute l'autorité apostolique de Paul (9).

 
                        Motif et but de l'épître 

             Au début et à la fin de l'épître (1 : 1 ; 16 : 21), Paul se présente comme son auteur, et au verset 15 du chapitre 4, il rappelle qu'il avait conduit les Corinthiens à la foi au Seigneur Jésus. Durant son séjour de trois ans à Ephèse, mis à part les faits déjà mentionnés, il avait eu connaissance d'autres détails concernant l'assemblée à Corinthe. C'est ainsi qu'il avait appris par ceux de la maison de Chloé qu'il y avait des dissensions parmi eux (1 : 11), et de plus, les Corinthiens lui avaient écrit une lettre dans laquelle ils posaient différentes questions (7 : 1 ; 8 : 1 ; 16 : 1).
            Vers la fin de son séjour à Ephèse (16 : 8), probablement en l'an 57, Paul, le cœur lourd, entreprit d'écrire, sous la direction du Saint Esprit, cette lettre sévère à l'assemblée à Corinthe. La supposition souvent exprimée qu'il y a encore eu d'autres lettres ou visites de l'apôtre tire son origine du verset 9 de 1 Corinthiens 5. Il s'agit toutefois de pure spéculation. Lorsque Paul écrivit la première lettre, il avait l'intention de visiter les Corinthiens une deuxième fois (4 : 19 ; 11 : 34 ; 16 : 5-7). Sachant qu'une telle visite aurait conduit à une confrontation, vu le triste état des Corinthiens, il y renonça pour les épargner (2 Cor. 1 : 15, 23 ; 2 : 1) et il envoya plutôt Tite à Corinthe. Au retour de celui-ci (2 Cor. 2 : 13 ; 7 : 6, 7), Paul écrivit la seconde épître, où il rappelle à plusieurs reprises la tristesse qu'il avait éprouvée en écrivant la première lettre (2 : 4 ; 7 : 8). Lorsqu'en 2 Corinthiens 12 : 14 et 13 : 1, il parle de « troisième fois », il évoque sa troisième intention de venir vers eux, alors que cela n'aurait été que sa deuxième visite effective. Selon Actes 20 : 2 et 3, cette visite a eu lieu à l'occasion de son séjour de trois mois en Grèce. C'est à Corinthe que Paul écrivit l'épître aux Romains, où il mentionne Phœbé, « servante de l'assemblée qui est à Cenchrée », ainsi que son hôte Gaïus (Rom. 16 : 1, 23 ; 1 Cor. 1 : 14).
            La première et la seconde épîtres aux Corinthiens sont les deux seules lettres dans le Nouveau Testament qui sont adressées à « l'assemblée de Dieu » comme telle et, même pour la première, à « tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre » (1 : 2). Cette lettre concerne donc tous ceux qui confessent appartenir au Seigneur. C'est pourquoi le titre « Seigneur » y revient plus souvent que dans toute autre épître du Nouveau Testament. La portée universelle de la doctrine de l'apôtre Paul n'est pas seulement affirmée au verset 2 du premier chapitre, mais encore dans plusieurs autres passages : 4 : 17 ; 7 : 17 ; 11 : 16 ; 14 : 33 ; 16 : 1.

            La première épître aux Corinthiens contient des instructions détaillées quant à l'ordre intérieur et quant à la marche collective de l'Assemblée de Dieu. Aussi y est-il souvent fait appel à la responsabilité des croyants. Ainsi, par exemple, l'expression : « Ne savez-vous pas ? » est répétée dix fois : 3 : 16 ; 5 : 6 ; 6 : 2, 3, 9, 15, 16, 19 ; 9 : 13, 24 ; voir aussi 10 : 1 ; 12 : 1).

            Dans la première partie de l'épître (chap. 1 à 9), l'assemblée est présentée sous l'aspect d'un édifice, d'un saint temple de Dieu (voir 3 : 9-17). L'ordre divin doit régner dans la maison de Dieu. C'est pourquoi notre responsabilité dans la construction (chap. 3) et la discipline dans l'assemblée (chap. 5) y sont mis en évidence.
            Dans la seconde partie (chap. 10 à 16), il s'agit davantage de l'assemblée de Dieu vue comme le corps de Christ (10 : 17 ; 12 : 12, 13, 27) ;  la pensée principale y est l'unité. Les nombreux membres du corps, avec leurs diverses fonctions, ne représentent pas un obstacle à cette unité, mais constituent plutôt une polarité vivante et permanente.

 
 
CHAPITRE PREMIER :
 

Salutations et actions de grâces (v. 1 à 9)

 
                         Salutations (v. 1-3)

            Comme il le fait souvent dans ses épîtres, Paul commence par se présenter comme apôtre, c'est-à-dire comme envoyé de Jésus Christ. Il avait été appelé à cette fonction et à ce service, non par des hommes, mais par Dieu lui-même, Celui qui appelle tous ses serviteurs (voir Gal. 1 : 1 ). Il s'associe le frère Sosthène, peut-être le même que le chef de synagogue de Corinthe en Actes 18 : 17.
            Paul nomme comme destinataire de la lettre : « l'assemblée de Dieu qui est à Corinthe ».
            Notons que le mot « assemblée » (en grec : ekklesia) est utilisé dans le Nouveau Testament avec trois significations différentes :

                   - L'assemblée de Dieu dans une localité est l'ensemble de tous les enfants de Dieu de cet endroit. Il en est encore ainsi aujourd'hui, bien que beaucoup de croyants soient apparemment séparés les uns des autres. L'assemblée locale est la seule expression possible de l'Assemblée de Dieu ; elle a la mission d'agir au nom du Seigneur Jésus, mais aussi au nom de l'assemblée de Dieu tout entière.

                   - L'assemblée de Dieu universelle comprend tous les membres du corps de Christ vivant à un moment donné sur la terre (voir 1 Cor. 15 : 9 ; 1 Tim. 3 : 15).

                   - L'assemblée selon le conseil de Dieu comprend tous les croyants depuis le jour de la Pentecôte (Actes 2) jusqu'à l'enlèvement des siens. Elle ne sera complète que lors de la venue du Seigneur Jésus pour enlever les croyants au ciel (Matt. 16 : 18 ; Eph. 1 : 22).

 
            De plus, Paul nomme les Corinthiens « sanctifiés dans le Christ Jésus » et « saints appelés ». Par la foi au Seigneur Jésus, ils avaient été unis à Lui, et par là avaient été sanctifiés, étaient devenus des saints. Ainsi, par grâce, tout chrétien est sanctifié, c'est-à-dire mis à part pour lui. Dieu est saint et tout ce qui est en relation avec Lui doit également porter ce caractère.
            Mais ensuite Paul étend sa salutation à « tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre ». L'épître reçoit ainsi une portée universelle, car elle ne s'adresse pas seulement à l'assemblée à Corinthe d'alors, mais à tous les habitants de la terre qui confessent être chrétiens. Il s'agit, par là, en premier lieu de ceux qui invoquent le Seigneur « d'un cœur pur » (2 Tim. 2 : 22), mais il se peut qu'il se trouve parmi eux des personnes qui ne le font qu'extérieurement et dont les œuvres ne prouvent pas qu'elles sont nées de nouveau. Malgré la portée universelle de cette lettre, les enseignements de la première épître aux Corinthiens quant aux dons de grâce et au service, à l'ordre dans l'assemblée et à la position de la femme chrétienne, sont souvent négligés dans la chrétienté.

            Lorsque l'apôtre souhaite la grâce et la paix aux destinataires de l'épître, il le pense d'une manière très pratique. Tous les enfants de Dieu se trouvent dans la grâce de Dieu et ont la paix avec lui. Mais, dans la vie de foi quotidienne, et dans nos rapports mutuels, la grâce et la paix nous manquent souvent. Le désir de notre Dieu et Père et de notre Seigneur Jésus Christ est que nous ne manquions pas de la grâce de Dieu, que sa paix habite dans nos cœurs et que nous soyons en paix entre nous.
 

                        Actions de grâces (v. 4-9)

            Dans chacune de ses épîtres (excepté celle aux Galates), Paul commence par remercier pour tout ce que la grâce de Dieu a produit chez les croyants. Mais alors que, dans d'autres épîtres, il peut louer la foi, l'amour et les bonnes œuvres des destinataires, il se limite ici à rendre grâces pour ce que Dieu avait opéré envers et dans les Corinthiens. Comme nous le verrons au cours de l'épître, il se trouvait chez eux beaucoup de manifestations affligeantes et peu de choses dignes de louange. Aussi l'apôtre ne remercie-t-il ici que pour la grâce de Dieu qui leur avait été donnée en Christ, pour les richesses de la vérité et de la connaissance, et pour les nombreux dons de grâce qu'ils avaient reçus. Les Corinthiens étaient effectivement abondamment bénis. Mais ils étaient charnels et ne répondaient pas aux grands privilèges qui leur avaient été accordés.
            C'est pourquoi aussi Paul ne leur parle pas ici de la venue du Seigneur pour l'enlèvement des croyants, mais leur rappelle son apparition, c'est-à-dire l'événement par lequel il se manifestera sur la terre dans sa gloire de Fils de l'homme, entouré de ses saints, pour établir son règne dans le royaume millénaire. Les croyants seront alors manifestés avec Lui (Col. 3 : 4) et tous ceux qui ont servi fidèlement le Seigneur pourront se réjouir de contribuer un peu à la gloire de leur Seigneur bien-aimé (2 Thes. 1 : 10 ; 2 Tim. 4 : 8). La révélation - ou apparition - du Seigneur nous rappelle notre responsabilité, pour nous stimuler à la fidélité et au dévouement. Ceci n'avait que peu occupé la pensée des Corinthiens.
            Mais le Seigneur ne veut pas que le rappel de notre responsabilité nous rende anxieux. Il est Celui qui nous affermira « jusqu'à la fin ». Il ne demande rien aux siens sans leur donner la capacité et la force pour l'accomplir, et ceci, jusqu'à la fin. Sans Lui, nous ne pouvons rien faire, mais si nous nous appuyons sur Lui, nous serons gardés pour être irréprochables dans Son jour - le jour ou la journée du Seigneur (1 Thes. 5 : 2), du Seigneur Jésus (1 Cor. 5 : 5), de Jésus Christ (Phil. 1 : 6) ; de Christ (Phil. 1 : 10), appelé aussi parfois : « ce jour-là » (2 Thes. 1 : 10), n'est pas un simple jour, mais couvre la période où Christ, comme Fils de l'homme, exercera un juste jugement !
            Non seulement le Seigneur Jésus, mais Dieu aussi, dans sa fidélité, nous vient en aide. Nous ne sommes pas seuls, mais nous nous trouvons par grâce dans la communion de Jésus Christ, le Fils de Dieu, notre Seigneur. Les quatre titres ou noms du Seigneur contenus dans ce dernier verset caractérisent cette communion à laquelle Dieu nous a appelés. Si, dans la pratique, nous vivons dans la conscience et dans la jouissance de cette communion avec le Seigneur, nous nous garderons de toute conformité avec le monde, et de tout égoïsme.

 

Dissensions dans l’assemblée - ce qui est noble et ce qui ne l’est pas
(v. 10-31) 

            Le mal principal dans l'assemblée à Corinthe consistait dans les dissensions et l'esprit de parti. Paul va s'occuper de ce problème en premier lieu. Il y revient constamment dans les quatre premiers chapitres.

 
                        Divisions (v. 10-17)

            Après son action de grâces, l'apôtre Paul se sent contraint de donner immédiatement une exhortation. Toutefois, il rappelle d'abord aux Corinthiens, qu'il considère et aime comme ses frères, qu'il s'adresse à eux au nom de leur commun Seigneur Jésus Christ. Il commence par les exhorter à parler un même langage et à éviter les divisions. Comme croyants, ils avaient tous le même Seigneur, qui les avait rachetés. Dans le service pour Lui, ils devaient tous poursuivre le même but : l'honorer et être en bénédiction à leur entourage, même si, en tant qu'instruments de Dieu, ils étaient différemment doués. Ils possédaient enfin tous le même Esprit Saint par lequel ils avaient été baptisés en un seul corps et pouvaient garder l'unité de l'Esprit (Eph. 4 : 3). Si donc maintenant des divisions (ou déchirures, comp. Matt. 9 : 16) apparaissaient au milieu d'eux, l'origine n'en pouvait être que dans leur chair, agissant dans la vieille nature mauvaise du croyant. C'est pourquoi Paul les exhorte à être parfaitement unis en regardant au Seigneur Jésus, non seulement dans un même avis, c'est-à-dire dans le jugement exprimé, mais aussi dans un même sentiment, c'est-à-dire dans la compréhension et dans la pensée. Ceci explique aussi la première exhortation de l'apôtre : ils devaient parler un « même langage » (v. 10). S'ils avaient tous le Seigneur devant les yeux, et jugeaient toutes choses selon son évaluation, ils parleraient aussi le même langage. Il s'agit donc non pas d'une uniformité dans la manière de s'exprimer, mais de l'unité dans le témoignage rendu à leur commun Seigneur.
            Paul indique alors très ouvertement aux Corinthiens - qu'il nomme ses frères pour la deuxième fois dans ce paragraphe sérieux - de quelle source il avait appris qu'ils avaient des dissensions parmi eux (v. 11). C'était par le moyen des « proches de Chloé » ; celle-ci était apparemment une sœur fidèle à Corinthe, qui souffrait de ces différends. L’apôtre avait ainsi appris que parmi les Corinthiens, non seulement il y avait de l'attachement ou même une  préférence pour certains serviteurs du Seigneur, mais que, à l'insu peut-être de ceux-ci, ils en avaient fait des chefs de partis ! Les uns considéraient l'apôtre Paul, l'instrument de Dieu pour la conversion des Corinthiens (voir 4 : 15), comme leur conducteur. D'autres se réclamaient de l'éloquent Apollos, qui avait été très utile aux croyants peu de temps après la première visite de Paul (Act. 18 : 24 ; 19 : 1 ; 1 Cor. 3 : 4-6). D'autres encore disaient que c'était de Pierre (en araméen : Céphas), le plus connu des douze apôtres de Christ, qu'ils dépendaient ! Les Corinthiens, qui par là même faisaient de ces hommes des chefs de partis, étaient-ils conscients qu'ils portaient atteinte à la position unique du Seigneur Jésus ? Finalement il y avait un quatrième groupe qui voulait même faire de Christ le chef de leur parti !
            Ils montraient ainsi tous qu'ils n'avaient pas compris la vraie signification de la croix de Christ. Lorsque le Seigneur a été crucifié pour les pécheurs, Dieu a condamné définitivement en Lui, l'homme parfait, le péché et le vieil homme, mais aussi sa sagesse, et tous ses prétendus « acquis ». En même temps, par la croix, un homme nouveau a été créé, et le fondement a été posé pour le corps de Christ, auquel appartiennent, par l’œuvre de l'Esprit Saint, tous ceux qui croient en Lui (Rom. 6 : 6-11 ; Eph. 2 : 15, 16).
            C'est pourquoi Paul doit poser à ces croyants la question : « Le Christ est-il divisé ? » (v. 13a). Par leurs querelles et leurs divisions, ils pratiquaient ce qui était courant dans le monde, mais en contradiction totale avec l'unité du corps de Christ. « Le Christ » indique ici le Seigneur Jésus comme la Tête et en même temps l'Assemblée comme le corps uni à lui (1 Cor. 12 : 12). Puis l'apôtre poursuit : « Paul a-t-il été crucifié pour vous ? ou avez-vous été baptisés pour le nom de Paul ? » (v. 13b). Les Corinthiens ne pouvaient pas avoir de doutes quant à la réponse à donner à ces questions. Ce n'est pas Paul, mais le Seigneur Jésus qui avait pris pour eux la place du mépris à la croix, et, par le baptême, ils ne s'étaient pas identifiés avec un homme remarquable, mais avaient exprimé avec foi qu'ils étaient ensevelis avec leur Sauveur, avec lequel aussi ils étaient crucifiés et morts par la foi (Rom. 6 : 2-4). Si le grand apôtre avait baptisé quelques-uns des Corinthiens, ceux-ci auraient peut-être pu se prévaloir avec fierté de ce fait pour prétendre être des chrétiens particulièrement privilégiés, parce que baptisés par un homme si connu. Ce n'était pourtant pas le cas. Au contraire, Paul remerciait Dieu de ce qu'il n'avait baptisé que Crispus, Gaïus et la maison de Stéphanas (v. 14, 16). De la sorte, aucun « parti » ne pouvait se prévaloir, manifestant de l’orgueil charnel, avoir été baptisé par le grand apôtre Paul.
            Pour justifier le fait qu'il n'avait baptisé qu'un petit nombre d'entre les croyants corinthiens, Paul explique maintenant que Christ ne l'avait pas envoyé pour baptiser. Ces paroles étonnent peut-être beaucoup de chrétiens. Paul n'attachait-il donc pas d'importance au baptême ? Une telle conclusion erronée est démentie clairement par des passages tels que Act. 19 : 3-5 ; Rom. 6 : 3-4 ; Gal. 3 : 27 et Eph. 4 : 5. Paul reconnaissait pleinement la signification des paroles adressées par le Seigneur ressuscité à ses disciples : « Allez donc et faites disciples toutes les nations, les baptisant pour le nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, leur enseignant à garder tout ce que je vous ai commandé » (Matt. 28 : 19-20) Mais il savait aussi que le Seigneur avait institué le baptême alors qu'il était encore sur la terre et qu'en conséquence, sa signification est liée à la place qu'occupe le disciple de Jésus ici-bas. Or à la différence des douze apôtres, Paul avait été appelé par un Christ déjà glorifié dans le ciel. Son évangile était l'évangile de la gloire. Il nous révèle que celui qui a cru au Seigneur crucifié, est maintenant identifié avec lui, comme le Christ glorifié ; il est un membre de son assemblée, de son corps. Ce message à caractère céleste, qui avait été un mystère dans les économies précédentes (Eph. 1 : 10-11 ; 3 : 3-11 ; 5 : 32 ; Col. 1 : 27), avait été confié à Paul avant tout autre, et celui-ci ne voulait l'anéantir ni par la surestimation de la position chrétienne sur la terre ni par une « sagesse de parole » humaine. Le but de la « sagesse de parole » est de rendre attrayant pour l'intelligence humaine non seulement la forme, mais aussi le contenu de ce qui est dit. Or l'évangile s'adresse non pas à l'intelligence mais à la conscience de l'homme. Dans d'autres passages, Paul parle de ce message dont le Seigneur l'a chargé comme de « mon évangile » (Rom. 16 : 25 ; 2 Tim. 2 : 8) et comme de « l'évangile de la gloire » (2 Cor. 4 : 4 ; 1 Tim. 1 : 11). Ici cependant, il l'appelle « la parole de la croix » (v. 18), parce que la croix de Christ est la base de tout. C'est ce qu'il fallait rappeler aux Corinthiens.

 
                        Sagesse et folie (v. 18-25)

            Tout en ayant la foi au Seigneur Jésus, les Corinthiens étaient encore fortement influencés par la pensée grecque. Ils n'acceptaient que difficilement la totale corruption de la nature humaine. C'est pourquoi « la parole de la croix » est au centre de ce paragraphe. Lorsque le Seigneur Jésus était sur la croix, la miséricorde et l'amour de Dieu pour des hommes perdus ont été manifestés, car c'était son propre Fils bien-aimé qu'Il livrait pour eux. C'est aussi à la croix que la sainteté et la justice de Dieu ont été pleinement révélées, car là, Il a fait tomber sur lui le jugement de nos péchés. La sagesse du conseil de Dieu a été ainsi dévoilée à la croix. Ce que les hommes en ont vu était cependant tout différent. Ils considéraient un condamné à mort, qui même devait subir la mort la plus honteuse. La crucifixion était en effet le supplice le plus dégradant ; il n'était appliqué par les Romains qu'aux esclaves et aux étrangers. Selon l'appréciation du monde, il était donc impossible que ce crucifié puisse être le Sauveur voulu de Dieu. Ainsi, « la parole de la croix » n'est que folie pour tous ceux qui périssent. Seul celui qui reçoit ce message expérimente qu'il est véritablement la puissance de Dieu pour le salut éternel d'hommes perdus.
            Les Corinthiens pensaient peut-être : Si la foi peut accomplir de si grandes choses envers de pauvres hommes illettrés qu'ils en viennent à développer des dons jusqu'alors ignorés, qu'en sera-t-il lorsqu'on y ajoutera la pensée et la sagesse humaines ! Quel triomphe ce serait, si non seulement des hommes simples, mais aussi les sages et les intelligents confessaient le Seigneur Jésus ! L'apôtre s'élève contre de tels raisonnements charnels en citant Esaïe 29 : 14. Toute la sagesse, la science et la rhétorique humaines n'ont pas la moindre valeur aux yeux de Dieu. Ces choses exaltent l'homme naturel et c'est pourquoi elles constituent un obstacle à la réception du message de l'évangile.
            Il est impossible à l'homme naturel, même en rassemblant toutes les forces dont il dispose, de connaître Dieu par sa propre sagesse et ses efforts personnels. Dans sa sagesse, Dieu a fermé cette voie, afin qu'aucun homme ne puisse se glorifier de connaître Dieu par sa propre force. Mais il a plu aussi à Dieu, dans cette même sagesse, de faire que la prédication du message du salut paraisse comme une folie pour l'intelligence humaine. Car pourrait-il y avoir quelque chose de plus inconcevable pour la pensée humaine que le Créateur du ciel et de la terre soit devenu homme, qu'il ait été toutefois rejeté et crucifié par ses propres créatures ? Mais c'est précisément ce fait que le Fils de Dieu a été crucifié pour des pécheurs, qui forme le cœur de l'évangile. Seul celui qui croit cela est sauvé. Que pour les Juifs, qui exigent des signes pour confirmer la gloire du Messie, le message de la croix soit une occasion de chute, et qu'il soit considéré comme une folie par les Grecs, qui recherchent une sagesse qui glorifie la pensée humaine, la substance de l'évangile n'en reste pas moins « Christ crucifié » (v. 23). La puissance et la sagesse de Dieu ne se révèlent en Christ qu’à ceux qui, par la foi, ont reçu le message de sa grâce, soit Juifs soit Grecs. Ce n'est que par la puissance de Dieu que l'homme naît de nouveau ; ce n’est que par Sa sagesse qu'il est béni de toute bénédiction spirituelle. La croix de Christ, qui est folie et faiblesse aux yeux de l'homme naturel, surpasse de loin dans ses effets les pensées des plus sages et les capacités des plus puissants.

                        La vraie gloire (v. 26-31)

            En s'examinant eux-mêmes, les Corinthiens pouvaient bien confirmer les paroles de l'apôtre Paul. Dieu, dans sa grâce, les avait appelés par l'évangile et les avait abondamment bénis (v. 5-7). Mais ils n'étaient redevables de ces bénédictions ni à leur sagesse, ni à leur force ou à leur dignité. Au contraire, Dieu avait choisi les choses folles, faibles, viles, et méprisées du monde pour couvrir de honte les hommes sages, les choses puissantes et tout ce que l'homme exalte dans ce monde. Aucun d'eux ne pouvait se vanter d'avoir contribué à sa position d'enfants de Dieu ou aux dons de grâce qu'il avait reçus ! Et pourtant, les Corinthiens se glorifiaient eux-mêmes, au lieu de reconnaître avec gratitude que tout ce qu'ils possédaient sur le plan spirituel avait son origine en Dieu et était devenu leur part en vertu de leur position en Christ qui était mort et ressuscité pour eux, et qui maintenant occupe à la droite de Dieu la place de la puissance et de la gloire suprêmes. Dieu qui, depuis la chute du premier homme, connaît les besoins du pécheur et y a parfaitement pourvu en Christ. Il lui donne sagesse et justice en Christ, le rend capable de mener une vie de sainteté pratique pour lui, et lui assure une pleine rédemption au terme de sa vie de foi (Eph. 4 : 30). Dieu seul a pourvu avec grâce et amour à tout pour le temps et l'éternité. Aussi Paul peut-il citer à l'appui ce verset de l'Ancien Testament qu'il répétera encore en 2 Corinthiens 10 : 17 : « Celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur » (v. 31). Comme dans d'autres cas, le Saint Esprit réunit ici en une seule déclaration des paroles empruntées à différents livres de l'Ancien Testament. En Jérémie 9 : 24, il est dit : « Que celui qui se glorifie, se glorifie en ceci, qu'il a de l'intelligence... », et en Esaïe 45 : 25 : « En l'Eternel (ou : dans le Seigneur)... se glorifiera toute la semence d'Israël ». On retrouve d'ailleurs de telles « citations combinées » en Matt. 27 : 9 ; Luc 10 : 27 ; 2 Cor. 6 : 16-18.